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Barfleur, entre légende et horreur

Deux versions d'une même histoire ...

Du Conquérant à la guerre de cent ans.

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Il était une fois, Barfleur, un petit port du Cotentin. La Normandie était alors un point de départ idéal pour traverser la Manche afin de rendre visite à nos meilleurs amis. De là donc, deux départs célèbres firent l'Histoire : l'un pour la gloire et l'autre pour le désastre. Ainsi va le destin : on n'est jamais sûr de rien et il est insensé de vouloir reproduire l'Histoire.

Le premier, le plus heureux, fut celui de Guillaume le Conquérant qui, en 1066, franchit ce petit bras de mer pour aller conquérir l'Angleterre. Avec quelques milliers d'hommes seulement, il réussit l'exploit qui se refusa à Napoléon et à la surpuissante Wehrmacht. Mais comparaison n'est pas raison : les époques n'étaient pas les mêmes.

Guillaume a 39 ans quand il franchit ce Rubicon qui nous sépare de la perfide Albion. Duc de Normandie quoique bâtard, il prétend à la couronne d'Angleterre. Avec son épouse, Mathilde de Flandre, il va imposer sa puissance et sa ruse. C'est à cette dernière qualité qu'il doit sa victoire décisive, le 14 octobre 1066 à Hastings. Feignant de fuir devant un ennemi supérieur en nombre, ses troupes se retournent contre les Anglais lancés à leur poursuite. La surprise provoque la débandade des anglo-saxons.

Quand, le 25 novembre 1120, le bon roi Henri veut s'embarquer à son tour pour l'Angleterre. Il est escorté d'une suite impressionnante de dignitaires, hauts barons, nobles, fils de roi et héritiers de haute lignée. L'esprit semble à la fête et à l'insouciance ; la jeunesse des uns l'emportant sur la sagesse de quelques autres.

Si le roi Henri joue pour lui-même la prudence avec un navire qu'il connaît bien, il accepte, pour une partie de sa suite, la requête d'un Normand : Thomas, fils d'Étienne, celui-là même qui avait conduit Guillaume dans sa traversée glorieuse. Celui-ci, voulant que l'Histoire se répète, propose de transporter la royale équipée à bord de son navire : la Blanche Nef. Il fait même cadeau au roi d'un marc d'or pour obtenir cette faveur.

Est-ce pour l'offrande ou bien pour le symbole, Henri accepta et confia ses deux fils et toute leur suite au quémandeur. Le destin allait de ce fait bouleverser, pendant de longs siècles, les relations de la France et l'Angleterre. Trois cents personnes : toute la jeunesse couronnée ou de haute lignée, allaient découvrir, à leurs dépens, que la mer n'est pas un terrain de jeux.

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Toute réjouie d'être, pour un temps, débarrassée du regard trop austère du roi Henri, la joyeuse troupe décida de faire de la traversée une bacchanale d'anthologie. La Blanche Nef fut chargée de tonneaux de vins et autres spiritueux pour permettre à toute cette folle jeunesse, en buvant à plaisir, d' oublier les tourments de la mer. S'apercevant que le navire du roi avait pris de l'avance, les passagers du second bateau, enivrés et espiègles, décidèrent de rattraper leur retard.

Ils firent boire également l'équipage pour l' inciter à prendre les rames et aller à un train d'enfer. Ils ne croyaient pas si bien dire. Les marins, grisés par le vin, furent prompts à répondre à l'invite. Ils se mirent cinquante à souquer ferme tandis que le capitaine Thomas, pour tailler la route, coupa au plus court en dépit des risques.

La Blanche Nef allait à vive allure, cinglait les flots par le bas de Barfleur, une passe célèbre pour ses écueils. Il faisait nuit ; la coque se déchira sous un choc violent et une énorme voie d'eau emporta par le fond cette folle équipée. Dans la nuit, un cri terrible, venu de trois cents gorges, déchira les ténèbres. Jamais on ne devait revoir les malheureux qui eurent tout juste le temps de dessaouler pour recommander leur âme à Dieu.

Deux des naufragés seulement avaient eu la présence d'esprit et la chance de s'accrocher à la vergue : Bérold, le boucher du navire, et un noble : Godefroi, le fils de Gilbert de l'Aigle. Ils passèrent la nuit, arrimés à leur planche de salut. L'eau était glacée ; seul le manant résista à l'épreuve.

