Il a osé dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Les espagnols gagnent parce qu’ils se dopent, il faut légaliser le dopage. Des propos qui n’ont pas laissé insensible le petit monde bien rangé du sport professionnel. David Douillet, ministre des sports, en allait même de sa critique, jugeant les propos de Noah « graves et irresponsables ».
Le même Douillet qui n’avait pas réagi aux propos de Sepp Blatter : « Il n’y a pas de racisme, mais peut-être un mot ou un geste déplacé ». De là à dire que Noah avait raison dans le fond de sa pensée, il y a un pas que je ne franchirais pas. Mais ses propos ont le mérite de mettre un grand coup de pompe dans la fourmilière si bien en ordre et tellement silencieuse que forme la grande famille du sport.
Champions du monde et d’Europe en football, vainqueurs de Rolland Garros à multiples reprises, maillots jaunes du Tour de France à répétition. Noah a raison, les espagnols ont trouvé la potion magique. Mais qui dit que cette potion est illégale, plutôt que le fruit d’une politique sportive ambitieuse ?
Nous, français, sommes un peu jaloux de l’hégémonie espagnole. Il est vrai que notre moribonde équipe de football n’a rien gagné depuis 12 ans, aucun de nos coureurs n’a remporté le Tour depuis 26 ans, nous n’avons jamais été champion du monde de rugby et le dernier français victorieux à Rolland Garros est un certain… Noah, en 1983. Nous sommes donc des jaloux légitimes. Rien, pas même Loeb ni notre majestueuse équipe de handball ne peut nous empêcher de l’être.
Mais Noah, lui, n’a pas de raison d’être jaloux. Il a eu une carrière sportive remarquable, en tant que joueur puis comme sélectionneur. Aujourd’hui, c’est la personnalité préférée des français. Une position qui le conforte dans sa critique. Noah n’est pas jaloux, il est simplement objectif.
Les sportifs français, au delà d’être victimes d’un système archaïque et d’une politique sportive lamentable, sont soumis à des contrôles anti-dopage remarquables. L’équipe de France de rugby s’est privée de Yoann Huget durant le Mondial parce qu’il n’avait pu se plier aux règles de géolocalisation. La presse française n’a pas hésité à mettre en cause une des plus grandes légendes du sport français, Jeannie Longo, pour des raisons similaires. À l’inverse, le coureur Alberto Contador a été couvert par le gouvernement espagnol alors même qu’il devait comparaitre, pour dopage, devant le Tribunal Arbitral du Sport avant le Tour de France 2011. « Il y a un vrai problème avec le dopage en Espagne », répétait il n’y a encore pas si longtemps le président de l’Union cycliste internationale, Pat McQuaid.
En 2006, l’opération Puerto révèle au grand jour l’existence d’un vaste réseau de dopage organisé depuis Madrid par Eufemiano Fuentes. En décembre de la même année, le médecin espagnol déclare dans un entretien au Monde avoir eu, outre des cyclistes, de nombreux sportifs « comme clients : athlètes, joueurs de tennis, footballeurs… ».
Des illégalités restées impunies. En 2007, le juge Serrano classe l’affaire sans suite, arguant que la loi anti-dopage propre à incriminer les sportifs dopés n’a été votée que postérieurement à l’ouverture du dossier. Un peu plus tard, en 2008, lorsque l’affaire est portée en appel, le juge Serrano classe à nouveau la plainte sans suite pour les mêmes raisons. En 2011, le parquet de Madrid décide de sanctionner les instigateurs de l’affaire Puerto. Mais pas les sportifs. Parmi les heureux gagnants de cette loterie faussée, Roberto Heras, Tyler Hamilton, Oscar Sevilla ou encore Luis Leon Sanchez, tous relaxés par le parquet madrilène.
Aucune enquête poussée n’a cherché à mettre le grappin sur les sportifs que désignait vaguement Fuentes.
Alors non, Noah ne veut pas légaliser le dopage. Il veut simplement que la justice internationale porte un regard plus aiguisé sur la question. Il y a quelques jours, le vainqueur du Tour 2006, Oscar Pereiro, regrettait à la télévision espagnole que « personne dans ce pays n’ait les couilles de dire la vérité sur l’opération Puerto » (Le Monde). La violence des réactions provoquées par les propos de Yannick Noah prouve que l’omerta règne toujours des deux côtés des Pyrénées.
Article à retrouver sur http://rubriquesport.wordpress.com/

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