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Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Les Français en Ethiopie et la ligne de chemin de fer Addis-Djibouti

Les Français en Ethiopie et la ligne de chemin de fer Addis-Djibouti

Voyage vers l'Est : première partie d'un périple vers l'est de l'Ethiopie qui nous fait découvrir l'ancienne ligne de chemin de fer d'Addis à Djibouti construite par les Français, la ville francophone de Dire Daoua et la fameuse cité de Harar, chère au poète Arthur Rimbaud.

La route qui conduit d'Addis Abeba à Djibouti est considérée comme l'une des plus dangereuses de la Corne de l'Afrique. Réputée pour ses nombreux accidents routiers, souvent mortels, elle est fréquentée principalement par des camions en excès de vitesse, transportant dans une course contre la montre des marchandises de Djibouti à Addis et vice versa. Ces camions sont d'autant plus nombreux depuis que la fameuse ligne de chemin de fer reliant les deux villes a été interrompue.

Cette ligne de chemin de fer établit la réputation de la France en Ethiopie lorsqu'elle fut construite au début du XXème siècle. A l'époque, l'Empereur Menelik II, considéré comme l'un des plus grands d'Ethiopie, embrassait la modernité pour le nouvel empire qu'il venait de fonder. De sa jeune capitale établie sur les hauts plateaux d'Abyssinie (Addis Abeba signifie nouvelle fleur en amharique) il désirait un accès rapide à la mer vers le port de Djibouti. Cette ligne devait remplacer l'interminable trajet en mule qui ne prenait pas moins de six semaines pour relier les deux villes.

Au départ, Ménélik souhaitait faire passer la ligne par Harar, alors grand centre de négoce aux portes de l'Orient et principale ville musulmane dans une Ethiopie surtout Orthodoxe. Harar, historiquement indépendante, avait une grande signification pour Ménélik car ce fut grâce à sa conquête qu'il devint empereur d'une Ethiopie élargie. Son aide de camp Ras Makonnen, grand général et père du futur empereur Hailé Sélassié, apporta à Ménélik les victoires historiques qui lui permirent d'asseoir son pouvoir. Non seulement, il conquit la Province d'Harar mais il fut également le vainqueur acclamé de la célèbre victoire d'Adoua en 1896 au cours de laquelle les troupes éthiopiennes repoussèrent courageusement les conquérants italiens pour faire de l'Ethiopie le seul pays d'Afrique à ne jamais avoir été colonisé.

Les constructeurs du chemin de fer, dont l'ingénieur suisse Alfred Ilg, déconseillèrent à Ménélik de faire passer le train par Harar à cause de sa position géographique en altitude et des complications techniques que cela impliquait. A la place, on choisit Dire Daoua (aussi orthographiée Dire Dawa) comme étape intermédiaire, lieu encore insignifiant à l'époque mais situé dans la vaste plaine à mi-chemin entre Addis et Djibouti. Dire Daoua devint ainsi la ville française par excellence en Ethiopie pendant une très grande partie du XXème siècle.

 

La route d'Addis à Dire Daoua par le parc national de la rivière Aouache

De nos jours, le trajet d'environ 500 kilomètres qui relie Addis à Dire Daoua par la route prend une journée entière à cause de l'étroitesse de la voie et du traffic intense qui ne permettent pas de dépasser les 80 km/h. D'Addis à Adama (aussi surnommée Nazaret), la route n'a guère d'intéret touristique mais requiert une concentration intense pour naviguer entre les camions et véhiculaires utilitaires zigzagant de tous les côtés pour se doubler entre eux. Nous sommes loins d'une partie de plaisir ou d'un voyage d'agrément. La conduite s'allège un peu une fois passé Adama, centre économique assez important sur la route vers l'Est, mais la vigilance reste cependant nécessaire. Le paysage par contre devient spectaculaire, plus insolite presque lunaire. De toutes parts d'imposants volcans éteints dominent la route qui se fait de plus en plus sinueuse. La terre reste aride mais passe de la couleur ocre d'herbe brûlée par le soleil aux teintes gris anthracite de lave pétrifiée. Ce paysage lyrique accompagne le voyageur jusqu'à la plaine bordant le pays Afar, où soudain des dromadaires apparaissent le long de la route, distraction bienvenue pour nos enfants impatients d'être toujours assis en voiture. Les forêts d'Eucalyptus des hauts-plateaux ont fait place à une multitude d'acacias et de buissons épineux exigeant très peu d'eau. En l'espace de trois heures, l'altitude a chuté de plus de 1500 mètres. La voie de chemin de fer, à présent inutilisée, est toujours présente sur notre droite. Elle longe cette même route jusqu'à Djibouti. Au virage suivant, une vision plus qu'inattendue surgit devant nous : un lac que traversent et la route et la voie ferrée parallèle. Elles nous donnent toutes deux l'impression de flotter sur l'eau ; nous traversons cependant le lac sans embûche aucune. Nous approchons ensuite de Metahara, la petite bourgade routière avant Aouache connue pour ses plantations de canne à sucre. Un quart d'heure plus tard, nous arrivons à Aouache.

