• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Le sanglot de l’homme bon

L’inclus (que nous sommes chacun) pleure sur le pauvre, l’exclu. Il s’inquiète pour l’exclu. Il agit et légifère pour l’exclu. Il donne à l’exclu. L’inclus, dans le meilleur des cas, se dit solidaire de l’exclu. Alors, pourquoi l’exclu est-il toujours exclu ?


Pour une raison simple, mais jamais dite : la pauvreté, et sa fille l’exclusion sociale, ne sont pas, contrairement à ce qui est partout propagé, des situations objectives. L’exclusion qu’engendre la pauvreté est une disqualification, une barrière, un ostracisme, qui naît et prospère dans nos têtes (que nous soyons inclus ou exclu). Car le pauvre vit parmi nous, sur le même sol et dans les mêmes frontières que nous. Physiquement inclus, mais mentalement banni par nous. C’est un citoyen comme un autre dont l’ailleurs n’existe que dans les cases mentales que nous avons construites.

La pauvreté et sa fille l’exclusion, c’est ce que je vais tenter de montrer dans cet article, sont le signe certain d’une discrimination masquée, d’un déni de fraternité, aux conséquences bien concrètes. Elles sont l’effet de la désignation par les inclus - et souvent par les exclus eux-mêmes - de certains hommes et de certaines femmes comme des sous-humains, comme des humains de seconde zone.

L’exclu n’est pas un anormal

D’emblée, rappelons-le : le pauvre, l’exclu, n’est ni un anormal ni un malade ni un infirme ni un faible ni un passif ni un paresseux ni un profiteur ni un alcoolique.
C’est avant tout un être humain, comme vous et moi, qui est pris dans un engrenage dans lequel nous pouvons tous un jour tomber. Et ce, quelles que soient l’apparente force de notre caractère ou la taille du matelas ou du réseau social qui assure notre aisance matérielle.
Il peut, en sus, être malade ou alcoolique, comme chacun d’entre nous, mais sa vérité première est d’être un humain, avec une intelligence et une sensibilité - comme chacun d’entre nous.
Le pauvre a une dignité et une liberté comme nous. Il fait autant partie de la famille humaine que le plus riche ou le plus prestigieux d’entre nous. Intrinsèquement, aussi démuni et souffrant soit-il, il a autant de valeur que le président de notre République.
 
Or, trop souvent, dans la réalité, le pauvre est défini par sa situation sociale ou économique. Sans s’en rendre compte, la société vient à son secours bardée de préjugés, de peurs et de prétentions.
 
Et cela fait terriblement souffrir l’exclu, sans qu’il puisse expliquer son ressenti.
Mais tous ceux qui, auprès des pauvres, soit professionnellement, soit bénévolement, s’activent, l’ont expérimenté. Comment se fait-il par exemple que, même quand l’air gèle, le clochard refuse l’aide et le secours qu’on lui apporte ? Pourquoi préfère-t-il rester vulnérable dans la jungle urbaine plutôt que bien au chaud dans un abri spécialement conçu pour lui ?
 
C’est parce qu’on lui refuse la seule chose qu’un être humain attende vraiment de son semblable : être respecté, considéré, reconnu, désiré, aimé.
Comme une personne normale et incluse.
 
Malgré sa mauvaise odeur, malgré la saleté qui souvent l’habille, malgré la bouteille qui lui permet d’oublier momentanément l’absence d’avenir (terrible prison de l’urgence), malgré son aspect repoussant, le clochard est un homme, aussi précieux pour chacun d’entre nous et pour l’humanité entière que le plus inséré d’entre nous.
 
La seule sécurité durable
 
Car, hormis la foi ou un caractère exceptionnel, la seule sécurité durable d’un homme, celle qui le fragilise ou le désespère s’il ne peut compter sur elle, c’est celle qui s’établit sur la confiance, sur la certitude que, en toute circonstance de la vie et notamment lors des pires, il pourra toujours tabler sur le respect et l’appui de ses compatriotes, de ses frères (de sang, de nation ou en humanité).
Or cette sécurité, essentiellement d’ordre affectif ou psychologique, est aujourd’hui refusée au pauvre, à l’exclu. Il le sait, il l’expérimente tous les jours. Et cela le pousse plus vers le désespoir que n’importe quelle souffrance, y compris celle de manquer de tout.
 
