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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Rugby : le Tournoi fête ses 100 ans !

Rugby : le Tournoi fête ses 100 ans !

1er janvier 1910. Partis la veille de Paris, les joueurs de l’équipe de France de rugby sont tendus en cette froide matinée hivernale : dans quelques heures, ils affronteront à Swansea la redoutable sélection du Pays de Galles pour le 1er match de l’histoire du « Tournoi des 5 Nations ». Le Coq gaulois contre le Poireau gallois. 100 ans déjà !

L’équipe de France a découvert le rugby britannique quatre ans plus tôt, en 1906. Curieusement, son premier match international ne l’a pourtant pas opposée à une équipe d’outre Manche, mais aux… All Blacks, alors en fin de tournée européenne. Des All Blacks qui, en 32 matches, ont aligné… 31 victoires et passé 839 points contre 39 à leurs adversaires. 1er janvier 1906 : devant 3000 spectateurs, les Néo-Zélandais l’emportent 38 à 8 au Parc des Princes. Mais, avec 2 essais marqués (contre 10 encaissés il est vrai), les Français n’ont pas été plus ridicules que certaines sélections britanniques, humiliées par les rugbymen des Antipodes.

Dès lors, les Français sont admis à rencontrer les sélections de Grande-Bretagne et d’Irlande, ce qu’ils font assez régulièrement mais sans être intégrés à la compétition (Home International Championship) qui, depuis 1884, oppose avec plus ou moins de vicissitudes l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande et le Pays de Galles. Ce 1er janvier 1910 est donc à marquer d’une pierre blanche : l’IRFB (International Rugby Football Board), prenant acte de la levée du véto écossais, a décidé d’élargir la compétition à la France, devenue en quelques années une nouvelle terre de rugby, notamment dans sa capitale et ses provinces du sud-ouest sous l’impulsion décisive des clubs universitaires.

Le 31 décembre 1910, les choses ne se présentent pourtant pas au mieux : 14 joueurs seulement sont présents peu avant le départ de la gare Saint-Lazare. Charles Brennus*, chef de la délégation et président du SCUF (Sporting Club Universitaire de France) décide alors, pour compléter l’effectif, de convoquer en urgence le Scufiste Joe Anduran qui travaille dans une galerie de peinture voisine. Le joueur arrive in extremis et peut embarquer dans le train avec ses coéquipiers principalement venus du Racing et du SCUF, mais aussi du Stade Français, de l’Aviron Bayonnais, du Stade Toulousain et bien évidemment du SBUC (Stade Bordelais Université Club) qui truste alors les titres en championnat.

Lorsque le match débute contre les Gallois, on ne donne pas cher de la peau des Français. Et de fait, malgré les progrès réalisés par nos joueurs, l’équipe de France composée par les sélectionneurs de l’USFSA (Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques) s’incline lourdement 49 à 14 (et 10 essais à 2) sur la pelouse de Swansea. Et encore les joueurs du Poireau n’ont-ils pas forcé leur talent. On prétend même que le jeu a été suspendu à plusieurs reprises, le temps pour les Gallois d’expliquer à leurs adversaires les fondamentaux du jeu. Et particulièrement le sens du collectif qui fait terriblement défaut à des Français vaillants mais désordonnés. Le match terminé, l’arrière gallois Bancroft ne peut s’empêcher de railler ses adversaires : « Vous ne triompherez chez nous que le jour où il n’y aura plus de charbon en Galles du Nord ! » Un tantinet vexés, les joueurs de l’équipe de France feront tout, les années suivantes, pour faire mentir Bancroft. Il leur faudra pourtant attendre… 1948 pour s’imposer enfin sur le sol gallois. Et faire mentir Bancroft car le charbon est encore omniprésent au Pays de Galles dans les années d’après-guerre. 

Crête en berne pour le Coq gaulois

Battue par le Pays de Galles lors de ce match inaugural du Tournoi des 5 Nations, l’équipe de France subit, en cette année 1910, trois autres défaites à Édimbourg face à l’Écosse (27 à 0), et au Parc des Princes contre l’Angleterre (11 à 3) et l’Irlande (8 à 3). Le XV de la Rose décroche le premier titre, au grand dam des Gallois, favoris de l’épreuve, mais vaincus 11 à 6 par les Anglais.

