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symbiosis symbiosis 14 septembre 2011 18:39

Duchamp n’est réellement devenu l’égérie du capitalisme qu’après l’aventure extraordinaire des Situationistes, qui, par leur philosophie de l’art dans la vie, de la transformation de la vie en art de vivre, prônant jusqu’à l’anonymat de l’artiste, faisant table rase de l’idéologie de l’individu renversant toutes les notions artistiques, et particulièrement l’apprentissage, le métier, la virtuosité, tel que Duchamp a regardé avec grand mépris et cynisme ces notions d’un « autre age », il faut reconnaître que l’artiste artisan, dans son atelier, hirsute et imbibé de térébenthine est mort.

La mise à mort s’est faite par le détournement historique qu’a fait Duchamp de la notion d’art. L’art ne relevant plus d’un métier, avec l’apprentissage que cela nécessite, il a fallu une audace inouïe pour prétendre qu’une cuvette de WC ou une roue de bicyclette pouvaient représenter la quintessence de l’art avec l’attribut non négligeable de la reproduction de ce nouveau paradigme à l’infini.

C’est avec cette notion de reproductibilité que l’Hydre capitaliste s’est jetée dans la brèche, avec cependant une grande résistance, dont la plus remarquable fut le mouvement situasionniste. La mort du métier, et avec lui la disparition des splendeurs artistiques esthétiques ainsi que philosophiques s’est radicalisée au début des années 80 du siècle dernier avec l’émergence affirmée d’un néo duchampisme.

Depuis, nous assistons à un amoncellement de choses plus ou moins grandiloquentes, émanant de pseudo artistes, petits chefs d’entreprises qui délèguent autant que faire se peut, leur sécrétions de produits plastifiés mais conceptualisés, moulés dans des fabriques de produits manufacturés.

Et quand, le pseudo artiste échappe à la chaîne de fabrication, il se met en scène dans des postures de fin du monde, dont le discours dissident veut nous laisser penser qu’il est encore maître du temps long de l’histoire de l’humanité et de ses oeuvres. Individualisme, solipsisme collectif obligent.

Tout cela intervient dans l’ordre logique de la fragmentation de la réflexion, de la « dissolution » de la pensée. Le génie de cette transformation de l’art dans les bas fonds de la logique purement perverse et machiavélique de la pensée immédiate de l’idéologie capitaliste est que cela fonctionne à plein rendement depuis maintenant 30 ans, comme fonctionne de la même manière le mépris de la multitude, la corruption des élites, enfin de ceux qui ont la parole, la captation de toutes les ressources intellectuelles, artistiques, environnementales par une horde de psychopathes ultra violents pour lesquelles plus rien n’a de valeur que leur hubris.

Ces malades mentaux ont décrété, et cela dans l’inconscience crasse d’un archaïsme profond, qu’il devait y avoir des artistes majeurs, puis les autres. Les artistes majeurs, étant pour eux ceux qui corroborent, donc ceux qui font sonner la tirelire à coups de centaines de millions d’eurodollars.

Et c’est là que la pyramide menace de s’écrouler, car nous ne sommes plus dans ce schéma structurel où l’on peut parler de l’artiste majeur comme fondement de progrès social, de devenir sociétal, de messager au service de la multitude. L’artiste contemporain majeur n’est plus source d’inspiration. Nous sommes dans un processus bien différent qui ne touche pas seulement le monde de l’art mais la société entière, et cela à un niveau planétaire.

Jeu de dupe et charlatanisme font aujourd’hui face à une montée irrépressible d’éveilleurs de consciences, qu’ils soient artistes, philosophes, intellectuels ou simplement citoyens du monde. Il n’est pas nécessaire d’être un éveilleur de conscience majeur ou mineur, comme on est artiste. Le simple fait de l’être est suffisant. L’éveilleur de conscience se suffit à lui-même.

Cela échappe à l’élite artistique, à toutes les élites... L’inconscient collectif et l’instinct de survie sont des atouts plus estimables que le désir de profit, le désir de se dissimuler dans le rôle de l’artiste pour profiter.

Dans l’esprit du profiteur manipulateur charlatan, qu’est-ce qu’un artiste majeur ? Un artiste majeur est celui qui navigue bien dans le sérail du pouvoir, sans le questionner, alors que l’artiste mineur est celui qui boude ou qui part en guerre contre le pouvoir. Rien à voir avec le génie.

Où sont les artistes mineurs aujourd’hui ?


Duchamp était un petit artiste charlatan majeur et Guy Debord un grand artiste visionnaire mineur et ainsi de suite...



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