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Accueil du site > RDV de l’Agora > Corruption des syndicats, l’enquête qui dérange

Corruption des syndicats, l’enquête qui dérange

Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont viennent de faire paraître « L’Argent noir des syndicats », une enquête fouillée et documentée qui met à jour (et à mal) les pratiques douteuses des organisations syndicales. Edifiant. Depuis sa sortie, les langues se dénouent dans le monde syndical et viennent corroborer les nombreux témoignages qui ne manquent pas d’instruire un dossier lourd, très lourd. Mais loin d’être une charge, les auteurs, syndicalistes chevronnés, proposent des solutions pour que les syndicats, à l’instar des partis politiques naguère, soient financés en toute transparence et qu’ils soient vraiment représentatifs.

Dans le cadre des RDV de l’Agora, nous vous présentons un extrait de "L’Argent noir des syndicats" suivi d’une interview vidéo de Jean-Luc Touly. 

La paix sociale a-t-elle un prix ? Si oui, quel est-il ? Réponse dans L’Argent noir des syndicats. Les lecteurs d’Agoravox connaissent bien Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont. Le premier est philosophe et journaliste et a notamment publié Profession corrupteur ainsi que L’Eau des multinationales (voir également le blog Association pour le contrat mondial de l’eau) avec Jean-Luc Touly qui est, à l’instar de Christophe de Mongermont, un syndicaliste de haut vol.

Tous trois sont membres de l’association Anticor qui s’efforce de lutter contre la corruption. Ensemble, ils viennent de faire paraître L’Argent noir des syndicats, un ouvrage salutaire qui, s’il met en avant certaines pratiques douteuses en vigueur dans le monde syndical, propose aussi des solutions pour en sortir…

Dès sa sortie, L’Argent noir des syndicats a suscité de nombreux débats au sein des différentes organisations. En évoquant les dérives des Comités centraux d’entreprise dans le privé comme dans le public - « d’une manière générale, quels que soient les secteurs économiques, la bonne entente qui règne entre les CE et les directions est notable dans les grandes entreprises » -, en soulignant combien étaient étouffées par les grandes centrales elles-mêmes les revendications des syndicalistes intègres, centrales qui, en outre, n’hésitent pas à utiliser l’argent de la formation à d’autres fins que ce à quoi il est destiné, en pointant l’absence (voulue) de représentativité dans des secteurs entiers du monde du travail (le nettoyage, par exemple) et dans de nombreux autres cas, ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, en particulier à ceux qui confondent syndicalisme et sinécure.

Le lecteur ne s’étonnera plus, après cette lecture, que les organisations dites représentatives ne soient plus à la pointe du combat social (un seul exemple : les retraites) ces dernières années. Au nom du réformisme, celles-ci abandonnent la lutte. En réalité, elles sont anesthésiées par une manne financière censée "fluidifier les relations sociales", selon l’expression des patrons de l’UIMM. C’est par cette affaire abracadabrantesque des caisses noires de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, bras armé du Medef que l’histoire commence. Elle est loin d’être terminée.


Extrait de L’Argent noir des syndicats, par
Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe Montgermont.

« … Pourquoi les fédérations syndicales chez EDF ne bougent-elles pas sur la réforme des régimes spéciaux de retraite qui concerne pourtant au premier chef tous les salariés de cette vaste entreprise ? Pourquoi le projet de privatisation les laisse-t-il aussi passives ? Pourquoi les voit-on si peu réagir de façon générale alors que le taux de syndicalisation leur donne une puissance de feu considérable ? L’historien du mouvement ouvrier qui nous souffle quelques réponses adopte une attitude curieuse : il veut bien nous parler, commenter les évolutions des grands syndicats et exprimer des critiques acerbes, mais à la condition qu’on taise son nom.

Encore un. « Je travaille régulièrement pour l’un de ces syndicats, cela me nuirait beaucoup. Le jour où ce syndicat ne me fera plus vivre, je m’afficherai sans problème, quoique je ne veuille pas non plus apparaître comme quelqu’un qui crache dans la soupe alors que je m’en nourris. Et nous faisons aussi plein de choses positives, il ne faut pas réduire l’activité des syndicats aux dérives, certes nombreuses et graves, mais... » Un large sourire illumine son visage. Non, il ne crachera pas dans la soupe en public, mais il fulminera en catimini pendant plusieurs heures contre les abus et les pratiques scandaleuses qui se sont multipliés sous l’étiquette des grandes organisations syndicales, tout particulièrement dans les fiefs publics...

