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Son parcours de footballeur professionnel

Un témoignage sur ce monde étrange

Un cas à part ...

 

Après un billet un peu brutal sur le football, j'ai eu la surprise et le plaisir de recevoir plusieurs longs commentaires d'un ancien joueur professionnel qui m'a fait le cadeau de raconter son parcours en toute franchise. Je vous livre ici le premier passage. L'aventure mérite d'être lue.

J'ai grandi dans ce milieu du "football" ; 
sports-études puis centre de formation comme stagiaire pro. Apparemment j'étais doué puisque j'ai signé un contrat pro à 17 ans dans un des plus grand club anglais (Tottenham 2000 à 2002). J'y ai évolué 2 ans et joué des matchs de 1ere ligue (premiership).

Pour les béotiens, nous sommes là devant une réussite indiscutable. Le championnat anglais est souvent cité en exemple tant à la fois pour son niveau de jeu que ses exigences dans la sélection et la formation des jeunes. Notre témoin avait à n'en point douter un fort joli bagage sportif.

Durant mes deux années en Angleterre, tous les jours, je dis bien chaque jour, c'était la guerre dans les vestiaires. Rares étaient ceux qui se saluaient, tant la concurrence était perceptible.

1600 livres sterling (environ 16 000 francs de l’époque) uniquement pour être inscrit sur la feuille de match et entre 500 et 4 000 livres si on jouait au prorata de notre temps de jeu.

Ces chiffres ne sont que des primes de match, nous touchions bien évidemment notre salaire négocié à la semaine, selon la coutume anglaise. En outre, en fin de saison, il y avait bien sur des primes d'objectifs (Champions league, Cup, FA, etc). Dans ce contexte comment ne pas être obnubilé par l'argent quand on n'a pas eu une éducation solide ?

L'argent provoque une situation conflictuelle permanente. Il est si prégnant dans le quotidien du sportif qu'il prend toute la place. La présence du joueur sur la feuille de match est un élément clef de sa réussite. Pour atteindre cet objectif, il doit sacrifier les valeurs collectives afin de ne penser et d'agir que dans son seul intérêt.

A la fin de mon contrat, j'ai refusé d'être "vendu" à Stoke City, j'avais 19 ans et pensais naïvement que j'avais mon mot à dire en cas de "transfert'' (terme utilisé quand on vend un joueur) J'ai dit "non", je voulais choisir le lieu ou j'irai, alors, j'ai été boycotté !

Mon club avait pris bien soin de faire savoir à tous les intermédiaires qu'il ne fallait pas travailler avec moi. En effet, comment aurais-je pu les intéresser s'ils ne pouvaient pas faire de plus-value financière sur moi ? Pourquoi prendre le risque de placer un joueur qui aurait pu s'opposer à un transfert ?

Le joueur doit être un objet. Pour renforcer cette immaturité sociale, la profession d'agent est apparue. Bien sûr, l'intermédiaire agit d'abord pour son bénéfice. Il privilégie le court terme, il fait du jeune joueur un produit qui doit sans cesse être rentable. Malheur à qui veut se libérer de cette logique, l'histoire de notre témoin le démontre.

Il faut savoir que pour chaque transfert d'un joueur, son ancien club et tous les intermédiaires touchent de l’argent. Avec un joueur qu'on ne peut transférer, on ne peut pas faire de profit...

Je me suis pris en main, appelant à droite, à gauche pour finalement me retrouver en Suisse, en Belgique, puis finir par revenir en France au Mans puis à Tours. À 23 ans j'ai fait un choix que peu de personnes ont compris...

Sortir du cadre, de la norme est la pire des fautes dans un milieu qui se plaît à produire des joueurs standardisés, aux physiques exemplaires et aux cursus si semblables. C'est d'ailleurs dans cette folie de la conformité que l'on peut expliquer la baisse du niveau de la formation française. C'est dans la différence que l'on peut voir émerger des personnalités, non dans l'homogénéité des parcours.

Après une année "d'analyse" (suivi psychologique car il faut redescendre sur terre) j'avais pu prendre du recul et voir les choses différemment ! J'ai choisi de sortir du monde "pro" et me trouver un emploi ordinaire. Les gens m'ont pris pour un irresponsable !

