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Qui veut la peau du Springbok ?

Le congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, souhaite changer le springbok pour mettre une fleur à la place : la protéa. Pendant plus d’un siècle, le springbok a été le symbole de l’apartheid. L’ANC espère ainsi faire tomber l’un des derniers symboles de la ségrégation raciale dans le pays.

L’animal bondissant a été adopté sur le maillot de la sélection sud africaine lors de la tournée en Grande Bretagne de 1906-1907 formée exclusivement de joueur blanc. La Nouvelle Zélande venant de se produire et les médias britanniques l’ayant baptisée All Blacks, il est demandé aux Sud-africains de se trouver un surnom. Ils se surnommeront Springboks en référence à la gazelle d’Afrique méridionale dont le nom signifie « bouc sauteur ». L’animal bondit lorsqu’il est poursuivi par un prédateur, que ce soit un lion ou un guépard.

La première équipe nationale métisse adoptera l’emblème en 1939 et la première équipe noire en 1950. Mais cette emblème fut aussi haï par une partie de la population sud africaine et notamment la population noire, majoritaire dans le pays à plus de 80%.

Lors de l’abolition de l’apartheid dans le sport en 1992, une couronne de Protéas a été ajouté au dessus de l’antilope bondissante. Mais aujourd’hui, l’ANC veut clairement la peau de cet animal au nom de la politique de transformation sociale du pays. Mais depuis 1992, les sud-africains se sont appropriés le symbole. Il n’est plus synonyme d’apartheid mais d’union du pays. La victoire mythique de la coupe du monde 1995 a contribué à la popularisation de l’emblème dans l’ensemble du pays. Personne n’a pu oublier le symbole d’une Afrique du sud réunifiée, lors de la remise du trophée à François Pienaar, capitaine blanc de l’Afrique du sud championne du monde, par Nelson Mandela, vêtu pour l’occasion d’un maillot de l’équipe nationale. A l’époque, déjà, l’ANC avait voulu remplacer le springbok ; Nelson Mandela était alors personnellement intervenu pour autoriser l’équipe nationale à conserver l’antilope pendant la Coupe du monde de rugby 1995.

Avec la victoire lors de la dernière Coupe du monde de rugby en France, en 2007, l’antilope bondissante est devenue définitivement le symbole de l’Afrique du Sud au même titre que la fougère de la Nouvelle Zélande, le wallabies de l’Australie ou le coq français. Toutefois il semble que le springbok soit devenu une espèce en voie de disparition. Tiyani Rikhotso, le porte-parole de l’ANC précise que son sort est déjà scellé : « La décision d’unifier le sport sous un symbole unique a été prise en juin 2007 et approuvée lors de notre congrès extraordinaire de Polokwane, en décembre. Elle sera discutée dans le cadre de notre politique de transformation sociale. Que ce soit pour le rugby, le cricket, le football, nous ne souhaitons voir qu’un seul emblème ».

Le premier sélectionneur noir de l’équipe de rugby, Peter de Villiers, est lui catastrophé par cette décision. « Si on supprime le springbok, il y aura des répercussions énormes sur le rugby sud-africain. Ça risque de le bouleverser et d’avoir des conséquences catastrophiques et irréparables ». Il poursuit : « Dans ma jeunesse, comme j’étais noir, je soutenais les All Blacks et non les Springboks » avant de passer « d’anti-Springboks pendant l’apartheid, à supporter des Springboks lorsque Mandela est arrivé au pouvoir ». Tout un symbole.

Outre le symbole populaire, la gracieuse gazelle est également une source de revenu non négligeable estimée à 12 millions d’euros. Qondisa Ngwenya, d’Octagone, une société de marketing de Johannesburg, est pessimiste sur les conséquences économiques : « Je pense qu’elle aura un effet négatif énorme sur les revenus. Cette question avait un sens il y a quinze ans, à la fin de l’apartheid, mais le ministre des Sports a fait marche arrière et a permis au springbok de continuer à exister. Depuis, les gens l’ont accepté. »

Le ministère des sports devrait trancher cette polémique plus politique que sportive prochainement, mais la décision a été reportée plusieurs fois. En attendant d‘en savoir plus sur son sort, l’antilope galope encore, mais avec une protéa au dessus de sa tête telle une épée de Damoclès.


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1 réactions à cet article    


  • Dalziel 26 avril 2008 18:54

    Un tel changement est vraiment une question négligeable pour un pays que chacun sait en voie de sous-développement.

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