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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Les New York Yankees : l’incarnation du baseball

Les New York Yankees : l’incarnation du baseball

Il y a deux semaines, s’est achevée la Série Mondiale, la finale du championnat des Ligues Majeures de baseball (MLB). Ce sport ultra-confidentiel en France a quand même reçu un certain écho de la part de plusieurs médias, dont Le Monde.fr. Cet écho n’aurait jamais été possible si une des équipes finalistes n’était pas celle qui incarne à elle seule ce sport et le sport américain en général, les Yankees de New York.

Une tradition ancienne

On peut l’affirmer, le baseball est sans doute le premier sport collectif professionnel de l’Histoire. La première Ligue professionnelle est apparue en 1871 et ce sport, variante du cricket anglais, incarne cette culture américaine qui a inventé de nouveaux sports comme pour mieux se démarquer des anciens britanniques, comme pour mieux créer une identité culturelle (à la mode ces temps-ci en France) autour d’une nations d’immigrants.

En 1900, la concurrence entre les différentes ligues professionnelles de baseball fait rage. LaLigue Américaine est créée en 1901 ainsi que plusieurs franchises ; avec la Ligue Nationale, elle constitue la Major League Baseball. L’une d’elle s’appelle les Orioles de Baltimore (à ne pas confondre avec une autre franchise actuelle qui porte le même nom).

Dès l’année suivante, les Orioles sont délocalisés à New York et changent leur nom en Highlanders. Située dans Manhattan, la franchise n’obtient aucun résultat, dépassant même par deux fois (les seules fois dans l’Histoire de l’équipe) le seuil des 100 défaites. En 1913, l’équipe, qui a de nouveaux propriétaires, change de nom pour devenir les Yankees et s’installe au Hilltop Park.

Logo des Highlanders de New York

Les résultats ne s’améliorent pas pour autant mais un événement change le cours de l’Histoire du baseball : le 26 décembre 1919, les Yankees achètent pour l’énorme somme de 250 000 $le contrat du célèbre joueur des Red Sox de BostonGeorge « Babe » Ruth (1895-1948). C’est alors que tout s’inverse. Boston, qui dominait les Ligues Majeures, n’allait plus remporter une seule Série Mondiale pendant 86 ans et les Yankees allaient enfin gagner.

Une galaxie de victoires.

Les Yankees sont associés à quelques grands noms du sport et du star system américain. Ruth est bien plus qu’un excellent lanceur devenu le plus prolifique frappeur de son époque (714 circuits en carrière, seuls trois autres joueurs ont surpassé dans le monde sa marque mais en plus de saisons que lui). Les succès de la franchise sont arrivés avec d’autres noms :Lou Gehrig dit « Crazy Horse », mort à 39 ans d’une maladie dégénérative (qui porte son nom). Les Yankees construisent un nouveau stade qui porte le nom de la franchise, dans le quartier du Bronx. L’équipe remporte cinq titres dans les années 20, le zénith du baseball. Ruth et Gehrig sont de véritables stars et l’équipe de 1927 est surnommée « The Murderer’s Row » (L’alignement meurtrier) en raison de la puissance des joueurs en attaque.

Babe Ruth, surnommé le Bambino ou encore the Sultan of Swat. Il est considéré comme le plus grand joueur de lHistoire du baseball. Il a frappé 714 circuits en carrière et est le premier frappeur de puissance de lHistoire.

Babe Ruth, surnommé le Bambino ou encore the Sultan of Swat. Il est considéré comme le plus grand joueur de l’Histoire du baseball. Il a frappé 714 circuits en carrière. Son nom est associé à l’époque glorieuse du baseball dans les années 20 et à la célèbre malédiction qui a voulu que les Yankees gagnent les World Series pendant que son ancien club des Red Sox de Boston ne remportent aucun titre après son départ.

