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Jérôme Kerviel, l’homme qui valait cinq milliards

Exclusivité Agoravox.
Emmanuel Lévy et Mélanie Delattre nous aident à décrypter l’un des plus grands scandales financiers du 21ème siècle !
« L’Homme qui valait cinq milliards. Quand le capitalisme financier devient fou » (éditions First) est sorti hier, jeudi 19 juin. Nous avons rencontré Emmanuel Lévy juste avant sa parution. Il s’agissait de sa première interview concernant ce livre que nous vous présentons dans le cadre des
Rendez-vous de l’Agora. Un de plus sur l’affaire Kerviel ? Peut-être, mais c’est le seul où le principal protagoniste de cette affaire, Jérôme Kerviel lui-même, donne son témoignage aux auteurs...

Les auteurs seront en ligne pour répondre à vos questions.


« J’ai le devoir de vous informer que la direction de la Société générale a découvert une fraude interne d’une ampleur considérable, commise par un collaborateur de sa division de banque de financement et d’investissement. Ce dernier a été immédiatement mis à pied. Une plainte sera déposée à son encontre ». Le jeudi 24 janvier, Daniel Bouton, dirigeant de la Société générale sort d’un mutisme de quatre jours pour annoncer à ses clients et actionnaires que la banque qu’il dirige est victime d’une fraude d’un montant de 5 milliards d’euros environ. Le coupable : Jérôme Kerviel.

Vidéo d’Emmanuel Lévy, interviewé par Olivier Bailly

 


Une fraude ? Rien n’est moins sûr… Mais c’est ainsi que commence, pour le public, l’affaire Kerviel, du nom du jeune trader qui a réussi à déjouer la surveillance de sa hiérarchie et a ainsi gagné ses galons de meilleur « rogue trader » (trader pourri) de la place financière, loin devant Nick Leeson ou John Meriwether. En quelques jours, de trader fou, Jérôme Kerviel est devenu un héros, au moins sur le web...

L’affaire Kerviel a déjà fait couler beaucoup d’encre, tant dans la presse qu’en librairie, et même sur Agoravox. Deux livres ont déjà été consacrés au « casse du siècle ». Les journalistes Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy en publient un troisième (Airy Routier, du Nouvel Obs, l’homme du SMS « si tu reviens… », en préparerait même un de son côté…).

L’Homme qui valait cinq milliards, le livre de Delattre et Lévy, ne se contente pas de réagir à chaud en compilant des coupures de presse, c’est une enquête exclusive pour laquelle ils ont rencontré les premiers rôles de cette affaire.

Pour comprendre comment opérait Jérôme Kerviel, il suffit de lire « Comment perdre 5 milliards d’euros en 15 jours ? Les marchés dérivés  », l’excellent article que lui a consacré Gebroulaz sur Agoravox. Il est en revanche moins facile de comprendre comment le jeune trader incriminé, au profil aussi basique, a pu arriver aussi haut dans la hiérarchie. Son employeur, Daniel Bouton, lui reconnaît un talent extraordinaire de dissimulation. Ce qui ne suffit pas pour être embauché à la SocGén…

Libéré en mars, après avoir passé plus d’un mois en prison, Jérôme Kerviel a retrouvé un travail en avril. Une plainte est en cours contre lui. Mais que lui reproche-t-on au juste ? Pour le public, c’est un Robin des bois, l’homme qui a défié la finance honnie, celle qui gouverne le monde et spécule sur la misère des pauvres gens.

Alors, à qui profite le crime ?

Extraits de L’Homme qui valait cinq milliards. Quand le capitalisme financier devient fou, par Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy
«  Le 26 novembre, une lettre de la société de Bourse Eurex arrive sur le bureau du responsable de la compliance, la déontologie de la Générale. Malgré ses nerfs d’acier, JK n’en mène pas large. Si la banque mène l’enquête, elle découvrira qu’il a explosé ses limites.

Adieu promotion, job en or et reconnaissance de ses pairs : il redeviendra "Mister nobody". Kerviel, qui ne peut envisager une telle déchéance, choisit l’attaque. Il s’appuie sur la rédaction imprécise de la lettre, qui peut laisser penser que les Allemands s’interrogent sur la stratégie menée par le trader SS181, pour balayer d’un revers de costard les demandes d’Eurex.