Car on peut être momentanément dans la panade. Mais si, bien que cassé, l’on sait devoir mériter l’aide, en montrant patte blanche, en prouvant qu’on n’est pas un faux chômeur, qu’on veut vraiment s’insérer, en dévoilant toute sa vie et ses misères intimes devant un travailleur social ou un psychiatre payé pour nous écouter, en promettant de ne plus boire, etc., on peut alors préférer sa solitude.
Elle est sordide, certes, mais elle est plus digne.
 
Le revenu minimum d’insertion et le revenu de solidarité active sont des avancées, que beaucoup de pays au monde nous envient. Mais comment ne voit-on pas l’offense qui est faite, à ceux que le sort et nos égoïsmes ont jetés sur les bas-côtés de la route, de conditionner notre aide, alors que nous la leur devons impérativement ?
 
Cette sollicitude administrativement organisée sous-tend une méfiance face à d’éventuels profiteurs ou paresseux. Certes, il existe des escrocs, et il faut veiller à les démasquer. Mais plutôt que d’instituer la méfiance et d’accorder l’aide à ceux qui prouvent leur bonne volonté, ne serait-il pas plus humain de faire confiance, d’aider inconditionnellement tous ceux qui en ont réel besoin et de pister ceux qui voudraient détourner le système à leur profit ?
 
Passer de la méfiance à la confiance

Méfiance et mépris sont des formes de maltraitance individuelle et collective.
Comment notre société peut-elle encore prétendre être une vraie République et laisser sombrer ses enfants dans la honte d’eux-mêmes en y ajoutant son mépris déguisé en solidarité ?
 
Notre devise n’est pourtant pas « Liberté, égalité, Solidarité », mais « Liberté, égalité, Fraternité ».
 
Malgré l’effective et sincère solidarité qui meut les acteurs sociaux et associatifs, l’institutionnalisation de la charité a des effets pervers. Masquant efficacement notre peu de considération pour ces personnes dont nous nous sentons différents (puisque inclus), elle nous donne bonne conscience.
 
Même si elle est indispensable, elle constitue un alibi conçu aussi pour maintenir la paix sociale. Pour que les pauvres ne hantent pas trop les lieux où l’on consomme, où l’on s’amuse ou que l’on visite.
 
Si nous considérions vraiment les pauvres et les exclus comme des membres de notre famille (ce qu’ils sont, qu’on le veuille ou non, en tant que membres de la famille humaine), y aurait-il encore en France des personnes sans ressources, sans toit, sans avenir ? Une République digne de ce nom se doit d’assurer inconditionnellement la jouissance des biens essentiels à ses citoyens les plus faibles.
 
Et qu’on ne nous oppose pas le coût d’une telle disposition, sous prétexte que les caisses de l’État seraient vides, ou autre chose. Quand le président de la République ou les députés veulent augmenter leurs ressources, ils trouvent l’argent. Quand on a besoin d’acheter la paix sociale face aux difficultés de telle ou telle catégorie professionnelle (catégories d’inclus), on trouve l’argent. Face à telle ou telle catastrophe bien visible médiatiquement, on sait trouver l’argent. Pour séduire les hauts revenus et les empêcher de quitter le pays, on trouve l’argent.
 
Mais on aurait tort de croire que les politiques sont les seuls responsables.
Tous, nous participons plus ou moins directement à la mise hors circuit des plus faibles. Par exemple en trichant avec notre dette sociale : fraude, évasion fiscale, travail au noir, paradis fiscaux, privilèges, etc. Plusieurs dizaines de milliards d’euros, qui suffiraient amplement à assurer un minimum vital aux plus petits d’entre nous, sont détournés chaque année illégalement ou injustement pour nos usages personnels.
 
De même, les fortunes et les salaires mirobolants de quelques-uns ne constituent-ils pas une forme de “vol”, éthiquement parlant, tant que chacun n’a pas le minimum vital et si leurs bénéficiaires n’en mobilisent pas une part certaine pour libérer leurs frères de leur misère ?
 
Et cette pensée pernicieuse, qui fait de la pauvreté une incontournable nécessité de notre système économique, n’est-elle pas le dernier argument de qui veut justifier sa confortable position ?
 
Sans nier la nécessaire disparité des revenus et des biens en fonction des efforts et des talents de chacun, est-il normal que certains puissent manger chaque jour comme dix mille personnes alors que d’autres, dans le même temps, doivent honteusement quémander de quoi personnellement survivre ?
 
