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Accueil du site > RDV de l’Agora > Pap Ndiaye - Le Noir est-il politiquement correct ?

Pap Ndiaye - Le Noir est-il politiquement correct ?

Voici deux extraits du livre "La condition noire". Vous pouvez réagir.

" La situation est plus complexe du côté du président de la République Nicolas Sarkozy : celui-ci a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour l’action positive. En outre, il a procédé à la nomination de plusieurs ministres issues des migrations postcoloniales : Fadela Amara, Rachida Dati et Rama Yade. Que le gouvernement ne soit plus monocolore est certainement un motif de satisfaction, mais si cela ne s’accompagne pas d’actions structurelles contre les discriminations, ces promotions risquent de participer d’une politique de tokenism, c’est-à-dire d’inclusion très limitée de minorités visibles dans les cercles de pouvoir afin de donner l’illusion de la diversité.

Aux États-Unis, le gouvernement de George W. Bush est le plus ouvert à la diversité de toute l’histoire du pays : il a notamment nommé Colin Powell et Condoleezza Rice à des postes éminents. Pour autant, sa politique est hostile à l’affirmative action et évidemment contraire aux intérêts d’une grande partie des Afro-Américains, qui ont massivement voté contre lui lors de l’élection présidentielle de 2004.

J’ai été frappé par l’ambivalence des Noirs interrogés à propos de la nomination de Rama Yade au poste de secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme. La plupart sont circonspects : à l’évidence, la mauvaise image de Nicolas Sarkozy auprès d’eux n’est pas rectifiée par la présence de la jeune femme d’origine sénégalaise au gouvernement.

En outre, la création d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, dont l’efficacité est mesurée au nombre de migrants sans-papiers expulsés du territoire national, est venue renforcer cette défiance. Fadela Amara a certes critiqué certains aspects de la politique d’immigration de son gouvernement, mais en vain : à l’évidence, ni elle ni Rama Yade ne pèsent sur les décisions."


"Ce qu’un certain nombre de chercheurs proposent, dont je suis, c’est de ne pas considérer la question raciale indépendamment de la question sociale. Il s’agit donc de sortir d’une alternative dommageable : soit une question sociale qui met de côté la question raciale (et devient alors aveugle aux discriminations raciales), soit, ce qui est pire, une question raciale brandie contre la question sociale (et est ainsi indifférente aux inégalités socio-économiques tout en ouvrant la porte en grand au racisme différentialiste).

Il convient plutôt d’adopter une approche souple, attentive à la variété des situations sociales, mais qui ne perde pas de vue que la question raciale est une modalité de la question sociale, ce qui implique de considérer cette dernière dans une perspective bien plus ample que strictement classiste, pour prendre en compte tous les phénomènes d’inégalités sociales (la classe, mais aussi le genre et la « race »).

Une analyse des rapports de domination qui ne prend pas en considération les variables de classe, de « race » et de genre conduit à une lecture hémiplégique de la situation sociale des groupes considérés.

Parler des Noirs est donc référer à une catégorie imaginée, à des personnes dont l’apparence est d’être noires, et non point à des personnes dont l’essence serait d’être noires.

Martin Luther King formulait la chose en disant que les Noirs étaient « des Blancs avec une peau noire » (on pourrait aussi bien retourner la formule comme un gant) : par là, il reconnaissait bien le fait phénoménologique de l’apparence noire, sans l’essentialiser. Les Noirs sont noirs parce qu’on les range dans une catégorie raciale spécifique, bref, ils sont noirs parce qu’on les tient pour tels.

Cela n’implique nullement que cette catégorie raciale soit figée : on verra que, selon les moments et les lieux, elle n’inclut pas les mêmes personnes. Cela n’implique pas non plus que les personnes concernées se définissent nécessairement comme telles, comme nous le verrons également. S’il n’existe pas de « nature noire », il est possible d’observer une « condition noire », par laquelle on signale que des hommes et des femmes ont, nolens volens, en partage d’être considérés comme noirs à un moment donné et dans une société donnée...

