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La Danse de l’Enfer

Dans la chaleur lourde et humide qui enveloppe ce coin de Caraïbe, Angela répète, consciencieusement, ses pas. Trônant sur la scène de théâtre rénovée de l'hôtel Ifa, elle vient souvent chercher le regard, ferme et sans concession, de sa chorégraphe, une jeune femme à peine plus âgée qu'elle. Mais qui la rassure et la guide.
 
C'est le milieu de l'après-midi. Les vacanciers sont à la plage, ou barbotent dans l'une des trois piscines du complexe, sirotant quelque cocktail local. Ce soir, comme tous les soirs de la semaine, Angela se produira devant un public de touristes, venus d'Europe - de France, d'Espagne et d'Allemagne surtout -, des Etats-Unis, d'Amérique du Sud aussi, en quête de délassement.
 
On leur a dit qu'ici c'était le paradis. Sable blanc, cocotiers et eau turquoise, savoureuse comme un bon bain chaud. Mais comme au paradis - que Dupontel imaginait peuplé de distractions du genre Cousteau et Walt Disney -, on s'ennuie un peu. Le réel finit par manquer, avec ses aspérités. Pas de réel à plusieurs kilomètres à la ronde. Rien que des hôtels, à perte de vue sur la côte.
 
Plus loin seulement les premières habitations d'autochtones. Ici ce n'est plus le paradis, mais la pauvreté, souvent. Surtout dans les zones les plus agraires, où l'on cultive canne à sucre, cacao, tabac et café. Mais la beauté y est plus substantielle. Les maisons, de planches et de tôles, parfois de pierre et entourées de grilles, sont peintes des couleurs les plus chatoyantes. On n'est pas sûr qu'on aimerait y vivre, venu de France, mais on est charmé par ce ballet de couleurs contrastées qui emplit de gaieté.
 
Au bord de la route, devant un grand et beau jardin, des familles sont regroupées autour d'un aîné. Les enfants saluent de la main l'Occidental de passage, dans l'espoir d'un quelconque présent. Malaise du touriste encore doté de conscience. Plus loin, dans l'embrasure d'une porte, on devine en passant le barbier en plein travail ; l'homme sur la chaise a encore de la crème sur les joues.
 
Partout les motos fusent, elles servent souvent de taxis. Pas un casque ici. Pas un flic pour verbaliser non plus. Le vent baigne tranquillement les têtes nues. Pas davantage de feux tricolores à l'horizon. Un joyeux foutoir sur la route, mais pas si mal organisé finalement.
 
Les filles sont belles, élégantes. Pas de généralité excessive, mais elles le sont. Sur la scène, dans le paradis à touristes, Angela danse. Avec une application extrême, elle parfait son geste. Soucieuse, insatisfaite. On sent le perfectionnisme. Autour d'elle, une dizaine d'autres danseurs et danseuses s'activent, tous très doués, accompagnés de trois chanteurs et d'un orchestre, vêtu, le soir venu, tout de blanc.
 
Dans l'assemblée encore vide, je suis seul, trois rangées derrière la chorégraphe attentive, qui ne quitte pas ses protégés des yeux, à me passionner pour cet entraînement. Je me rends compte à quel point chacun de ces danseurs est avant tout un athlète. Une force impressionnante, indispensable pour soutenir les danseuses, les porter dans les airs, et réaliser aussi les acrobaties les plus fantastiques.
 
Chaque soir, bien après que la nuit est tombée, ils livrent tous une heure de spectacle, sur ces planches ouvertes sur le ciel, et balayées par le vent : une succession effrénée de chorégraphies inspirées des grands standards internationaux, une débauche de costumes, une qualité inattendue en ce lieu de vacances. Et au terme de chaque mouvement, l'envie de prolonger les applaudissements, devant un si remarquable résultat d'ensemble.
 
Angela se distingue néanmoins du reste de la troupe. Ses gestes sont plus fluides. Ses déhanchements donnent le tournis, c'est vrai. Mais quel caractère on devine chez elle ! Quelle personnalité ! Devant le public rassemblé, elle lance des regards provocants, qui vous harponnent. Elle joue la comédie. C'est une actrice. Une nature. Ses faux cils modifient considérablement son apparence et son style. On la sent fière, bouillonnante. Explosive. Miss Dynamite, je l'appelle. Elle a tous les attributs d'une star. Elle subjugue, elle fascine. On la croirait sortie d'un film.
 
Avec du recul, l'une de ses danses très personnelles me ramène justement à un film, à une scène. Salma Hayek, alias Satanico Pandemonium, dans Une Nuit en Enfer :
 
 
Face à la créature nocturne, délicieusement vénéneuse, les hommes se taisent, pétrifiés par le charme, les femmes enragent, ou admirent tout simplement.
 
 
Le spectacle achevé, quelques danseuses continuent le job dans la discothèque. Et s'agitent sur des cubes de lumière. Angela, elle, est là, sans fard. Pas pour danser. Mais pour filmer un show particulier qui se déroule ce soir-là. Souriante, le visage pur, avec ses cheveux blonds détachés, on dirait un ange. Un ange de la nuit, qui semble né pour la fête et le plaisir.
 
Demain, elle remontera sur les planches et, de métamorphoses en métamorphoses, finira par toucher, je n'en doute pas, le soleil qu'elle mérite.
 

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9 réactions à cet article    


  • Paul Cosquer 27 juillet 2009 10:14

    Evoûtement réussi ! Merci.


    • Paul Cosquer 27 juillet 2009 10:15

      Pardon : « envoûtement réussi ».


      • jakback jakback 27 juillet 2009 10:23

        Belle déclaration d’amour, cela dit, essayer le barbier, si ce n’est déjà fait, un pur moment de détente, et si vous lui payez, le prix pratiquer dans notre capitale, vous participerez directement au mieux vivre des autochtones.


        • cathy30 cathy30 27 juillet 2009 10:47

          Déhanchement assez impressionnant d’angela. Bien vu la queue en plume.

          Pour la nuit en enfer, la danse de salma yahek est un des meilleurs moment du film, mais cela ne serait pas non plus sans l’excellente musique de Tarentula.

          bonne vacances Taiké Eilée


          • jakback jakback 27 juillet 2009 11:03

            Une pensée émue, pour le fils Pinault !


            • sisyphe sisyphe 27 juillet 2009 12:43

              Envoutant et torride : merci pour ce beau dépaysement... et pour la sublime Salma Hayek !


              • Olga Olga 27 juillet 2009 16:08

                Taïké Eilée, 
                J’ai cru voir Harvey Keitel et George Clooney assis près de vous... Vous m’inviterez la prochaine fois ? :- )


                Ça fait toujours son petit effet, quand on croise un ange, surtout la nuit...
                Vous connaissez cette Angela à la voix d’ange ? 



                • Olga Olga 27 juillet 2009 21:06

                  Le furtif, 
                  Vous m’avez fait peur avec votre commentaire...
                  Je me suis dit que j’avais encore fait une bêtise ; que j’avais emprunté quelque chose de tellement horrible que vous n’osiez pas le nommer. Mais non, c’était juste le chemin qui avait fait fausse route. Ouf ! 


                • Taïké Eilée Taïké Eilée 27 juillet 2009 23:32

                  Heureux que l’envoûtement ait été partagé.

                  @ Olga : je ne connaissais ni le clip ni cet autre ange, d’un genre bien différent. Merci.

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Taïké Eilée

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