Tant que nous ne sommes pas prêts à remettre en question nos modes de fonctionnement individuels et collectifs, nous pouvons être certains que la pauvreté continuera, parce que c’est nous qui la produisons par nos comportements et nos mentalités.
Peut-être après tout que nous ne sommes pas aussi bons que nous croyons l’être…

De la solidarité à la fraternité

Notre indifférence peut même tuer.
 
Début septembre, Morgane S… s’est jetée par la fenêtre à la cité Rassuen II, à Istres. Cette jeune femme de 33 ans, mère de deux enfants, âgés de 18 mois et 4 ans, venait de se jeter du troisième étage de l’immeuble, alors que les autorités arrivaient pour l’expulser. Elle devait 22 mois de loyers soit 11 000 € à l’Opac, le bailleur social de la cité.
 
Le maire d’Istres : « Je suis consterné par l’acte désespéré de cette femme, réagit François Bernardini. Son geste signe la méfiance qu’elle éprouvait envers tous les acteurs publics de la société ».

« Ce drame social illustre tragiquement une violence institutionnelle impitoyable pour les plus faibles », a commenté Jean- Claude Aparicio, vice-président de la section istréenne de la Ligue des droits de l’homme[1].

Alors que les loyers et les charges flambent, le pouvoir d’achat s’effondre, la Fondation Abbé Pierre déplore à ce sujet que « l’État privilégie toujours davantage la solution répressive à toute autre (+ 22 % de décisions d’expulsions ces cinq dernières années). Les décisions de justice prononçant l’expulsion dépassent désormais les 100 000 (102 967 en 2007), alors que les interventions de la force publique pour expulser les locataires n’ont jamais été aussi nombreuses, avec un triste record s’élevant à 10 179 situations rencontrées en 2007. (…) Il y a de plus un inquiétant paradoxe à relever que cette jeune mère de famille s’est donné la mort alors qu’elle faisait partie des cinq catégories prioritaires pour bénéficier du Droit au logement opposable (Dalo). Elle aurait donc pu engager un recours afin d’être relogée par les pouvoirs publics ».

Comme on ne peut voter de loi pour obliger les hommes à être fraternels, que pouvons-nous faire sinon améliorer encore l’aspect psychologique du traitement institutionnel de la pauvreté et, surtout, animer, individuellement et tous, dans nos pensées, nos sentiments et nos actes, cette conscience du faible et du défavorisé comme un autre nous-même ? Pour qu’un jour la charité ne soit plus institutionnelle, mais réellement humaine.
 
Pour que la solidarité s’épanouisse en fraternité.

Jean-Luc Martin-Lagardette
► Merci à Jean Maisondieu, psychiatre des hôpitaux, pour l’éclairage apporté par son livre La Fabrique des exclus, Bayard Éditions, Paris, 1997.


[1] Propos recueillis par La Provence, 3 septembre 2008.

Moyenne des avis sur cet article :  4.53/5   (102 votes)




Réagissez à l'article

61 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 26 septembre 2008 11:18

    Tout cela est vrai, mais nous pouvons avoir en plus une responsabilité plus directe dans l’exclusion, en employant "au noir". Et là c’est non seulement moralement mais pénalement répréhensible. Voyons chacun nos fautes...


    • foufouille foufouille 26 septembre 2008 11:59

      je crois pas que le boulot au noir soit responsable
      a un epoque il etait courant mais marginal ds les vignes par exemple
      un gamin pouvait y travailler une journee sans probleme
      le probleme est plutot du a la bureacratie rempante etatique


    • Forest Ent Forest Ent 26 septembre 2008 12:19

      Pour les jeunes ? Les stages rémunérés ou les petits boulots ne sont pas imposables. Et certaines entreprises en abusent franchement. Le sujet ne touche plus que les vendanges. Parlons plutôt du bâtiment ou de l’hôtellerie-restauration.

      Dans le genre, je recommande l’excellent film de Ken Loach, "it’s a free world". Il plaira à tout ceux qui aiment le versant social (et pas épique genre "the wind that shakes the barley") de cet auteur.


    • eugène wermelinger eugène wermelinger 26 septembre 2008 12:59

      Le travail au noir est le réflexe de survie et souvent la seule porte de sortie pour sauver sa famille de l’indigence, voire de bouffer la journée.
      Et encore : réservé aux privilégiés sachant se démerder, sans se faire voir. 
      Tout le monde n’a pas de parachute, ni simple, ni doré. 