De telle sorte qu’un Noir albinos peut être l’objet de la même stigmatisation raciale qu’un Noir à peau noire, en dépit de la blancheur de sa peau. Il sera bien reconnu comme « noir », tandis qu’un Blanc bronzé ne perdra pas son identité blanche pour autant. La racialisation des groupes ne souffre pas d’être réduite à la couleur, même si celle-ci sert de marqueur symbolique essentiel, mais pas unique, à la « race »."

© Calmann-Levy

mercredi 28 mai, de 17 h 30 à 18 h 15, Pap Ndiaye, auteur de "La Condition noire", sera l’invité d’AgoraVox


La condition noire par Pap Ndiaye
envoyé par AgoraVox

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34 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 27 mai 2008 16:51

    L’affichage des "minorités visibles" dans le gouvernement Sarkozy est à la politiique ce que sont les "chartes qualité" dans la plupart des entreprises : des leurres destinés à masquer les points faibles de l’action pour le premier ou de la production pour les secondes !


    • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:52

      Les américains appellent ’"tokenism" la nomination de personnalités issues de minorités à des postes de visibilités, ce qui donne l’apparence de l’ouverture et de la diversité, sans s’attaquer en profondeur aux disciminations. Le gouvernement Bush est sans doute le gouvernement le plus divers des Etats-Unis, alors que sa politique est manifestement hostile à une grande partie des afro amricains. Il est possible que la nomination de trois ministres de la diversité dans le gouvernement français procède de la même logique.


    • Manuel Atreide Manuel Atreide 27 mai 2008 17:24

      @ l’auteur ...

      Aborder ce sujet quand on n’est pas noir est-il simple d’après vous ? Autrement dit, peut-on discuter de la "condition noire" quand on est "blanc" sans affronter les préjugés, sans être considéré comme un noir avec une peau blanche, pour paraphraser M.L. King ?


      • Manuel Atreide Manuel Atreide 27 mai 2008 17:26

        @ l’auteur ...

        Sans reconnaitre une quelconque pertinence à la couleur de la peau comme facteur de différenciation, je crains qu’il ne soit installé dans nos têtes depuis des siècles, ancré en profondeur. Peut-on en sortir ? Est-ce autre chose qu’un vain espoir ?


      • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:04

        Aucun sujet d’enquête en Sciences sociales peut être considéré comme "simple", tous engagent à un titre ou un autre un enquêteur. Les sujets relevant des populations noires de France ne sont en aucun cas réservés à telle ou telle catégorie de chercheurs. Mais je dois reconnaître que le fait que je sois considéré comme noir a sans doute facilité mon enquête par l’accès plus facile à des personnes noires qui me considéraient comme en empathie avec elles.


      • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:07

        Il est certain que la question des stigmates attachée à la couleur de peau est profondément ancré dans les imaginaires et ce depuis au moins quatre siècles. La question de l’allègement de l’impôt social payé par les personnes de couleur dans leurs transactions sociales est une grande question de Sciences Sociales et d’action politique. C’est vrai pour la France, c’est également vrai ailleurs.


      • Jean Bourdariat Jean Bourdariat 27 mai 2008 23:12

        Vous écrivez : "Ce qu’un certain nombre de chercheurs proposent, dont je suis, c’est de ne pas considérer la question raciale indépendamment de la question sociale"

        Bravo d’abord pour l’extrait de votre livre qui donne envie de le lire.

        Pourtant, je suis étonné que vous ayez eu besoin d’écrire la phrase que j’ai reprise ci-dessus. Il me semble que pour les chercheurs en sciences sociales, cette phrase est une évidence (il faudrait d’ailleurs l’élargir à d’autres aspects comme la culture). Dans le cas où votre livre s’adresserait au grand public, oui alors cette phrase est importante et doit même être longuement expliquée.

