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Tola Vologe, le sport libre

Tola Vologe. Un nom familier pour les fans de l'Olympique lyonnais. Mais combien connaissent l'origine du nom du centre d’entraînement de ce club ? Combien savent qui était Tola Vologe ?

Anatole Vologe, dit Tola Vologe, était un sportif reconnu, lyonnais d'adoption et grande figure de la Résistance française.

Pour comprendre le parcours de cet homme, il faut remonter au 25 mai 1909, date de sa naissance à Vilnius en Lituanie. Peu avant la Première guerre mondiale, lui et sa mère, d'origine juive, quittèrent ce qui était encore la Russie pour aller s'installer à Paris. C'est là que Vologe gagne ses galons de sportif ; il débuta à douze ans à l'école de hockey du Stade français et rafla tous les titres de Champion de France avec son équipe de 1930 à 1939 (sauf celui de 1936). Trente-cinq fois international, vingt fois capitaine de l'équipe de France, il se classe quatrième lors des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin derrière l'Inde, l'Allemagne et la Hollande. L'homme a plusieurs cordes à son arc, pusiqu'il était également coureur de 400 mètres, discipline dans laquelle il porta deux fois les couleurs de la France et devint champion et recordman de France, avec un temps de 3' 19''. Performance qui soutient largement la comparaison avec le relais français devenu champion d'Europe en salle en mars dernier (3' 06''). Vologe fut aussi international de tennis de table et était un des partenaires d’entraînement préféré du légendaire tennisman Henri Cochet.

Athlète impressionnant donc, mais aussi animateur hors pair puisque pendant son service militaire à Belfort, il fonda un club. C'est à Lyon que ces qualités d'animateur vont être le plus mises en exergue. Officier pendant la courte guerre de 1940, il gagna la capitale des Gaules au lendemain de l'armistice afin de trouver un refuge pour sa mère, craignant la persécution nazie. La section athlétisme du LOU connut alors un essor considérable sous son impulsion, devenant l'une des meilleures équipes de l'Hexagone. Le challenge Ayçaguer, épreuve phare du cross-country de l'époque, connut aussi une seconde jeunesse grâce à lui.

Décrit par ses proches comme « grande gueule » et « grand cœur », il n'hésita pas à s'engager dans la Résistance via le réseau Sport-libre. Il vint ainsi en aide à de nombreux hommes en leur fournissant un moyen d'échapper au STO. Le service du travail obligatoire envoyait, avec la complicité de Vichy, des milliers de travailleurs français en Allemagne afin de pallier au manque de main d’œuvre. Prenant le plus souvent à sa charge les frais de déplacements et d'habillement des hommes qu'il envoyait au maquis, Vologe était attaché aux principes d'humanité et de solidarité. Exemple type de ce soutien, l'histoire d'Henri Rambaudi (22 novembre 1922 – 16 janvier 2003), jeune boulanger de la région lyonnaise et grand espoir du LOU athlétisme. Le jeune Rambaudi bénéficiait largement des conseils avisés du grand sportif qu'avait été Vologe, recevant même une lettre la veille d'un cross à Montreuil (1ère partie ici ET 2ème partie ici) : navré de ne pouvoir assister à la course du jeune homme, le grand Tola y multiplie les recommandations sur les programmes d'entraînement, l'hygiène de vie, les autres coureurs... Rien n'est laissé au hasard. Visiblement très proches (sa lettre se termine par un « Je t'embrasse sur le museau »), Vologe n'a pas fait que soutenir sportivement Rambaudi. Contexte historique oblige, le jeune boulanger fut par trois fois réquisitionné par le STO, et les trois fois Tola Vologe lui sauva la mise. Ayant des contacts avec un médecin de Grenoble, il lui fit établir d'abord deux faux certificats médicaux attestant d'un état tuberculeux. Mais la troisième fois, devant l'urgence de la situation, Vologe activa ses réseaux afin de lui faire prendre le maquis, dans le Vercors. Participant activement à la Résistance – agent de liaison, il échappa notamment de peu au massacre de la grotte de la Luire, le 27 juillet 1944 - Henri Rambaudi fut élevé le 30 novembre 1985 au rang de chevalier de la Légion d'honneur. Nul doute que ses pensées s'envolèrent ce jour-là vers son ami. Éternellement reconnaissant envers son ancien mentor, il souhaita toute sa vie prénommer Anatole un éventuel fils à venir.

« Grand cœur » ce Vologe donc, mais également « grande gueule », c'est probablement ce qui lui coûta la vie. Si l'on en croit le témoignage de Marcel-Gabriel Rivière - résistant, grand reporter et maire d'un arrondissement de Lyon - dans le Progrès de Lyon de 1976, il n'hésitait pas à exprimer tout haut ses opinions les plus rebelles : « Je me souviens de ses brèves visites d'amitié dans le petit bureau qu'occupait alors « l'Auto » (aujourd'hui « l’Équipe »), rue Childebert. Que de fois lui ai-je conseillé « Tola, mais boucle la, tu vas avoir des ennuis. » Il promettait, mais quelques minutes plus tard, c'était un nouvel éclat contre « ces s.. qui, que... ». A tel point que je croyais à sa baraka, et lorsqu'en 1943, je fus arrêté, je pensais que cette baraka lui resterait collée à la peau jusqu'à la fin. » Il n'en fut rien.

Le 24 mai 1944, Tola Vologe est arrêté en plein cœur de Lyon, dans un bar rue Bellecordière. Selon des témoins il s'agissait de miliciens français, plaques d'immatriculation à l'appui. La Milice, c'est cette police politique qui agissait en supplément de la Gestapo pour traquer Juifs, résistants et autres réfractaires au STO. Vologe est alors emmené dans la tristement célèbre prison lyonnaise, le fort Montluc.

Deux jours après son arrestation, l'école de Santé militaire, alors siège de la Gestapo, est durement bombardée. Il faut des bras pour aller déblayer les gravats et Vologe fait partie des « volontaires ». Le témoignage d'André Frossard, journaliste et compagnon de cellule du sportif, nous éclaire sur les derniers instants de Vologe : c'est un sous-officier, joueur de hockey sur gazon dans le civil, qui reconnut Vologe et décida de lui faire payer ses victoires face à l'Allemagne. Plusieurs jours d'humiliations et de brimades connurent leur apogée sur le chantier de déblaiement. Amusé, l'Allemand proposa ironiquement un fond de bière à son souffre-douleur préféré. Ce dernier, harassé de fatigue après des heures de labeur sous le soleil, refusa fièrement l'offre déguisée. Il ajouta même : « Un officier français ne boit pas après un sous-officier allemand ». Son sort était scellé. Le sous-officier trouva bientôt le prétexte à sa vengeance ; en représailles à une évasion de prisonniers, Vologe fut désigné avec deux camarades pour être fusillés. Il avait 35 ans.

Le 10 juin il est enterré au cimetière de la Croix-Rousse, en présence de la Gestapo. Ses cendres furent ensuite transportées le 3 juin 1976 au cimetière militaire de la Doua, là où reposent les héros des deux guerres morts pour la France. Le groupement des anciens de l'athlétisme du LOU commémorèrent longtemps le souvenir de Tola Vologe en se rendant chaque 26 mai sur sa tombe. Aujourd'hui, le centre d'entraînement de l'un des plus grands clubs de football de France porte donc son nom, mais aussi la salle du Vénissieux handball. En hommage.

 

Photo du LOU athlétisme, ici http://www.casimages.com/img.php?i=110610103256223862.jpg Anatole Vologe, debout tout à droite ; et Henri Rambaudi, debout, le 3ème en partant de la gauche.


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Caracalla


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