    • appoline appoline 26 septembre 2008 20:12

      D’accord avec vous Foufouille. Je pense que l’on ne perçoit pas toute la difficulté du banissement social tant qu’on n’y a pas touché ; car là, on voit le véritable visage des politiques et de l’administration, pis que tout cela le visage du quidam lambda et là, ce n’est pas joli-joli. Le travail au noir ? Quand il se présente, on le prend, histoire de ne pas claquer du bec. Ca vous va, Forest ?


    • Forest Ent Forest Ent 26 septembre 2008 22:49

      Je n’ai pas critiqué ceux qui travaillent au noir, mais ceux qui les emploient.


    • foufouille foufouille 27 septembre 2008 13:57

      uniquement pour les entreprises alors
      car celui qui a peu d’argent et un truc a reparer, le professionnel lui coute tres cher


    • Forest Ent Forest Ent 27 septembre 2008 21:47

      Les clients trouvent toujours que c’est trop cher. Ca ne prouve pas qu’ils n’ont pas les moyens de payer. Soyons clairs : je connais plein de gens qui ne déclarent pas alors qu’ils le pourraient, en particulier pour les "services à domicile", c’est à dire la domesticité. Si je leur dis "tu viens d’économiser la retraite et la sécu de ton employé", ils se plaignent des impôts excessifs. Pourtant, avec le chèque emploi-service, ce n’est ni excessif, ni difficile. Les négriers, ce n’est pas toujours les autres. Ceci ne concerne pas tout le monde mais, je suis sûr, plein de lecteurs d’AV. Pareil : on fait peindre une pièce pour un euro au noir au lieu de deux euros. Quel scandale les impôts ! Pas d’hosto, pas de retraite, pas de couverture en cas d’accident. Et si ça se trouve, travailleur clandestin donc autant de boulot en moins pour un travailleur "régulier".


    • Claude Simon Tzecoatl 26 septembre 2008 11:53

      L’exclu peut très facilement redevenir inclus, pour peu qu’il le souhaite, ainsi que nous et les politiques, voir mon article sur l’étalon-propriété. 


      • foufouille foufouille 26 septembre 2008 12:00

        ca doit etre sur mars
        cherche le NAIRU


      • Claude Simon Tzecoatl 26 septembre 2008 13:21

        Le NAIRU ne favorise pas non plus la consommation.


      • Claude Simon Tzecoatl 26 septembre 2008 14:43

        Ou décroissants, écolos, simplicistes volontaires se révèlent pour un NAIRU élevé, en coeur avec le patronat ?


      • foufouille foufouille 26 septembre 2008 19:00

        le nairu prouve justement que le chomage est cree volontairement
        pour les alter ce sont des bobos qui essaient de prendre la place des verts
        recuperable a souhait


      • appoline appoline 26 septembre 2008 20:15

        @Tzé,
        Quand vous voulez très cher pour vous laisser mes coordonnées. Signé : l’exclue qui bataille depuis belle lurette justement pour ne plus l’être


      • Claude Simon Tzecoatl 26 septembre 2008 21:11

        @Apolline,

        Evidemment, ma proposition (qui se fait moinsser sévèrement, donc autant l’enterrer chez les aboboravoxiens) concerne les exclus au sens sans-abris, et générateur d’emplois en ce qui concerne le bâtiment par exemple.

        Après, l’exclusion est sans doute comme le stipule cet article une attitude d’esprit chez soi et chez les autres, conséquence du fait que nous ne partageons pas tous les même finalités.

        Pour ma part, je me sens exclu de ce que je rejette, même inconsciemment, et inclu dans ce que je désire réaliser.

        On peut aussi se sentir exclu par rapport à l’image que l’on se fait ou que l’on nous vend de la normalité, du in.



      • foufouille foufouille 27 septembre 2008 14:08

        ds ton systeme tu as oublie que certains possedent deja presque tout


      • Claude Simon Tzecoatl 27 septembre 2008 16:48

        De mon système, tu ne sais pas que j’ai un oeil aguerri sur ceux qui s’approprient illégitimement la propriété d’autrui, illégitimité qui s’élève à 6000 milliards d’euros dans la zone euro.

        Mais cite moi ceux qui possèdent presque tout, pour voir.


