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La côte sauvage...

Le regard déformé du Bonimenteur

Entre mer et légende.
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La grande baie de La Baule propose sa litanie d'hôtels et d'appartements luxueux. La plage pour unique façade, des kilomètres de sable et des constructions qui se bousculent pour avoir l'imprenable vue sur la mer. L'homme a marqué son empreinte sur le paysage : une marque sans âme et sans histoire. Seul le prix du mètre carré mène la danse des promoteurs.

À quelques pas de là, un autre monde s'impose au promeneur, à celui qui ose sortir des sentiers balisés du balnéaire sans risque ni sueur. La côte sauvage apporte son décor grandiose même si elle n'a pas échappé aux constructions individuelles qui viennent briser l'harmonie du décor. Pourtant, ici, l'humain n'a pas tout abîmé ; il y a encore la place pour le légendaire et le fabuleux.

Dés que la nature se met en tête de torturer le paysage et les habitants, dès que le vent bat le rivage, que les rochers découpent le littoral, que les contours et les détours de la côte mettent le contrebandier à l'abri des mauvaises surprises, l'histoire reprend le dessus, efface l'amnésie qui caractérise les cités à touristes.

Chaque lieu porte une légende, un récit, une aventure. Les conteurs ont enchanté le paysage ; ils l'ont plié à leur envie de broder autour d'un fait divers, d'un naufrage, d'une épopée historique ou personnelle . Les mots se sont gravés dans le granit, ont participé à la grandeur et à la magnificence du lieu.

Le promeneur qui prend alors le temps de lire les petits panneaux, va cheminer en pays d'imaginaire. Il s'arrêtera à ce menhir à la forme oblongue, vieux de 45 000 ans et qui servait de repère dans ce décor tourmenté. Il a bien subi quelques outrages, un déplacement intempestif, la gravure d'une croix pour lui attribuer une dimension acceptable …

Mais l'univers païen s'impose à tous : les demoiselles venaient s'y frotter, escaladant ce grand phallus dressé fièrement, dans l'espoir de rompre avec la malédiction d'une stérilité qui les tourmentait. On trouve naturellement de telles histoires en bien des lieux ; c'est toujours ainsi que l'esprit malin nous tire par les mauvaises pensées !

Plus loin c'est l'Ankou qui a laissé des traces dans l'inconscient. Un équipage disparu en mer, des spectres qui reviennent certains soirs de l'année, des rumeurs et des plaintes dans la nuit, des tourbillons dans l'eau et la sourde présence de la camarde qui vient faucher ceux qui se risquent dans les tempêtes. Partout sur les façades, des Vierges et des croix pour conjurer le sort et repousser le vilain.

Ici, c'est l'histoire qui s'invite dans les eaux profondes. L'histoire d'un jeune garçon et de sa belle, disparus dans les flots à bord d'une barque alors qu'ils voulaient échapper à leurs familles hostiles à leur union. La mer pour sacrement d'amour, la mort pour unir à jamais leurs destinés. Éternelle histoire qui se retrouve partout où la nature impose le respect à ces pauvres humains que nous sommes …

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Les fées accompagnent ma promenade. Elles me poursuivent de leurs rires enchanteurs. Elles sont cachées dans les bruyères, elles habitent au plus secret des rochers. Elles me font signe, m'appellent et m'invitent à leur Sabbat. Les citrouilles seront de la danse ; nous entrons dans le mois de Samonios. La côte sauvage est là pour célébrer les mystères de la vie et de la mort.

Vérités et mensonges, miracles et exploits héroïques. Plus la côte se fragmente, plus elle cède sous les assauts des vagues et plus elle porte des exploits mirifiques. Un dragon tué par un futur saint, un sanctuaire bâti l'espace d'une nuit, un massacre vengeur perpétré par un roi ou bien un prince jaloux. La longue litanie des horreurs et des grandes actions vient s'incruster dans les dentelles de rochers.

La côte sauvage est un livre fantastique et je me plais à la lire et à la déchiffrer, à m'inventer de nouvelles aventures. C'est une invitation au songe, un plongeon dans l'inconscient collectif. La Bretagne s'annonce déjà, la culture celte me prend par l'imagination. La mer berce mes rêveries ; je suis en pays de contes. Je m'y sens chez moi …

Rêveusement sien.

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17 réactions à cet article    


  • oncle archibald 29 octobre 2014 11:09

    Joli récit, on s’y croirait ! Ca fait rêver le méditerranéen du golfe du lion que je suis, qui ne connait que les plages de sable fin et l’architecture, souvent hideuse, des stations de la « mission racine ».


    Mais la mer reste ce qu’elle est, capricieuse et dominatrice. Gare à celui qui tarde à rentrer sa toile quand le « Cers », le vent des Audois, entre Mistral et Tramontane, en quelques heures se déchaine, lève des vagues courtes mais hautes qui viennent croiser la houle du vent précédent. 

    La mer croisée est très inconfortable, dangereuse. Ici comme ailleurs il faut se dépêcher de rentrer dans un port pour se mettre à l’abri. Et tant pis pour Brassens qui pour les besoins de sa chanson chantait la plage de Sète :

    C’est une plage où, même à ses moments furieux, 
    Neptune ne se prend jamais trop au sérieux, 
    Où quand un bateau fait naufrage, 
    Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord ! 
    Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord ! 
    Chacun sa bonbonne et courage ! »

    En fait Brassens ne naviguait que sur l’étang de Thau, et avec « ses copains d’abord » allait partager le pain le vin et le saucisson sur une petite ile qui agrémente cet étang. A la sienne et à la votre, Nabum !

