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easy easy 1er janvier 2012 15:45

Je pense que c’est une très bonne idée de chercher à réaliser un travail à visée utile à tous. C’est prométhéen, ce n’est pas forcément utile de manière absolue, c’est aussi hystérisant, c’est alors schizophrénisant, mais c’est en tous cas comme ça que l’Occident a toujours fonctionné et ce n’est pas à railler.

Je pense aussi que c’est une excellente idée, quand il s’agit d’un film, de s’y prendre comme vous vous y êtes prise avec cet épisode final consistant, une fois teaser fait, à lever une souscription. Beaucoup de grandes oeuvres prométhéennes, elles aussi pas absolument utiles et hystérisantes, ont commencé de cette manière. Cf l’entreprise d’Albert Schweitzer, d’Henry Dunant...

Je dis que ces oeuvres méritantes, magnifiques et admirables ne sont pas absolument utiles parce que je place l’absolu très, très haut et finalement en dehors des raisonnements humains.
A un certain niveau de raisonnement, il peut paraître très utile de soigner les blessés des champs de bataille. A un autre niveau, vu ce qui s’est passé depuis la création de la Croix Rouge, il peut être considéré que l’existence de ce secours aura levé les derniers scrupules de ceux qui décident les guerres. D’où nos pensées et attitudes schizophréniques.

Je me sens incapable de juger de manière absolue ce que fait l’Homme, y compris quand il fonce droit dans un mur écologique ou démographique.


De manière relative, seulement relative, ce que vous entreprenez est admirable.
En toute relativité bien comprise, je ferais cependant à votre entreprise la même critique que j’aurais faite à mon idole Dunant. « Bravo cher Henry d’avoir conçu qu’il fallait soigner les blessés. Bravo d’avoir réuni autour d’une même table des belligérants enragés. Bravo d’avoir constitué un corps de sauveteurs. Mais vous n’avez pas remis en cause le concept des guerres et vous lui avez probablement offert de nouvelles lettres de noblesse » 


Les considération d’un état ne sont jamais les considérations des individus. Un état va à considérer la survie de la nation et il est disposé à se couper un Bras, donc à sacrifier des millions de soldats, pour sauver l’essentiel de son Corps (qui, considéré en sa masse, repousse).

Face à un risque d’épidémie, à une invasion de sauterelles ou d’envahisseurs, un état raisonne comme toujours de manière massive et les raisonnements valables pour les masses ne sont pas valables pour chacun des individus qui les composent.

La logique d’un état face à une attaque militaire, consiste à lever des troupes et des soldats vont donc énormément souffrir à titre individuel pour le profit supposé de la masse.

La logique d’un état face à une attaque de sauterelle pourrait consister à ordonner une destruction par le feu d’une large bande végétale pour constituer une zone où ces insectes crèveront de faim. Une partie des agriculteurs seront alors ruinés par cette décision étatique.

La logique d’un état face à un risque d’épidémie consiste à vacciner à tour de bras une masse significative, dite critique, de citoyens pour que le microbe ait du mal à se propager.

Si face à un risque -même faible ou discutable- d’épidémie, un état ne prend aucune disposition de vaccination et que les gens tombent comme des mouches, il va sauter. Tout état averti par quelque détecteur sanitaire qu’il se pointe un risque d’épidémie supérieur à la normale, se retrouve contraint de réagir.


Vous pouvez donc discuter et rediscuter toute votre vie de ce qu’a fait Bachelot si ça vous chante mais même vos interlocuteurs les plus enthousiastes éluderont le principe de l’état qui est paradoxal.

Faut-il ou non un état alors qu’il ne raisonne jamais comme un individu ?

Les démocrates deviennent schizophrènes parce constamment, à mille propos, dès qu’on place leur voiture à la fourrière, ils attaquent le principe de l’état en avançant qu’il n’est pas démocratique.