      • foufouille foufouille 28 septembre 2008 11:00

        pour ce qui est des biens immobiliers il y a de nombreuses statistique qui montrent que les tres rivhe possedent pratiquement tout ce qui vaut tres cher
        donc meme si ton systeme marche, on change juste de maitre. et encore car les milliardaires sont justement les plus purris


      • loloa 26 septembre 2008 11:55

        tout a été fait dans nos sociétés occidentales pour isoler les individus et détruire les liens sociaux. "L’union fait la force". Ca va à l’encontre des intérêts des élites pour qui il faut "diviser pour régner". En isolant, on fragilise. En fragilisant, on asservit plus facilement. 

        On a un tel sentiment de vulnérabilité qu’on en devient irrationnel. Comme de croire que l’exclusion est une maladie transmissible. Même par le regard ! Et si ce regard malheureux et tellement humain nous faisait douter ? C’est mettre le premier pied dans l’engrenage de l’exclusion. Alors aujourd’hui tout le monde préfère jouer au mouton, avec ses garde-fous : société de consommation, pensée unique. Si on sort de la matrice, on est cuit !



        • Odal GOLD Odal GOLD 27 septembre 2008 11:30

          Le sens du mot "élite" ? Qu’est-ce que l’homme bon ?

          "Il est vrai que, dans la plupart des cas, c’est peut-être simplement en raison de leur puissance supérieure, qu’ils se nomment eux-mêmes les « puissants », les « maîtres », les « capitaines », ou d’après les signes les plus visibles de cette supériorité, par exemple les « riches », les « possédants » (c’est là le sens de arya qu’on retrouve dans le groupe iranien et dans le slave). Mais, et c’est ce qui nous intéresse ici, ils se nomment aussi d’après un trait de caractère typique. Ils s’appellent par exemple les « véridiques » : et d’abord la noblesse grecque dont le porte-parole est Théognis de Mégare. Le mot formé à cet effet (…) signifie suivant sa racine quelqu’un qui est, qui possède réalité, qui est réel, vrai ; puis, par un glissement de sens vers la subjectivité, il désigne l’homme vrai en tant qu’homme véridique : à ce stade de la transformation du concept, le terme devient le mot d’ordre, l’insigne de la noblesse et prend tout à fait le sens de « noble » par opposition à l’homme du commun, au menteur, tel que le dépeint Théognis – jusqu’à ce qu’enfin, après le déclin de l’aristocratie, le mot finisse par ne plus désigner que la noblesse d’âme, et dès ce moment, il a mûri et s’est édulcoré."

          Fredéric Nietzsche (1844-1900) observe déjà cet homme devenu bon, cet homme poli comme un galet - cet homme prudent, circonspect et apprivoisé... 

           La conception du« bon  » a changé, car les mots des hommes mutants modernes sont à leur image. 


        • Odal GOLD Odal GOLD 27 septembre 2008 11:34

          Je crois pouvoir interpréter le terme latin bonus comme « le guerrier »...

          >>>>>>> L’homme bon est un mutant


        • ortograf-fr 26 septembre 2008 12:10

          On ne dénonce jamais trop cette manière de se donner bonne conscience et de se sécuriser avec des actions de charité ponctuelles et de la compassion. 

          Dans l’urgence, les Restos du Coeur sont une excellente chose, mais le fait qu’ils doivent se pérenniser est absolument odieux.

          Le fond du problème, c’est que nous n’avons pas assez d’intelligence collective pour être cohérents, et pas assez d’honnêteté intellectuelle pour sortir du machiavélisme.

          Dans ce sens, des questions gênantes sur l’origine des complications de l’orthographe française font découvrir deux pot-aux-roses : celui de l’orthographe elle-même et celui de la société qui entretient cette orthographe.

          Ce n’est pas du tout un hasard si le pays de l’orthographe française, c’est aussi celui de la Révolution Française, ce qui ne l’empêche pas, deux siècles plus tard, d’être une république monarchique et en déclin. Ce n’est pas un hasard si ce pays a été au centre de toutes les principales guerres en Europe de puis quatre siècles.

          Voir par exemple le tract : "Orthographe = racisme !", en cliquant ici.

          .


          • Elson Elson 26 septembre 2008 13:01

            Entièrement d’accord avec Philippe Renève.
            J’ajouterai que la lutte contre la pauvreté dans une société qui fabrique la pauvreté est tout à fait sans espoir. La charité, institutionnelle ou privée, est comparable à l’eau que les Danaïdes versent dans leur tonneau.
            Arrêtons de créer de la pauvreté, de cautionner une société où il est nécessaire qu’une majorité perde pour qu’une minorité gagne. Construisons plutôt une société où chacun aura droit à une place à part entière, où la valeur cardinale sera l’être, l’être-avec plutôt que l’avoir.