Laminé par le Poireau gallois, étrillé par le Chardon écossais, vaincu par la Rose anglaise et honorablement défait par le Trèfle irlandais, le pauvre Coq gaulois a laissé des plumes dans les affrontements et perdu quelque peu de sa superbe. En cette année 1910, notre volatile hérite, en guise de trophée, de la symbolique cuillère de bois, récompense virtuelle du dernier classé**. Une récompense accompagnée, côté anglais, du peu enviable commentaire « White Wash » (déculottée) stigmatisant l’équipe vierge de tout point dans le classement définitif du Tournoi. Mais, grâce à l’apport des Français, la compétition a pris une autre dimension : le Tournoi des Cinq Nations – ainsi dénommé par un journaliste anglais – est né***, et avec lui une longue série de frictions parfois viriles entre les froggies hexagonaux et les rosbifs anglais, de loin nos meilleurs ennemis sur le plan rugbystique, à tel point que la confrontation France-Angleterre est surnommée le crunch !

Excepté le centralien Marcel Communeau et le futur fondateur de l’AS Béziers Jules Cadenat (« Jules comme César, Cadenat comme serrure » se plaisait-il à dire), aucun des pionniers de ce 1er Tournoi des 5 Nations ne s’est imposé dans la légende du rugby. Deux joueurs ont pourtant imprimé leur nom dans la petite histoire de ce superbe sport : Anduran et Menrath. Le premier pour l’anecdote ferroviaire qui a marqué son unique sélection. Le deuxième pour avoir été le 1er joueur de couleur de l’équipe de France (Menrath était un métis d’origine antillaise).

Moins de quatre ans après ce 1er Tournoi des 5 Nations éclatait la Grande Guerre. Un conflit qui se révélera effroyablement meurtrier pour les joueurs de 1910 jetés, comme tant de Français, dans la tourmente de 14-18. Huit d’entre eux périront au combat ou des suites de leurs blessures : Joe Anduran (SCUF), René Bondreaux (SCUF), Marcel Burgun (RCF), mort en 1915 aux commandes de son avion sur les lignes allemandes), Pierre Guillemin (RCF), Rémi Laffite (SCUF), Gaston Lane (RCF), Marcel Legrain (Stade Français) et Alfred Mayssonnié (Stade Toulousain). 

Les débuts poussifs de l’équipe de France seront suivis pour nos rugbymen d’un apprentissage difficile, assorti d’une longue exclusion de 1931 à 1939 pour… professionnalisme ! Il faudra attendre 1954 pour que la France gagne enfin son 1er Tournoi des 5 Nations. 23 autres suivront (dont 8 grands chelems****), plaçant la France au 3e rang des vainqueurs derrière l’Angleterre et le Pays de Galles.

Comme le démontre l’épopée du XV de France au fil des décennies, le sport est une belle école de patience. Une patience toutefois de plus en plus mise à mal par les intérêts financiers des clubs, de la Fédération et des Comités régionaux. Sans oublier la pression, toujours plus forte, des médias et des sponsors. La planète rugby est décidément à des années-lumière de l’amateurisme de 1910...

* Charles Brennus est beaucoup plus connu pour le fameux trophée, dit bouclier de Brennus, qu’il a gravé sur un panneau de bois d’après un dessin de Pierre de Coubertin. Ce bouclier, dénommé le « bout de bois » par les rugbymen, est remis chaque année au vainqueur du championnat de France par des jeunes du SCUF.

** La tradition remonte à… 1884. L’Irlande ayant perdu tous ses matches du Home International Shampionship, le joueur anglais William Bolton offrit aux Irlandais une cuillère de bois géante achetée en Suisse et utilisée pour brasser la pâte à fromage dans les cuves. Dérobée 10 ans plus tard à Londres, la cuillère n’a pas été remplacée, mais l’appellation est restée.

*** L’IRFB mettra pourtant 5 ans pour adopter définitivement ce nom.

**** Le grand chelem consiste à gagner tous les matches d’un Tournoi. Les grands chelems français ont été réalisés en 1968, 1977, 1981, 1987, 1997, 1998, 2002 et 2004.
 
 

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36 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 28 décembre 2009 10:48

    Je constate avec amusement que le premier lecteur de cet article s’est empressé de le noter négativement. De deux choses l’une :

    - Soit cet AgoraVoxien n’aime pas le rugby (ce qui est parfaitement son droit), et l’on se demande quelle mouche l’a piqué de cliquer sur un article consacré à une activité qu’il déteste.

    - Soit il aime le rugby et a, malgré tout, trouvé l’article sans intérêt. Auquel cas, j’aurais bien aimé qu’il nous explique dans un commentaire ce qu’il reproche à cette histoire ou, peut-être à son maladroit rédacteur.


