Pour en revenir aux spéculations futuristes concernant les
assembleurs moléculaires et une éventuelle conscience artificielle, j’ai bien
lu tous les liens que vous m’avez envoyés et vous en remercie ! Si vous
voulez connaître mon avis sur la question, et il est également partagé par d’éminents
chercheurs qui ne le diront jamais tout haut : il est d’usage que les
chercheurs et promoteurs de nouvelles technologies bluffent sur leurs
possibilités, dans le but d’épater le public, mais surtout d’attirer des
bailleurs de fonds. Pour exemple : combien coûte une conférence de
citoyens sur les nanotechnologies ? 200 000 euros. Combien le Conseil
Régional d’Ile de France a-t-il versé au centre C’Nano d’Ile
de France en 2006 ? 4,7 millions d’euros. Investir 200 000 euros en relations
publiques est donc tout à fait raisonnable, d’autant que cet investissement
nourrit de nombreux débats d’éthique dans les media qui s’interrogent sur des
problèmes totalement inexistants. C’est le cas des assembleurs moléculaires
comme de la conscience artificielle qui ne sont que des concepts théoriques.
Mais, supposons que tout soit pour le mieux dans le meilleur
des mondes, et que, animés des meilleurs intentions, nous contemplions cette
idée d’assembleur moléculaire : pourquoi aurait-on besoin d’en
construire ?
On voit bien évidemment un intérêt écologique dans le fait
de fabriquer la même quantité d’énergie par exemple avec moins de matière –
à supposer que notre système capitaliste
s’oriente dans ce sens- l’éradication des
maladies, et peut-être même la résurrection des corps cryogénisés… Tels sont
en tout cas les espoirs qui réunissent les chercheurs, experts, investisseurs
etc…
Mais si on n’a pas vu
une quelconque capacité réelle à réaliser un objet complet, de taille
macroscopique, à partir d’un assemblage atome par atome, c’est que la
technologie avance dans le sens de la miniaturisation, mais n’illustre pas
l’architecture contraire, à savoir partir des briques que sont les atomes et molécules
pour construire une voiture…
Mais pourquoi, en plus, des nanomachines
autoreplicantes ? La seule chose proche de ce concept que nous
connaissions c’est la cellule vivante. Qu’est-ce qui rend une cellule vivante capable
de se répliquer ? Il faut, en plus, pour que l’organisme dont cette
cellule fait partie, puisse vivre, qu’elle s’autoréplique en cellule
fonctionnelle et en cellule souche. Alors comment reproduit-on artificiellement
ce mécanisme propre au vivant ? Dieu merci, l’homme est encore loin de
connaître la réponse.
Mais cela permet d’en venir à l’autre point que vous posiez
comme hypothèse : la conscience artificielle.Ce concept présuppose de considérer l’homme comme un
ordinateur, avec à l’intérieur un logiciel composé de molécules (ADN), qui
composent les gènes et les chromosomes.
S’il est certain que le génotype conditionne le phénotype,
c’est-à-dire les aspects physiques de l’homme, qu’en est-il des aspects psychologiques,
de ce qu’on pet appelle la subjectivité, de ce qui fait de lui un sujet ?
Est-ce que si, par exemple, j’aime jouer au tennis, ce talent trouve ses
explications dans mes chromosomes, soit dans un certain arrangement de mes
molécules ADN ? Autrement dit, l’homme serait conditionné par la nécessité
intrinsèque à sa composition moléculaire, ce qui élimine d’emblée la
possibilité d’un libre-arbitre. Supposons que la science arrive à prouver que
c’est le cas, et que par exemple, j’aime le tennis par ce que j’ai un gène qui
régule le métabolisme de mes muscles de sorte qu’ils subissent moins de crampes
et d’essoufflement que les humains chez lesquels ce gène a muté différemment,
et qui, eux préfèrent le yoga. Ma conscience aurait détecté cette particularité
de mon génome, et aurait d’elle-même généré une pensée qui m’a poussée à me
mettre au tennis. Du même coup, tous ceux avec lesquels j’ai pu jouer partagent
sans doute ce même arrangement moléculaire de leur ADN. C’est seulement à cette
condition de réification de l’homme qu’on peut intellectuellement concevoir une
conscience artificielle mimétique de la
conscience humaine.
Or Alain Cardon précise lui-même dans son ouvrage que la
pensée humaine ne saurait être identique à la conscience artificielle. Il reconnaît donc qu’il y a quelque chose de particulier
dans les mécanismes du cerveau. Qu’il s’agisse de puces d’ordinateurs ou de processus
biochimiques, la différence porte bien sur l’intelligence et non sur son
support matériel. Mais tout en reconnaissant cette différence, les défenseurs
de l’intelligence artificielle formelle vont jusqu’à prétendre que si ces
aspects supérieurs de notre humanité ne peuvent être programmés alors ils ne
sont que de simples illusions.
Spéculations de
scientiste complexé ?
A commencer par sa définition de la conscience, ou plutôt sa
non définition, Cardon décrit bien le processus de la pensée mais évidemment il
ne peut pas la définir car il est confronté à la même impossibilité que
l’ontologie de Dieu : on peut dire Dieu est ceci, cela mais on ne peut pas
répondre a la question qu’est-ce que Dieu ?… Aussi, quand il prétend que
par la construction d’une conscience artificielle, il réunira les différentes
sciences de la conscience (psychanalyse, philosophie, neurosciences…), il ne fait qu’additionner différents modes
d’appréhension et de connaissance de la pensée, mais en aucune façon il ne la définit.
Or pour reproduire, il faut définir ; pas seulement par des attributs du
type « la pensée est un système qui construit des formes dynamiques dont
il garde la mémoire de la construction », cette définition qu’il donne,
nous l’avons déjà grâce à la neurobiologie, mais ontologiquement, chimiquement,
ou que sais-je, il nous faut bien définir ce principe actif si on veut le
reproduire… Est-il donc plausible d’envisager une conscience artificielle quand
on n’a pas défini la conscience elle-même ?