Et il rappelle que « l’ensemble des comités d’entreprise mériteraient tous d’être contrôlés de près. C’est la première condition pour que les syndicats retrouvent un peu leur liberté de parole et d’action. Dans la mesure où les caisses d’activités sociales servent à arroser les syndicats, comment attendre de ces derniers la moindre indépendance quand il faut se mobiliser ? »


Etienne Deschamps, juriste du syndicat CNT Nettoyage d’Île-de-France, apporte des précisions : « La corruption de syndicalistes est une pratique qui s’est développée depuis vingt ans dans ce secteur. C’est un syndicalisme de soumission. Il touche quasiment tous les syndicats. Les délégués qui ne jouent pas ce jeu font l’objet d’une répression patronale très dure ».

On nous explique par ailleurs que la CGT Nettoyage, qui dépend curieusement de la Fédération ports et docks, est très soutenue par le patronat. Les publicités dans les bulletins syndicaux illustrent la qualité de leurs relations. Ce n’est pas illégal, bien sûr, mais on peut comprendre ceux qui s’en étonnent. « Une façon de “tenir” les représentants du personnel, poursuit le juriste syndical, est de leur attribuer des petits avantages.

Promotion pour devenir chef, voiture de fonction, double salaire (au nom de deux boîtes de nettoyage), tout est bon, même l’obtention de logements par le 1 % patronal. Les DRH ne demandent pas nécessairement à l’heureux bénéficiaire d’abandonner son mandat, c’est plus fin que cela : ces avantages impliquent "spontanément" une forte baisse du niveau de revendication. On le constate alors par touches successives : au début, le délégué du personnel vient un peu moins aux réunions, puis plus du tout.

Ensuite, ses camarades nous expliquent qu’il délaisse certains dossiers urgents ou qu’il ne s’occupe plus guère de son travail syndical. Pire, qu’il minimise les problèmes des salariés. Enfin, on apprend qu’il a déménagé après avoir obtenu un appartement plus grand, mais sans vraiment s’en vanter. Ce sont souvent des indices forts. Tous les syndicats sont touchés. Le nôtre n’est pas à l’abri non plus de ces tentations ».

© Editions Fayard

Vidéo de Jean-Luc Touly, co-auteur de L’Argent noir des syndicats,
interviewé par
Olivier Bailly


Crédit photo : images.blog-24


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78 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 6 juin 2008 11:34

    Les hommes politiques devant les scandales de la fin des années 80 sur les financements des partis politiques ont choisi une bonne chose : le financement public

    Ils ont tout simplement oublié les organisations syndicales reconnues ,même si elles ne le veulent pas il faut l’imposer par la loi afin d’avoir des partenaires sociaux co-gestionnaires et non de contestation 2 fois dans l’année.

    C’est une nécessité afin d’avoir un meilleur droit social dans les entreprises et de permettre une ouverture d’esprit sur l’économie de marché

    La corruption des organisations syndicales (patronales et ouvriers) doivent être une des priorités du gouvernement de Nicolas Sarkozy dans le cadre de la modernisation du pays.

    Elle va permettre de pouvoir chasser les voleurs (patrons et syndicats) qui détournent dans l’impunité totale chaques années des centaines de millions d’euros des fonds publics sur la formation et le chômage.

    OUI au financement public des organisations syndicales comme c’est le cas des partis politiques

     


    • Proudhon Proudhon 6 juin 2008 18:34

      Pour une fois que Lerma ne dit pas une connerie.

      Lerma tout doucement passe à gauche, voire à l’extrême-gauche !


    • kolymine 7 juin 2008 10:32

      un syndicat nourri par l’argent public, c’est la mort des syndicat aussi...

