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Corruption des syndicats, l’enquête qui dérange

Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont viennent de faire paraître « L’Argent noir des syndicats », une enquête fouillée et documentée qui met à jour (et à mal) les pratiques douteuses des organisations syndicales. Edifiant. Depuis sa sortie, les langues se dénouent dans le monde syndical et viennent corroborer les nombreux témoignages qui ne manquent pas d’instruire un dossier lourd, très lourd. Mais loin d’être une charge, les auteurs, syndicalistes chevronnés, proposent des solutions pour que les syndicats, à l’instar des partis politiques naguère, soient financés en toute transparence et qu’ils soient vraiment représentatifs.

Dans le cadre des RDV de l’Agora, nous vous présentons un extrait de "L’Argent noir des syndicats" suivi d’une interview vidéo de Jean-Luc Touly. 

La paix sociale a-t-elle un prix ? Si oui, quel est-il ? Réponse dans L’Argent noir des syndicats. Les lecteurs d’Agoravox connaissent bien Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont. Le premier est philosophe et journaliste et a notamment publié Profession corrupteur ainsi que L’Eau des multinationales (voir également le blog Association pour le contrat mondial de l’eau) avec Jean-Luc Touly qui est, à l’instar de Christophe de Mongermont, un syndicaliste de haut vol.

Tous trois sont membres de l’association Anticor qui s’efforce de lutter contre la corruption. Ensemble, ils viennent de faire paraître L’Argent noir des syndicats, un ouvrage salutaire qui, s’il met en avant certaines pratiques douteuses en vigueur dans le monde syndical, propose aussi des solutions pour en sortir…

Dès sa sortie, L’Argent noir des syndicats a suscité de nombreux débats au sein des différentes organisations. En évoquant les dérives des Comités centraux d’entreprise dans le privé comme dans le public - « d’une manière générale, quels que soient les secteurs économiques, la bonne entente qui règne entre les CE et les directions est notable dans les grandes entreprises » -, en soulignant combien étaient étouffées par les grandes centrales elles-mêmes les revendications des syndicalistes intègres, centrales qui, en outre, n’hésitent pas à utiliser l’argent de la formation à d’autres fins que ce à quoi il est destiné, en pointant l’absence (voulue) de représentativité dans des secteurs entiers du monde du travail (le nettoyage, par exemple) et dans de nombreux autres cas, ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, en particulier à ceux qui confondent syndicalisme et sinécure.

Le lecteur ne s’étonnera plus, après cette lecture, que les organisations dites représentatives ne soient plus à la pointe du combat social (un seul exemple : les retraites) ces dernières années. Au nom du réformisme, celles-ci abandonnent la lutte. En réalité, elles sont anesthésiées par une manne financière censée "fluidifier les relations sociales", selon l’expression des patrons de l’UIMM. C’est par cette affaire abracadabrantesque des caisses noires de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, bras armé du Medef que l’histoire commence. Elle est loin d’être terminée.


Extrait de L’Argent noir des syndicats, par
Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe Montgermont.

« … Pourquoi les fédérations syndicales chez EDF ne bougent-elles pas sur la réforme des régimes spéciaux de retraite qui concerne pourtant au premier chef tous les salariés de cette vaste entreprise ? Pourquoi le projet de privatisation les laisse-t-il aussi passives ? Pourquoi les voit-on si peu réagir de façon générale alors que le taux de syndicalisation leur donne une puissance de feu considérable ? L’historien du mouvement ouvrier qui nous souffle quelques réponses adopte une attitude curieuse : il veut bien nous parler, commenter les évolutions des grands syndicats et exprimer des critiques acerbes, mais à la condition qu’on taise son nom.

Encore un. « Je travaille régulièrement pour l’un de ces syndicats, cela me nuirait beaucoup. Le jour où ce syndicat ne me fera plus vivre, je m’afficherai sans problème, quoique je ne veuille pas non plus apparaître comme quelqu’un qui crache dans la soupe alors que je m’en nourris. Et nous faisons aussi plein de choses positives, il ne faut pas réduire l’activité des syndicats aux dérives, certes nombreuses et graves, mais... » Un large sourire illumine son visage. Non, il ne crachera pas dans la soupe en public, mais il fulminera en catimini pendant plusieurs heures contre les abus et les pratiques scandaleuses qui se sont multipliés sous l’étiquette des grandes organisations syndicales, tout particulièrement dans les fiefs publics...

Et il rappelle que « l’ensemble des comités d’entreprise mériteraient tous d’être contrôlés de près. C’est la première condition pour que les syndicats retrouvent un peu leur liberté de parole et d’action. Dans la mesure où les caisses d’activités sociales servent à arroser les syndicats, comment attendre de ces derniers la moindre indépendance quand il faut se mobiliser ? »


Etienne Deschamps, juriste du syndicat CNT Nettoyage d’Île-de-France, apporte des précisions : « La corruption de syndicalistes est une pratique qui s’est développée depuis vingt ans dans ce secteur. C’est un syndicalisme de soumission. Il touche quasiment tous les syndicats. Les délégués qui ne jouent pas ce jeu font l’objet d’une répression patronale très dure ».

On nous explique par ailleurs que la CGT Nettoyage, qui dépend curieusement de la Fédération ports et docks, est très soutenue par le patronat. Les publicités dans les bulletins syndicaux illustrent la qualité de leurs relations. Ce n’est pas illégal, bien sûr, mais on peut comprendre ceux qui s’en étonnent. « Une façon de “tenir” les représentants du personnel, poursuit le juriste syndical, est de leur attribuer des petits avantages.

