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Un guépard en piste

Oscar Pistorius ! Vous vous souvenez ? Ce jeune athlète sud-africain juché sur deux prothèses, deux lames en carbone, et qui a bien failli ne plus concourir avec des valides... Il revient en 2011 et prépare sa revanche pour les J.O. de Londres en 2012.

Oscar est de retour : Jeux mondiaux handisport en Nouvelle-Zélande à la mi-janvier prochaine, championnats du monde d’athlétisme, l’été suivant, en Corée-du-Sud. Oscar Pistorius a bien l’intention aussi de prendre sa revanche aux Jeux olympiques de Londres en 2012, suivis des Paralympiques. Comme dans les moteurs de voitures de course qu’il affectionne, il y a un tigre, ou, plutôt, un guépard, dans le moteur de cet athlète à l’allure juvénile. À presque 24 ans, ce jeune Sud-Africain qui a défrayé la chronique avec ses lames en carbone, appelées Cheeta (guépard en anglais), est sur les starting-blocks, bien entouré et conseillé. Son discours dénote -même s’il semble rodé- une sacrée réflexion sur lui-même et son histoire, carrément hors du commun, qu’il a racontée avec l’aide d’un journaliste italien dans un livre.
 
Sponsorisation
De fait, ce jeune Pistorius est l’un des rares athlètes handicapés à avoir atteint ce niveau de notoriété et de sponsorisation. Il se targue d’avoir lancé une ligne de parfum, monté une boîte de cosmétiques... Le magazine Times l’a classé parmi les cent personnes les plus influentes au monde... "devant Paris Hilton", plaisante-t-il lors de notre interview. On s’en souvient aussi : à peine a-t-il atteint une vitesse de course qui pouvait lui permettre de se mesurer aux plus grands athlètes valides (à Rome notamment en 2007), que l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) s’est mise à regarder ses prothèses de travers. L’avantageaient-elles vraiment ?

Polémique
"Finalement, c’était une bonne chose cette polémique, confie-t-il. S’il n’y avait eu que 2 % des personnes pour penser que je trichais, cela aurait été 2 % de trop. Maintenant, si quelqu’un jette le doute sur mes performances, je peux lui rire à la figure." En effet, le Tribunal arbitral du sport (Tas) à Lausanne, en mai 2008, l’a lavé de tout soupçon. "D’ailleurs, souligne-t-il, ce qui coûte le plus cher dans mes prothèses, c’est de les rendre les plus humaines possible."
 
Inouï
Mais pourquoi diable courir avec les valides, lui demande-t-on souvent. "Je suis un coureur, répond-il invariablement. J’ai été élevé sans distinction entre valide et invalide. Je veux aller aussi loin que mes performances me le permettront. Pourquoi ne pas me mesurer aux sportifs valides si je le peux ?" C’est presque inouï. Et des situations inouïes, Oscar n’a pas cessé d’en croiser. Né avec une malformation congénitale nécessitant l’amputation de ses deux jambes à l’âge de onze mois, ses camarades ont tôt fait de lui faire remarquer qu’il ne laissait pas de traces de pied sur la plage. Un autre, un peu plus hardi, lui a donné un coup avec un bâton dans ses jambes qui ont éclaté en morceaux. Un traumatisme pour l’ "agresseur" que Pistorius a dû consoler... Voilà, en très résumé, le type de guépard qui se prépare à affronter les Jeux de Londres avec apparemment un mental en béton. Jugez-en plutôt : "Je suis persuadé depuis que je suis petit, que les autres nous voient comme nous nous voyons nous-mêmes. Je me vois ni comme un handicapé, ni comme un valide, mais comme un athlète." En aurait-il été autrement si les hautes instances du sport l’avaient écarté pour de bon ? Oscar avoue que, dans cette hypothèse, oui, il se serait senti "différent", "pour la première fois de ma vie". Mais le jeune homme en a vu d’autres, lui qui a perdu sa mère en 2002 et n’était pas destiné à l’athlétisme. Lui qui, à un âge où l’on aime sortir et faire la fête, renonce à tout pour son rêve.
 