    • Jurassix Jurassix 28 décembre 2009 11:46

      Certainement un imbécile de footeux (je vais encore me faire des amis).

      Très bon article, qui permet de comprendre un peu la génèse du XV tricolore. Je ne sais pas d’ou viens notre style de jeu par contre, ce que les Anglais aiment appeler le « french flair ». Est un entraineur, un joueur qui a laissé sa marque de fabrique au fil des décennies ?


    • Fergus Fergus 28 décembre 2009 12:00

      Bonjour, Jurassix, et merci pour votre commentaire.

      N’étant pas un technicien du rugby, mais plutôt un fervent amateur de ce beau sport, je ne suis pas le mieux placé pour parler du « french flair ». Cela dit, je ne crois que ce « french flair » qui désigne, dans l’esprit des britanniques, le jeu traditionnellement ouvert et créatif des français soit à mettre au crédit d’un technicien ou d’un club. Il me semble beaucoup plus résulter de l’esprit qui a longtemps prévalu dans les clubs basco-landais et chez le champion toutes catégories, le Stade Toulousain. La « french flair » est une résultante d’une certaine culture rugbystique axée sur le jeu de mouvement.

      Cela n’a pas toujours été le cas, et la période de domination de l’AS Béziers a été, à mon point de vue, une régression de cet esprit qui, fort heureusement est revenu par la suite. De nos jours, il semble de voir s’imposer à nouveau en équipe de France après avoir été mis à mal par les choix tactiques étriqués de Laporte.

      Cela dit, peu importe les vainqueurs, pourvu que le plaisir des joueurs et celui des spectateurs soient au rendez-vous.


    • JoëlP JoëlP 28 décembre 2009 12:02

      ...à son maladroit rédacteur...

      Puisque vous pêchez pour un compliment, je dirai que c’est vraiment un article sympa et très exhaustif sur les débuts du tournoi. J’aurais aimé en savoir plus sur cette période d’exclusion pour professionnalisme de 31 à 39


    • Fergus Fergus 28 décembre 2009 12:25

      @ Joël P.

      Merci pour votre commentaire. Et rassurez-vous, je ne recherchais pas le compliment, mais exprimais mon amusement (quelque peu irrité, je dois dire) devant la manière dont est parfois utilisée la notation des articles (je parle en général et non de mes propres textes). Mais peut-être certains AgoraVoxiens estiment-ils que certains sujets, moins nobles que d’autres, n’ont pas leur place dans ces colonnes...

      Pour ce qui est de l’exclusion du Tournoi, le lien donné par Papy répond à la question.

      Bonne journée.


    • Radix Radix 28 décembre 2009 13:11

      Bonjour Fergus

      Tu as raison, il y a eu deux sortes de jeux développés en France le jeux ouvert du Sud-Ouest et le jeux fermé (à l’anglaise) de Béziers, Toulon et Clermond.

      C’est heureusement le premier qui a prospéré en équipe de France quoique actuellement nous voyons apparaître un nouveau jeu, moins débridé, plus technique et à vrai dire un peu moins passionnant à regarder : trop réaliste et s’appuyant un peu trop sur l’arbitrage pour gagner !

      Radix


    • Fergus Fergus 28 décembre 2009 13:35

      Salut, Radix, et merci pour ton commentaire qui rejoint mes propres observations.

      Je crains effectivement que nous n’allions de plus en plus vers un jeu, sinon fermé à la bittéroise, à la toulonnaise ou à l’anglaise, du moins beaucoup trop axé sur un jeu d’avant stéréotypé certes spectaculaire sur le plan technique pour les experts, mais moins accessible au grand public et potentiellement plus démobilisateur.

      A cet égard, les All Blacks avec leur conception d’un rugby total, la même pratiquement qu’aux origines de l’équipe des Kiwis, restent les références pour tout amateur du jeu.

      Bonne journée.


    • snoopy86 28 décembre 2009 15:09

      Le jeu ouvert à la française n’était concevable qu’à une époque où ( à part les 3éme ligne ailes ) les avants étaient des bestiaux pousseurs et peu mobiles...
      Barrière et Beziers ont été les premiers à avoir des avants costaux et mobiles ( qui osait arrêter Estéve lancé ? )

      Aujourd’hui c’est une définition qui n’a plus beaucoup de sens tellement le profil des joueurs a évolué

      Les trois-quarts d’aujourd’hui ont le gabarit des deuxiéme ligne d’il y a trente ans


    • Fergus Fergus 28 décembre 2009 17:00

      Il est sûr que les trois-quarts actuels sont d’impressionnants athlètes qui n’ont plus rien à voir avec ceux de naguère, avant tout légers et rapides.