        En effet, "les blancs n’ont pas conscience d’appartenir à une race". Je cite ici Claude Steele, professeur de psychologie à Stanford dont vous connaissez certainement les travaux. La lutte contre les stéréotypes est une tâche de longue haleine : selon Daniel Goleman, il faut une génération pour que les stéréotypes s’affaiblissent et pour qu’un groupe ayant été l’objet d’un jugement social défavorable retrouve confiance dans la neutralité du regard porté sur elle.

        C’est par votre livre, par la pédagogie et par l’explication qu’on peut y arriver.


        • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:59

          Je pense que les Sciences sociales françaises n’ont pas prêtées beaucoup attention aux inégalités raciales, de même que jadis elles ont même minorés les inégalités de genre. Ceci, contrairement aux Sciences sociales anglo-américaines, où la "race" à une place centrale dans l’analyse des relations sociales. Par conséquent, plaider pour l’élargissement de la question sociale à des questions qui ne relèvent pas strictement de la classe ne me paraît pas être banale ou évident dans le contexte français.


        • fouadraiden fouadraiden 28 mai 2008 07:18

           

           Etant moi-même confronté à la question, celle du l’exclusion en raison de son origine, le Marocain "de" Belgique que j’ai été pense que suite à sa longue expérience des discriminations ,subies directement ou indirectement, peut livrer quelques idées clés à ce sujet. 

           J’espère que votre réflexion ne tourne pas exlusivement autour de à la question des cotas réservés aux minorités exclues des sociétés occidentales car je pense qu’il est gd temps de poser le probleme bcp plus radicalement. Nous limiter à la symbolique risquerait de nous faire passer à côté des vraies raisons de l’exclusion des Non-occidentaux en régime occidental.

           Je commencerai par quelques postulats, fondés sur ma longue expérience (+ de 30 ans)de la société belge et qui ,j’imagine ,est transposable à ttes les autres sociétes européennes qui connaissent la question des minorirés visibles.

          1.

           la mise à l’écart des minorités , arabes ou noires, n’a peut avoir pour première origine l’ inégalités sociale bien que la rareté renforce ce phenomène. un Noir ou un Arabe traine avec lui une identité qui le dévalorise auprès des sociétés occidentales et ce indépendamment de sa progression sociale.Un Arabe ou un Noir n’a pas le droit de participer au même titre qu’un occidenatl au jeu de la compétition sociale. Sauf au sport.

           Ce fait ,enfin son interprétation ,est simple à vérifier et ne mériterait même plus qu’on sy attarde car il suffirait d’invoquer le cas des Noirs américians et leur sort peu enviable encore actuellement. En quoi l’origine sociale permettrait-elle a elle seule d’expliquer la perception qu’ont les Blancs des Noirs ? Et puis les Noirs riches ou ayant socialement réussis sont i-ls considéres autrement ? Bien sûr que non.

           Il est évident que les causes de l’exclusion nous sont toujours accessibles par l’ordre social. Le social permet simplement ici de manihefster l’orde racial. Et si nous en doutions nous pourrions invoquer pour ma thèse le sort des indigènes sous l’Empire colonial et les Francais ,chez eux cette fois-ci, auraient ils des raisons valables de changer de vision ? 

           2. La société majoritaire opère des choix. Ce point , crucial, que tout le monde évite à prendre sérieusement en compte, est à la source de la question discriminatoire.

           Elle chosisit librement , puisqu’elle est démocratique , ceux qu’elle considère comme pouvant appartenir à sa majorité et ceux qu’elle considérera comme faisiant partie de la minorité. Ce choix est évidemment démenti publiquement car moralement et juridiquement reprouvé mais dans les faits approuvé tacitement par les differentes sociétés occidentales.

           Nous buttons ici sur le noeud du problème:de quels moyens disposons-nous pour convaincre les sociétés occidentales que le choix qu’elle font d’exclure leurs minorités, autochtones ou allochtones , ne resulte pas d’un choix rationnel pour elles ? 