La légende se mêle toujours de parer le drame d'un peu plus de fioritures qu'il n'est nécessaire. Il se dit alors que le capitaine Thomas, surgissant des flots, remonta à la surface et interrogea les deux naufragés. Il s'enquit du sort des enfants du roi. Apprenant qu'il n'y avait pas d'autres survivants, le pauvre homme préféra la noyade au déshonneur.

De cette catastrophe, pourtant due à l'intempérance de jeunes gens irréfléchis, ce n'est pas le vin mais le sang qui allait couler à flots durant les siècles qui suivirent. La redistribution des alliances et des successions fit grand chambardement et moult querelles entre les maisons de France, d'Anjou et de Normandie. La guerre de cent ans, elle- même, trouverait ses racines dans ce naufrage.

Maritimement leur.

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La Blanche Nef

 

Non n'est pas marin qui veut

La mer n'est pas un terrain de jeu

Embarquant dans le port de Barfleur

Ils allaient au-devant du malheur

 

Lorsque Guillaume le Conquérant

Fit en ce port un pas de Géant

Il traversa sans coup férir

Et l'Angleterre alla conquérir

 

Ce Roi sage et déterminé

Embarquait une petite armée

Pour vaincre la perfide Albion

Et la contraindre sous son giron

 

C'était en mille soixante-six

Il avait franchi les abysses

Pour poser un pied glorieux

Celui d'un soldat victorieux

 

C'est en l'an de grâce mille cent vingt

Que l'histoire a changé de destin

Oyez bonnes gens cette aventure

Qui tourna à la déconfiture !

 

La Blanche Nef était un vaisseau

Qui un jour alla défier les flots

Embarquant à son bord des seigneurs

Les fils du Roi quel honneur

 

Une troupe imposante et bruyante

Une noble jeunesse insouciante

Donnant à l'équipage du vin

Pour qu'il participe à son festin

 

Le roi Henry sur son navire

N'avait pas imaginé le pire

Il avait vite pris les devants

Sans attendre ses pauvres enfants

 

Le bateau ivre fit la course

Voulant lui montrer ses ressources

C'est avec ardeur que les marins

Défièrent la mer grisés par le vin

 

Coupant au plus court dans les rochers

Sur des écueils va se déchirer

Trois cents hommes périrent ainsi

En cette terrible tragédie

 

Il n'y eut qu'un seul survivant

Bérold à la vergue s'agrippant

Résista au froid et à la mer

Pour narrer son voyage en enfer

 

Non n'est pas marin qui veut

La mer n'est pas un terrain de jeu

Embarquant dans le port de Barfleur

Ils allaient au-devant du malheur

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3 réactions à cet article    


  • velosolex velosolex 10 février 2015 12:07
    Barfleur est à l’origine d’un autre histoire, dans l’histoire de France, et pas n’importe laquelle, puisque à l’origine d’une des plus grosses défaites.

    Le 25 octobre 1415, les Anglais, ayant échoué devant Barfleur, en Normandie, décident de rentrer à Calais pour rembarquer. Les Français, en nombre, toute la chevalerie française liée pour l’occasion, choisissent de leur barrer la route à Azincourt. 
    L’affaire, qui aurait dû tourner à la victoire de ces derniers, se révèle être un désastre. 
    Les anglais sont encerclés et n’ont aucune sens. Un simple siège aurait pu les cueillir comme un fruit mûr. Le soir, toute la chevalerie française ripaille, boit, fait la fête, dans l’attente de l’événement.
    Les cavaliers se lancent, impatients, liquidant la piétaille qui leur barre le chemin.
     Le sol, détrempé par des pluies diluviennes, rend inopérante leurs efforts. Ils viennent s’écraser contre des forêts de pieux plantés dans le sol derrière lesquels les archers anglais déciment l’adversaire.

     Azincourt marque l’anéantissement de la chevalerie française et a pour conséquence le honteux traité de Troyes, qui fera d’Henri V l’héritier du royaume de France.
    On peut considérer que c’est l’entrée aussi dans la guerre moderne. 
    Pas de prisonniers. Plus de 2000 nobles issues des grandes familles sont exécutés sur le champ, pour ne pas retarder les anglais qui veulent filer au plus vite.

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