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Quand le football devient virtuel

La vidéo rendrait-elle le football virtuel ou serait-ce le contraire (elle permettrait d’accéder à des faits de jeu qui aujourd’hui, dépendent seulement de leur visibilité par l’arbitre) ?
Pour on contre la vidéo dans le foot ?

Hier après-midi, de passage devant mon téléviseur, j’assiste au tir de l’Angleterre et voit le ballon rebondir à l’intérieur du but à un moment crucial du match, et avant même les ralentis. Comme tout le monde je guette la réaction de l’arbitre et, comme tous ceux qui ont accès à la vidéo, je me révolte contre les images au ralenti de ce but indiscutable mais… non accordé. A ce moment-là, je mesure encore plus en quoi les définitions habituelles des règles du football (comme de tous les sports en fait) sont VIRTUELLES.

En effet, qu’est-ce qu’un but ? Grosso modo, il y a but lorsque le ballon passe la ligne de la cage d’une équipe sans qu’une faute n’ait été nécessaire pour cela. Mais cette définition a encore été contredite hier, des dizaines ou centaines de millions de personnes en ont eu encore l’illustration, et même la démonstration : cette définition n’est vraie que SI l’un des arbitres au moins VOIT le ballon passer dans ces conditions. Autrement dit, la réalité de la chose n’importe pas tout à fait, car le but peut être accordé aussi même si le ballon n’a pas franchi la ligne. C’est un comble !

Mais de la même façon, il n’y a faute que si l’arbitre VOIT cette faute, pas s’il y a mauvaise intention ou blessure, non, seulement si le fautif se fait prendre.

La règle du hors-jeu obéit un peu à la même loi : non seulement il faut que l’arbitre de touche ou l’arbitre principal soit bien placé au moment du départ du ballon, mais il peut très bien aussi, au bénéfice du doute, accorder un hors-jeu quand il n’y en a pas eu du tout.

On se demande presque pourquoi il n’y a pas toujours un joueur prêt à se placer entre l’arbitre et l’action pour s’assurer qu’il ne verra rien… Ce serait moche, mais pas impossible !

Le football, de plus en plus, vit en fait sous l’influence d’une « camérisation » (des dizaines de caméras peuvent se trouver autour de certains terrains, sans parler des appareils des supporters). Il devient plus transparent, mais permet aussi de revisionner une action. Là où auparavant on en était nécessairement à la parole des uns contre la parole des autres, les images n’étant pas accessibles instantanément, nous avons aujourd’hui la possibilité de trancher. Comme on l’a vu hier, il ne faut plus maintenant que quelques secondes pour avoir accès aux FAITS de jeu, ou au moins à certains d’entre eux. Pire quand, sur certains terrains, des écrans géants donnent l’information à la fois aux supporters, aux joueurs et… à l’arbitre lui-même. C’est… abracadabrantesque ! Car ce fait de jeu accessible de suite aux protagonistes du match a un impact direct, et sur l’état d’esprit des uns et des autres, et donc sur le match en lui-même. Que penser de cette main de Thierry Henry connue au bout de quelques secondes à peine ? Les commentateurs eux-mêmes ne savent pas quoi faire en pareil cas… En fait le football n’est pas encore transparent, il ne sera transparent que lorsqu’il acceptera d’intégrer aux prises décision, tous les faits disponibles, ou au moins les plus flagrants.

Car revisionner les images, c’est déjà ce que fait une commission après match pour juger de la gravité de certaines actions et décider notamment de certaines sanctions à attribuer aux joueurs. Autrement dit, la vidéo existe DEJA dans le football, elle y a déjà un impact, elle ne serait donc pas vraiment nouvelle. D’ailleurs pourquoi Zidane a-t-il été expulsé en finale de la dernière coupe du monde pour une faute qu’aucun des arbitres de terrain n’avait vu, sinon parce que c’est le quatrième arbitre qui a dénoncé le geste coupable ???

Quel est alors le problème ? Est-ce l’arbitre qui doit être destitué ? Non, l’arbitre est humain et donc faillible, et personne ne se plaint de cet état de fait qui a sa place dans le jeu. Mais la vidéo permet aujourd’hui de modifier cette perception : les erreurs de l’arbitre que chacun accepte, doivent pouvoir être évitées quand cela est possible, dans les cas particuliers les plus importants.