      ’fin bon, m’est avis que les syndicats ca a jamais bien servi à grand chose, la cgt encore quand elle etais dans le giron du pcf,mais mis à part ca :s


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 7 juin 2008 17:27

      Les syndicats ont joué un rôle historique extremement important et bienfaisant. Ils n’on plus d’utilité, plus de mission et n’existent plus que pour la satisfaction et au profit de ceux qui s’en sont fait une chasse gardée. Evidemment, il ya des bavures... Toute la représentation et la protection des travailleurs est à repenser

      Pierre JC Allard


    • Lenglet, Touly et Mongermont 9 juin 2008 10:29

      Tout à fait d’accord sur un financement public, transparent ; mais nous voudrions que la part des cotisations tourne autour des 75% des recettes des syndicats en créant la cotisation obligatoire correspondant au service public rendu par les OS financée par les salariés et les patrons (dans le même registre que la mutuelle) : la répartition pourrait se faire en fonction des résultats aux élecions professionnelles ou prudhomales.


    • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 juin 2008 11:51

      Ca m’ étonnerait quand-même que les syndicats et ses représentants soient corrompus , non non , les corrompus c ’est pas eux impossible , impensable , la prévarication et ses synonymes n’ a qu’ un nom , qu’ un côté , suivez le regard des regardants ...


      • ZEN ZEN 6 juin 2008 11:55

        Je n’ai pas lu le livre ,je ne conteste pas certaines pratiques signalées , que je connaissais en partie d’ailleurs....mais je crains que (peut-être sans le vouloir, par l’exploitation qui en sera faites par qui vous savez) son succès ne contribue à affaiblir un peu plus le syndicalisme en France, déjà si fragilisé et marginalisé. Qui va se frotter les mains ?

        Je pose la question : pourquoi ce livre (sans doute nécessaire) maintenant...

        Ne pas oublier le contre-point :

        http://bellaciao.org/fr/spip.php?article64881

         


        • sisyphe sisyphe 6 juin 2008 13:06

          D’accord avec Zen.

          J’en parle d’après ce que j’en ai lu et entendu, puisque je n’ai pas lu le livre.

          Par ailleurs, bien que ces pratiques soient probablement vraies, il semble que l’accent soit mis ici sur la "corruption" des syndicats. Je veux bien.

          Mais pour qu’il y ait corruption, il faut bien des corrupteurs : en l’occurence les patrons, qui, si j’ai bien compris, y trouvent largement leur compte.

          Alors, que la justice regarde tout ça de très près : c’est bien le moindre. Mais, qu’au moins, les corrupteurs soient plus punis que les corrompus, car c’est bien eux qui sont à la base de la corruption : sans argent ni magouilles avec le pouvoir, pas de corruption.


        • Proudhon Proudhon 6 juin 2008 18:42

          Il arrive un moment ou il faut dire Basta à toutes ces pratiques de pourris. Ces gens-là ne valent pas mieux que les patrons pourris. Vous croyez que c’est pourquoi que Nicole Nota se couchait déjà à l’époque. Vous me direz, c’est un peu grâce à elle que s’est créé le syndicat Sud (Solidaires).

          Mon collègue de travail me demande souvent de le rejoindre pour l’aider face à la direction. Le problème comme je lui est dit, c’est que le syndicat maison c’est la CFDT. J’ai une tête à être à la CFDT ! Ce serait la CGT à la rigueur, j’aurais hésité.

          Moi personnellement je préfère sans problème Sud (Solidaires) qui est un des seul syndicat indépendant. Je lui est dis. On change de syndicat, je suis prêt à reprendre du service.


        • melanie 6 juin 2008 23:00

          Le patronat a compris que tout s’achète :

          Les alariés par de gros salaires et des avantages divers, les syndicalistes dont certains appartiennent à des syndicats plus complaisants que d’autres comme la CFDT : j’ai vecu un lynchage serré par une syndicaliste CFDT, qui devait me défendre lors de l’entretien de pré-licenciement, j’ai apprécié à sa juste valeur , il est vrai que dans l’Industrie Pharmaceutique, tout se passe dans la bonne humeur et la bonne entente des séminaires, primes, concours divers ...la revendication est une pratique qui serrait mal élevée. La fluidification-parfois la lubrification..- des rapports entre syndicats et patrons est totale...


        • stephanemot stephanemot 7 juin 2008 09:57

          Hello Zen,

          Le syndicalisme est déjà affaibli, à l’agonie, exsangüe. Chute des adhésions, crise financière, crise morale, tout y passe.

          Les lignes ont pas mal bougé depuis dix ans et les réformes sont l’occasion de redistribuer les cartes, avec tous les risques et opportunités que cela comporte.