Promotion pour devenir chef, voiture de fonction, double salaire (au nom de deux boîtes de nettoyage), tout est bon, même l’obtention de logements par le 1 % patronal. Les DRH ne demandent pas nécessairement à l’heureux bénéficiaire d’abandonner son mandat, c’est plus fin que cela : ces avantages impliquent "spontanément" une forte baisse du niveau de revendication. On le constate alors par touches successives : au début, le délégué du personnel vient un peu moins aux réunions, puis plus du tout.

Ensuite, ses camarades nous expliquent qu’il délaisse certains dossiers urgents ou qu’il ne s’occupe plus guère de son travail syndical. Pire, qu’il minimise les problèmes des salariés. Enfin, on apprend qu’il a déménagé après avoir obtenu un appartement plus grand, mais sans vraiment s’en vanter. Ce sont souvent des indices forts. Tous les syndicats sont touchés. Le nôtre n’est pas à l’abri non plus de ces tentations ».

© Editions Fayard

Vidéo de Jean-Luc Touly, co-auteur de L’Argent noir des syndicats,
interviewé par
Olivier Bailly


Crédit photo : images.blog-24

par Lenglet, Touly et Mongermont vendredi 6 juin 2008 - 83 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.183) 6 juin 2008 12:16
    JL1

    Par David Servenay | Rue89 | 06/06/2008 | 00H04

    Un témoin raconte comment les patrons des métallos ont détourné la moitié de l’argent destiné à la formation professionnelle…Dans l’océan de silence entretenu par les patrons autour de l’affaire de l’UIMM, Annick Le Page jette un gros rocher qui va en éclabousser plus d’un. Il y a dix ans, cette ancienne chargée de mission de la Fédération des industries mécaniques (FIM) avait dénoncé (mais en vain) un système de détournement de fonds publics mis en place par l’UIMM. Ou comment les métallos ont siphonné pendant des décennies "au moins la moitié" de l’argent de la formation professionnelle qui leur était alloué… Témoignage exclusif recueilli par Rue89 et France Inter."

    Un dossier complet sur le site Rue89 et sur Franceinter.com

  • Par melanie (xxx.xxx.xxx.93) 6 juin 2008 23:15

    @ ZEn

    Mon ex travaillait comme enseignant dans un CFA : Centre de formation des apprentis qui dépendait totalement des fonds de l’IUMM.

    Il était convié préfemment à des réunions de promotion du MEDEF.

    Oui car un CFA, est un organisme privé qui ne dépend pas des fonds de l’Education nationale, malgré le fait que celle ci sous injonction du ministère de Tutelle , en face la promotion....

    D’où,on dévie du parcour scolaire "normal " des élèves qui seront formés en Alternance par un organisme dépendant du MEDEF, et de l’autre par les entreprises qui les feront travailler pour pas un kopeck et les récupéreront clé en main au terme de la formation.

    Les petrits apprentis sortiront tout chauds précuits par le MEDEF et directement enfournables par les entreprises.

    Ceci explique cela, le MEDEF- dont le premier contributeur est l’IUMM - actionnant le gouvernement UMP, fait une promotion pour un système de formation maison dédié à fournir aux entreprises des ouvriers rentables immédiatement et formés par l’esprit maison.

  • Par melanie (xxx.xxx.xxx.93) 7 juin 2008 00:08

    @ Tu seras un homme

     

    Vous n’avez pas lu les posts , manifestemment :

    La corruption est largement partagée, celui qui achète et celui qui est acheté.

    Les patrons ne sont pas plus des anges que les salariés, sauf que depuis toujours le pouvoir financier et celui de faire pression - par possibolité de rogner l’évolution de carrière ou de licencier ou de gâcher la vie- est du côté des mêmes., à savoir que le nombre de salariés dépendants de leur emploi pour vivre est statistiquement supérieur à celui de nuisance éventuel des salariés pour les patrons :

    Qui a le pouvoir d’acheter qui  ???

    Cela dit, comme dit un intervenant les patrons achètent "la paix sociale", c’est la loi du genre, ce qui est plus choquant , c’est que des syndicalistes dont le rôle et le statut est lié à la représentation et à la défense des salariés se soient compromis pour le pognon.

  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.139) 6 juin 2008 12:25
    Lapa

    "

    Les syndicats patronaux semblent exclus du champ d’étude du livre : pourquoi donc ? Seraient-ils à l’abri de tout reproche ?

    Et si on parlait un peu plus de l’UIMM ? Voir le lien de Zen, par exemple : il y aurait là des centaines de millions d’euros de détournements de fonds de l’Etat. C’est autrement grave que de l’arrosage de syndicalistes - dont l’ampleur reste à déterminer -, puisque c’est bien l’argent des contribuables qui aurait été tout simplement volé. "

     

    je n’ai pas lu le livre, mais l’article en parle déjà : l’avez-vous seulement lu avant de poster votre commentaire ? tenez :

     

    "En réalité, elles sont anesthésiées par une manne financière censée "fluidifier les relations sociales", selon l’expression des patrons de l’UIMM. C’est par cette affaire abracadabrantesque des caisses noires de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, bras armé du Medef que l’histoire commence. Elle est loin d’être terminée."

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