Il y a des précédents. Le rugby a déjà intégré la vidéo pour chaque action que l’arbitre n’a pas pu voir clairement. Le rugby reste peut-être le sport dans lequel l’arbitre est le plus respecté, la vidéo ne remettrait donc pas en question la crédibilité de l’arbitre, bien au contraire, elle permettrait de conforter son autorité : si l’arbitre ne le voit pas, la caméra le verra peut-être. Et puis au tennis, le Hawk Eye est un système qui, sur certains terrains, permet au joueur de demander la vérification d’un point. Mais il ne peut le faire qu’un petit nombre de fois par match et avec une règle d’adaptabilité simple : tant qu’il a raison il peut le redemander, mais il ne peut se tromper qu’un petit nombre de fois. On voit donc que la vidéo n’est pas aussi implacable qu’on pourrait le croire : d’un sport à l’autre des variantes sont tout à fait possibles selon les particularités de chacun.

Au football de réfléchir aux siennes. Car décrédibiliser l’arbitre, ce serait ici, permettre à une équipe de réclamer la vidéo à tout bout de champ : l’avis de l’arbitre alors, ne deviendrait qu’accessoire. Mais personne ne demande cela, l’arbitre pourrait lui-même décider ou non s’il demande l’assistance vidéo.

Chacun demande en fait la justice : quand on sait que des joueurs, des staffs, et des millions de personnes derrière eux ont investi un événement footballistique symboliquement et financièrement pendant plusieurs années, peut-on s’autoriser à jouer les efforts des uns et des autres à pile ou face ? Peut-on s’autoriser à briser tous les projets et les attentes des joueurs, supporters et autres acteurs économiques alors que quelques secondes après le but refusé de l’Angleterre hier, tout le monde (même l’arbitre) savait qu’il y avait eu but ? Il paraît même que l’arbitre N’A PAS LE DROIT de se déjuger à l’aide de la vidéo, ce pourquoi hier les images du grand-écran du stade ne lui ont pas permis de modifier sa décision. On marche sur la tête.

N’y a-t-il pas des matchs trop importants pour que l’on puisse tolérer encore ce genre d’injustice ? Nous étions hier en match à élimination directe : les joueurs n’ont pas droit à une deuxième chance comme ce serait le cas, et encore pas toujours, en matchs de poule. Il en fut de même pour la qualification de la France face aux Irlandais, c’était déjà le match retour. Interdire la vidéo n’est-ce pas laisser une part de chance TROP importante dans le jeu ? L’incertitude y sera toujours, mais qu’elle ne s’exerce que sur des faits de jeu moins importants, pas sur les faits de jeu de première importance !

Certains d’entre eux sont trop importants en effet, pour que la question soit si facilement éludée. Un ballon qui passe la ligne comme hier, devant des millions de jeunes, n’est-ce pas une catastrophe pour l’image du football, mais aussi pour l’état d’esprit du football ? N’est-ce pas une façon d’obliger ces jeunes à intégrer de force la notion d’injustice ? Voire même la notion de roublardise pour d’autres comportements ? Peut-on accepter un but sur hors-jeu comme hier pour le Mexique en 8eme de finale de la coupe du monde de football, et alors que, en plus, c’est le favori qui marque ? Voit-on la double injustice ?

Qu’est-ce donc que ce rêve footballistique dont on nous parle pendant 4 ans sans jamais nous rappeler que cela n’est vrai finalement « que sous certaines conditions » ? On nous parle aussi de l’école de la vie, est-ce cela l’école de la vie ? Les dirigeants du football ne souhaiteraient pas voir arriver un football à double vitesse ? Mais du point de vue des salaires des joueurs, qui oserait prétendre que le football n’est pas DEJA un sport non pas à double, mais à multiples vitesses ? Tous les stades sont-ils équipés des mêmes éclairages ? Des mêmes installations sportives ? Les amateurs peuvent-ils se déplacer en avion ? Les pelouses et les terrains sont-ils tous en excellent état ? Les arbitres sont-ils aussi compétents et objectifs à tous les niveaux de compétition ? Quand les ogres des coupes européennes se rencontrent, ces inégalités ne faussent-elles pas déjà la donne ? D’un côté un stade de 80.000 personnes qui poussent leur équipe, de l’autre quelques milliers seulement ? Et que dire en plus des inégalités fiscales d’un état à un autre permettant de faire venir les joueurs les plus chers ? Non l’arbitrage « aidé de la vidéo » et pas seulement « vidéo », ne serait pas une révolution, il serait une amélioration mettant fin à certaines injustices devenues flagrantes, injustifiables.