          De toute évidence, la CGT a déjà négocié des contreparties avec NS avant les élections, ce qui explique son évolution spectaculaire et le schisme avec une partie de sa base désormais courtisée par Sud et les Trotskystes.

          Cette bagarre à gauche entre ultraconservateurs et réformateurs prolonge d’ailleurs celle qui anime les partis politiques.

          Paradoxalement, exposer les scandales facilite la réforme en la légitimant et en décrédibilisant les dieharders dont le petit jeu est exposé : ils ne défendent pas les intérêts des pauvres travailleurs mais leurs propres vaches à lait (dont plus personne ne pourra bientôt traire grand chose).

          Le syndicalisme peut reconquérir ses lettres de noblesse et l’affection des militants en menant une authentique démarche de transparence et en gagnant en souplesse pour s’adapter à un monde du travail beaucoup plus nucléarisé que par le passé.

           


        • Lenglet, Touly et Mongermont 9 juin 2008 10:37

          C’est une question que nous nous sommes posés mais nous avons estimé qu’il était urgent de dénoncer les mauvaises pratiques afin de pouvoir reconstruire un syndicalisme indépendant, fort et donc efficace et utile pour l’intérêt des salariés de plus en plus malmenés.


        • Lenglet, Touly et Mongermont 9 juin 2008 10:41

          merci de votre témoignage qui d’ailleurs nous intéresse car nous allons lancer un blog afin de recueillir ceux-ci pour peser : pour le moment, vous pouvez m’envoyer sur mon mail contact@acme-eau.org les infos si vous le souhaitez.


        • ZEN ZEN 6 juin 2008 11:59

          Ceci a une autre ampleur :

          http://rue89.com/2008/06/06/uimm-la-caisse-noire-remplie-par-des-stagiaires-fantomes

          Que les auteurs eux-mêmes viennent faire la promotion de leur livre sur Avox me gène


          • L'équipe AgoraVox L’équipe AgoraVox 6 juin 2008 12:37

            Cet article ne vise pas à faire la promotion d’un livre, mais à nourrir le débat sur un sujet crucial : le financement des syndicats et leur représentativité. Publié dans le cadre des Rdv de l’Agora, il permet aux internautes de débattre avec des journalistes d’investigation ou des chercheurs. Pour plus d’informations sur ces rdv, cf http://www.agoravox.fr/mot.php3?id_mot=472

            "Chaque semaine, sur Agoravox, dialoguez avec des journalistes et chercheurs qui nous aident à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Les RDV de l’Agora souhaitent mettre en perspective un fait d’actualité vu sous un angle original, nouveau, non consensuel. Une démarche à laquelle tous les citoyens sont invités à participer.

            Une à deux fois par semaine, à l’initiative d’Olivier Bailly, Les RDV de l’Agora présentent l’extrait d’un livre ou d’un documentaire récemment paru ou en avant-première. Cette présentation sera suivie le cas échéant d’une interview vidéo.

            Dès publication et pendant une journée, vous pourrez réagir à cet article, le commenter, poser des questions aux auteurs qui vous répondront."


          • melanie 6 juin 2008 23:15

            @ ZEn

            Mon ex travaillait comme enseignant dans un CFA : Centre de formation des apprentis qui dépendait totalement des fonds de l’IUMM.

            Il était convié préfemment à des réunions de promotion du MEDEF.

            Oui car un CFA, est un organisme privé qui ne dépend pas des fonds de l’Education nationale, malgré le fait que celle ci sous injonction du ministère de Tutelle , en face la promotion....

            D’où,on dévie du parcour scolaire "normal " des élèves qui seront formés en Alternance par un organisme dépendant du MEDEF, et de l’autre par les entreprises qui les feront travailler pour pas un kopeck et les récupéreront clé en main au terme de la formation.

            Les petrits apprentis sortiront tout chauds précuits par le MEDEF et directement enfournables par les entreprises.

            Ceci explique cela, le MEDEF- dont le premier contributeur est l’IUMM - actionnant le gouvernement UMP, fait une promotion pour un système de formation maison dédié à fournir aux entreprises des ouvriers rentables immédiatement et formés par l’esprit maison.