Cet art du dénigrement, il en a été la victime suffisamment longtemps au middle-office pour le maîtriser à présent. La réponse de la SG à Eurex sera tout aussi laconique. JK peut souffler. A-t-il retenu la leçon ? En tout cas, durant tout le mois de décembre, il se contente de "petits paris". Des allers-retours sur la journée, peu risqués, sur des faibles volumes… juste histoire de ne pas perdre la main.

L’année à venir s’annonce radieuse. Il rêve de sa future promotion. Prop’ trader, enfin. Plus besoin de se cacher pour effectuer des paris directionnels : jouer sera désormais son métier ! Ça tombe bien, JK a déjà son prochain coup en tête. La crise des subprimes est derrière nous, les marchés vont se reprendre, c’est certain…

Incapable d’attendre, l’incorrigible trader se lance dès son retour des Fêtes dans un nouveau pari. En moins de treize jours ouvrés, il monte une énorme position, la plus grosse qu’il ait jamais prise. Il engage 50 milliards d’euros, presque la valeur de la Générale. Dommage, il se fait prendre et la banque, obéissant aux usages en vigueur sur les marchés, liquide ses positions sans attendre.

Elle doit constater une perte de 6,3 milliards d’euros. Maigre consolation, avec les 1,4 gagnés en 2007, le trou "se limite" à 4,9 milliards d’euros. »

2e extrait
« Mais, c’est réellement dans les années 80, à la faveur de la déréglementation et la dérégulation réalisées à marche forcée sur l’ensemble des places financières mondiales que le mouvement prend réellement son ampleur.

Les innovations dans les techniques, avec notamment la généralisation de la formule magique de Black and Scholes permettant la valorisation de tous les produits dérivés, comme les innovations technologiques, avec la démultiplication des capacités de calculs disponibles, feront le reste. Les produits dérivés envahissent le monde et peuplent les bilans des banques. La profondeur des marchés financiers impressionne. Démesurée.

Sur la planète finance, de New York à Shanghai, où le soleil ne se couche jamais, des centaines de milliers d’opérations sont réalisées quotidiennement. Aujourd’hui, une rotation de la terre suffit pour que 9 000 milliards de dollars changent de mains. Chaque jour : huit mois de la production des Etats-Unis.

Un tel volume n’est évidemment rendu possible que par l’accumulation immense du nombre de promesses, la finance mondiale a dans ses livres de comptes pour près de 650 000 milliards de dollars de ces serments en tout genre, actions, obligations et autres dérivés. Onze années de PIB de la planète.

Autrement dit, les marchés financiers ont gagé l’équivalent de onze ans de la richesse mondiale, contre trois ans en 1998. D’où provient cette immense progression ? Encore une fois, une seule réponse : les dérivés.

Et notamment les dérivés de crédit. En à peine dix ans, leur développement exponentiel – de 70 000 milliards de dollars en 1998, ils passent à près de 550 000 milliards en 2007 – explique presque à lui seul l’explosion du compteur général.  »
© éditions First

 

par Delattre et Lévy samedi 21 juin 2008 - 77 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Papy (xxx.xxx.xxx.14) 20 juin 2008 11:12

     

    Bon, les gars, on déconne, on déconne, mais on s’éloigne des vrais problèmes. Qui veut un calva ? J’ai du 80 ans d’âge que je fais venir directement de la ferme. Une rareté.


     Qui a pris les cigares ? Jean-Eudes, faites pas le rat, renvoyez les havanes par ici.


     Messieurs ! Quand vous aurez fini de vous torcher, on en reviendra au sujet du jour. Où est Roger ?


     Aux toilettes, monsieur le président, il a du mal à digérer la purée de céleri.


     Bon, puisque notre directeur financier est malade, je vais moi-même rentrer dans le sujet.
    Peuf... Peuf... (il allume un cigare). Messieurs, comme je le disais, l’heure est grave. Merci pour le calva, Pierre-Henri. Les calculs faits par ma stagiaire cette nuit montrent que nous avons perdu entre 5 et 9 milliards par la faute de ces gros ploucs d’amerloques.