 

Il y a donc des cas particuliers pour lesquels la vidéo aurait son intérêt, et la liste n’est pas exhaustive :

  • Bien sûr pour déterminer si un ballon a oui ou non franchi une ligne. Quand il y a but, mais aussi quand un but a lieu après un centre du pied alors que la chaussure du joueur était à la limite de la ligne du corner. Voire même quand il y a corner de façon flagrante (dernier joueur qui touche le ballon) mais que l’arbitre ne l’a pas vu (un corner est une occasion de but en puissance, ce qui est moins le cas pour une touche). Ou quand une faute a lieu a la limite de la surface de réparation, voire dedans : à l’arbitre principal de siffler la faute, à l’autre de vérifier que la position par rapport à la ligne blanche est bien la bonne…
  • Bien sûr pour dénoncer un hors-jeu très flagrant avant un but accordé. Si l’arbitre principal est seul à entendre les conseils de l’arbitre vidéo, la confidentialité des raisons de la décision est même conservée, et la responsabilité au pire, transférée au quatrième arbitre.
  • Bien sûr pour accorder un but quand la position de hors-jeu signalée était imaginaire (le rôle de l’arbitre vidéo ne doit surtout pas être celui consistant à rejuger les arbitres, il ne se manifesterait que comme conseiller, sur demande de l’arbitre principal ou s’il a accès à un fait de jeu qui a échappé aux autres arbitres)
  • Mais aussi dans le cas de faits flagrants à l’origine de certains cartons jaunes ou rouges dont les conséquences peuvent être si importantes (Laurent Blanc manquant la finale de la coupe du monde de 1998, Kaka dernièrement se faisant expulser pour rien, etc). Avec la vidéo, l’arbitre peut parfois mettre en évidence certaines simulations, ou au contraire mettre en avant la gravité de certaines actions. Voire de certains faits qui ont lieu en dehors du jeu (crachas, coups de têts, coups de poings réels ou simulés quand il y a contact sur une partie du corps mais douleur à une autre…)
  • Qu’ajouter à ce qui a déjà été dit à propos des buts de la main (Bata, Henry, etc) ?

Oui, cela posera de nouveaux problèmes, mais… et alors ? Cela obligerait à une formation spéciale pour le quatrième arbitre ? Encore une fois : et alors ? Tout cela est naturel, et tant que personne ne souhaite viser la perfection, mais seulement l’amélioration du jeu, la fin de certaines injustices flagrantes et pas la remise en question des décisions de l’arbitre ou « la défense de la vérité » (nous ne sommes ni en droit ni en science), alors nous resterons dans le cadre de décisions humaines. Tant que la technique vient en aide à l’humain et ne le remplace pas, on ne voit plus pourquoi la vidéo n’aurait pas une place plus importante que celle qu’elle a DEJA dans le football. Le tout est qu’elle soit bien encadrée.

L’autre solution, inimaginable bien sûr, ce pourquoi on terminera avec elle, serait d’interdire tout simplement les caméras dans les stades, donc… les retransmissions télévisées. A moins de les limiter, un peu comme avant, à une seule caméra placée dans le prolongement de la ligne centrale du terrain. Mais ce serait alors aller contre ce que les dirigeants du Football ont engagé eux-mêmes depuis des décennies : faire du Football un spectacle, mais un spectacle télévisé et rentable. Finalement, les responsables des questions que posent la vidéo aujourd’hui ne sont-ils pas tout simplement les dirigeants du Football mondial eux-mêmes qui depuis longtemps, ont encouragé la multiplication des caméras dans les stades pour indirectement, faire augmenter les montants des droits de retransmission TV ? On vous le répète : on marche sur la tête !

Contrairement aux apparences, la vidéo ne serait-elle pas d’abord ce qui permettrait de rendre le football moins virtuel ?

Serge Bret-Morel


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4 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 28 juin 2010 17:17

    Bonjour, Kepler.

    Ancien joueur et dirigeant de football, je reste globalement contre la vidéo pour un ensemble de raisons. Mais principalement parce que l’assitance vidéo serait forcément sélective et totalement impuissante pour empêcher certaines erreurs.

