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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Un échec, une victoire et deux récupérations politiques

Un échec, une victoire et deux récupérations politiques

En 1998, deux jours après la victoire de l’équipe de France en finale de la coupe du monde de football remportée aux dépens du Brésil (3-0, est-il nécessaire de le rappeler), Jacques Chirac, alors président de la république, profitait de la garden party de l’Elysée pour soulever le trophée au côté des joueurs. Tout au long du mondial, le président Chirac avait assisté aux matchs des bleus, se métamorphosant en supporter aguerri, comme en atteste cette vidéo. La côté de popularité du chef de l’état avait alors rebondi malgré les affaires. Un peu gauche, le 14 juillet, au balcon du palais de l’Elysée, Chirac remet à tous les français la Coupe de France avant de revenir sur ses pas : du monde, du monde bien sur. Avant même le début de la compétition, Jacques Chirac s’était déplacé à Clairefontaine pour rendre visite aux bleus, la veille d’un match amical contre la Finlande (voir reportage) remporté 1-0.

Astucieuse récupération politique de la plus belle page du football français : on dit souvent que c’est lors du mondial que Chirac remporta les élections présidentielles de 2002 aux dépens de Lionel Jospin, trop effacé, pas assez impliqué dans le mondial 98. Il suffit de jeter un coup d’oeil du côté de l’INA pour s’apercevoir que le socialiste, dans les rares reportages où il figure en train de s’exprimer au sujet de la coupe du monde, ne dénotent pas un véritable engagement de sa part, on le sent mal à l’aise et surtout, à la différence de Chirac, il ne s’implique réellement qu’une fois la course à la gloire engagée. Pas de visite à Clairefontaine pendant la préparation. La différence de positionnement entre le président et son premier ministre prend toute sa dimension dans cette vidéo, regardez à la toute fin du reportage le bain de foule auquel s’adonne le chef de l’état. Révélateur.

Nicolas Sarkozy, douze ans après les évènements, au creux de la vague en matière de popularité, aurait également apprécié pouvoir bénéficier d’un vent d’optimisme et de fraîcheur grâce aux performances des tricolores dans ce mondial 2010. Malheureusement, les Bleus ont quitté la compétition piteusement dès le premier tour avec un point au compteur pour quatre buts encaissés et seulement une réalisation tout en défrayant la chronique pour leur comportement extra-sportif. Pas de quoi organiser une célébration lors de la Garden Party, qui a d’ailleurs été supprimée. En revanche, pas question de ne pas récupérer l’évènement politiquement. Profiter du chaos, tirer la couverture du désastre de son côté.

article_photo_1236627186837-2-0.jpgRoselyne Bachelot, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale de la semaine dernière, a entamé la première l’opération récupération politique du désastre. La ministre des sports s’emporte : je ne peux que constater le désastre de cette équipe de france où des caïds immatures commandent des gamins apeurés et un coach sans autorité (voir la vidéo). L’objectif visé est clairement (même si il est implicite bien entendu) de s’opposer au clan des "ouaiche-ouaiche", celui des Anelka, Ribéry, Evra (en clair, celui des racailles arabes et noires qui ont refusé de s’entraîner) et de marquer une fracture entre ce "clan" et celui de Yoann Gourcuff, Toulalan et autres Lloris (celui des bons français blanc qui auraient tenté de se rebeller face à ces racailles irresponsables refusant de s’entraîner). Cette situation n’est que le reflet de l’opposition entre deux France sur lesquelles les sarkozystes, depuis la campagne présidentielle 2007 tentent de jouer et d’attiser la division : celle des caïds des banlieues et des feignants contre la France blanche qui se lève tôt. Il est plus facile de gagner en divisant qu’en rassemblant.

Plus récemment, les propos du président des Jeunes Populaires (le mouvement jeune de l’UMP) Benjamin Lancar sur Beur FM ont fait le buzz ramdam (c’est le mot français que l’on doit utiliser en lieu et place de buzz) : les Bleus ont eu un comportement débile, c’est une équipe de racailles, il y a eu des tensions ethniques dans cette équipe en proie à l’islamisation. Le clivage entre ces deux France que dénonçait Roselyne Bachelot est accentué ici, et le fait d’accoler "islamisation" et "tensions ethniques" n’est pas anodin puisqu’il crée un lien logique entre ces deux notions, en plus d’une généralisation d’un problème concernant un groupe de 23 hommes à la France entière. En clair, les musulmans (les arabes plus généralement) sont responsables des tensions en France. Belle récupération politique, dans le sens inverse de M.Chirac douze ans plus tôt. A la différence qu’au lieu de jouer sur le rassemblement, l’UMP prend le parti de la division, du clivage, de l’opposition, et cherche à ratisser sur sa droite. Une stratégie de plus en plus perceptible en vue des présidentielles 2012 mais difficilement compréhensible (voir mon article à ce sujet, plus particulièrement le dernier paragraphe).

Retrouvez ce billet dans son contexte original sur le blog d’Alex Joubert http://offensif.net


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2 réactions à cet article    


  • clostra 2 juillet 2010 10:56

    Ne dit-on pas :

    « On a gagné » ou « ils ont perdu »

    Dans les « quartiers », ça a vouvouzé à tous les matchs ou presque. Et je ne parle pas du Ghana : du délire !

    Ce sont les silences complets qui ont le plus intrigué. Pas un souffle dans les « quartiers » !

    Faudrait peut-être revoir la politique d’immigration et détourner les flots de la frontière Mexique/USA vers la France pour que la joie soit complète !


    • noop noop 2 juillet 2010 18:45

      @ l’auteur,
      Il est évident qu’après l’instrumentalisation de l’équipe de 1998 en objet de propagande, le « récital » de 2010 est perçu par tous comme l’exact opposé. Les Français remarques simplement que ce qui faisait « la force et la richesse » ce qui expliquait la victoire de 1998 n’est plus mentionné pour expliquer la défaite... Ca s’appelle le miracle médiatique.

      Qu’ici ou la quelques voix (celle de Finkielkraut par exemple pour la plus audible, mais bien vite étouffée) se soient élevées pour tenter de récupérer l’évennement négatif, c’est vrai. Mais c’est sans commune mesure avec le déferlement de 1998 qui nous annonçait d’ailleurs l’obamania.


      Néanmoins vous avez raison, quelques autres commentaires ont choisi eux de biaiser, de procéder « en le disant sans le dire ». Mais pourquoi leur reprocher en ces temps de politiquement correct exacerbé où il faut à tout prix donner une bonne image même dans le naufrage et chasser les diseurs de quatre vérités.

      Vous voudriez que tous ceux qui se refuse à chanter les louanges du grand « multitout » se taisent ? Ce n’est pas sérieux.

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AJ


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