          • masuyer masuyer 8 juin 2008 16:01

            Bonjour Mélanie,

            ayant moi-même été élève en CFA, j’ai pu m’interroger sur certaine pratiques qui règnent dans le domaine de l’apprentissage.

            Je pense qu’il y a sur ce sujet matière à articles.

            Cordialement

             


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 juin 2008 12:06

            la vérité , faut juste regarder la vérité en face ....ça rend pas aveugle la vérité , juste ça dérange ceux qui veulent croire qu’ un côté serait tout beau tout tout , et l’ autre rien , tout rien ...

             

            là où il y a du genre humain on trouve tout ce qui va avec ....c ’est trop dur à comprendre ?

             

            Caramba encore raté ...


            • melanie 6 juin 2008 23:26

              @ rocla

               

              Contrairement à toi , je ne crois pas à une fatalité de la nature humaine corruptible , je crois à un type de culture et que donc les choses peuvent s’amender.

              la Suède , comme le Danemark et la Norvège, de culture protestante, donc plus "rigoureuses" et intégres, ne connaissent pas ces dérives médiocres : Les syndicats y sont forts, le syndacalisme important et les patrons négocient de façon claire et pragmatique.

              Les rapports dans l’entreprise française sont perverses le plus souvent, basés sur des rapports hierarchiques hypocrites, où semble rénier la concorde mais où tout le monde a peur de se faire avoir. Il est clair que cela n’arrange ni les rapports management salariés, ni les rapports syndicats management.

               


            • JL JL 6 juin 2008 12:16

              Par David Servenay | Rue89 | 06/06/2008 | 00H04

              Un témoin raconte comment les patrons des métallos ont détourné la moitié de l’argent destiné à la formation professionnelle…Dans l’océan de silence entretenu par les patrons autour de l’affaire de l’UIMM, Annick Le Page jette un gros rocher qui va en éclabousser plus d’un. Il y a dix ans, cette ancienne chargée de mission de la Fédération des industries mécaniques (FIM) avait dénoncé (mais en vain) un système de détournement de fonds publics mis en place par l’UIMM. Ou comment les métallos ont siphonné pendant des décennies "au moins la moitié" de l’argent de la formation professionnelle qui leur était alloué… Témoignage exclusif recueilli par Rue89 et France Inter."

              Un dossier complet sur le site Rue89 et sur Franceinter.com


            • Lapa Lapa 6 juin 2008 12:25

              "

              Les syndicats patronaux semblent exclus du champ d’étude du livre : pourquoi donc ? Seraient-ils à l’abri de tout reproche ?

              Et si on parlait un peu plus de l’UIMM ? Voir le lien de Zen, par exemple : il y aurait là des centaines de millions d’euros de détournements de fonds de l’Etat. C’est autrement grave que de l’arrosage de syndicalistes - dont l’ampleur reste à déterminer -, puisque c’est bien l’argent des contribuables qui aurait été tout simplement volé. "

               

              je n’ai pas lu le livre, mais l’article en parle déjà : l’avez-vous seulement lu avant de poster votre commentaire ? tenez :

               

              "En réalité, elles sont anesthésiées par une manne financière censée "fluidifier les relations sociales", selon l’expression des patrons de l’UIMM. C’est par cette affaire abracadabrantesque des caisses noires de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, bras armé du Medef que l’histoire commence. Elle est loin d’être terminée."


            • chris chris 6 juin 2008 13:40

              @ P. Renève,

              "L’article ne fait guère allusion aux organismes patronaux que par le passage que vous citez : il me semble que c’est un peu court.

               

              Car enfin, qui est le plus immoral : celui qui est corrompu ou celui qui corrompt ? Aussi bien, pourquoi ne pas parler autant, voire plus, des corrupteurs que des corrompus ? "

              Qui est le plus immoral ? un syndicat patronal qui est censé défendre les intérêts du patronat (en ce sens, corrompre les syndicalistes va implicitement dans le sens de l’intérêt patronal), ou un syndicat de salariés qui au lieu de défendre les salariés s’en met plein les fouilles en se disant toujours qu’il oeuvre dans l’intérêt du syndicalisme ?

              Mon propos n’est évidemment pas de dédouaner le patronat de sa responsabilité. Mais je trouve assez puéril de renvoyer à la faute du patronat pour minimiser celle du syndicalisme sur l’air du "c’est pas moi qu’ai commencé..." 