Je devais avoir gagné suffisamment d'argent pour me le permettre ! Que nenni ! Refusant d'être vendu, j'ai joué 6 ans en pro dans divers clubs avec des salaires mensuels "normaux" entre 1500 et 3000 €. Hormis ma période de Tottenham 4500 € par mois pendant 2 ans

Sortir du cadre a un coût. On découvre alors que des joueurs peuvent vivre de peu. C'est la confrontation de ces salaires assez ordinaires avec ceux exorbitants de certaines vedettes qui provoque la rupture de la dimension collective dans ce sport. Nous pouvons aussi souligner le courage de notre témoin qui a dû en passer par une thérapie pour pouvoir faire le grand saut.

Ce qui m'a vraiment aidé, c'est que durant mon "petit" parcours pro, je n'ai jamais arrêté mes études. Lors de la signature de mon contrat en Angleterre, j'avais demandé un professeur particulier chaque jour, après l'entraînement. Comme ça ne leur coûtait pas "grand chose", les dirigeants ont accepté.

Demander une Ferrari leur aurait coûté bien plus cher. Ils n''avaient pas l'habitude de voir un jour demander à suivre des cours lors de la signature d'un contrat. Mes coéquipiers me prenaient pour un fou. Mon colocataire, lui aussi footballeur, se moquait de moi. Après les entraînements, inscrit à des cours par correspondance au Cambridge University, je passais mon temps avec mon prof.

L'enseignant ne peut qu'applaudir à cette exigence. L'ancien entraîneur de Rugby souligne que il y a peu, c'était encore ce qui faisait la différence entre les jeunes des centres de formation des ballons ronds et ovales. Les uns arrêtant des études sérieuses quand les autres continuaient encore. Maintenant, la différence s'estompe et le professionnalisme tue le Rugby comme il a perverti le football.

Tous les autres joueurs se foutaient de moi. Pourtant ces cours m'ont permis d'entretenir mes connaissances et de ne pas être pollué par ce milieu. J'ai trouvé un emploi au CFA de la ville de Tours où j'ai travaillé pendant 3 ans (2006-2009) comme "Animateur socio-culturel". J'ai ensuite démissionné et repris mes études en 2009 pour valider des Brevets d'Éducateur sportif et un Diplôme Universitaire en psychologie.

La force du groupe réside seulement dans sa capacité à mettre à l'écart celui qui ne respecte pas les codes et les principes qui vont justement le maintenir en situation de dépendance et de future victime. Le conformisme des footballeurs est le plus sûr vecteur de leur asservissement à un système qui va les broyer tout en conditionnant ceux qui vont les aduler.

Je suis responsable d'une école de football à Fondettes qui accueille plus de 150 gamin
s tout en étant entraîneur seniors à Saint Pierre des Corps. J'interviens encore pour la classe sport-études de Vouvray et je suis consultant dans diverses structures pour la prévention : Face à ceux qui vendent du rêve, moi je casse un peu le mythe.

Notre témoin est cependant resté dans ce milieu. La passion est la plus forte. C'est heureux que des jeunes puissent trouver auprès d'eux un éducateur capable de démonter le discours dominant tout en leur apportant des compétences techniques indéniables. C'est en cela qu'il est un exemple d'une richesse exemplaire ! Merci à lui.

À suivrement sien

Vidéo en contre-point 


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6 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 5 février 2013 10:46

    Bonjour, C’est Nabum.

    xcellent article qui met en lumière de nombreux aspects de ce rêve professionnel et des réalités qu’il cache.

    Il faut savoir que la duplicité des dirigeants peut commencer très tôt dans la carrière d’un joueur. En fait dès les cadets, voire les minimes. Repéré, un bon joueur est sélectionné en district (niveau départemental), puis en ligue (niveau régional). C’est là, et évidemment en équipe de France pour les rares joueurs qui peuvent y accéder, que les recruteurs des clubs pro font leur marché. Là surtout que commencent les magouilles, sous la forme de petits arrangements avec les CTR (conseillers techniques régionaux, en général des anciens pros), et plus encore sous la forme de pressions sur les parents pour faire miroiter un avenir pro rayonnant au gamin.

    a raison : les clubs amateurs perçoivent, en cas de signature dans un club pro, une prime de pré-formation. Cela n’est évidemment pas dit aux parents, pas plus qu’il ne leur est dit qu’un joueur qui entre en centre de formation n’a qu’une chance sur cinq, huit ou dix, selon les clubs, de faire une carrière pro. Et malheur à ceux qui ne réussissent pas à s’imposer, car durant leur temps au Centre, ils ne suivent que de vagues études (de gestion, le plus souvent) sans la moindre valeur sur le marché du travail, et qui les envoient tout droit à l’ANPE.

    Quant à la réalité du quotidien sportif, c’est avant tout de la galère en musculation, sans trop se soucier des risques de blessures sur des organismes encore peu adaptés à ce type d’efforts, et des brimades infligées tant par l’encadrement que par les pros, pour « forger le caractère de jeunes ». Et si un gamin ne se plie pas à ces règles, il est jeté sans ménagement. A cet égard, on a souvent vanté l’AJ Auxerre, mais ce club a, comme quelques autres, été un destructeur de jeunes, que l’on a laissé tomber sans ménagement lorsqu’il est apparu qu’ils n’avaient pas le profil (comprendre non les qualités techniques, mais la souplesse mentale). Assurément, mieux valait fréquenter Guy Roux lors d’une dégustation de chablis (cela m’est arrivé chez un ami commun) qu’en tant que patron de l’AJA.

    Voilà tout ce que se gardent bien de dire les dirigeants de clubs amateurs. Certes, tous ne mangent pas de ce pain-là, loin de là, mais ils sont plus nombreux qu’on le pense à occulter les réalités aux familles.

    Des jeunes partis en Centre de formation avec des rêves de gloire, malgré les mises en garde, j’en ai connu plusieurs. Aucun n’a réussi à s’imposer en Ligue 1. Quelques-uns se sont accrochés et ont réussi à jouer en Ligue 2. Un autre a décroché un congrat en Autriche. Mais globalement, le bilan est désastreux. Un seul a fait le bon choix à mon avis, et cela rejoint l’expérience évoquée dans l’article : il a préféré être le roi dans son jardin plutôt qu’un valet dans un club important. Résultat : il a fait l’essentiel de sa carrière dans un club de National en bénéficiant d’un emploi municipal.

    Cordialement.

    Fergus, ancien footballeur (35 ans de foot) et dirigeant^.


    • C'est Nabum C’est Nabum 5 février 2013 13:46

      Fergus


      Vous verrez demain la seconde partie de ce témoignage et beaucoup d’élements que vous évoquez ici seront repris par mon témoin mystère.

      Merci de votre long commentaire, vous attestez les propos de mon ancien pro.

      à bientôt

    • Fergus Fergus 5 février 2013 17:19

      @ C’est Nabum.

      Bien noté. je ne manquerai pas 2e volet.


    • geo63 5 février 2013 12:04

      Bonjour,

      J’apprécie cet article et le commentaire de Fergus.

      Maintenant, ce qui arrive avec les paris à l’échelle mondiale va sûrement entraîner une gigantesque remise en question, positive ou négative pour le vrai sport, qui sait ?

      Cordialement.


      • C'est Nabum C’est Nabum 5 février 2013 13:48

        geo63


        Quand les paris ont été autorisés par le précédent président uniquement pour favoriser des mais et des coquins, nous savions que c’était la porte ouverte aux mafias. Le hand lui aussi est touché et le sport professionnel n’est désormais pas respectable ni fréquentable.

        Mais il pollue tellement le sport amateur que c’est à se demander s’il faut maintenir des compétitions dans un pays qui souhaite avoir des valeurs éducatives

      • Fergus Fergus 5 février 2013 17:18

        Bonjour, Lyacon.

        Pour avoir été footballeur, je n’en ai pas moins été un fervent de rugby

        Moi aussi je regrette l’évolution de ce sport, avec une détestation toute particulière pour le Stade Français et la vision très américanisée de Guazzini, sans compter le probable dopage venu de l’hémisphère sud. Malgré ces réserves, le rugby a conservé un esprit enviable, tant sur le terrain, notamment dans le respect envers l’arbitre que dans les tribunes, comme vous le soulignez pour ce France-Angleterre. A ce propos, mon fils et ma belle-fille ont assisté à un « crunch » dans un pub de Londres, ville où il sont vécu durant 18 mois. A la fin du match, au cours duquel ils se sont fait copieusement brocarder entre deux gorgées de bière, le patron a fêté la victoire du Quinze anglais avec des amis. Invités, mon fils et son épouse ont pu partager le homard avec ces sympathiques britanniques.

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