          • JL JL 26 septembre 2008 13:58

            "The rich need the poor to win against the poor" ! smiley


          • Iris Iris 26 septembre 2008 14:08

            Vos commentaires ne réflètent pas vraiment l’article. Je pense que l’auteur a bien pointé cette notion d’inclu et d’exclu, notion détestable au plus haut point. J’ai lu à sa sortie aussi le livre de Jean MaisonDieu et à l’époque j’étais proche dans mon travail de travailleurs sociaux en tout genre. J’avais alors repéré dans leur langage toute cette suffisance de personnes se sentant inclues, et bien sûr aussi dans les comportements. Eux, les autres, eux, les pauvres, jamais de nous qui englobe, désespérant ! 
            Et le pire, s’il en est, sont ces boites qui cherchent des emplois au rmistes, quel mépris, ils gagnent en plus de l’argent, ben oui, ce ne sont finalement que des Intérims, financés en partie par l’état quand même, au moins pour le salaires du personnel. Personnel affligeant d’incompétences et de non-qualités de coeur. Et le pire encore, toutes ces associations qui profitent de ces salariés payés par l’état dans des contrats aidés ( anciens CES, ça existe toujours), associations affichant bien souvent un grand coeur, un grand humanisme et qui usent et abusent de la pauvreté des gens.
            Je ne sais pas si tout cela est conscient, en tout cas, quelle mauvaise inconscience, car souvent ces personnes se sentent des gens biens, nous, on aide. Tu parles, elles aident juste elles-mêmes en se donnant bonne conscience, hélas, au détriment des pauvres, qui reçoivent ce mépris au plus profond de leur coeur ! Aider les autres, c’est aidons-nous tous, et non pas aider, eux, les pauvres !


            • vincent p 26 septembre 2008 14:39

              Quelle sorte de sentiment ressentez-vous au quotidien, lorsque vous préférez d’abord suivre à l’antenne l’esprit d’un homme riche, fier ou arrogant, voire parfois quelqu’un qui vous ressemble ou vous rassure de plus en plus mal, et non le sanglot d’un autre homme de plus ?

              Quels sont les sentiments qui vous mettent parfois mal à l’aise, lorsque vous préférez vivre uniquement selon ce genre de valeurs, ou lorsque vous êtes continuellement en contact avec quelqu’un qui vous manipule souvent à votre insu ?

              J’appelle cela le grand lavage de cerveau du moment, celui de l’homme riche envers celui de l’homme pauvre, celui des vaines valeurs en cours de l’occident, j’appelle cela des sentiments bien superficiels, bien peu fraternels et faussement religieux ou spirituels sur le fond, vous le constarez tôt ou tard.

              Apprendre à reconnaître que depuis l’avènement des idéologies modernes, un grand nombre d’hommes de nos jours gagnent peut-être beaucoup d’argent mais dans le même temps ils perdent leur Âme, ne prennent plus guère le temps de mieux saisir le sens des événements en cours sur le fond.

              J’éprouve un mauvais présage pour le devenir de l’homme moderne, fier et arrogant. "Malheur, malheur, à celui par qui le scandale arrive." (Matthieu ch XVIII, v 7). Et qui laissera après son départ, une situation bien pire qu’avant son arrivée.

              De je suis « OK », De regardez-moi comme je suis devenu si riche, par rapport à celui-ci qui ne vaut plus rien à mes yeux, de « suivez-moi » tout le temps, pour paraître toujours plus juste et droit, de « soutiens-moi », de « mets-moi » continuellement en valeur, car je m’évertue tant à agir plus vite que les autres, j’en gagne tant à ma cause, à mes valeurs, de « je suis le chef ».

              D’abord pour moi le parachute doré, et puis pour l’autre que des miettes, quel courage devant l’adversité matérielle ? De « je suis au pouvoir », de « j’ai gagné la course », c’est moi « le premier ». C’est de cela que beaucoup de gens se nourrissent de nos jours, à l’antenne, à l’école, dans les partis, consternant ne parlons pas de la folle conduite de l’Amérique ou de certains pays riches à travers le monde, comprenez-vous cela ? On n’acquiert pas davantage le bonheur de l’homme en lui parlant continuellement de l’avoir ou de l’argent en société, bien au contraire malheureusement, mauvais médecin, mauvaise médecine ...