               


            • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 juin 2008 13:49

              on voit souvent une grosse paille dans l’ oeil de son suivant , alors que celui qui le précède chancelle sous le poids des poutres l’ empêchant de regarder l’ horizon au loin scruté avec l’ acuité visuelle réduite aux aguets ...


            • bobbygre bobbygre 6 juin 2008 16:13

              Dans les deux cas de figure, on a deux personnes qui agissent dans leur interet égoiste au détriment du reste de la société. Le corrompu est autant condamnable que le corrupteur, ni plus, ni moins.

              Vous dites plus facilement comprendre le patron que le syndicaliste dans cette histoire... Bah, pas moi.

              Quiconque a déjà essayé de s’investir dans le syndicalisme, et c’est mon cas, sait à quel point il s’agit d’un véritable sacerdoce (je parle dans le privé, hein).

              Outre le fait "naturel" de se retrouver en guerre contre la direction (à notre époque de régression sociale tout azimut, quoi de plus normal), les responsables syndicaux (et autre délégué du personnel) ont aussi à traiter avec les gens qu’ils representent. On se fait alllumer des deux cotés et les employés sont parfois très durs envers les syndicats, surtout envers les syndicats qui agissent. Dans certaines entreprises privées, le simple fait de s’engager dans un syndicat fait de vous un bolchevique en puissance (je parle de syndicat pas de la CFDT)

              Je ne vois rien d’étonnant à ce que des leaders syndicaux, épuisés, fatigués de se battre pour n’obtenir que colère et menace du coté du patron et défiance et suspicion permanente de la part des employés, se soient laissés corrompre.

              Comme dit plus haut dans le fil, ce ne sont que des êtres humains. Bien sûr, c’est choquant, bien sûr, il faut le combattre. Mais j’ai du mal à croire que les tartuffes qui sortent ça aujourd’hui de leur chapeau comme si c’était un grand scandale inconnu du public (ce sont des fonds publiques qu’ils ont touchés ? de quelle somme parle-t-on ? c’est comparable avec les golden parachute des PDGs qui ont fait couler leur boite ? Y-a-t-il eu des morts comme dans l’es affaires de corruption politique (le "suicide" du juge Borrel par exemple) ? ) ne poursuivent pas d’autres buts...

              Voui, voui, bien pratique pour relativiser l’affaire de l’UIMM tout ça... "Vous voyez, meme la CGT est corrompu, l’UIMM n’est qu’un syndicat corrompu parmi d’autres". C’est d’ailleurs tout à fait ce qui ressort du fil.

               

               


            • snoopy86 6 juin 2008 16:31

              @ bobbygre

              " C’est de l’argent public ?"

              Pire que celà !!! Dans le cas d’EDF ou d’Air france c’est l’argent du comité d’entreprise donc celui des salariés qui est détourné, et c’est malheureusement extrêmement fréquent.

              Lu hier par hasard, un exemple parmi beaucoup d’autres

              http://www.ladepeche.fr/article/2008/06/04/457712-Auch-Malversations-au-CE-de-la-Secu.html

               


            • ZEN ZEN 6 juin 2008 19:40

              @ Bobbygre

              Je vous comprends

              Je n’ai pas l’expérience du privé, mais j’ai des échos fréquents de ce qui s’y passe , par exemple chez TOYOTA à Valenciennes., non loin de chez moi, unité "modèle" s’il en est .Y défendre des droits élémentaires devient source de harcélements constants. Même la Voix du Nord, journal assez bien pensant ,s’en s’est faite l’écho...C’est emblématique, mais il y a bien d’autres exemples...

              On va demander aux Bulgroz et autres antisyndicaux du dimanche d’aller y travailler seulement une semaine...

               

              Toyota, cette machine qui brise les hommes :

              "Valenciennes (Nord), envoyée spéciale.