           

           Je pense que nous sous -estimons ,sous prétexte d’etre dans des sociétés égalitaires, la question des différentes appartenances constitué fondamentalement par deux groupes : le majoritaire et les minoritaires ; et c’est précisement parce que les sociérés occidentales refusent de se laisser représenter majoritairement par des Noirs(sauf ds le sport) ou de Arabes qu’elles les constituent en groupes minoritaires. Pourquoi ? L’auteur , pkoi n’abordez vous pas la question sous cet angle ? Le peut -on qd il se trouve que public auquel on parle etre justement la société majoritaire ?

           

           3. 

           A notre tour. Faisons -nous les bons choix ? Sommes-nous encore et encore tjrs contraints de passer notre existence à vouloir convaince la société majoritire occidentale que nous pouvons la représenter independamment de nos origines. C’est ce que l’auteur s’évertue à faire qd il explique aux Blancs que "son" NOIR est imaginé. Mais est -ce utile, car après tt tout le monde fonctionne à partir de ses préjugés non ? Ne risquons -ns pas de perdre notre temps à plaider des causes perdues auprès des tribunaux occidentaux en martelant que les Noirs les Arabes ça n’existe pas individuellment ? Ne devrions- ns pas plutôt revoir notre rapport avec nos pays d’orgine, et si notre émanciparion passait pas elles désormais ?

           

          Car L’homme noir, ademttons qu’une telle notion est au moins concevable en tant qu’ idée directrice, n’est -il pas liée au sort de l’Afrique noire comme l’est l’homme occidental à la civilisation occidentale le Chinois à la civilisation chinoise en pleine essort,etc ?

           4. J’entends souvent dire que la faute c’est d’abord la nôtre. Nous refuserions de nous assimiler.

           Mais alors comment expliquer :

           a) les Maghrébins sont exclus alors qu’ils ne sont pas noirs.Pourquoi les Arabes demeurent -ils exclus ?

           b) les Noirs sont exclus alors qu’ils sont assimilés.L’assimilation ne garantit rien.

           les Noirs américians sont tous assimilés à la culture américiane, et adoptent souvent les croyances des sociétés d’acceuil. Même musulman leur islam semble ne pas être celui auquel tiennent les Arabes pensent les Occidentaux. Pourtant il demeure massivement exclus.

           

           Je vous ai vu à l’emission Ce soir ou jamais et vous avez raison qd vous rappeliez ttes les discriminations dont ns faisons encore l’objet et qui ne nécessitent plus aucun recensement ethnique tellement les choses sont criantes.Les émeutes ne traduisent ,au fond ,que cet état de chose.

           -a)

          Boîtes de nuit( c’est mon dada car tt est dit sans hypocrisie aucune par nos compatriotes).Ns avons ici une preuve directe de mon postulat. La société majoritaire fait des choix . Elle ne veut ni d’Arabes ni de Noirs à ces moments festifs. Allez ns perpetuellement lui le reprocher ? La Halde a vu les plaintes se multiplier .Principal motif : l’origine des discriminés.

          - b) Ecoles , où se concentrent tous les problemes et qui condament les jeunesses magrébine et africaines "de" France trop souvent à l’échec scolaire dans l’indifférence absolue , aux circuit de la délinquane, aux condamnations plus sévère qd il s’agit d’elles devant des tribunaux. Recemment un criminologue belge demontrait que la justice était tjrs plus sévère, pour les memes faits, à l’encontre de la minorité marocaine.

          - c) Nous occupons souvent , par défaut, des emplois dévalorisant et devalorisés : vigils, chauffeurs, etc.Le point b) conditionnant celui-ci naturellement.

           

           Alors que cherchons- nous nous que cette discrimination frappe directement ? les longues luttes qu’ont menées les leaders noirs aux Etats Unis ont elle changé la condition des Noirs américians à part le fait de ne plus être legalement discriminés ?

           Continuer à théoriser la question des discriminations ,quel effet cela produit -il ,et quel but poursuit-on par ce biais là ?

           Le plan banlieue de Fadela ,vous pensez qu’il changera quelque chose à la condition des minorités ? Au delà de la nommiation symbolique des personnes de couleur n’eut -il pas été plus utilte pour nous d’étudier méticuleusement le plan Sarko pour les banlieues ? C’est à ce niveau seulement qu’on pourra juger du sérieux ou non des politiques qui disent vouloir sortir leurs minorités de la condition minoritaire.

