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La puissance et le vent

Rafael Nadal a remporté pour la troisième fois les Internationaux de France en battant Roger Federer. Un règne fait pour durer à moins que le Suisse change l’approche de ses matchs contre l’Espagnol.

Le score est presque sans appel : 6-3, 4-6, 6-3, 6-4, et la victoire ne souffre pas de contestation. La force, l’endurance, le physique de Nadal ont encore eu raison du talent, de l’improvisation, de la magie de Federer. D’un côté la puissance, constante et sûre d’elle-même, de l’autre côté, le vent, enchanteur mais capricieux, beau mais fragile.

Le joueur de Mallorque a été conforme à lui-même : fort mentalement, jouant tous les points comme un mort de faim, giflant de grands coups droits, liftant la balle comme si sa vie en dépendait à chaque frappe, serein dans le choix de sa stratégie de jeu. De l’autre côté du filet, Federer paraissait en proie au doute, ne sachant que faire, appliquant une tactique pour en changer aussitôt, même quand elle paraissait être la bonne. Un geste de dépit, un regard un peu las, une démarche mal assurée, autant de petits signes qui disaient un certain malaise.

Ce manque de confiance a été criant lors des points importants ; alors que le Suisse est réputé pour serrer le jeu lors des moments clés, comme le Russe Davydenko l’a appris à ses dépens en demi-finale, il a très, très mal joué les balles cruciales de ce match. Ici une statistique à elle seule résume ce qui a sans doute été l’échec majeur du n°1 mondial : Federer n’a réussi à convertir qu’une seule balle de break sur 17 !, un minable taux de réussite de 6 %. Dans le premier set, cela avait été même pire avec 0 réussite pour 10 balles de break, une vraie catastrophe à ce niveau. Il est difficile de penser que c’est en raison du seul jeu de Nadal lors de ces moments importants que Federer a failli. Ce dernier a manifestement connu des absences coupables. Ainsi au deuxième set, lors de l’avant-dernier jeu, Federer a plusieurs balles de set successives sur le service adverse, ce qui lui aurait permis de servir au début du troisième set et potentiellement de faire la course en tête dans cette finale ; or Nadal saisit bien l’importance de ces balles et ne lâche rien tandis que Federer semble résigné à attendre son jeu de service pour conclure. Le quadruple vainqueur de Wimbledon ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Dans ces conditions, Federer a alterné les coups de génie et les fautes directes à la pelle (60 contre 28 pour Nadal sur l’ensemble du match, 11 contre 3 dans le seul troisième set), a joué par intermittence le seul tennis qui peut déstabiliser Rafa sur l’ocre de la Porte d’Auteuil, à savoir l’attaque, le jeu vers l’avant, avant d’accepter à nouveau de longs échanges suicidaires face à un joueur de filière longue de l’acabit de l’Espagnol. Pour une fois Ro(d)ger semblait avoir perdu les clés de son sport, redevenant un joueur laissant prise au doute.

La victoire au Masters Series de Hambourg n’aura sans doute pas réellement débloqué psychologiquement Federer vis-à-vis de Nadal ; ce dernier avait sans doute perdu car il avait été victime d’une grosse usure mentale et physique. Paradoxalement, cette défaite a peut-être fait du bien à Nadal en le remotivant, en le maintenant en alerte.

Alors faut-il parler de complexe Nadal pour le natif de Bâle ? Sans doute. Pour cela, il faut garder en tête que sur les trois dernières saisons Federer a très peu perdu (quelques matchs par saison à peine). Dès lors, un joueur susceptible de le battre à plusieurs reprises - et de le menacer l’an dernier dans son jardin de Wimbledon - constitue une énigme pour l’homme aux dix grands chelems, presque une aberration, et dès lors il perd en partie ses moyens. En face de Nadal, quoi qu’il puisse en dire, Federer part battu, et cela change tout.

En outre, la perspective d’un grand chelem sur deux saisons, qui ferait définitivement de lui le plus grand joueur de tous les temps, crée une pression supplémentaire. Cela fait deux fois que le Suisse gagne 27 matchs de grand chelem d’affilée, tâche titanesque qu’il est le seul à avoir réalisée depuis près de quarante ans, et deux fois qu’il rencontre le meilleur joueur de terre battue des vingt dernières années au 28e match sur le court Philippe Chatrier. La perspective est à la fois fascinante et glaçante.

Alors que peut-on prévoir pour la suite ? Rafael Nadal sera encore là l’année prochaine avec les mêmes armes, qui seront à nouveau fatales pour tous ses adversaires sauf peut-être pour Roger Federer. Mais pour cela il faudra que le Suisse se débarrasse de son complexe et qu’il arrive sans la pression du grand chelem en ne gagnant pas les trois tournois majeurs avant le prochain Roland-Garros. La victoire du vent sur la puissance est sans doute à ce prix.


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3 réactions à cet article    


  • Thucydide Thucydide 11 juin 2007 21:18

    Il est vrai que Federer redoute Nadal, d’autant plus qu’il perd l’habitude d’être accroché, à force de survoler ses adversaires, ce qui explique en partie ses ratés sur les balles de break. Mais d’une manière générale, il n’y a pas que ça dans sa défaite, mais aussi une certaine incapacité à utiliser ses efforts à bon escient sur une surface comme la terre battue.

    Au passage, puisque vous ironisez sur « Ro(d)ger », peut-être connaîtriez-vous quelqu’un qui soit capable d’expliquer à nos journalistes de télévision qu’étant donné qu’il est Suisse francophone, son prénom se prononce ro-gé, et pas « rod-geur ». De même pour Michael Schumacher, qui n’est surtout pas « Maï-keul », mais Mi-sha-el, ou, à défaut, Mickaël.


    • FlashStony 11 juin 2007 21:59

      Alors non seulement Federer est suisse alémanique ( natif de Bale, son pere à d’ailleurs la double nationalité suisse et allemande ) - il suffit de l’entendre parler francais pour s’en rendre compte - mais on prononce bien Roger à l’anglaise ( Rodgeur ). Voilà la raison donnée par Roger lui-même : « As my mother comes from South Africa, my name has always been pronounced the English way » . Croyez vous d’ailleurs sincerèment qu’il laisserait les journalistes massacrer son prénom ?

      Bon, sinon d’accord au moins à 95% avec l’auteur. Les 5% c’est pour le coté lifteur de Nadal, auquel on le réduit un peu trop souvent en omettant les coups extraordinaires qu’il est capable de placer quasiment à volonté et dont on a vu un éventail assez fourni Dimanche, laissant le suisse souvent à 3m de la balle sur des accélerations venues de nulle part ( jouées bien souvent en reculant en plus !!! ).


    • Thucydide Thucydide 11 juin 2007 23:05

      Dont acte. J’ignorais cette précision sur la prononciation émanant de Federer lui-même. Cela dit, en général, lorsqu’un prénom existe en français, il n’est pas choquant de le prononcer à la française, même si, bien entendu, ma remarque initiale ne se justifie pas compte tenu de la précision que vous apportez.

      Autrement, d’accord avec vous sur le lift en arrière de Nadal, qui rappelle par certains égards celui de Bruguera, mais en plus puissant. Et Nadal lui-même est évidemment nettement plus énergique que ne l’était Bruguera. Par contre, même si les deux joueurs sont des « bûcherons » gauchers, il y a moins de similitude avec Muster auquel on le compare parfois. Ce dernier, qui prenait la balle généralement plus tôt, me rappelait davantage Vilas.

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