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Médias : faites-vous partie du pronétariat ?

Le Devoir

Par Paul Cauchon.

AgoraVox est un journal Internet entièrement rédigé par des « citoyens-reporters ». Sur sa page une de vendredi dernier, on trouvait une variété d’articles : une lettre ouverte au président bolivien Morales, la vision européenne du premier ministre belge, le portrait d’une entreprise de commerce équitable, un texte préparatoire à la Nuit des Césars, un reportage sur la présence de satellites autour de Pluton.

Arborant fièrement le slogan de « média citoyen », AgoraVox (qu’on peut consulter à l’adresse www.agoravox.fr) compte sur les services de plus de 2350 rédacteurs, qui ne sont pas anonymes : pour devenir rédacteur il faut s’inscrire, se présenter, et respecter une politique éditoriale qui exige, entre autres, que les articles publiés soient factuels, avec « un véritable apport informationnel », « enrichis de références », proposant des faits « originaux et inédits ». Un comité de rédaction vérifie d’ailleurs si les articles respectent ladite politique, et il peut refuser de publier un article s’il est trop confus, diffamatoire, et ainsi de suite.

AgoraVox est-il une véritable voie parallèle au journalisme traditionnel, ou une nouvelle bébelle participative bonne à séduire quelques rêveurs branchés ? En tout cas ses auteurs y croient. Le projet a été lancé par la société Cybion, qui a été créée par le scientifique Joël de Rosnay et par Carlo Revelli.

Rosnay est une star scientifique, comme on le sait. Ancien chercheur et enseignant au MIT, conseiller au président de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, il est aussi l’auteur de titres fort connus comme Le macroscope, La malbouffe, L’Homme symbiotique ou encore La plus belle histoire du monde avec Hubert Reeves et Yves Coppens.

Rosnay et Revelli viennent tout juste de publier chez Fayard un livre au titre curieux, La révolte du pronétariat. Convaincus que les nouvelles pratiques qu’on trouve sur Internet sont en train de révolutionner l’histoire de l’humanité, ils en sont déjà à forger de nouveaux concepts pour rendre compte de ces nouvelles réalités. Et c’est avec une certaine surprise qu’on voit émerger sous leur plume des expressions rappelant le langage marxiste.

Ainsi, selon les auteurs, nous vivons actuellement une nouvelle lutte des classes entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusion des informations, soit les « infocapitalistes », et ceux qui, anciens spectateurs, lecteurs ou usagers passifs, s’impliquent maintenant dans le processus planétaire de création et de distribution d’informations. Ces derniers, ce sont les « pronétaires », une nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, de diffuser, de vendre des contenus numériques non propriétaires, et dont les nouveaux médias ne sont pas les médias de masse, mais les médias des masses.

Pronétaire... essayez, pour voir, de placer le mot dans votre prochaine "party" de famille ! On peut s’en amuser, mais, en fait, Rosnay et Revelli explorent dans leur livre toutes ces nouvelles pratiques « citoyennes » par lesquelles ce sont les usagers qui prennent le contrôle. Sur Internet, certaines pratiques ont été développées de façon inédite par les utilisateurs eux-mêmes : les auteurs évoquent l’exemple du chat (le clavardage) ainsi que le partage de fichiers musicaux qui a fait trembler l’industrie de la musique.

Ces pratiques se développent maintenant ailleurs, avec les blogues, les vlogues (les journaux vidéo), le journalisme citoyen ou les wikis, dont le plus célèbre est l’encyclopédie virtuelle Wikipedia, une encyclopédie globale et planétaire rédigée quotidiennement par des milliers d’internautes qui se corrigent graduellement les uns les autres.

La révolte du pronétariat examine donc en profondeur plusieurs développements technologiques et plusieurs pratiques qui définissent une « nouvelle démocratie » participative, disent ses auteurs, où les citoyens prennent de plus en plus de pouvoir, contre les institutions traditionnelles (dont les médias), un pouvoir qui ira en augmentant pour autant qu’ils sachent se montrer « solidaires et organisés », font-ils remarquer.

Histoire de prêcher par l’exemple, Rosnay et Revelli ont donc mis en place AgoraVox, où tout citoyen peut devenir reporter et structurer un texte à l’aide de photos et de vidéos obtenues grâce aux appareils numériques. L’expérience est fascinante. Mais la première chose qui vient à l’esprit en visitant le site, c’est le besoin d’organisation : la présence d’un comité de rédaction atteste que, même dans un univers qui se veut très libre et très participatif, un système de régulation est nécessaire pour éviter le chaos et les dérapages !

Dan Gillmor, un blogueur américain célèbre, a déjà prédit que de nouveaux rassemblements de journalistes, d’informateurs et de lecteurs sur Internet transformeraient le journalisme tel qu’on le connaît actuellement en une sorte de « conversation assistée par la technologie ».

De façon prudente, les auteurs concluent plutôt leur livre en admettant que « dans le contexte de la lutte entre infocapitalistes et pronétaires, il est difficile de présumer de la victoire des médias des masses sur les mass media ». Voilà une saine prudence. Et pour le moment, la voie la plus riche à explorer est probablement cette collaboration entre les médias traditionnels et les nouvelles pratiques, par exemple avec ces sites de grands médias qui ouvrent leurs pages à l’interaction avec des lecteurs, en publiant des blogues, des forums, des chats, en intégrant dans les reportages des photos ou des vidéos fournies par les internautes.




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