           

           Qui seulment parmi nous est allés voir sérieusement ce plan ? En fait personne.

          Nous tombons dans le piège qd nous discutons de l’effet réel ou non de la discrimination positive. Ca ns empêche de comprendre la narure du poblème et qui se résume : Pourquoi des sociétés qui se prétendent démocratique et non-discriminatoires pratiquent aussi massivement la discrimination à l’encontre d’une partie de ses concitoyens ?

           

           Je suis persuadé d’une chose. cette question n’intéresse même pas nos compatriotes,alors que le sort des minorités dépend encore largment d’eux, sauf à expliquer qu’il existe un lien étroit avec l’immigtaion ou le danger des émeutes.

           Nous devrions cesser d’être patient et demander des effets immédiats aux promesses politiques qu’on nous tient depuis des décennies si nous cherchons réellement à solutionner les discriminations et sauver la jeunesse maghrebine et africiane "de" France du naufrage qui l’a guette toujours d’avantage et commencé il y a déjà plus de 30 ans.

           

           ps. Inutile de renvoyer cette question aux pays d’origine pour ns explique il fait mieux vivre ici que las-bas et que pour ce motif ns devrions à jamais nous taire.

           

           


          • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:26

            Si vous avez la curiosité de lire mon livre, vous verrez qu’il n’est nulle par question de "quotas", en revanche, il est question des moyens par lesquels une politique d’égalité des droits pourrait être possible, cela suppose me semble t-il une mobilisation par le haut des institutions d’Etat, des institutions économiques, du pouvoir judiciaire, et par le bas, de la société civile c’est-à-dire des associations et de toutes celles et ceux qui estiment que la lutte contre les discriminations est un objectif de bien commun. Dans cette mobilisation là, il est bien normal que les personnes minorées soient très présentes dans la mesure où elles ont un intérêt personnel à ce que les discriminations qu’elles subissent soient réduites, mais cette mobilisation ne saurait se réduire à elle : les citoyens de bonne volonté doivent aussi se mobiliser pour des causes justes.


          • jcbouthemy jcbouthemy 28 mai 2008 09:26

             

            Dans le Monde diplomatique du mois de juin, un article d’alain Ruscio sur les personnalités de couleur qui ont accédé à des postes importants dans les gouvernements pose la question de l’utilité de telles stratégies pour les peuples dont ils sont issus et pour les français en général.

            Personnellement j’ai la désagréable impression qu’aujourd’hui en France, on nous refait le coup d’une nouvelle forme d’esclavage où le noir est à nouveau la personne idéale pour assumer cette fonction.

            Je passerai rapidement sur ces peoples qui adoptent des enfants noirs et me rappellent Marie Antoinette et son « négrillon ».

            Lorsque j’ai pris connaissance du comité de soutien de maliens employés sans papiers d’un abattoir de Montfort sur meu, maire, employeur et religieuses, cela m’a rappelé tous ceux qui « protégeaient » les esclaves contre les nordistes. Ces mêmes personnes auraient-elles apporté le même soutien si les salariés avaient exigé une véritable représentation syndicale.

            En ce qui concerne les sans papiers de la région parisienne, je m’étonne de l’énergie déployée par une CGT qui depuis longtemps a délaissé tous ces secteurs où les conditions de travail sont telles que personne n’accepte d’y travailler aux conditions imposées par le patronat.

            Laissons faire le marché et logiquement les patrons seront bien obligés d’augmenter les salaires, d’améliorer les conditions de travail…puisque ce sont des activités non délocalisables.

            Je comprends que les patrons veuillent installer des filières d’immigration pour empêcher cette évolution de leurs emplois et augmenter leurs bénéfices mais je me demande si les soutiens dont bénéficient ces travailleurs ne s’apparentent pas à la corde qui soutient le pendu…Déjà que les jeunes des banlieues, blacks blancs beurs, ne trouvent pas de travail acceptable, qu’en sera-t-il des enfants de ces clandestins ?