En 1923, les Yankees remportent la première de leurs 26 Séries Mondiales au XXème siècle. De grands noms se succèdent : outre les Ruth et Gehrig, on retrouve Joe Di Maggio, un des époux de Marylin Monroe (et cité dans la chanson Mrs Robinson), Mickey MantleYogi Berra (auteur de la célèbre lapalissade sportive : « Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas terminé »),Roger Maris (qui a détenu pendant plus de trois décennies le record de home runs sur une saison et le détient toujours pour la Ligue Américaine), Reggie Jackson puis dans les années 80-90, Don Mattingly et aujourd’hui Alex Rodriguez. Cette succession de grands frappeurs a donné un autre surnom aux Yankees : les "Bombardiers du Bronx".

L’ère Steinbrenner

A la fin des années 1960, les Yankees connaissent le déclin : l’équipe n’a disputé aucune Série Mondiale depuis 1964 et les Yankees attendent un succès depuis 1962. Les propriétaires, la chaîne CBS, semblent délaisser la franchise, le Yankee Stadium est déserté. En 1973, le constructeur naval de Cleveland George Steinbrenner rachète la franchise pour 8,7 millions de $. Le mythique Yankee Stadium doit subir d’importants travaux qui nécessitent que les matches de la franchise se jouent chez le voisin des Mets pendant deux saisons complète.

 

Logo des Yankees sur le maillot

Logo des Yankees sur le maillot

Le « Boss », comme on l’appelle, choisit une politique radicale pour relancer la franchise : il accorde les plus gros contrats aux meilleurs joueurs. C’est l’ère du sport business avant la plupart des autres sports. L’équipe redresse la barre et remporte à nouveau la série finale en1977 et 1978. Reggie Jackson règne sur l’équipe (Il détient le record de circuits frappés en Série Mondiale, égalé seulement cette année) : on l’appelle « Mr October » (Les playoffs se déroulent au mois d’octobre, la saison s’étend d’avril à fin septembre) mais après sa retraite, l’équipe décline à nouveau jusqu’à la fin des années 1980. Puis au milieu des années 1990, l’arrivée de joueurs emblématiques et formés au club comme Bernie Williams, Derek Jeter, Mariano Rivera, Jorge Posada renforce l’effectif. Les Yankees gagnent 4 Séries Mondiales (1996 et 1998 à 2000). Puis dans les années 2000, l’équipe demeure une force du baseball majeur sans pour autant récidiver : une finale perdue en 2001 puis en 2003 avant de réussir à nouveau à gagner en 2009 une 27ème fois. 

The « Empire of Evil ».

Cette politique va progressivement contribuer à consolider, si besoin est, la popularité du baseball à New York, mais aussi à accroître la masse salariale des équipes de la MLB. Les joueurs sont des stars aussi par leurs salaires même si ceux avec 6 zéros sont encore limités. Mais les revenus de la Ligue progressent aussi. L’orientation de Steinbrenner déplaît à de nombreux fans de baseball, qui deviennent anti-Yankees. A l’ère de la Guerre des Etoiles, la franchise reçoit un autre surnom : l’"Empire du Mal".

Les résultats suivront plus ou moins. Les Yankees arrivent à remporter leur 26ème Série Mondiale en 2000, une troisième fois consécutive : entre la première et l’avant-dernière, ils ont gagné en moyenne une année sur trois. Ces nombreux succès ont contribué à identifier la franchise à la ville de New York. Plus que les équipes de football américain (les Giants, les Jets), plus que les Knicks au basket-ball ou les Rangers et les Islanders en hockey sur glace, le NY qui surplombe la casquette des Yankees (dont l’association crée un autre Y) devient un emblème de la ville. Les Yankees deviennent la fierté des New Yorkais.

Une culture Yankees

Dans le même temps, la popularité de la franchise perd du terrain dans le reste des États-Unis. Aux Yankees on préfère les perdants malheureux, les Red Sox de Boston, incapables de gagner une Série Mondiale. Ces derniers règnent sur tout le Nord-Est de l’Amérique du Nord (Québec inclus donc). Pourtant dans le monde entier, on trouve en grande majorité des casquettes des Yankees, des produits dérivés de la franchise ; les autres n’existent pas, à part un peu les Dodgers et encore moins les Red Sox. C’est d’ailleurs caractéristique de la fascination qu’exerce Big Apple sur nos esprits d’une certaine manière !