 

Etape à Aouache

La plupart des voyageurs qui en ont le temps s'arrêtent à Aouache, soit dans le Parc national, soit au fameux buffet de la gare qui tient toujours lieu d'hotel. Voyageant avec cinq enfants entre 16 et 5 ans, nous décidons de faire une halte dans le parc national, plus divertissant pour eux qu'un buffet de la gare vieillot même si plein de charme désuet. Ce dernier est toujours tenu par madame Assimakopoulos, plus connue sous le nom de Madame Kiki, la propriétaire âgée de 84 ans maintenant, dont la famille d'origine grecque tint le buffet pendant plus d'un demi-siècle. La suite impériale qu'occupa le général De Gaulle lors de sa visite en Ethiopie peut toujours être louée par les voyageurs. Malheureusement lors de notre passage, Madame Kiki était chez ses enfants à Addis pour raison de santé. A cause de son grand âge, elle est de plus en plus absente pour se faire soigner dans la capitale.

Nous logeons au Awash Fall Lodge, lodge principal qui surplombe les discrètes chutes de la rivière Aouache, grande rivière de l'est du pays qui posa quelques difficultés techniques lors de la construction de la voie ferrée et qui fut chevauchée par un imposant pont en fer. Une fois à l'entrée du Parc, il faut encore parcourir 10 kilomètres de piste caillouteuse pour arriver aux chutes. Ces dernières se devinent de loin lorsque soudain à l'horizon, un oasis de verdure se fait voir au milieu de le sécheresse ambiante. Le Parc d'Aouache est une des rares destinations qui permette d'échapper à la capitale le temps d'un weekend. Les distractions restent quelque peu limitées à la longue mais on peut malgré tout se promener le long de la rivière pour apercevoir des crocodiles, aller observer les hyènes sortir de leur tanière au crépuscule, se baigner dans les sources chaudes de Filwoha ou encore tenter l'ascension relativement aisée du Mont Fantale, ancien volcan dont le cratère peut toujours se visiter. Le soir on y dîne, assis autour d'un feu de camp, de plats traditionnels de la région comme les tibs (morceaux de boeuf ou de mouton cuits au charbon de bois), le fish goulash (poisson cuit dans une sauce aigre-douce) et l'incontournable injera ou galette de tef typique de la nourriture éthiopienne. Lors de notre séjour au Lodge, j'eus la mauvaise surprise de trouver un babouin dans ma chambre au réveil. Je venais d'ouvrir la porte du balcon, il ne lui a pas fallu plus de quelques minutes pour saisir l'occasion d'entrer et de chaparder chaussettes et vetements, le cri d'étonnement que je poussai l'effraya et il s'enfuit en laissant tomber son petit larcin !

 à suivre...


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2 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 16 novembre 2013 18:50

    Merci de parler de cette région peu connue.

    Merci d’évoquer Djibouti , base militaire Française depuis 1976 date de l’indépendance.

    Les militaires connaissent bien Djibouti mais la présence américaine sur la corne de l’Afrique point stratégique entre la mer rouge et l’océan prend de plus en plus d’importance.

    Salutations aux personnels en poste à l’infirmerie hôpital de Djibouti ( IHD ) devenu l’hopital Bouffard.

    Philippe
     


    • Line Yoblin d’Hividu 20 novembre 2013 14:20

      Souvenirs, souvenirs...
      En 74, j’ai emprunté cette ligne de chemin de fer, au départ de Djibouti, voyage effectué inconfortablement sur des sacs de marchandises dans un wagon du même nom (les wagons normaux étaient bondés), mais me suis arrêté à Ali Sabieh (pas le droit d’entrer en Éthiopie) avant de faire le retour le lendemain.

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