            Il s’agit d’une situation qui pénalise l’ensemble de la classe ouvrière française sans que les immigrés y trouvent véritablement leur compte. Tant de misères qui ne profiteraient qu’aux employeurs et aux trafiquants.

             

            J’aimerais connaître la position de Pap Ndiaye sur cette nouvelle forme d’esclavage. N’y-a-t-il que ce genre d’avenir pour l’africain ?

             


            • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:20

              L’immigration clandestine soulève une quantité de problème, qu’il est difficile d’examiner dans leur ensemble en quelques minutes. Ce que beaucoup d’observateurs soulignent c’est que la situation actuelle des sans papiers est indigne de notre pays, qu’elle est soumise à l’arbitraire adminstratif plutôt qu’au droit et que le monde des entreprises a évidemment sa part de responsabilité. Plus généralement, les grands courants migratoires contemporains : en provenance d’Afrique et de différentes régions d’Asie et à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord me semble s’inscrire dans un vaste mouvement historique auquel le renforcement de la "forteresse Europe" ne répond que de manière dérisoire.


            • Babar Olivier Bailly 28 mai 2008 11:15

              Monsieur Ndiaye,

              Vous écrivez qu’être Noir n’est ni une essence, ni une culture, mais le produit du rapport social et qu’il y a des Noirs parce qu’on les considère comme tels. A vous lire on est d’abord Noir dans le regard des autres. Pourtant les Noirs eux-mêmes établissent des distinctions très précises dans les nuances et hiérarchisent les personnes, suivant qu’elles sont claires de peau ou moins claire.

              Comment expliquez-vous ce paradoxe ?


              • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:17

                 

                Si on est Noir dans le regard des autres, on peut l’être aussi dans son propre regard, bien entendu. L’inversion du stigmate, la transformation en sujet de fierté de ce dont on voulait jadis faire honte, s’est opérée avec la négritude, mais pas complètement. Les distinctions de mélanine ont des origines historiques anciennes, liées à la colonisation et l’esclavage. Elles ont aussi à voir avec les hiérarchies sociales contemporaines.


              • ClaudeE 28 mai 2008 11:18

                Pap Ndiaye, vous faites partie du Cran. Vous expliquez que ce mouvement a réussi à éviter l’essentialisme et le repli ethnocentré, mais qu’il doit néanmoins composer avec d’autres défis ? Quel avenir pour le Cran ? Celui d’un groupe de consultation, ou celui d’un groupe politique actif ? Est-il envisageable par exemple de voir un jour des députés du Cran ? Merci.


                • ClaudeE 28 mai 2008 11:18

                   

                  Monsieur Ndiaye bonjour, en quoi la création du Cran a privé Dieudonné de tout espace politique ? Merci à vous


                • ClaudeE 28 mai 2008 11:19

                   

                  Le 8 mai dernier, deux jours avant la journée de commémoration de la traite négrière, Kémi Seba, fondateur de la Tribu Ka (dissoute), de Génération Kémi Seba et du MDI (Mouvement des Damnés de l’Impérialisme) défilait avec les groupuscules d’extrême droite « Droite socialiste » et « Egalité et réconciliation » d’Alain Soral. Qu’ont a gagner les personnes Noires de tels rapprochements ?


                • ClaudeE 28 mai 2008 11:19

                   

                  N’évacuez-vous pas un peu vite les cas Dieudonné et Kémi Seba dans votre ouvrage ?


                • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:41

                   

                  Du Conseil scientifique, comme j’ai déjà dit. Je ne sais pas ce qu’il deviendra, il est plus qu’un lobby, moins qu’une grande organisation populaire. Il n’y aura certainement jamais de députés du Cran : la lutte contre les discriminations et le racisme ne constituent pas un programme de politique générale. Les opinions politiques des membres du Cran sont trop variées pour constituer une plate-forme politique.


                • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:42

                   

                  En occupant le terrain politique de la lutte contre les torts infligés aux Noirs.


                • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:42

                   

                  Rien, bien sûr. Ces militants noirs radicaux sont profondément néfastes. Ils participent d’une forme de fascisme noir, heureusement ultra marginale.


                • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:43

                   

                  Peut-être…


                • mario rebelle 28 mai 2008 11:25

                   

                  M. Ndiaye, une question : quelle est votre position sur les régulations massives ? Bravo pour votre travail.


                  • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:26

                    Il me paraît nécessaire de régulariser les migrants sans-papiers, sous certaines conditions bien déterminées par le droit, et non par l’arbitraire administratif.


                  • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:12

                    Je ne suis évidemment pas favorable à une "politique discriminatoire en faveur des noirs !". Il me paraît cependant légitime de réfléchir à une politique anti-discriminatoire efficace : pour cela, de mon point de vue, il convient de se doter d’outil de mesure de discrimination et d’agir pragmatiquement pour que la diversité soit présente dans les lieux où elle n’a pas cours actuellement. Cela me paraît participer d’une politique de justice sociale et d’égalité des droits réels.


                  • mario rebelle 28 mai 2008 17:52

                     Vous êtes chercheur et Noir. Est-ce que cela vous a causé un problème pour écrire ce livre ? Autrement dit peut-on être son propre sujet d’étude ?


                    • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:57

                       

                      C’est surtout un avantage : par exemple pour interroger les personnes, et pour comprendre, parfois intuitivement, ce qu’elles disent. Je n’ai pas le sentiment d’avoir été trop proche de mon sujet, j’ai essayé de garder une distance, d’écrire froidement.


                    • mario rebelle 28 mai 2008 17:53

                       Votre livre est sorti il y a trois semaines et l’on a déjà pu lire de nombreux commentaires à son sujet. Lequel a été le plus inattendu ? Lequel vous a le plus surpris ?


                      • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 17:55

                         

                        Je suis content de son accueil. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que certains républicains très rigides, qui pourfendent habituellement tout ce qui s’assimile, à leurs yeux, au "communautarisme", à la "discrimination positive", etc., reconnaissent, même du bout des lèvres, l’intérêt et la qualité de mon travail. C’est honnête de leur part. On a bien le droit d’être en désaccord avec moi, mais je demande simplement à ce qu’on lise attentivement mon livre.


                      • Abolab 28 mai 2008 18:11

                        Naît-on « noir » ou le devient-on ?


                        • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:31

                          Etre noir n’est ni un fait de nature ni un fait de culture, c’est le produit d’un rapport social. En d’autres termes, on est noir parce qu’on est considéré comme tel par les autres, indépendemment de la pluralité et de la labilité de ses identités choisies. Dans mon livre, je montre que son "être noir" procède d’un apprentissage très précoce pendant la petite enfance, soit dans le cercle familial, soit dans la cour de récréation de l’école, où les remarques racialisées sont monnaie courante. Les noirs réagissent à cette asignation raciale de différentes manières, selon leur position sociale, leur tempéramment, leur disposition psychologique, l’évaluation du "coût-bénéfice" de la rébellion permanente ou momentanée contre l’assignation en question.


                        • Babar Olivier Bailly 28 mai 2008 18:20

                           Dans les sociétés où ils sont minorés, comme en France, les Noirs apprennent dès l’enfance qu’ils le sont écrivez-vous. Dans quelle condition l’apprennent-ils ? à l’école ? Si oui, comment expliquez vous que l’école, ce haut-lieu républicain, soit aussi celui de l’apprentissage de la différenciation ?


                          • Pap Ndiaye Pap Ndiaye 28 mai 2008 18:22

                            A l’école, dans la cour de récréation, qui n’est pas exactement un haut-lieu républicain de la tolérance et du respect des différences ! J’en ai personnellement des souvenirs très précis.


                          • L'équipe AgoraVox L’équipe AgoraVox 28 mai 2008 18:37

                            Merci à Pap Ndiaye d’avoir participé au Chat ainsi qu’à tous les agoravoxiens.









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