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Panorama du journalisme citoyen sur Internet

AgoraVox se veut un média citoyen (ou média participatif) , mais qu’est-ce donc au juste ?

La notion de citoyenneté pourrait faire penser au journalisme alternatif prônant une ligne éditoriale partisane et orientée vers une action altermondialiste, voire anti-capitaliste tel que Indymedia (Independant media center - medias alternatifs, Indymédia France) la propose. Pourtant, il ne s’agit pas de la conception que se fait AgoraVox de l’individu citoyen et de la presse participative.

Agora Vox ne propose pas d’orientation politique, le terme "citoyen" doit se comprendre dans un autre sens, celui qui se définit comme une participation à la vie de la cité, les citoyens n’ayant aucun rôle obligatoire à jouer, ils peuvent choisir de participer (citoyen actif) ou non (citoyen passif) à la vie publique. C’est un statut de liberté. Il faut donc bien différencier le média alternatif (un journal alternatif) qui véhicule une ligne éditoriale précise (orientée selon une idéologie et appuyée par un groupe partisan et militant) du média qui fait uniquement appel aux individus, à leur sens civique, aux valeurs de solidarité, de liberté d’information, à leur capacité à capter, à sélectionner et à diffuser des informations intéressantes afin de les partager.
Ainsi, dans cette acception, AgoraVox souhaite contribuer à la construction d’une presse interactive qui est ouverte à toute personne souhaitant participer, collaborer, et écrire dans une optique collective et autonome de l’information. Autrement dit, cette nouvelle forme de journalisme collectif et indépendant, doit se baser sur le principe de transparence de l’information, tout en permettant une certaine réappropriation de l’information en soulevant de nombreuses questions (objectives ou subjectives) sur l’actualité. Ces questions sont susceptibles d’engendrer un fil de réflexions, de commentaires, de conversations et de réactions, c’est-à-dire des intéractions en ligne (sur le web) instruisant peu à peu ce que Dan Gillmor nomme dans son ouvrage clé "We The Media" sur les nouveaux médias participatifs, "l’intelligence collective", une intelligence informationnelle et communicationnelle.

Sans doute ne faut-il pas voir dans ce nouveau mode d’expression, dans ce mode d’information participative un danger et une menace pour le journalisme professionnel et la presse traditionnelle. Il faut comprendre le journalisme amateur comme un complément aux médias généralistes et à la presse professionnelle (on trouve une réflexion sur ce sujet à l’adresse http://www.loiclemeur.com/france/blogs_et_journalisme/index.html). Il s’agit d’un complément social - fait par les individus eux-mêmes - qui se veut au plus proche de la réalité des populations, des actualités (faits locaux, régionaux, nationaux, internationaux). Sans affirmer que chaque personne est en mesure de réaliser un journalisme d’investigation, en revanche chaque personne peut être témoin d’un fait, d’un événement, d’une action, ou bien être en présence de circonstances ou de manifestations particulières, qu’il peut présenter de manière spontanée et publier sous la forme d’un article (ou bien un petit billet, un bulletin, un papier), mais aussi sous des formats comme l’audio (son), la vidéo (film) et l’image (photographie, mms) qui sont exploités de plus en plus facilement via les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC, TIC, téléphonie mobile, palms et portables). Chaque individu est un capteur, un relai d’informations à l’instar de ce que l’on peut trouver aujourd’hui dans les blogs (ou blogues), et dans les wikis, qui sont des nouveaux espaces de publication et de communication collectifs (très proche de la tendance actuelle à l’open-source). Bien évidemment si chaque journal rêve de pouvoir dévoiler un scoop, il n’en demeure pas moins, que les journaux sont alimentés par de nombreux articles quotidiens ayant vocation à informer la collectivité, c’est-à-dire le réseau d’individus le plus étendu qui soit, sur des faits communs qui intéressent le citoyen au premier chef : nous touchons ici au droit à l’information qui est aussi important que le principe du media libre dans une société démocratique. La hiérarchie des informations est dans ce sens importante, et le respect des sources et la vérification de l’info également.

On peut donc se poser la question de savoir quelle est l’éthique pour un cyberjournalisme (e-media, et citoyen-reporter) qui communique ses infos sur un support gratuit. Sans doute est-ce la même que pour tout media qui se veut transparent. Ce "newjournalism" doit faire entendre une voix claire sur le contenu de sa publication libre, c’est-à-dire communiquer sur les limites qu’il se fixe.

Cette plateforme de journalisme participatif est également un tremplin pour des associations, de gens, des collectifs, des groupes, des communautés, qui peuvent s’exprimer librement, exposer les difficultés qu’ils rencontrent, confronter et échanger leur propre info avec celles des autres dans l’optique d’une sensibilation à un sujet particulier ou d’un travail collaboratif.
AgoraVox est intimement persuadée que l’émergence de ces nouveaux moyens d’expression (journalisme interactif, information collective, weblogs ou blog, wiki) est le reflet d’un besoin réel des peuples dans une société où l’information libre, la communication collective joue un rôle de plus en plus prégnant (société de l’information), et ne fait pas que participer d’une tendance générale ou d’une mode relative à la technique et à la technologie.

Il est certainement trop tôt pour dire qu’il s’agira de mass-media et de media de masse, néanmoins, aux vues de l’engouement populaire, notamment du nombre de blogers (bloggers ou blogueurs), toutes ces nouvelles pratiques sur Internet témoignent d’une évolution marquée vers les medias participatifs (participatory media) où l’individu (citizen reporter) est au centre pour communiquer et informer.