      Tout comme les avants d’ailleurs, trop souvent peu inspirés balle en main autrefois, et capables aujourd’hui de produire du jeu de qualité.

      Cela dit, gare aux « caramels » dans l’avenir, ils risquent de devenir de plus en plus durs !


    • snoopy86 28 décembre 2009 11:55

      Bon article, bien qu’écrit par un fouteux smiley ( j’allais écrire manchot mais Fergus est gardien de but...)

      Mais où est passé l’esprit du rugby ?

      Qu’en ont fait les Guazzini et consorts ?

      Snoopy ancien flanker ( aprés des débuts maladroits à l’aile ), spécialiste du tampon


      • Fergus Fergus 28 décembre 2009 12:13

        Salut, Snoopy.

        Eh oui, footeux et gardien de but durant 32 ans. C’est d’ailleurs la particularité de ce poste (pouvoir utiliser les mains) qui m’a sans doute orienté vers les manchots. Blague à part, j’adore le rugby et, dans la mesure du possible, je ne rate pas les matches du Tournoi ni bien entendu ceux de la Coupe du Monde alors que j’ai résolument tourné le dos au foot, définitivement gangréné par le fric et les magouilles.

        Un risque qui menace également le rugby s’il se laisse aller sur la même pente. Par chance, s’il y a des dérives marketing ici et là, les comportements sur le terrain n’ont pas changé et le respect continue de prévaloir sur les stades. Cela dit, tu as raison de pointer du doigt Max Guazzini et ceux qui seraient tentés de l’imiter. Le Stade Français constitue, à l’évidence, la plus grave menace pour ce sport, du fait de ses dérives à l’américaine qui en détournent l’esprit.

        Le rugby que j’aime, c’est celui des contacts parfois virils sur le terrain mais respectueux de l’adversaire et les pots au club-house avec des joueurs, parfois internationaux, qui ne se prennent pas le chou comme les stars du foot. A ce propos, mon meilleur souvenir de rugby : la fois où, au club-house du PUC, je me suis trouvé à boire une bière avec Imbernon ; ce jour-là j’ai pris conscience de mon physique d’ablette, moi qui me croyais plutôt assez bien bâti ! 

        Bonne journée.


      • François51 François51 28 décembre 2009 14:12

        pourquoi tirer sur Max Guazzini et consorts ? l’esprit rugby ? il s’est mediatisé pour moi. le top 14 est de plus en plus suivi. pour un match de championnat le stade de France est quasi rempli les meilleurs joueurs (ou presque) de la planète sont de plus en plus attirés par le top 14 voir même la proD2.
        le proffessionalisme n’a pas que des inconvénients si ? . la coupe du monde, le tournoi des 6 nations, et la H cup Europeenne font des audiences équivalente a la ligue des champions de foot, et surement tout autant que la ligue1 qui au contraire est en perte de vitesse visiblement.
        bon il est vrai, on aime ou on n’aime pas les shows d’avant match de Guazzini. en tout cas , ça attire du monde et ça fait connaitre ce sport a de plus en plus de non initiés.
        une bonne chose a mon avis. vive le rugby ! ...


      • Fergus Fergus 28 décembre 2009 16:24

        Vous avez peut-être raison, François, mais je crains que cette évolution du rugby, marketée et merchandisée, ne soit l’amorce d’un professionnalisme de spectacle à l’anglo-saxonne où le résultat devient, peu à peu, de plus en plus vital pour des clubs désormais gérés comme des entreprises et tributaires des exigences de l’actionnariat ou d’un riche propriétaire. Et plus il y aura d’exigences, plus il y aura de dérives de tous ordres comme dans le football, désormais complètement gangréné

        Sans revenir à l’ambiance des Dax-Bayonne ou Bègles-Narbonne d’autrefois, je pense qu’il faudrait éviter d’aller trop avant dans la voie tracée par Guazzini et ses disciples.


      • Fergus Fergus 28 décembre 2009 12:17

        Bonjour Papy.
         
        Ces précisions sont en effet utiles et même indispensables pour mieux mesurer la réalité de scores de l’époque.

        Faute de l’avoir fait dans l’article pour ne pas trop l’alourdir, j’avais pensé y consacrer un commenatire. Merci de l’avoir fait.