     Font chier, ces yankees. On ne peut plus faire confiance à personne !


     Silence, Charles-Edouard ! Il est trop tard pour nous lancer dans une analyse de risques approfondie. La question du jour est : qui va porter le chapeau ?

    Silence général. Tout le monde se regarde bizarrement.


     Non, ne vous inquiétez pas, on n’en est pas encore à foutre des cadres dirigeants à la porte. Le plan social, on le fera sur les guichetiers, faut pas que déconner. Non, mais sérieusement, faut trouver un cIampin à faire dégager rapido. De préférence, un qu’aucun d’entre nous ne connaît, histoire de dire qu’on n’était pas au courant.


     Oui, monsieur le président, mais qui ?


     Je sais pas moi, je suis pas là pout tout faire, non plus. Y’a personne que vous voulez virer ? Un trou de balle, un minus, mais avec une bonne gueule de psychopathe, qu’on pourrait montrer à la télé en disant "tout est de sa faute" ?


     Oui, comme les anciens hébreux chargeaient un bouc de leurs péchés avant de l’envoyer dans le désert...


     Charles-Hubert, vous nous les pétez menu avec vos histoires de cureton. C’est pas parce que vous avez passé 15 ans chez les jèzes qu’il faut la ramener à chaque codir. La dernière fois, c’était Saint-Paul à Damas pour illustrer le moment où Bernanke a compris qu’il était dans la merde, et la prochaine fois, vous nous faites quoi ? Sodome et Gomorrhe ? Le Déluge ? Allez, on y va, on me donne un nom.


     Mais, président, on ne les connaît pas, les noms des collaborateurs. On leur parle à peine, et encore, seulement pour les engueuIer.


     Bon, OK, je vois, c’est encore moi qui vais tout faire. Pierre-Matthieu, passez-moi votre portable. Le trombi de la boîte, il est où ?


     Ici, monsieur le président.


     Putain, ces tronches de tarés qu’ils ont ! Eh, aux RH, vous avez jamais pensé à donner des consignes, genre "éviter d’embauchés des demeurés" ? Bon, on va pas s’en sortir, je clique au hasard... Tiens, celui-là, Bernard Hurningh, vos en dites quoi ?


     Il est conseiller clientèle à Dôle, monsieur, personne ne croira jamais qu’on a perdu 5 milliards à cause de lui.


     Même en magouiIIant avec la Suisse ?


     C’est plus ce que c’était, monsieur, la Suisse. Le secret bancaire n’est même plus garanti, ils seraient foutus de nous prouver qu’on raconte des craques.


     Mouais, va falloir taper dans le lourd. Celui-là, Marc Brice, à votre avis ?


     Directeur financier d’une sous-filiale de spécialisée dans le prêt agricole, monsieur. C’est la bourse qui craque, pas le marché du purin.


     Faites le malin, Jean-Edouard, foutez-vous de ma gueule. Bon, celui-là, il a une vraie tronche de vainqueur. C’est mon dernier mot, vous vous sortez les doigts du cuI et vous me le mouillez à mort. Jean-Gui, en tant qu’ancien membre du cabinet de l’Elysée sous Mitterrand, les barbouzeries, ça vous connaît, non ?


     Oui, on peut magouiIIer un peu le système informatique, histoire de faire croire qu’il nous a truandés. Faites voir le nom ?


     Kerviel, Jérôme Kerviel. Encore un de ces petits merdeux qui croient qu’ils vont devenir riches parce qu’ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. On dirait des hamsters sous acides, ces branIeurs. Allez, celui-là paiera pour les autres.


     Mais, monsieur, 5 milliards sur le dos de ce trou de balle, personne n’y croira jamais !



     Je vous signale, mon petit Charles-Edouard, 80% des français se sont déplacés il y a un peu plus de six mois pour départager une dinde hystérique, et un velléitaire complexé par sa taille, alors vous savez, le sens critique de ces gIandus... Bon, on y va. Plan média, bidonnage informatique, communiqué de presse, plan social en backup, je veux tout ça sur mon bureau demain matin. Et vous me supprimerez le coupon de cette année, ça fera les pieds à ces connards d’actionnaires. Quelqu’un reveut du champ’, on va se saouler la gueule pour fêter ça ?"