Il ne faut pas non plus considérer ce phénomène nouveau du media interactif comme quelque chose d’isolé, le phénomène du media libre touche l’ensemble de la planète, le côté international est primordial, il ne s’agit pas d’un phénomène cantoné à une région, même si les barrières, les frontières linguistiques restent prégnantes. C’est ainsi que l’encyclopédie libre, gratuite, ouverte (open publishing) qu’est Wikipedia se construit à une échelle globale, mondiale et se nourrit de la contribution généralisée de tous ceux qui souhaitent rédiger, déposer et soumettre un article ou une définition. Cela créera à terme une véritable librairie d’articles online gratuits et immédiatement consultable.

Notons également que certaines initiatives de journalisme collectif faisant appel au grand public ont été de véritables succès. La plus connues d’entres-elles concerne la Corée du Sud avec le site Oh My News (disponible en anglais à l’adresse http://english.ohmynews.com/). Ce projet de journal citoyen « OhMyNews » lancé en Corée du Sud est le plus abouti dans ce sens. Son impact est loin d’avoir été négligeable sur la vie politique de ce pays puisque, selon certains journalistes et certains blogs (http://www.francispisani.net/), ce journal interactif et collectif (participatory journalism) aurait contribué à l’élection en 2002 du président Roh Moo Hyun. OhMyNews a été lancé par Oh Yeon Ho en 2000 afin de créer une alternative informationnelle libre aux médias qu’il jugeait trop conservateurs et liés au pouvoir politique. Le site d’information en ligne fonctionne sur les contributions des citoyens contre rémunération (en fonction de la popularité des articles et des recettes publicitaires générées), il a connu une croissance exceptionnelle, passant en quatre ans de 732 à 30 000 citoyens reporters et de 4 à 40 journalistes professionnels. Jusqu’à 20 millions de pages web auraient été vues par jour au moment de la campagne présidentielle de 2002.
Des milliers de volontaires font donc circuler des informations et révèlent parfois des événements que les médias traditionnels ne relaient pas, comme par exemple le versement de plusieurs centaines de millions de dollars par Hyundai à la Corée du Nord avant le premier sommet entre les deux pays. Notons à ce titre la difficulté à vérifier de telles scoops. Pour saisir les évolutions futures du journalisme (cadre prospectif), Ohmynews est sans doute très important. Le site s’appuie sur l’interactivité des rédacteurs et promeut une démocratie qui vient davantage du citoyen, de la base. Cependant un écrit peut faire preuve d’originalité et de nouveauté sans qu’il soit pour autant issue d’une news d’envergure mondiale ou européenne.

Un des avantages de l’information collective via un journal indépendant comme AgoraVox, outre la possibilité d’une certaine égalité des chances afin de se faire publier, est de pouvoir créer un lieu d’expression où se cotoient différents personnalités, différents caractères. Le lecteur ne peut s’attendre à trouver ce qu’il cherche : un fort phénomène de serendipité est en œuvre. La presse intéractive dans cette acception permet un autre regard sur l’actualité, un regard qu’il ne faut pas comparer à l’actualité telle qu’on la trouve dans les dépêches AFP, ou Reuters, ou dans les grands journaux comme Le Monde, Le Figaro ou encore Libération. Autrement dit, il ne faut pas chercher de concurrence réelle entre la vision d’un média public (journal citoyen) fait par le public et une le journalisme traditionnel et professionnel. Le premier est un journal ouvert (open press) qui informe à deux niveaux : premièrement, des informations brutes, primaires qui concernent les faits mais qui sont souvent retraduites par une subjectivité individuelle. Ce dernier point ne doit pas être considéré comme un inconvénient, comme un élément en défaveur de l’information citoyenne mais à l’inverse - il s’agit deuxièmement du second niveau informationnel - l’information amateur, libre, filtrée par les sentiments de son auteur permet une compréhension de la société à un "meta niveau", autrement dit, à travers cette presse citoyenne (journal collectif) le lecteur trouve un témoignage de son époque, du ressenti commun, et de l’imaginaire collectif instituant.
Sans doute l’information collective n’est-elle qu’à ses balbutiements. L’information amateur nécessite un apprentissage collectif afin que les individus comprennent et assimilent les nouvelles règles de recul critique que nécessitent ces informations et les risques qui leur sont inhérents.

Il est raisonnable de se demander dans quelle mesure une telle presse alternative sera viable d’un point de vue économique. Car, si le weblog qui tend à se multiplier depuis les années 1995, date de sa création, est en quelque sorte un carnet d’actualité, de faits et d’opinions (voire un journal intime parfois) mis en avant par son ou ses auteurs, dont la construction est très aisée, une plate-forme de journalisme en ligne citoyen, sans être ni un magazine, ni une gazette, se doit de rester indépendante. Se pose donc la question du modèle économique sous jacent qui permettra à ce nouveau moyen d’expression qu’est la presse collective et citoyenne de continuer à voir le jour. Comme tout journal traditionnel, les principales ressources semblent provenir en grande partie de la publicité générée et donc par la popularité du site. Néanmoins, Internet risque fort bien d’accélérer la modification du modèle économique traditionnel basé sur un support papier. D’ailleurs, les médias traditionnels évoquent souvent le phénomène d’accélération de l’information. Il est vrai que les nouvelles techniques mises en place aujourd’hui pour suivre l’information en continue via le fil RSS sont désormais possibles et facilitent la transmission et la lecture des articles.

Il est sans doute important, dans la construction de notre société, de comprendre les enjeux induits par les nouveaux modes de communication. L’Internet citoyen et le média collectif s’inscrivent dans une démarche qui vise à promouvoir une démocratie participative. Cette tendance à la participation des citoyens peut avoir des incidences directes sur la vie publique. Le défi en vaut la peine.




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