Même selon les formules les plus élaborées de la démocratie comme certains en proposent en ce moment de grandes interrogations, avec toutes sortes de mécanismes de turn over, de sélection des élus par le hasard des dés, par des mandatures très courtes etc., il faudra toujours que l’état raisonne autrement que les citoyens.

On aura beau inventer la démocratie la plus démocratique, il y aura toujours un colonel qui ordonnera à des soldats de subir la mitraille et ceux qui seront hachés trouveront souvent -mais pas toujours- cette décision stupide, inutile, coûteuse, injuste, non démocratique.

Tant qu’il n’y aura pas au monde de soldats ayant la plus grande liberté de choisir où quand et comment charger la baïonnette au fusil, il y aura des gens qui trouveront que l’état abuse

Notons que même sur ce sujet de la guerre et des baïonnettes, il a existé beaucoup de généraux, de rois, d’empereurs, ayant trouvé bien ou logique de risquer très personnellement leur peau ainsi que celle de leurs enfants.

Rudyard Kipling n’avait lui-même jamais eu à affronter la mitraille mais il a fait des pieds et des mains, pour que son fils myope puisse aller combattre en France contre les Boches et John Kilpling en était, a priori, tout à fait d’accord, sans doute encore dans les dernières secondes de sa vie, lors de sa première sortie de tranchée.

Ainsi, lorsque les individus se retrouvent désignés par l’état pour servir de « part du feu » à sacrifier, ils protestent souvent, ils invoquent souvent les chefs planqués mais leurs critiques sont en grande part injustes et injustifiées.
A moins de convenir de supprimer l’état.


Ici, j’ai beaucoup évoqué la guerre alors que votre sujet ne porte que sur une épidémie de grippe mais la mort étant la problématique essentielle de la vie, toute notre problématique sociétale peut et doit s’analyser à l’aune de ce qu’il y a de plus dur et de plus marquant de la vie des Société : les guerres.


Si vous trouvez le moyen de résoudre proprement la problématique du soldat sacrifié, vous saurez tout résoudre. Si vous trouvez le moyen de faire en sorte que chaque soldat crève utilement à sa Société, même en toute relativité de cette utilité, par exemple nationale, vous aurez résolu le plus ardu des problèmes. En attendant, son irrésolution rend valide tous les sacrifices ou injustices ou faits du prince inutiles.


Les profits pécuniaires que tirent ici ou là, les uns et les autres de ces injustices ou décisions dites arbitraires, sont des injustices qui découlent directement de cette irrésolution fondamentale.

Ainsi, quand bien même votre film trouvera 10 millions de spectateurs emballés, ce sera vain d’effets. Chacun vous félicitera en face mais conservera in petto la conviction qu’il faut qu’un état nous gouverne et que cette Bestiole ne doit pas raisonner comme les individus qui l’alimentent.


Pierre Rhabi est très gentil mais s’il y avait une guerre, sauf à nous proposer une stratégie inédite, il conviendra qu’il faut que l’état prenne des décisions allant à l’encontre des intérêts de chacun pris individuellement. Il trouvera normal, utile, efficace que l’état donne l’ordre à ses enfants de combattre et il n’hurlera pas au scandale si l’un d’eux finit en miettes.

Les vaccinations obligatoires, à côté de ça, c’est du pipi de chat.

Je veux bien que chacun de nous, à défaut d’être capable de résoudre le paradoxe du concept d’état, se contente de chercher à résoudre des problèmes d’un niveau de difficulté inférieur.
C’est logique.
Mais je verrais mieux qu’en liminaire de chaque discussion sur un sujet mineur, il soit rappelé que le paradoxe de l’état reste insoluble. Et que s’il n’est pas destiné à être résolu, ça veut peut-être dire que les problèmes mineurs que nous nous posons n’ont pas à être résolus et que le prométhéisme est un concept artificiel, inutile, ne résolvant des choses qu’en apparence.



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