  • Par arroc (xxx.xxx.xxx.110) 20 juin 2008 10:24

    hmmm. Détrompez-moi... Vous semblez vouloir nous faire croire au père Noël, là. ?

    Les banques ont mis en place des solution logicielles automatisées qui leur permettent d’investir ou de vendre à la minute/seconde près dès que les cours fluctuent, ce qui leur permet de fausser complètement la donne vis à vis des petits porteurs dont le fantasme est de faire des ’coups’ grâce aux logiciels ’temps réel à 15 minutes près’ que sont boursorama et autres sites de boursicotage, et de grapiller le moindre centime potentiellement généré par le marché.

    Et l’on voudrait nous faire croire qu’une structure fortement hierarchisée comme une société du CAC40 laisse des grouillots jongler avec des milliards, sans que personne n’en sache rien ?

    Dormez en paix, braves et candides gens ! Tout va bien ! Les responsables veillent !

    Il est des limites à la désinformation.

    Pour avoir fait le tour des banques à la période du scandale, je puis vous dire que personne, dans les agences, ne croyait à ce pipeau de trader fou. Et d’ailleurs, les explications de Bouton sont pathétiques.

    Etonnant que ce Mr Kerviel, dont le silence ou l’endossement de responsabilité a probablement été négocié, car mieux vaut avoir un élément incontrôlable dans l’équipe que de discréditer une banque de façon complète et irrémédiable, ait réussi à cacher des trucs pareils, dans un environnement où la moindre opération doit recevoir l’aval de toute une chaîne de responsabilités. Non ? N’y-a-t’il que moi pour penser que l’on nous prend pour des imbéciles ?

    La cerise sur le gâteau, c’est l’embauche dudit Kerviel en tant qu’expert sécurité, dans une société de sécurité informatique (entendu à la radio, corrigez-moi si cela n’est plus le cas). On se demande bien ce qu’il est capable de faire, à part cliquer à droite à gauche sur un écran, comme n’importe quel utilisateur d’ordinateur.

    Cette propagande serait risible, si les sommes en jeu ne montraient pas l’absence totale de bon sens des gestionnaires de nos économies.

  • Par Olga (xxx.xxx.xxx.224) 20 juin 2008 11:07
    Olga

     

    De toute façon, les banques et autres sociétés à but uniquement spéculatif, n’ont qu’un seul but : Faire du fric avec du fric (souvent même avec du fric qu’ils n’ont pas). Se voler entre eux est une activité tout à fait légal. Les banques et la finance mondiale ont également un droit légal de voler tous ceux qui dépendent d’eux. C’est à dire, tout le monde (les Etats, vous et moi..), dans une économie de marché mondialisée.

    Une société employant des traders pourris, a été dépouillé de 5 milliards d’euros, par d’autres sociétés employant des traders pourris, dans un monde de la finance totalement pourri. Et on s’aperçoit une fois de plus, que la perte d’une telle somme, ne met même pas en danger, une banque relativement modeste comme la SG. C’est un peu comme les saisies de drogue. Quand un cartel mafieux se fait saisir une grosse cargaison, il en fait passer une autre aussitôt, pendant que la police est occupée à se gargariser de sa prise.

    Au final c’est toujours le consommateur dépendant qui souffre...

  • Par Polemikvictor (xxx.xxx.xxx.147) 20 juin 2008 12:37
    Polemikvictor

     

    Qu’une société privée fasse des bêtises cela regarde ses clients, ses salariés et ses actionnaires.
    Le plus grand scandale dans cette affaire est que l’opération qui à déclenché les pertes a eut lieu début Janvier 2008, qu’au 31 décembre 2007, date de la clôture des comptes les positions de Mr Kerviel n’étaient pas en perte, donc rien à constater ni à provisionner ,or ces pertes y ont été intégrées.
    Pourquoi ?
    Pourquoi le contribuable par le biais d’impôts que le gouvernement ne percevra pas sera lésé ?
    Copinage ? Chantage à l’emploi ?

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