Certains vont même jusqu’à nommer du nom des Yankees le club de supporters d’un sport qui n’est pas le baseball (comme à Marseille). Il faudrait interroger les responsables mais c’est possiblement pour marquer une même identification entre la ville et son sport favori. De plus, malgré cette impopularité, les Yankees restent toujours l’équipe qui attire le plus de spectateurs quand elle joue à l’extérieur.

Étonnamment, la gloire des Yankees s’est aussi construite sur la malchance des Red Sox. La malédiction du Bambino reste une des légendes sportives les plus connues, après le transfert de Ruth. Le duel Red Sox – Yankees est un des plus importants et des plus intenses de l’histoire du sport, reléguant notre minable OM-PSG au rang de match amical et de rivalité imaginée (ce qui est vrai). La fin de la malédiction en 2004 est un vrai événement national :dans une série à 4 victoires, les Yankees se sont effondrés après avoir gagné les trois premières parties. Les injonctions, les pardons des fans des Red Sox à l’égard de Babe Ruth ont enfin été entendus. Et de 2004 à 2008, les Red Sox ont gagné deux Séries Mondiales, les Yankees n’arrivant même pas à l’atteindre.

Steinbrenner est aussi accusé d’avoir initié tout ce qu’on reproche au sport business : des contrats faramineux, faisant exploser les marchés des agents libres. Cette pratique s’est étendue à d’autres sports. Quelques mois avant que Fiorentino Perez ne fasse casser la baraque avec les arrivées de Cristiano Ronaldo, Kaka et même Karim Benzema (pour près de 190 millions d’euros au total), les Yankees avaient consenti trois contrats fabuleux à trois joueurs –C.C. Sabathia, A.J. Burnett et Mark Teixeira- pour un montant global de 370 millions de dollars. Ajoutez en plus le plus gros contrat de l’histoire du baseball, Alex Rodriguez (28 millions de dollars par an sur 10 ans), quelques autres contrats entre 5 et 15 millions l’an (Jeter, Rivera, Posada, Matsui), et vous obtenez une masse salariale de 210 millions pour 2009. Pourtant, Steinbrenner a agi parce qu’on lui a laissé la liberté d’agir et chacun pouvait en faire autant. Contrairement aux autres grandes ligues, il n’existe pas de plafond salarial en MLB, seulement un système de compensations favorable aux petits marchés.

Entretenir la tradition

Ces reproches sont fondés mais les anti-Yankees oublient notamment que les Red Sox ont aussi mené cette politique de gros contrats, tout comme les Mets de New-York (2ème masse salariale). De plus, certaines accusations restent infondées : en 2007, le sénateur George Mitchell, actuel représentant de Barack Obama pour le Proche-Orient, publiait un rapport à la demande de George Bush sur le dopage dans le baseball majeur. Ce rapport chargeait de nombreux joueurs des Yankees. Sans qu’il soit forcément malhonnête, on pourra seulement noter que Mitchell est un fan des Red Sox et qu’aucun joueur des Red Sox (en tout cas n’ayant joué aux Red Sox sur la période enquêtée) n’est incriminé, alors que la majorité des autres franchises ont des joueurs concernés.

Enfin n’oublions jamais aussi que les Yankees ont une longue et prestigieuse histoire. Cette tradition doit être entretenue et poursuivie. Aucune période de transition n’est possible pour la franchise la plus titrée du sport US. Les Yankees sont la seule équipe qui compte au moins un joueur élu au Hall of Fame à chaque position. 37 joueurs sont intronisés au Panthéon de la Gloire du baseball américain. Cette tradition se retrouve aussi dans le fait que l’équipe est la seule où le nom des joueurs n’est jamais floqué et le maillot n’a jamais changé. De même, il existe un musée, situé dans le stade, à la gloire de la franchise, avec tous ces noms prestigieux que les Américains connaissent par cœur, moins les autres évidemment.