Triple médaillé d’or
« Les athlètes handicapés intéressent de plus en plus et, surtout, pour leurs performances », s’enthousiasme Oscar Pistorius qui se souvient qu’à Athènes, en 2004, il y avait déjà beaucoup de spectateurs : 22 000 personnes, mais les gradins étaient encore parsemés. Aux Jeux paralympiques de Pékin, en 2008, ils étaient 80 000. Pistorius était présent à ces paralympiques ; il n’a pas pu concourir aux Jeux olympiques, bien qu’il en ait obtenu le droit, car il a été recalé aux éliminatoires pour 70 centièmes de seconde. À son palmarès, il est triple médaillé d’or sur 100, 200 et 400 mètres et recordman du monde de ces trois disciplines en 10’91”, 21’58” et 46’25”.
 
Article paru en partie dans le journal de la FNATH, "A part entière" (septembre 2010). Pour en savoir plus : www.fnath.org
 
 
INTERVIEW

Trois questions à Oscar Pistorius

À quoi vous attribuez votre succès ?

Je suis bourré de défauts, mais j’ai au moins deux qualités qui m’ont permis de devenir un athlète : c’est la constance et la persévérance. Je ne commence un projet que si je suis sûr de le finir et je réalise un travail que si je suis certain de pouvoir le mener à bien. C’est à travers le dévouement que l’on obtient ce qu’on veut. J’étais prêt, et le suis toujours, à sacrifier tout pour mon entraînement sportif.

Est-ce que vous vous sentez pionnier ? Le public ne voit-il pas d’abord en vous une personne qui a certes surmonté son handicap, mais est devenue une sorte de produit marketing ?

Je ne crois pas être pionnier, beaucoup d’athlètes avant moi ont contribué à faire connaître le Handisport. Mais, je suis convaincu depuis que je suis petit que les autres nous voient comme nous nous voyons nous-mêmes. Et moi, je me vois comme un athlète ; ni comme un handicapé, ni comme un valide, mais comme un athlète, un sportif. Et je suis également persuadé, du coup, que les autres me voient ainsi.

Quand on me demande pourquoi je veux me mesurer aux valides, je réponds qu’il n’y a ni valides ni invalides selon moi. Je veux courir, participer aux Jeux olympiques comme aux Paralympiques. Je veux courir là où je le peux ; c’est ma passion, mon métier. Je veux qu’on se souvienne de moi comme d’un coureur tout court, pas comme un coureur olympique ou paralympique. Enfin, pour ce qui est du marketing, je peux seulement dire que mes sponsors sont évidemment contents que j’existe, mais tout repose sur mes résultats en tant qu’athlète.

Dans le Times magazine, vous êtes classé parmi les 100 personnes les plus influentes au monde. Comment voudriez vous utiliser cette influence ?

Je crois pouvoir éveiller les consciences sur la vie des personnes handicapées, sur la façon dont on perçoit les personnes qui souffrent d’un handicap physique, mental ou autre. On a tous des attitudes bizarres par rapport au handicap, à commencer par moi. Je me suis déjà surpris à élever la voix devant une personne sur un fauteuil comme si elle était malentendante... Il s’agit de travailler sur cela, de mesurer l’ignorance, d’apporter de l’information pour que les gens parviennent à avoir une relation plus naturelle au handicap. J’ai aussi le projet de permettre aux victimes de mines anti-personnels, notamment au Mozambique et, plus largement, en Afrique, de disposer rapidement de prothèses adaptées

Propos recueillis par Pierre LUTON.

Documents joints à cet article

Un guépard en piste Un guépard en piste

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1 réactions à cet article    


  • raymond 3 septembre 2010 18:38

    Merci de cet article, cet homme devrait être un exemple de courage et de ténacité, je lui souhaite de réussir à courrir avec des « multi-membres » ce qu’il a dû déja faire en privé,
    c’est un super combat et une belle preuve de l’évolutionisme.

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