              Ils s’appellent Damien, Guy, Régis, David, Jean-Christophe, Ingrid ou Éric. Ils ont entre 23 et 40 ans. Et tous ont littéralement « mal » au travail. À l’instar de Nicolas, 26 ans, qui a déjà le dos en compote et subit des infiltrations chaque semaine pour soulager ses douleurs au niveau des mains. À 25 ans, Romain, lui, souffre de tiraillement constant dans les vertèbres cervicales. Anthony, 23 ans, commence à avoir mal au dos. Christelle, 40 ans, a de sérieux maux de dos, sans parler de sa dépression chronique. Bruno, la trentaine, a eu une double hernie discale, tout comme Michel. Quant à Dimitri, il doit vivre avec des pincements lombaires, son arthrose cervicale et ses douleurs articulaires. Fred, enfin, a eu une main écrasée et en garde de graves séquelles. Leur point commun : tous sont employés à l’usine Toyota Motor Manufacturing France (TMMF) d’Onnaing, près de Valenciennes (Nord), comme ouvriers. Ou plus exactement comme « Toyota members ». Car, chez Toyota, on est avant tout une grande famille..."

              -

              Le système Toyota

              -

              Connaissez vous le " TOYOTISME " ?

              -

              Toyota/Voix du Nord (Objet application/pdf) :

              "..Toyota il est beau, Toyota il est gentil. Arrivés avec le nouveau siècle comme le sauveur d’un bassin d’emploi exsangue, le constructeur japonais et sa nouvelle usine plantée à Onnaing n’échappent plus aujourd’hui au vent des critiques d’un système de production et de méthodes de management. Le fameux« Toyotisme ». Sans parler des condamnations pour discriminations syndicales, accumulées en un an près la cour d’appel de Douai.."

               

              -

              Le « Toyotisme » vécu de l’intérieur

              -

              Toyota, la japonaise mangeuse d’hommes


            • melanie 6 juin 2008 23:38

              C’est le retour au taylorisme ...1 siècle après ...


            • snoopy86 6 juin 2008 23:46

              Toyota c’est l’inverse du taylorisme, modèle industriel aujourd’hui envié et copié partout dans le monde...

              combien de syndiqués chez Toyota ?


            • cheminot 10 juin 2008 12:34

              ne pas oublier que c’est idem au CCE SNCF et dans les CE régionnaux SNCF


            • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 27 janvier 2010 18:43

              Je suis assez d’accord avec l’intervention de Philippe.

              C’est bel et bien l’UIMM qui regorge de fric et non pas les syndicats de salariés, quand bien même ils auraient été arrosés.

              Par ailleurs, l’arrosage, s’il existe, et cela ne concerne que quelques fédérations apparemment, n’est en aucun cas une objection au syndicalisme. Comme l’on dit d’autres intervenants sur AgoraVox, le livre sur la corruption des syndicats, co-rédigé par un camarade de FO, d’ailleurs (et qui doit avoir une personnalité philosophique fort différente de la mienne), peut devenir le prétexte à toutes les dérives syndicalophobes possibles.

              Je suis d’accord avec les auteurs sur un point : les syndicats doivent être intègres et vertueux (mon côté néokantien, très prussien 18° siècle).

              Je refuse par contre que cette affaire soit pain béni pour les ultralibéraux qui souhaitent, on le sait, la disparition du syndicalisme.

              J’ajoute que je suis un bénévole, que je travaille sur mon temps libre dans les locaux vétustes de mon union départementale (quelques pièces qui nous sont prêtées gratuitement par la municipalité), que je me rends à mon UD dans ma R21 de 1989 et à mes frais (ce qui m’a valu d’ailleurs un accident une fois), et que mon syndicat, tout départemental qu’il soit, a dû se saigner pour acheter un ordi qui n’est d’ailleurs même pas connecté à Internet pour l’instant !

              Depuis que j’ai des fonctions syndicales, le syndicalisme ne m’a pas fait gagner un centime, et j’avoue même qu’il me coûte un peu d’argent chaque année.

              En ce qui me concerne, le syndicalisme ne me rapporte rien de plus que la satisfaction du devoir accompli. Je peux mourir demain : on dira de moi, « c’est un brave type, pas très célèbre, pas très lu, qui a rendu service à ses collègues en essayant de traiter leurs dossiers. »

              C’est déjà ça !!!

               smiley

              PS Pourquoi autant d’anecdotes personnelles ?, diront les lecteurs...
              - parce que le syndicalisme, c’est avant tout un engagement personnel ; il faut toujours écouter les gens qui le vivent de l’intérieur, et surtout pas écouter les syndicalophobes qui n’ont jamais rien fait dans leur entreprise pour être solidaire de leurs collègues... c’est-à-dire, in fine, d’eux-mêmes.