Steinbrenner est tellement attaché à l’image de marque des Yankees qu’il a interdit à ses joueurs de montrer tout tatouage -ceux-ci doivent les masquer- et toute barbe.

Cette énorme franchise a des fans extraordinairement fidèles, prêts à payer des dizaines de dollars pour assister à un match (la moyenne du billet est de 41 $ et a été abaissée cette année de 15% en raison de la crise). Les artistes, intellectuels et écrivains aussi sont nombreux à être des supporters de l’équipe : du paléonthologue Stephen Jay Gould à George Clooney en passant par Paul Mc Cartney.

La casquette des Yankees. Le symbole de la franchise et même de New York.

La casquette des Yankees. Le symbole de la franchise et même de New York.

Une machine économique impressionnante.

Cette politique de recrutement dispendieux se justifie en ce nom. Bien sûr cela a un coût économique mais le baseball n’est plus une exception dans l’explosion des salaires (voir le football et le basket NBA) ; bien sûr cela se fait souvent au prix de jeunes espoirs du club mais les meilleurs arrivent à percer (Jeter, Posada, Rivera de probables Hall of Famers ont passé toute leur carrière au club soit au moins 15 ans). Quand on arrive aux Yankees, il n’y a qu’une seule chose à faire : gagner, la Série Mondiale reste toujours l’objectif minimum.

Les Yankees de New York font partie des entreprises sportives les plus riches et les plus prospères, malgré la masse salariale de 236 millions, elle reste parmi les plus rentable du sport US. La valeur des Yankees, selon Forbes, est fixée à 1,5 milliard de $ (Par comparaison, le club de Manchester United vaudrait 1,8 milliard), la cinquième plus grande au monde. La franchise génère des revenus d’environ 375 millions (soit 106 millions de plus que les Red Sox deuxièmes) et sa valeur a fortement cru en raison de la construction du New Yankee Stadium. Par comparaison, la valeur des Mets de New York (2ème au classement des franchises du baseball) est de 912 millions et les Red Sox 833 millions. La moitié de la valeur est due à lavente de produits dérivés et autres, à peine 20% chacun aux entrées et aux droits télévisuels.

En 2008, le Yankee Stadium a fermé ses portes : la « Maison construite par Babe » était trop vieille : à 86 ans, il fallait la démolir. Un nouveau stade a été construit quelques dizaines de mètres plus loin et conserve le même nom (New Yankee Stadium ou Yankee Stadium III). Pour rien au monde on aurait quitté le Bronx –dont l’image s’est nettement améliorée en partie grâce au maintien des Yankees -. Le 16 avril 2009, les Yankees ont officiellement inauguré le New Yankee Stadium dans le baseball majeur, plus petit en terme de capacité (52230 places contre 57 000), mais qui a été reconstruit à l’identique. Les Indiens de Cleveland ont été les hôtes de cette première série à domicile même si le premier match en présaison a opposé les Yankees aux Cubs de Chicago.

Et déjà la légende est à nouveau en marche : le stade est déjà réputé pour son nombre élevé de home runs frappés, ce qui favorise l’équipe composée de spécialistes du genre et la puissance légendaire des joueurs de la franchise. Première saison, première victoire en Série Mondiale.

On peut effectivement dire que les Yankees incarnent le baseball. Tellement qu’on connaît l’équipe sans qu’on connaisse les règles de ce jeu mais le NYY reste un des symboles les plus connus dans le sport mondial, peut-être le plus connu même si le baseball n’est pas le sport le plus populaire.

 

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2 réactions à cet article    


  • Lord Mad Lord Mad 21 novembre 2009 22:48

    Bel article très complet ! Merci pour cette chronique d’un sport qui demeure confidentiel en France dans les médias ! J’imagine que le baseball et les ports US sont largement traités sur www.blog.sportatoo.fr !!! A découvrir sans tarder !


    • Gin Tonic Gin Tonic 23 novembre 2009 13:49

      Mdr !!
      Et je confirme que les sports US sont très bien traités sur www.blog.sportatoo.fr  !!

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Tarswelder


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