    Exemple : un joueur grille la défence et file seul vers le but adverse, mais il est signalé hors-jeu à tort. Que pourrait la vidéo dans ce cas ? Rien, car il serait évidemment impossible de demander aux protagonistes de se replacer à l’endroit exact où ils étaient et dans les mêmes conditions de vitesse.

    Des exemples comme celui-là, on peut en trouver des dizaines qui démontreront que la vidéo n’est pas la panacée mise en avant par certains, et notamment par ceux qui connaissent mal ce sport.

    Cela dit, il semble évident qu’il faille désormais avoir recours à elle pour les matches à fort enjeu. Mais uniquement dans quelques cas très limités. A cet égard, l’exemple à suivre est à prendre aux Etats-Unis dans le... football américain. Après avoir mis en place une large assistance vidéo, les dirigeants étasuniens se sont rendus compte de la confusion et des litiges sans fin que cela engendrait. Ils en sont donc revenus, à ma connaissance, à un droit à l’assistance vidéo limité pour chaque équipe à 2 visionnages maximum par match.
     
    Une solution de sagesse qui aurait sans doute parfaitement fonctionné dans les 2 matches d’hier soir. Mais de grâce, n’allons pas au delà car ce serait la porte ouverte à énormément de problèmes !


    • Kepler69 28 juin 2010 17:26

      Merci Fergus smiley Je crois que nous sommes d’accord : la vidéo pour assister quand c’est possible, mais pas la vidéo pour décider


      • Radix Radix 28 juin 2010 22:11

        Bonsoir

        Il serait plus raisonnable de doter les spectateurs d’un cerveau avant de leurs balancer des vidéos chocs qui risquent de mettre en péril leur santé mentale !

        Radix


        • Radis Call 29 juin 2010 12:02

          Bon, quand j’ai abordé votre article , je me suis dit : tiens ! Un article qui traite du foot autre que le foot spectacle !...

          Car pour moi le foot est avant tout un sport , d’équipe, qu’il est bon de pratiquer et non de consommer depuis un fauteuil devant une autre lucarne .

          L’un n’empêche pas l’autre : on apprécie d’autant plus que l’on pratique...

          Mais cela éviterait bien des dérives , comme l’abus de chauvinisme , de violence , d’incompréhension par rapport à l’arbitrage , forcément imparfait .

          Mais même pour certains la pratique est pervertie : j’habite un logement social et derrière il y a un terrain de foot avec naturellement des cages...

          Ce qui n’empêche pas des tas de gens , gamins, adolescents et jeunes adultes , de s’entraîner dans un passage en dessous de chez moi , pour faire des tirs aux buts extrêmement bruyants.

          Ces logements étant de béton , de ferrailles et naturellement pas du tout insonorisés...

          Théoriquement ces pratiques sont interdites ,encore que l’on rencontre de bizarres réticences de la part des responsables bailleurs , mais quand il n’y a personne pour faire respecter les réglements .

          Et là, ça donne à réfléchir sur la mentalité des amateurs de foot : sur le respect , sur l’individualisme , sur ce que l’on nomme pudiquement les incivilités .

          Ayant été instituteur , j’ai pu observer malheureusement et fréquemment de telles pratiques .

          Des groupes de gamins , investissant de droit , l’ensemble des cours , et terrorisant tous les autres , avec leur ballon frappé dans toutes les directions , y compris contre les autres élèves , les enseignants de surveillance et les fenêtres devenues sécurit...

          Certes beaucoup d’entre nous réagissaient , imposant des limites , des balles de mousse , mais quelle énergie dépensée pour faire entendre raison .

          D’autres, je dois le dire, s’en désintéressaient ,avaient jeté l’éponge , devant le ballon roi, laissant au personnel de veille le soin d’épancher les saignement de nez et les visages touchés : ah , ces glaçons que l’on sort du réfrigérateur , d’autant plus facilement , qu’en dehors d’un peu de dakin , tout autre traitement est devenu interdit...

          Voilà un sujet connexe, qui sera repris ou non , sur ce fil , ou qui aurait pu faire l’objet d’un article , mais agx m’en ayant refusé un , et ne me l’ayant pas retourné pour correctif , comme je le lui avais demandé, je n’ai pas envie de me fouler autre mesure .

          Bonne journée .

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