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Narayangath

« Essayons de ne jamais laisser notre état d’esprit être dérangé. Que nous souffrions maintenant ou ayons souffert dans le passé, il n’y a aucune raison d’en être affligé. Si nous pouvons y remédier, pourquoi être malheureux ? Cela ne fait qu’ajouter encore plus de tristesse et ne produit aucun bien. »

Je me réveille, reposé, la nuit a été très agréable, j’ai rapidement repoussé un téméraire en rallumant la spirale. Je teste la température le l’eau et lorsque je me suis assuré qu’elle est froide, je sors prendre mon thé.

Je discute politique avec mon vieil hôte. Le temps est splendide, il n’y a presque plus de nuages, je décide tout de même de rester une nuit de plus. J’ai impérieusement besoin de calme et d’une bonne douche. Pour la douche, j’attendrai un peu qu’elle se réchauffe, pour la quiétude je suis servi.

Le soleil monte et embrase le jardin, je profite de ses rayons. La patronne passe et m’annonce qu’il va faire trop chaud, je ne suis pas d’accord ; Je suis sûr qu’au Havre, tout le monde supporte encore très bien le manteau. J’ai ensuite le plaisir de me faire offrir des fruits du jardin : de jeunes mangues et des petites bananes, succulentes. Après ce petit déjeuner improvisé, vers 11H30, le patron vient me chercher pour manger le Dahl Bath.

Nous parlons cette fois de la situation sociale : ils ont envie d’aller vivre à Katmandu, « ici il fait chaud, et il y a beaucoup de musulmans ».

Après ces points de vues culturels, je vais enfin prendre ma douche tiède. Quel bonheur, la température est presque supportable. Je me savonne à fond, ma dernière vraie douche a été prise il y a 9 jours à Bardia et elle était complètement froide.

Après cela, sentant le propre, je vais me promener le long de la rivière. La Narayani termine sa course tumultueuse ici, elle n’avait commencé son existence que quelques km plus au nord à la jonction de la Seti avec le Gandaki. Comme il fait chaud, les gens, comme les bus, se baignent dans les eaux limoneuses. La plage est de sable blanc par endroits et de grosses pierres en d’autres, son lit est très large mais elle ne dépasse pas 100m, ce qui en fait l’un des principaux affluents du Gange. La Narayani est donc sacrée, surtout à l’endroit où confluent les rivières.

Je remonte le cours depuis mon hôtel, ici tout le monde m’interpelle : les enfants qui se baignent nus, comme les ados en tenue du dimanche. Les adultes ont d’avantage de retenue. Après avoir discuté en nepalî avec de jeunes garçons étonnés, je suis la rivière qui fait un coude.

Il n’y a plus personne à part la forêt, la montagne et la rivière, je ne suis qu’une ridicule chose blanche qui a traversé l’écran de sa télévision. Soudain, je vois des femmes qui se baignent, habillées mais très peu, je sais qu’à ma vue elles arrêteront leurs ablutions. Je m’enfonce alors dans la jungle, je ne peux m’empêcher de regarder une dernière fois ces belles naïades avec leur sari collé à la peau, puis je m’assois sous un énorme taillis de bambou. Les népalaises sont de belles femmes, avant leur vieillissement précoce pour cause de surmenage, ces femmes sont souvent superbes. Je somnole sur ces courbes sous cette futaie. Les bambous avec leur racine commune forment un énorme cercle qui s’élève vers les montagnes, on ne peut pas passer un bras entre ces tiges à croissance rapide.

En faisant attention de ne pas être vu, je rebrousse chemin et je vais à nouveau m’étendre. Cette fois dans l’herbe grasse sous les arbres près du sentier. Devant moi, les buffles paissent avec les chèvres, et plus loin, la rivière…

Un jeune endimanché à la dernière mode occidentale (hip-hop) s’approche, il me dit bonjour et s’assied à quelques mètres. Il se met alors à préparer un joint d’herbe, je pense que c’est un dealer qui tente de m’appâter, moi et ma barbe d’un mois. Je ne croise pas son regard et n’échange pas un mot, il fume tout seul sans oser m’apostropher. Lorsqu’il a fini, je le regarde, souris et m’en vais.

Je dépasse l’hôtel et rejoins le pont en traversant un petit bidonville. La grande ville attire les plus pauvres, et les seuls touristes qu’ils voient sont en escale derrière les vitres des bus qui repartent vite aux quatre vents. Les touristes ne font de Narayangath jamais plus qu’une étape, j’ai pourtant su trouver un endroit agréable. C’est pour cette raison que je suis beaucoup regardé et interpellé, les gens me dévisagent comme s’ils n’avaient jamais vus un occidental, les cyclistes restent retournés sur plusieurs dizaines de mètres.

Je retourne dans la boutique de la veille pour appeler mes parents et mes grands-parents, j’aurai l’occasion d’avoir de la monnaie sur 1000Rs. La jeune fille qui n’était pas là la veille me dit que ce n’est pas possible, j’ai beau essayer de discuter, rien n’y fait, je ne parle pas encore assez bien le nepalî.

Je vais dans une pharmacie, elles sont regroupées par dizaines, mais proposent toutes les même produits. Je veux une crème pour apaiser les coups et je me retrouve avec des cachets anti-douleur. Lorsque je demande des pansements, il n’y a qu’une seule taille. Je repars donc sans avoir renouvelé mon stock, quand je pense que chez nous on peut même choisir la couleur du pansement…

En arrivant au carrefour principal, je vois une boutique Internet, je m’y précipite. Le vendeur me dit que dans 20mn il y aura une coupure d’électricité, cela devra me suffire. Mais c’est sans compter sur le débit, en 20mn j’arrive uniquement à lire un mail. Le temps que je me connecte sur MSN, le délai est dépassé. J’échange une phrase quand le vendeur me demande de me déconnecter. Il me dit aussi que je ne peux pas appeler en France, heureusement que je ne paye que 10Rs.

Un peu déçu je marche sur le pont, quand soudain, de l’autre côté, j’aperçois une tache blanche. Lorsqu’elle s’approche, je m’aperçois qu’elle est très blanche, c’est un rouquin, un touriste avec des piercing et un jean déchiré. Lorsque nous nous croisons, on s’adresse un petit signe, code secret et discret des occidentaux qui se retrouvent. Comme il vient de ce coté, il est soit dans mon hôtel soit dans celui d’à côté. Je rentre dans le mien attendre l’heure du repas. Le jeune commis vient me chercher à 20h, c’est tard et je meurs de faim. Au repas, j’ai la joie d’avoir du poisson frit. Je savais que mon vieil hôte avait été un proche de Nehru, mais j’apprends que sa femme, ancienne actrice, a bien connu les deux précédents rois. « Les bons, pas comme celui actuellement au pouvoir ». Tous les népalais avec qui je discute abordent le sujet politique, et tous me disent que le roi actuel est mauvais. Lui sur la photo, est en pleine discussion avec le premier ministre de l’indépendance de l’Inde ; elle, tient le bras de l’avant-dernière reine, et se fait embrasser par son beau-père. Conscient de l’exceptionnalité de mes hôtes, je retourne à ma chambre pour passer ma dernière nuit de ce coté de la Narayani.

En quittant le teraï…


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