    • C'est Nabum C’est Nabum 29 octobre 2014 19:08

      oncle archibald


      Merci mon oncle

      Brassens, quel beau compagnon de route
      Lui c’était la Méditerranée 

    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 29 octobre 2014 11:17

      Nabum,
      Je n’ai pas toujours le temps de lire vos billets, mais j’ai pensé à vous en lisant cette info :
      « Pourquoi Steve Jobs and Co ont gardé leurs enfants loin des écrans ? »


      • lsga lsga 29 octobre 2014 11:29

        Tiens, profitons en pour rappeler que les écrans holographiques vont sortir l’année prochaine !


        J’imagine que pour fifi, c’est encore un affreux complot des homosexuels satanistes de l’UE. 

      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 29 octobre 2014 11:33

        Isga
        Vous avez fini de venir faire le troll derrière chacun de mes posts ?
        Je vais finir par croire que vous êtes payé par Bruxelles ...


      • lsga lsga 29 octobre 2014 11:40

        je commence à peine.


      • C'est Nabum C’est Nabum 29 octobre 2014 19:09

        Fifi Brind_acier


        C’est pour éviter qu’ils soient influencés par un pauvre rêveur

      • bnosec bnosec 30 octobre 2014 14:29

        @Fifi :

        Faut le comprendre Isga, beugler sur agoravox, c’est toute sa vie. Il n’a que ça, laissons le lui...


      • Electric Electric 29 octobre 2014 13:28

        Salut Nabum,

        ouais, c’est un chouette coin, petit paradis pour les promeneurs. Il y a sur la côte sauvage un gros rocher qui ressemble à un ours assis et qui prend sa douche les jours de tempêtes.

        On ne manquait pour rien au monde la douche du nounours.

        Y’a plein de trucs poétiques à renifler dans ce coin là.


        • Fergus Fergus 29 octobre 2014 14:22

          Bonjour, Electric.

          Dommage simplement que cette partie de la côte, entre La Baule et Le Croisic en passant par Le Pouliguen, soit beaucoup trop construite. En cela, elle s’est fortement dégradée en un quart de siècle. Par chance, de nombreux autres lieux de Bretagne sont restés beaucoup plus préservés.


        • C'est Nabum C’est Nabum 29 octobre 2014 19:10

          Electric


          Ne rien manquer en prenant le temps d’écouter les histoires

        • Redj Redj 29 octobre 2014 17:37

          Bonjour Nabum,

          Vous devriez pousser un peu plus loin, jusqu’à la côte sauvage de Quiberon. A conseiller uniquement lorsque les touristes ne sont plus là, et si possible un jour de grand vent. Là on sent la force des éléments. Et si le coeur vous en dit, prenez le bateau jusqu’à Belle-île où la aussi vous attend une autre côte, toute aussi sauvage.

          Et encore merci pour vos articles, il me font voyager.


          • C'est Nabum C’est Nabum 29 octobre 2014 19:11

            Redj


            J’écris de là où je me trouve

            J’aime la Bretagne même si je n’y vais pas assez souvent à mon goüt

            Un jour peut-être Quiberon 

          • Fergus Fergus 30 octobre 2014 08:46

            Bonjour, Redj.

            Et encore, la charmante presqu’île de Quiberon – que j’apprécie énormément - n’est qu’un avant-goût de lieux beaucoup plus spectaculaires. J’ai entamé une série d’articles sur la randonnée en Bretagne. Voici les trois premiers opus de mes balades en Bretagne :

            Circuit Camaret-Pen Hir

            Tour du Cap d’Erquy

            Arzon : entre océan et « petite mer »

            D’autres articles viendront, sur la Côte de Granit rose, Dinard et Saint-Malo, les Abers, la pointe du raz, le Cap Fréhel, etc.


          • BarbeTorte BarbeTorte 29 octobre 2014 21:48

            Bonjour
            Pas complètement d’accord avec vous. J’aime bien la côte sauvage (bien que pas assez sauvage à mon goût, il y a beaucoup trop de constructions dans tous les coins), j’y suis passé pas mal de fois, surtout étant plus jeune. Mais La Baule a aussi son intérêt. Je trouve une ballade sur le remblais reposante au printemps, j’aime bien la perspective qu’offre la plage de Pornichet au Pouliguen. J’aime bien aussi pêcher les coques aux grandes marées.


            • C'est Nabum C’est Nabum 30 octobre 2014 06:14

              BarbeTorte


              Vous avez tout à fait le droit ...

              Mon billet n’est qu’une inviatation à la rêverie

            • Fergus Fergus 30 octobre 2014 08:52

              Bonjour, Barbetorte.

              Vous avez raison, et votre commentaire rejoint le mien. Cela dit, cette côte reste malgré tout sympathique et propice à la rêverie, comme l’écrit C’est Nabum. Du moins si l’on peut s’affranchir des constructions récentes sans charme et de la trop grand proximité des voitures.

              Personnellement, je déteste la plage de La Baule, tant de superbes plages sauvages étant à la disposition des amoureux de la nature ! En revanche, j’aime beaucoup Le Croisic et ses vieilles demeures.

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