              « Le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi » : Emmanuel KANT


            • Weinstein 6 juin 2008 12:18

              Tiens donc curieux, je n’ai pas lu de pareilles indignations lorsque le Bonnet (d’âne) faisait la promotion de son bouquin....Allant jusqu’à mendier ,avec adresse pour virement bancaire

               

               


              • chris chris 6 juin 2008 13:44

                Exactement, c’est la réflexion que je me suis faite. 

                Manifestement, la ligne d’Olivier Bonnet est plus "tendance" que ce que dénonce ce bouquin...

                Toujours cette fameuse indignation à géométrie variable... 


              • E-fred E-fred 7 juin 2008 18:29

                Il me semble d’Agoravox va "prndre" les articles chez Olivier Bonnet. Lui a fait un article sur son blog "Plume de presse" et Agoravox a publié l’article ici "Blog suspendu"...

                Mais bon, dès qu’il y a une saloperie à dire sur Bonnet !


              • iomej 6 juin 2008 12:19

                La video est remarquablement claire !

                Commentaire cynique, sous forme de syllogisme :

                Quasiment tous les hommes qui détiennent peu ou prou du pouvoir sont bakchichables. Et bakchichés.

                Les syndicalistes sont des hommes.

                Quasiment tous les syndicalistes sont bakchichables et bakchichés. (Affirmation malheureusement vérifiée à de multiples reprises, sur le terrain)


                • alberto alberto 6 juin 2008 13:05

                  Oui, Iomej , ça veut dire que partout où il y a finance il faut la transparence !

                  Et ça vaut pour les banques, les sociétés d’assurances, les finances locales et nationales, les comptes des grandes entreprises...

                  Mais c’est vrai aussi que ces petites magouilles syndicales semblent assez misérables et l’éclatement de cette bulle syndicale n’ébranlera pas les paradis fiscaux...

                  Bien à toi.


                  • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 6 juin 2008 13:52

                    Que les magouilles syndicales représentent 1 euro ou un million d’euros n’est pas la question. La question est celle de la confiance dans les représentants qu’ils se choisissent.


                  • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 6 juin 2008 13:52

                    Que les magouilles syndicales représentent 1 euro ou un million d’euros n’est pas la question. La question est celle de la confiance dans les représentants que les personnes syndiquées se choisissent.


                  • alberto alberto 6 juin 2008 16:07

                    Nicolas : Je suis d’accord avec toi : qui vole un oeuf, vole un boeuf...Mais ce que j’essayais d’exprimer c’est que dans cette histoire, les auteurs du livre s’en prennent au menu fretin, et de la part de représentants de l’association ANTICOR, on aurait pu s’attendre à de la pêche au gros...

                    Bien à toi.


                  • Tristan Valmour 6 juin 2008 13:52

                    Aux auteurs

                     

                    Bravo pour votre article, vos livres, vos combats. Il faut traquer la corruption sans relâche, et laisser la justice trancher. Mais les peines sont encore trop légères, elles sont le résultat d’une hypocrisie. Nul doute que la saisie de tous les biens des corrupteurs et corrompus entraînerait une diminution notable de ces pratiques dont les conséquences sont dans de nombreux cas plus graves que des actes plus sévèrement punis. Mais je trouve que vous êtes très indulgents avec les partis politiques en ce qui concerne la transparence.

                     

                    @ Zen, Philippe Renève et Sisyphe

                     

                    Mes amis, c’est l’intérêt général qui prime. Cet article et l’ouvrage des auteurs dénoncent les malversations dans le milieu syndical, avec preuves et argumentation. Accuser l’UIMM ne dédouane pas les syndicats de salariés. On ne peut excuser les uns en accusant les autres. Il ne faut donc pas tomber dans le sectarisme, et sortir de ses appartenances à un groupe politique. Ce qui importe, c’est progresser ensemble sur la même voie. Ce qui importe, c’est la condamnation des principes, pas l’identité des condamnés. Ce qui importe, c’est l’intérêt général !


                    • snoopy86 6 juin 2008 17:54

                      @ Léon

                      Je vous parie qu’on ne saura jamais où est passé l’argent de l’UIMM...

                      Ni droite ni gauche ni syndicats ne le souhaitent

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