      • snoopy86 28 décembre 2009 12:40

        Salut freluquet Papy smiley


      • snoopy86 28 décembre 2009 14:04

        Fergus, je me permets de replacer sur ton article un commentaire de mon ami ( smiley ) Sisyphe passé injustement inapercu sur un article de Villach attaquant Thierry Henry. Quoique je puisse penser du bonhomme il y a dans ce commentaire des lignes parmi les plus belles de ce qu’on a pu lire sur le sport d’équipe

        Footeux et rugbymen apprécieront particuliérement la première partie :

        Par sisyphe (xxx.xxx.xxx.123) 26 novembre 15:57

        Que d’emphase et d’anathèmes...

        Que de mépris aussi pour le « petit peule » des amateurs de foot, dont je suis.

        Eh oui, il faut ne pas avoir connu le plaisir de pratiquer un sport collectif, d’unir des volontés, des talents (ou non), de nouer des amitiés, des complicités, de créer ensemble, les petits matins d’hiver, sur des terrains improbables, de chercher à inventer, chaque fois, des solutions contre des adversaires qui entretiennent la même passion, avoir ressenti cet esprit de groupe, d’équipe, lors de déplacements dans des villages d’arrière pays, la fraternité des vestiaires, la solidarité dans la défaite, comme la joie des victoires ; sachant qu’en fin de compte, il n’y a rien d’essentiel ou de dramatique qui se joue là ; rien que le plaisir du jeu, pour porter cet espèce de regard méprisant et hautain, qui ne trahit que l’ignorance.

        Oui, j’aime le foot, j’y ai joué toutes les semaines pendant 35 ans, y éprouvant chaque fois le plaisir du collectif, d’une réalisation d’une partie de moi, essayant de trouver les gestes justes, les combinaisons élégantes, efficaces, d’inventer l’intelligence du jeu, la joie des buts marqués, des buts sauvés aussi, j’y ai éprouvé des plaisirs que seuls peuvent procurer des sports collectifs, le plaisir d’être et de faire ensemble...
        Donc, j’aime aussi y assister, dans les stades, me régaler d’un beau spectacle, d’actions réussies, de belles envolées, d’exploits techniques, de moments d’exaltation ou de dépit ; y participer d’un ensemble d’émotions, et les partager avec les autres citoyens.

        Ni de quoi être particulièrement fier, mais ni honteux en quoi que ce soit ; aucun excès d’honneur, ni aucune indignité ; le plaisir d’être ensemble, d’assister à un spectacle que l’on apprécie, que l’on partage.

        Alors, la main d’Henry ; la belle affaire ; tout a été dit et redit, et pas de quoi en faire tout un fromage : un fait de jeu comme il s’en produit des milliers, toutes les semaines, sur tous les terrains de France, de Navarre, et du monde, où des jeunes gens prennent du plaisir à pratiquer un sport qu’ils aiment, et qu’ils acceptent ; c’est la loi du sport, avec ses erreurs, ses injustices ; c’est humain.

        Après, le foot professionnel, le « foot-business », avec toutes les sommes qu’il draine, les salaires de stars, oui, oui, je sais... Et alors ?
        Je ne trouve pas scandaleux que des professionnels gagnent beaucoup d’argent en produisant un spectacle qui attire les foules, et dans lequel ils s’investissent totalement.
        C’est un des métiers du spectacle ; et s’il s’y brasse beaucoup d’argent, c’est que ce spectacle fait recette ; autant que ce soit les acteurs qui en profitent ; ça me semble juste.
        D’autant que leur carrière est courte (en gros une douzaine d’années), et qu’ils y prennent des risques.

        Je sais ; du pain et des jeux, pour distraire le peuple : mais on l’emmerde tellement, par ailleurs, le peuple, on le contraint, le pressurise, l’exploite, le force, l’oppresse tellement, qu’il a quand même bien le droit à profiter un peu d’un spectacle qu’il apprécie, non ?

        Et si vous n’aimez pas ça, ce ne sont pas les autres distractions, spectacles, façons de se cultiver, de se distraire, de se divertir qui manquent ; alors, profitez en, mais ne venez pas critiquer ou emmerder ceux à qui ça plait : on ne vous gâche pas vos plaisirs ; alors, ne venez pas nous gâcher celui-là ; de toutes façons, vous n’aurez aucune chance d’y arriver.

        Alors, malgré les excès, les abus, les erreurs, les déceptions, les injustices parfois, vive le foot.