              • foufouille foufouille 26 septembre 2008 19:05

                j’ai jamais vu de proprio cool
                quand tu es pauvre tu tiens pas etre sdf
                les pauvres vont ds les hlm
                les proprios loue uniquement a ceux qui ont "reussi"
                ils veulent la securite des obligations et le rendement du super placement
                sans les reparations bien sur


              • Jean-paul 27 septembre 2008 22:21

                @ foufouille

                imaginons que tu ais achete un appart ou une maison a credit ( credit que tu rembourses tous les mois a la banque ) A qui loues une partie de ta maison pour t’aider a payer ton credit ???????
                A un SDF ??OK 
                Et comment tu paies ton credit ??????
                Conclusion :
                La banque reprend la maison ce qui fait maintenant 2 SDF .
                Bravo foufouille


              • foufouille foufouille 28 septembre 2008 11:13

                ton sdf touche l’apl
                il s’agit pas de payer ou pas. car le cadre sup peut aussi etre au chomage
                les seul revenus comptes sont les trucs imposable
                la plupart des proprios preferent ne pas louer plutot que de louer a des pauvres. quand on est pauvre on a pas envie d’etre sdf
                etre bailleur est un metier pas une obligation de l’etat
                si tu peut pas payer ton credit entre deux locataires c’est que tu as mal calcule ce qui fait que tu pourras pas payer l’entretien
                vu le prix des loyers du prive, il faut etre ds les 20/30% de la population pour y acceder
                qu’est ce qui reste aux moins de 2400€ ?
                le hlm pourri qui finance les ps-ump et les taudis. le demenagement a credit a chaque mome car les hlm loue uniquement des dortoirs par personne


              • Le chien qui danse 26 septembre 2008 15:45

                Les exclus le sont aussi parcequ’il ne peuvent ou ne veulent intégrer une société et ses valeurs qu’il ne reconaissent pas. Certains, certes, font une descente vertigineuse d’un statut de travail famille à la rue et c’est la perte de l’estime d’eux-mêmes ou la non construction de leur personne qui ne leur permet pas de remonter arrivé un certain âge. D’autres très jeunes ont dit " fuck la société " fier à vingt ans, apitoyé sur eux-même à quarante.
                Il y a de multiples raisons d’être "exclu", l’orgueil, l’affectif non maîtrisé, l’illusion, le nihilisme, le millieu de naissance, la révolte et aussi la volonté, la faiblesse.
                Mais on peut-être trader et rouler en porshe en étant complètement indifférent au reste du monde, vivre en famille et être complètement indifférent au reste du monde et être exclu et être aussi complètement indifférent au autres.
                Ce qui est frappant est que les "exclus" sont rarement solidaires entre eux, il reproduisent souvent même les schémas qu’ils vomissent ou sont prêt à repartir dans la logique qui les à exclu, eux aussi ont à voir avec sisyphe. Il se forme souvent des micro-société d’exclus avec leur hiérachie, leur loi, leur principes etc.
                Je crois que ceux avec qui vous voulez être fraternel sont une catégorie d’exclus, les paumés par fragilité psychologique, intellectuellle ou mentale ainsi que les accidentés de la vie sociale, ceux qui n’ont pas la moëlle pour s’affirmer et se maintenir dans cette société, mais ils sont loin d’être la majorité.
                Je pense que vous confondez être inclu dans la vie et être inclu dans un système et souvent les exclus s’excluent car ils ne sont pas dupes.
                Je reconnais votre principe de fraternité, mais là aussi c’est une globalité fraternelle à laquelle il faudrait accéder.
                Nous sommes dans une société de compétition dans laquelle il faut un gagnant et un perdant. Il y a de la marge entre les deux et c’est là qu’un bon nombre d’entre nous nous trouvons, mais il faut des perdants, c’est une société verticale. Les "exclus" font partie d’une logique, comme les nations, le EU en haut qui peuvent claquer 700 Mds de dollar pour maintenir les plus riches d’entre eux et le bengladesh qui ne sait comment nourrir son peuple l’année prochaine, eux aussi sont des "exclus".
                Alors pour que ça change il faut que tout change pour tous. Ca fait un vaste champ de réflexions et d’actions.
                Une bonne image, selon moi, et donnée par les théories dites "du sablier" et du "losange". Mais passer de l’une à l’autre ne se fera pas sans douleur. Peut-être qu’avec les difficultés du capitalisme pouvons nous espérer une ouverture, l’avenir nous le dira...


