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Quand la France savait gagner

Hinault détestait perdre. Il détestait renoncer. "Son plaisir était le KO", dira son entraîneur Cyrille Guimard. Le regard noir et les mâchoires serrées, Hinault combattait à la façon d’un boxeur. Surnommé le "Blaireau", comme l’animal qui ne lâche pas ses prises, le Breton pugnace a donné à la France son plus beau palmarès cycliste. Vingt-deux années après son départ volontaire, le pays attend toujours son successeur.

Avant de voir ce que dit Bernard Hinault du Tour de France actuel, faisons-nous plaisir avec une rétrospective de sa carrière.

Rétrospective Hinault

Quand, en 1978, Bernard Hinault entre en scène sur le Tour de France, on ne verra plus que lui. Hinault et ses exploits, Hinault et ses colères, Hinault et ses misères. Il n’a que 24 ans mais il est très, très déterminé. Il porte le maillot de champion de France sur les épaules : le maillot aux couleurs du drapeau français ! Beau comme un dieu, il triomphe sur les Champs-Elysées avec le maillot jaune, sous l’ovation de la foule conquise.

Sa carrière fut aussi émaillée de péripéties. Comme cette chute spectaculaire dans un ravin dans de la course du Dauphiné Libéré en 1977. Des millions de personnes retiennent leur souffle, frissonnent, puis dans un soulagement le voient gravir la pente, avec cette expression de rage sur le visage contre le destin qui vient de se mettre au travers de son chemin. Il enfourcha son vélo et prit une belle revanche en remportant l’épreuve. Les Français découvrirent ce jour-là un champion qui avait la "gagne", un battant exemplaire qui ne donnait pas dans la plainte mais dans l’esprit de conquête, de victoire, un courageux gladiateur du bitume.

Dès le Tour 1979, le Blaireau donne le ton en s’adjugeant sept étapes ! En 1980, pour gagner la course Liège-Bastogne-Liège, il effectue 80 kilomètres d’échappée en solitaire sous la neige.

Le Tour de France 1980 sera un calvaire à cause d’une tendinite tenace au genou gauche. Les spectateurs massés sur les routes et devant leurs téléviseurs voit un homme lutter avec sa souffrance et comprennent tout à coup que le Dieu Hinault est humain et c’est "Bernard" que l’on encourage. Bernard montrera toute sa détresse de devoir abandonner la course à Pau (12e étape), confronté à un mal plus tenace que lui-même. "Bernard" se retire discrètement pour ne pas montrer son chagrin. Cette pudeur qui ne cèda pas au voyeurisme irritera les journalistes qui lui en voulurent longtemps.

A Sallanches en 1980, Bernard Hinault est donc très critiqué en raison de son abandon dans le Tour. Comme toujours, il répond à la critique à sa manière : il enlève le titre mondial. Les détracteurs d’hier se pressent autour du dieu ressussité pour le toucher, recueillir quelques mots.

C’est donc avec le maillot arc-en-ciel que Hinault prend le départ du Tour 1981, avec l’intention ferme de prendre sa revanche sur le tour 80. Il gagne. La même année, il s’astreint à courir le Paris-Roubaix qu’il n’aime pas. Deux crevaisons et trois chutes n’entameront pourtant pas sa hargne. Il s’impose en solitaire. A l’arrivée, il éclate : "Paris-Roubaix est une connerie  !"

En 1982, il gagne le Giro et veut faire le doublé avec le Tour de France comme seuls l’on fait Coppi, Merckx et Anquetil. Et ce que Hinault veut... Donc, il remporte le Tour mais aussitôt de nombreux commentateurs boudent leur plaisir en déclarant que Hinault a écrasé la Grande Boucle. Quel dommage en somme d’avoir un si grand champion français ! Aujourd’hui, ils doivent repenser à cette époque avec nostalgie.

En 1983, Hinault doit subir une opération du genou et n’est donc pas présent au départ.

En 1984, les commentateurs amers de 1982 peuvent jubiler : le voici de retour comme challenger face à Laurent Fignon. Il va y avoir du suspense et un duel comme on les aime, en l’occurence entre un "Parigot tête de veau" et un "Breton tête de con" selon les expressions triviales qui puisent certainement une part de vérité quelque part... Ils voulaient du spectacle : Hinault leur en a servi ! Car il a "l’oeil du tigre", le Breton (l’oeil du blaireau si vous y tenez). Dans le rôle du maudit, il jette toutes ses forces dans le combat, ne voulant à aucun moment s’avouer vaincu. Son capital sympathie grandit alors dans le public tenu en haleine et qui l’encourage. Mais Fignon, frais champion de France, se montre le plus fort et prend le maillot jaune à l’Alpe-d’Huez. Hinault, deuxième, lâche : "Il était plus fort, mais ça ne m’a pas empêché de lui rentrer dans la gueule". Et déjà on comprenait qu’il allait prendre une sérieuse revanche.

C’est en effet ce qui se produit en 1985. Mais cette année-là, la malédiction le frappe encore. Dans une chute spectaculaire, il se fracture le nez et termine l’étape à Saint-Etienne le visage en sang. Encore une image impressionnante.

Puis en 1986, le quintuple champion renonce à devenir sextuple. Il se retire avec panache comme il l’avait prévu plusieurs années auparavant, en permettant à son coéquipier américain Greg Lemond de gagner le Tour. Dans l’ascension de l’Alpe-d’Huez, Hinault emmène Lemond vers un premier succès dans la Grande Boucle. Cette étape est restée mythique par la scène du franchissement de la ligne d’arrivée main dans la main. Au départ de ce Tour, Hinault avait fait la promesse de l’emmener vers la victoire. Promesse tenue ! Il s’était promis de quitter le cyclisme quelques années auparavant : promesse tenue aussi. Sa carrière de coureur professionnel s’arrête le dimanche 9 novembre 1986, après un cyclo-cross organisé à Quessoy, tout près d’Yffiniac, son village natal des Côtes-d’Armor.

Deux interviews récentes de Bernard Hinault

  • Interview par Eurosport - mardi 31 juillet 2007

_"A Londres, vous aviez fait part de votre optimisme. C’est toujours le cas aujourd’hui ?

_ Bernard Hinault : Oui, je reste toujours optimiste. Les organisateurs ont essayé de régler les problèmes. Ce Tour s’achève avec un jeune devant. D’autres nouveaux visages ont émergé. C’est ce qu’il faut retenir.

_ Vous aviez dit avant le Tour : "j’espère qu’ils ont compris". Ce n’est visiblement pas le cas pour certains...

_ Bernard Hinault : Manifestement, non. On a toujours dit qu’il fallait sanctionner les tricheurs financièrement. Ils ont tous signé un papier avant le Tour, où ils s’engageaient à accepter de verser de l’argent en cas de contrôle positif. Il faut aller au bout de cette logique et les pénaliser financièrement. Là, peut-être que ça en fera réfléchir certains... S’il n’y a que l’argent qui les intéresse, il n’y a qu’à le leur reprendre."

  • Interview en vidéo pour Armor TV :
Nous voyons dans cette interview que l’homme n’a pas changé. Son franc parler légendaire ne l’a pas quitté et il veut toujours la victoire, mais pour les jeunes cette fois...

Interview du 17 février 2007.

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Quand la France savait gagner
par Voris : compte fermé vendredi 3 août 2007 - 48 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par seb18320 (xxx.xxx.xxx.18) 3 août 2007 11:40

    Et pour en finir avec BERNARD HINAULT

    Interrogé en 2005 sur les faibles performances des coureurs français, il met en cause un problème de mentalité : pas assez de travail, pas assez de tempéremment ou tout simplement pas envie de gagner. Il récuse fermement l’idée qu’il y aurait moins de dopage en France : "Il n’y a pas plus de dopage ailleurs qu’en France.". Il avance même que les contrôles antidopage seraient moins sévères en France qu’à l’étranger : "En France, pour un contrôle inopiné, on vous prévient une semaine à l’avance, ailleurs, on vient vous voir le matin à 6h pour aller au contrôle." (Cyclismag, 03/10/2005)

  • Par seb18320 (xxx.xxx.xxx.18) 3 août 2007 11:37

    Pour une fois que je pense comme LERMA

    "[Le cyclisme] est le sport le plus sain de tous. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Mais, dans tous les métiers, il y a des brebis galeuses. On ne peut rien faire contre elles." (Le Sport - 17/01/1997, rapporté dans Sport & Vie n°41 de mars/avril 1997)

    1982 : au critérium de Callac, il prend la tête d’un mouvement de protestation contre les contrôles antidopage.

    "II devrait y avoir un contrôle systématique tous les mois. Mais les produits qui sont maintenant interdits seraient alors autorisés, en quantité raisonnable. Il y a certaines hormones qui pourraient être utilisées sans problème avec un suivi médical mensuel. Je rejoins le docteur François Bellocq, que j’ai eu comme médecin traitant, sur ce sujet." (Dans le magazine "Tonus" le 6 décembre 1988, cité par François Bellocq dans Sport et dopage, page 122)

    http://cyclisme.dopage.free.fr/port... smiley

  • Par lerma (xxx.xxx.xxx.24) 3 août 2007 10:59
    tvargentine.com

    Ainsi,il existerait un cycliste "français",ici et Breton en plus,qui ne se serait pas jamais dopé ( smiley smiley smiley smiley smiley)

    Une sorte de Monsieur Propre ? ( smiley smiley smiley smiley

    A,franchement elle est bien bonne celle là !

    Et en plus,nous pourrions transcrire le même article d’un bof américain,à l’image du bof français,qui écrirait la même chose sur Lance Amstrong

    Le débat est lancé ici (sans dopage ! smiley)

  • Par grangeoisi (xxx.xxx.xxx.86) 3 août 2007 12:50

    Mort de rire... le chef de gare, Lerma a lancé le débat... et comme d’hab à côté de la plaque.Pas du dopage dont il est question dans l’article mais d’un breton têtu, pouvant être un exemple de ce mot dans les acceptions : opiniâtre, volontaire, courageux...etc ...etc.

    J’ai eu l’occasion de le voir, après avoir officié dans le protocole de remise des maillots, lors d’une arrivée d’étape à Avoriaz ; pas bégueule , pas m’as-tu vu, simple le bonhomme.On sentait que c’était pour lui l’occasion de se retremper dans une ambiance, de faire une cure de jouvence.

    Quant au dopage ! Bien sûr qu’il l’a sans doute employé.On dit que les coureurs avaient une expression pour cela : faire son métier.

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