        • Fergus Fergus 28 décembre 2009 14:21

          @ Snoopy.

          Je n’avais pas lu ce commentaire de Sysiphe. Merci de l’avoir rappelé car il est un vibrant plaidoyer (de surcroît très bien écrit) pour la pratique du sport amateur auquel j’adhère totalement.

          Pas d’accord en revanche avec la deuxième partie qui traite du football professionnel. J’ai été éducateur de foot auprès des jeunes durant 10 ans, et les gestes comme ceux de Zidane ou de Henry me navrent au plus haut point car ils sapent en quelques instants le travail accompli parfois depuis des mois. Moins par l’accomplissement de ces gestes de violence ou de triche que par les commentaires d’excuse ou de relativité qui les accompagnent de la part des journalistes ou des supporters portés par leur seule passion.

          Le sport est, pour les jeunes, une composante de l’éducation. Raison pour laquelle on doit condamner avec la plus grande fermeté, les actes contraires à l’esprit du jeu lorsqu’ils sont clairement démontrés. En conséquence de quoi, jamais Zidane n’aurait se voir décerner le titre de meilleur joueur du dernier Mondial. En conséquence de quoi Henry devrait être suspendu plusieurs matches lors du prochain Mondial. Telle est l’idée que je me fais (et que j’ai toujours défendue) du sport et de son éthique.


        • snoopy86 28 décembre 2009 15:01

          Complétement d’accord avec toi, mais j’ai tellement aimé la première partie ...

           


        • ASINUS 28 décembre 2009 16:33

          yep comme disait le pere jeses qui ma initié au rugby ,
          les enfants en entrant
          en mélée rappelez vous les saintes paroles :

          frappez et l on vous ouvriras !!



          sinon comme d hab ! yep Fergus !


          • Fergus Fergus 28 décembre 2009 17:05

            Salut, Asinus.

            « Frappez et l’on vous ouvrira ! »
            La sainte parole que voilà, complétée, cela va de soi, par son complément : « Pénétrez dans l’axe profond ! » 

            Bonne journée.


          • ELCHETORIX 28 décembre 2009 17:26

            Bonjour fregus , voila un très bon article sur le rugby , sport d’équipe dont les valeurs restent inchangées et ce malgré le professionnalisme qui j’espère ne modifiera pas ces valeurs .
            Etant du Sud-Ouest , il est évident que je suis le tournoi des v nations depuis 1959 date de mon entrée en 6ème au lycée , puis voir sur le terrain l’équipe de Nouvelle-Zélande , un vrai régal pour nous , puis on a pratiqué ce sport comme troisième ligne-aile et centre , jouer ce sport est une autre école de la vie .
            Bref , en Haute-Garonne , ce sport est toujours le sport-roi , bien qu’il soit devenu plus technique et donc moins romantique , mais pour ma part j’apprécie toujours le rugby .
            Bien à vous et meilleurs voeux !
            RA .


            • Fergus Fergus 28 décembre 2009 17:56

              Bonjour, Elchetorix, et merci à vous pour ce commentaire.

              Malgré les évolutions de ce sport, j’y reste également très attaché pour les mêmes raisons que vous : contrairement à d’autres, il n’a pas renié ses valeurs traditionnelles et surtout le respect qui prévaut dans les rencontres, fussent-elles parfois viriles. Puisse le rugby résister encore longtemps aux sirènes d’un bizness débarrassé de toute morale sportive !

              Meilleurs voeux pour vous également.


            • Suldhrun Coyotin 31 décembre 2009 22:36

              Bonsoir Fergus .

              Bonne année 2010 ..........


            • Fergus Fergus 1er janvier 2010 14:06

              Bonjour, Coyotin, et merci pour ces voeux.

              Je vous souhaite également une excellente année 2010 pour vous-même, vos proches et vos amis.


            • plancherDesVaches 3 janvier 2010 14:41

              « sport d’équipe dont les valeurs restent inchangées et ce malgré le professionnalisme »

              FAUX.

              La montée de la violence est parfaitement perceptible. Mais ne dit-on pas que l’argent fait le bonheur... ???
              Il n’y a encore pas si longtemps, nous jouions. Maintenant, il s’agit de vaincre par tous les moyens.


            • Fergus Fergus 3 janvier 2010 18:01

              Bonjour, Plancherdesvaches.

              Vous avez sans doute raison. Cela dit, la violence était déjà présente dans le passé, aussi bien dans le Championnat de France que dans les Comités régionaux ou les matches internationaux. L’exclusion du XV de France du Tournoi en 1931 n’a d’ailleurs pas été due uniquement au professionnalisme mais également au jeu violent pratiqué par les Français.

              Espérons que cela n’empirera pas dans l’avenir...


            • clostra 3 janvier 2010 12:27

              "Excepté le centralien Marcel Communeau et le futur fondateur de l’AS Béziers Jules Cadenat (« Jules comme César, Cadenat comme serrure » se plaisait-il à dire), aucun des pionniers de ce 1er Tournoi des 5 Nations ne s’est imposé dans la légende du rugby.« 
              Ah bon ? vous croyez, vous êtes sûr ?
               »Le France-Écosse joué le 2 janvier 1911
              à Colombes devant 8 000 spectateurs
              tient une place à part.
              L’Écosse avait été la dernière à rejoindre
              le concert des Cinq Nations ; la première
              rencontre avait eu lieu le 22 janvier 1910
              à Edimbourg et s’était soldée par un cuisant
              27 à 0. Ce 2 janvier, donc, Colombes
              était bondé. Un millier de « populaires à
              20 sous » avait même forcé les barrières
              pour s’imposer dans les tribunes à trois
              francs. Les choses démarrèrent assez
              bien, les Français marquant d’emblée
              mais les Écossais égalisèrent dès la 14e
              minute. Puis Burgun réussit une percée
              et lança Failliot qui fonça à l’essai : 11-8
              pour la France à la mi-temps.
              À la reprise, un drop donna l’avantage aux
              Écossais, 11-12. Puis Failliot, encore lui,
              s’échappa, marquant son deuxième essai
               : 16-12, avantage qu’un nouvel essai
              écossais non transformé réduisit à 16-15.
              Le tout était maintenant de résister aux
              assauts écossais…
              Or, quelques minutes avant la fin, le
              redoutable ailier Sutherland réussit à
              transpercer les lignes françaises. Il avait
              le champ libre quand Failliot, dans une
              course désespérée, réussit à le stopper
              à un mètre de la ligne de but ! Délire
              dans les tribunes, les barrières sont enfoncées.
              « 2 000 personnes massées
              devant les vestiaire, raconte Paul Champ
              dans l’Auto, inlassablement acclament
              et réclament Communeau, Lane et
              surtout Failliot. Et tout à coup, dans la
              nuit vite venue, une voix entonne la
              Marseillaise, puis deux, puis vingt, puis
              des centaines de voix clament bientôt
              la victoire de nôtres en chantant notre
              hymne national ! Et je vous assure qu’il
              y eut là un moment d’intense émotion
              que n’oublieront pas de sitôt tous ceux
              qui étaient présents sur le champ de Colombes
              en ce soir du 2 janvier 1911, date
              historique dans l’Histoire Sportive Mondiale
               ». « Communeau fut absolument
              impeccable comme joueur et comme
              capitaine, à lui la gloire de la première
              victoire internationale », conclut La Vie
              au Grand Air.
              Ce match mémorable fut le seul gagné
              contre une équipe britannique avant 1914.
              Il fallut attendre 1920 pour que l’exploit se
              renouvelle."

              Vous devriez faire un tour dans le sud-ouest...


              • Fergus Fergus 3 janvier 2010 13:54

                Bonjour, et merci, Clostra, pour la relation de ce mémorable match contre l’Ecosse qui resta effectivement la seule victoire française de l’avant guerre de 14-18.

                Je n’ai certes pas votre connaissance du sujet. Cela dit, je crois n’avoir pas trahi la glorieuse histoire du rugby en ne plaçant pas Pierre Failliot sur le même plan que Marcel Communeau. Cela ne diminue en rien les mérites de ce joueur et le rôle essentiel qu’il a joué le 2 janvier 1911 dans cette victoire mémorable du XV de France, acquise le jour même où Failliot disputait son dernier match en sélection. A noter à son sujet que le racingman était beaucoup plus connu alors pour sa brillante carrière athlétique, sanctionnée par plusieurs titres et records, au premier rang desquels une médaille d’argent olympique en 4 x 400.

                Quant à être du Sud-Ouest, certes je n’en suis pas, contrairement à mon épouse, originaire des Landes girondines, une région où j’ai souvent (et avec plaisir) séjourné, poussant à l’occasion mes virées jusqu’au pays basque et parfois dans les stades pour voir à l’oeuvre non seulement des quinzistes, mais aussi les treizistes de Facture quand ce club et ce sport existaient encore. Auvergnat, j’ai en outre longtemps suivi le parcours des Aurillacois de Victor Boffeli.

                Je vous souhaite une excellente journée pour cette reprise 2010 du Top14 qui verra, je l’espère, une nouvelle victoire de... Clermont.


                • Fergus Fergus 3 janvier 2010 14:13

                  Merci pour ce superbe lien, Clostra. Failliot et Burgun étaient en effet centraliens comme Communeau.

                  De manière générale, et contrairement à ce qu’il est devenu par la suite en débordant des villes pour s’implanter dans les campagnes et recruter de solides gaillards du terroir, le rugby français était, sur le modèle de son homologue britannique, essentiellement pratiqué, comme je l’ai indiqué dans l’article, par des joueurs universitaires ou d’anciens élèves de grandes écoles. Et ce n’est pas un hasard si la plupart des titres en championnat ont été trustés à cette époque par le Stade Français (le club des sportifs du Lycée Saint-Louis), le SBUC et, à un degré moindre, le Racing.


                • clostra 3 janvier 2010 15:27

                  Le dirais-je ? Pierre était mon grand-père.


                • clostra 3 janvier 2010 17:55

                  Je sens que je vous laisse pantois...Il ne faut pas, il n’y avait ni colère ni rancoeur dans le rappel de cet oubli. Simplement un effort de mémoire.
                  Et puis, sans doute une certaine fierté d’avoir dans mes ancêtres quelqu’un de capable de faire entonner l’hymne national, fût-il aussi barbare que ce sport...


                • Fergus Fergus 3 janvier 2010 18:46

                  Que vous soyez fier de cet ascendant est tout à fait légitime. Surtout quand on connaît un peu le parcours de celui qui fut surnommé « L’autobus », à la fois brillant sportif et entrepreneur, malheureusement décédé prématurément.

                  Eu égard à son parcours sportif complet (il fut également pelotari et président de la Fédération de Pelote Basque), j’aurais en effet dû le mentionner à l’égal de Communeau et Cadenat en soulignant son éclectisme et sa brillante carrière athlétique.

                  Bonne soirée.


                • clostra 3 janvier 2010 20:31

                  Merci pour ce vibrant hommage.
                  Oui, le fronton de pelote basque en bord de Seine à la hauteur de la porte de Saint Cloud est là grâce à la Fédération. Il est en effet encore très connu au Pays Basque et dans les Pyrénées mais il se peut que ceux qui s’en souviennent commencent à disparaître...


                • Duralex Duralex 3 janvier 2010 21:23

                  J’aurais lu tout ceci avec délectation s’il n’y avait eu ces quelques attaques contre cette merveilleuse équipe que fût l’AS Béziers.

                  Ce club, lorsqu’il existait encore, M. Fergus, ne fermait pas le jeu. Durant toutes les années 70 ce fût l’équipe qui a marqué le plus d’essais, bien loin devant le Stade Toulousain (devant lequel je m’incline néanmoins) et le SU agen (devant lequel je ne m’incline pas).

                  Au fait vous savez pouquoi le Stade (le seul, le vrai, celui devant lequel je m’incline) était surnommé la Vierge Rouge ?

                  Les Biterrois avaient simplement compris que l’offensive était plus efficace, plus pénétrante, plus soutenue, notamment dans la durée, moins risquée aussi, lorsqu’elle était pratiquée à quinze, avec les avants et non avec les seuls trois-quarts.

                  Maintenant toutes ces polémiques vieilles de presque quarante ans sont bien dépassées. A l’époque chaque club avait son style. Même si l’on avait changé les maillots vous les auriez reconnus quand même. Aujourd’hui tous les clubs du championnat jouent de la même façon. Ils se ressemblent tous et leurs maillots ne ressemblent plus à rien.


                  • Fergus Fergus 3 janvier 2010 22:49

                    Bonsoir, Duralex.

                    Sincèrement désolé si certains commentaires concernant l’AS Béziers ont pu vous blesser. Mais sachez que si je comprends vos arguments, il m’est difficile personnellement de modifier l’image que me suis fait, à l’époque, du jeu bittérois relativement à celui qui était pratiqué par les adversaires de ce club. Et ce jeu, efficace je le reconnais bien volontiers, n’était pas du tout de mon goût. Il en allait alors pour moi du rugby comme du tennis : j’ai toujours, et de très loin, préféré le jeu de Mc Enroe à celui de Connors !

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