                • pseudo pseudo 26 septembre 2008 16:48

                  Mais ce n’est pas grave tout ça. Tout devrait être réglé d’ici décembre !

                  Sarkozy l’avait promis en décembre 2006 : plus de SDF d’ici deux ans.  smiley

                  http://tf1.lci.fr/infos/france/politique/0,,3371564,00-sarkozy-plus-sdf-dehors-ici-ans-.html

                  Je sais bien que les promesses des hommes politiques n’engagent que ceux qui y croient, mais enfin...


                  • appoline appoline 26 septembre 2008 20:24

                    A moins de ressortir quelques boîtes de zyclon B, je ne vois pas trop comment il va pouvoir solutionner ce qui risque de croître dans les mois qui viennent. Sarkosy n’a même pas une vague idée du courage qu’il faut pour faire face à la pauvreté, alors de là à l’éradiquer........


                  • pseudo pseudo 26 septembre 2008 20:43

                    @ appoline

                    Il va faire comme d’habitude : il va nous dire "j’ai changé". Un vraie girouette, cet homme-là. C’est sans doute parce qu’il n’utilise jamais le même cerveau. Il paraît qu’il en a 5 ou 6.

                     smiley




                  • Mr Balai Dans Le Cul 26 septembre 2008 17:25

                    Le sanglot de l’homme bon, le rire diabolique de l’homme mauvais...


                    hahahahahahaha ...........................................


                    • Mr Balai Dans Le Cul 26 septembre 2008 17:31

                      Pardon je veux dire : Mouhahahahaha .......................

                      C’est assurément plus diabolique, n’est ce pas ?


                    • hans lefebvre hans lefebvre 26 septembre 2008 19:01

                      Sur la pauvreté et l’exclusion, afin d’avoir une approche profonde et pertinente, lire les travaux et les ouvrages de Serge Paugam. Ce dernier s’est attaché, des années durant à dépeindre une réalité que chacun d’entre-nous mesure au quotidien :
                      http://serge.paugam.sp.free.fr/


                      • maxim maxim 26 septembre 2008 19:44

                        et le riche ? vous avez pensé seulement à la solitude du riche ,tout seul au volant de sa Bentley ou de son Aston Martin ,on le regarde avec pitié "le pauvre pourquoi il achète pas une Twingo ou une Logan comme tout le monde ? au prix de l’essence ....."
                        et sa femme ,une panthère qui va certainement l’emmerder le soir en arrivant dans son hôtel particulier .."Cheri ,my amore ( c’est une Latine ) y’é souis passé chez Van cleef ,y’é vu oune magnifique pendentif ,my amore s’il té plait ?....."

                        et lui pour avoir la paix .." mais oui ma chérie ,vas y ,on a toujours notre compte ouvert chez eux ..." comme ça il est peinard ,et il aura droit à une petite faveur ce soir ,dans les draps en soie sauvage ,dans la chambre bleue de 150m2 de l’Hôtel particulier qui donne pleine vue sur le Champ de Mars lorque les doubles rideaux sont ouverts .....
                        mais à part ça le riche est seul au monde ,connait il le bonheur d’aller chercher sa baguette de pain lui même ,ou le plaisir d’aller chez le boucher " alors mon p’tit monsieur ,c’est vous qui faites les courses ,bobonne fait grêve ? ce sera deux morceaux dans la bavette comme d’habitude ? "pas de contact avec ce brave commercant ,l’exclusion en quelque sorte ..

                        et puis les soucis ,le dernier pur sang du Haras qui a la colique et qui ne pourra pas courir à Deauville ,le yacht qui n’est pas encore prêt à prendre la mer ,le vernis n’étant pas sec .....
                        et puis les impôts qui arrivent avec cette saloperie d’Isf ......

                        et puis son petit dernier inscrit à Harvard qui réclame toujours du fric alors qu’il a un compte ouvert dans la plus grande banque US à concurrence de 20000$ par mois ,mais qui a des frais imprévus ......

                        eh oui lui aussi il sanglote l’homme riche ,si vous en voyez un faites lui un petit sourire ,prenez lui un instant la main,demandez lui " ça va mon vieux ? tu verras un jour ça s’arrangera ! "

                        allez faites un bon geste quoi !..



Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès