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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Sport adapté : le parent pauvre des Paralympiques ?

Sport adapté : le parent pauvre des Paralympiques ?

Seulement 4 athlètes sur 163 ! Et pourtant Yves Foucault est aux anges. Le sport adapté fait son retour aux Jeux de Londres. Il ne compte pas en rester là et milite pour donner aux sportifs handicapés intellectuels une place en or sur les podiums.

Interview de Yves Foucault, président de la Fédération française du sport adapt.

Handicap.fr  : Comment vos sportifs ont-ils vécu l'entrée dans le stade lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Londres ?
Yves Foucault
 : Seuls trois ont défilé. Le quatrième a dû rester dans sa chambre avec une rage de dents. Ils en gardent, comme moi, des images plein la tête, véritablement éblouis par la qualité du spectacle. Par contre, je n'ai pas de solution pour régler le problème mais les autres athlètes qui avaient une compétition tôt le lendemain n'ont pas pu participer à cause de la longueur du défilé des nations. Presque 1h30 !

H.fr
 : Seulement quatre athlètes français en sport adapté. Pourquoi si peu ?
YF
 : En effet, le sport adapté a vraiment fait son retour à Londres par la toute petite fenêtre. On comptait 250 athlètes avec un handicap intellectuel à Sydney en 2000 (ils furent ensuite exclus des Jeux paralympiques à cause d'une tricherie dans l'équipe espagnole) contre seulement 120 à Londres. Il est vrai que le nombre total d'athlètes sur les « Para » est limité à 4 200 pour des raisons d'infrastructures (contre plus de 10 000 pour les valides). Le handisport (handicap physique) règne en maître et notre quota est donc réduit à peau de chagrin.

H.fr
 : Vous comptez être davantage présents à Rio, en 2016 ?
YF
 : Oui, c'est notre objectif ! Nous militons ardemment dans ce sens, même si l'on doit grignoter quelques places au handisport ! J'espère qu'à Rio, il n'y aura pas 4 mais 20, 30 ou 40 athlètes du sport adapté dans la délégation française.

H.fr
 : Vos athlètes se sentent-ils pleinement intégrés dans l'équipe de France ?
YF
 : Oui, heureusement. Nous sommes logés dans le village olympique, avec l'ensemble de la délégation française, dans les mêmes appartements. Il y a une grande complicité entre tous ses membres et nous recevons des visites assez fréquentes des athlètes handisport qui semblent prendre du plaisir à encourager nos sportifs, notamment Pascal Pereira-Leal en tennis de table (Ndlr : médaille de bronze à Londres dans sa catégorie). C'est tout de même le champion du monde en titre...

H.fr
 : La notoriété du handisport connait un bel essor mais le sport adapté reste encore dans l'ombre. Pour quelle raison ?
YF
 : Je crois que certains ont longtemps été effrayés par la confusion entre handicap mental et maladie mentale. On parle d'ailleurs plutôt aujourd'hui de déficience ou de handicap intellectuels. Il faut en finir avec ces fantasmes... Nous avons présenté mi-juillet, sur le parvis de l'Hôtel de ville de Paris, un très beau film « Adaptés ». Des sportifs handicapés intellectuels en basket y expriment leurs sensations. On demande à l'un d'eux : « Etes-vous handicapé ? ». Il répond : « Non, je suis au sport adapté mais pas handicapé. Ça allait juste trop vite pour moi à l'école. Il me fallait un peu plus de temps pour comprendre... ». Voilà à quoi ressemble certains handicaps !

H.fr
 : Le match entre handicap mental/physique a donc enfin pris fin ?
YF
 : Je ne vais pas cacher qu'il y a eu quelques frottements entre les deux fédérations, Handisport et Sport adapté, mais, aujourd'hui, je pense vraiment que nos athlètes sont reconnus comme tels à part entière. Je remercie d'ailleurs Gérard Masson, président de la FFH, d'avoir évolué et fini par reconnaître qu'on ne perturberait pas ces Jeux et qu'on deviendrait de vrais collègues.

H.fr
 : Le haut-niveau en sport adapté, ça en laisse certains septiques. Ça veut dire quoi ?
YF
 : Notre fédération compte 45 800 licenciés et 87 athlètes de haut niveau. Aujourd'hui, notre vitrine c'est le sport de haut niveau. Mais il est vrai que certains de nos sportifs n'ont pas bien saisi la notion de compétitivité. Plutôt que de convoiter un podium, ils se lancent un défi à eux-mêmes. Pour les faire passer sur une poutre placée sur deux briques, il faut parfois six mois d'entraînement. Ça prend du temps mais c'est ça leur victoire ! D'où l'importance de l'accompagnement qu'on leur procure ; ils ont surtout besoin d'accessibilité humaine.

H.fr
 : Le sport adapté a donc désormais pleinement gagné sa place dans ces Jeux paralympiques ?
YF
 : Pas encore ! Il n'a été réintégré que sur les Jeux d'été. Nous militons maintenant auprès de l'IPC (International paralympic committee) pour participer également aux Jeux d'hiver. Prochaine étape : Sochi 2014 en Russie. Nous allons répéter nos beaux speechs auprès des politiques. Mais l'IPC ne semble pas vouloir faire avancer les choses. Comment justifier une telle discrimination ?

H.fr
 : Côté medias, êtes-vous satisfait de la couverture de ces Jeux ?
YF  : Je regrette l'heure de diffusion des paralympiques sur France 3 (pas avant 1h du matin). Un programme exclusif pour les insomniaques ! On fustige les medias mais on ne pourra convaincre la presse que lorsque la société française acceptera de faire sa place aux personnes handicapées.

Handicap.fr - E.Dal'Secco http://www.handicap.fr


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3 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 11 septembre 2012 11:33

    sponsor : ATOS
    j’ai connu des handicapes mentaux qu’on faisait bosser 7j/7


    • Corinne Colas Corinne Colas 12 septembre 2012 08:02

      Même si diplomatie oblige, la hache de guerre semble enterrée... le combat est loin d’être terminé. La discrimination entre handicapés existe bel et bien, cela sous fond de guerre du fric aussi. Pour aller au-delà du politiquement correct de cet article, un rappel de certains faits dans la réponse mesurée de la FFSA en 2008

      http://www.handispace.com/magtv/aff_video_mag?num_vid=65 

      où l’on constate que le problème caché, c’est bien aussi le partage financier. Le quota de 4000 handicapés ne pouvant être dépassé, 500 athlètes handicapés « mentaux » réintégrés, c’est forcément 500 handicapés physiques en moins. 

      Les 3500 restant, semblant ne pas suffire aux appétits d’Handisport, il fallait ajouter le spectre de la peur du « fou », du « débile » pour rendre légitime l’exclusion du sport adapté. 

      Et récidive !

      Personne n’a oublié les propos ignobles de Gérard Masson (Fédé. Handisport) lors des JO de Pékin, à la question sur la réintégration des handicapés mentaux aux Jeux Paralympiques de 2012 à Londres :

       « Aujourd’hui, on n’est pas prêts à cela. Les sportifs handicapés physiques en ont très peur, ils ne veulent pas concourir avec les handicapés mentaux. En termes d’image, on y perdrait beaucoup. ». 

      On sait donc que perdre une jambe ou naître sans bras, n’empêche aucunement les préjugés à l’égard de tout ce qui touche « le ciboulot ». Autisme avec ou sans retard mental, déficience mentale, maladie mentale ou psychique, troubles neurocognitifs, troubles des apprentissages…bah… tout ça, c’est la même chose. Surtout, ne nous en approchons pas, des fois qu’on croirait qu’on leur ressemble sauf que nous, on n’est pas si bête. Pourtant le QI qui mesure bien « l’intelligence, a ses limites puisque la notion même de l’intelligence n’est pas si simple à appréhender.

       Un QI de 75 signifie plutôt que les apprentissages sont si difficiles qu’il est inutile d’économiser pour l’entrée de fifils ou fifille  plus tard à Polytechnique ou l’Ecole des mines toutefois il n’est pas un frein à »l’intelligence« et à la sensibilité.

       Il suffit d’écouter Alicia Mandin pour s’en convaincre :

      http://www.rtl.fr/video/emission/le-choix-de-yves-calvi/alicia-mandin-athlete-paralympique-je-remercie-les-francais-pour-leur-soutien-7751988443

       »L’intelligence présente de multiples aspects, elle est multifonctionnelle et elle est culturellement définie. Certains aspects de l’intelligence sont universels, tandis que d’autres dépendent des tâches adaptatives dans une société particulière."

      En conséquence, ne nous leurrons pas ! Contrairement aux idées reçues, être handicapé ne donne pas un ticket gratuit pour les Jeux Paralympiques. Comme pour les JO, ce sont les meilleurs des meilleurs qui y accèdent y compris pour ceux issus de la Fédération Française du sport adapté. 

      Si malgré leur QI inférieur à celui de Mr Masson d’Handisport, les athlètes du sport adapté grâce à  leur immense talent et leur courage, sont capables d’accéder au haut niveau, il est inadmissible de leur refuser d’accéder aux Jeux paralympiques. Comme pour tout athlète, les JO ne sont pas un but en soi mais bien un objectif comme un autre.

      Rappelons qu’en 2012, ils n’ont été autorisés que dans trois disciplines. Après tant d’absence, c’est mieux que rien mais cela ressemble assez à une aumône.

      _______________________________________________

      Annexe

      Qu’est-ce que le haut niveau sportif ?

      «  le haut niveau sportif se définit aussi à partir de critères objectifs : la nécessité de réaliser une performance minimale pour être sélectionné, l’aptitude à voyager hors frontières, enfin le fait de représenter un enjeu économique voire politique en sont les traits principaux. Au registre des critères subjectifs, la capacité de gérer à un haut degré d’intensité le stress de la compétition, la frustration du résultat ou l’exaltation de la victoire s’avère essentielle. » ( C. Carrier, Le haut niveau dans les disciplines à maturité précoces : question de santé, dans Sport et santé, Paris, ed. prévenir n° 34, 1998, p 93-100.)

      ------------------------------------

      Pour en savoir plus, lire Roy Compte « Les sportifs handicapés mentaux face au sport de haut niveau : le regard des acteurs », Reliance 1/2005 (no 15), p. 71-81. URL : www.cairn.info/revue-reliance-2005-1-page-71.htm

      DOI : 10.3917/reli.015.0071. 


      Depuis cette étude, du chemin a été parcouru... Désormais  68 sportifs bénéficiant du statut Ministériel de sportif de haut-niveau sont issus de la FFSA.

      Le message à retenir n’est pas « si on veut, on peut » car il n’est pas question de minimiser le handicap ou de faire du prosélytisme, genre « être handicapé, c’est génial », ce qui est faux. Le message, c’est plutôt « quand on peut, il n’est pas normal de nous l’interdire ». 

      La devise des sportifs à l’occasion des jeux olympiques spéciaux (tout aussi ignorés), c’est :

      "« Donnez-moi l’occasion de gagner. Mais si je n’y arrive pas, donnez-moi la chance de concourir avec courage. » 

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