Ce que vous décrivez est un processus de « syncrétisation » : soit
la constitution d’un courant « politique » de type syncrétique ( le
seul mouvement politique syncrétique historiquement connu fut le nazisme : il suffit d’établir la
liste des x courants idéologiques, pensées politiques/philosophiques, etc… qui
ont induit l’émergence du nazisme pour saisir sa nature fondamentalement
syncrétique) soit donc l’extension progressive du "territoire de
chasse" par la manipulation de référents à audience de plus en plus large.
D’abord on manipulera des référents propres - primordiaux/importants pour/à tel groupe « restreint » (dans le cas des
courants x-droite, ce sera généralement la manipulation des référents
culturels, nationaux, identitaires, etc…) puis on élargira le champ idéologique
en manipulant des référents plus « universels » (exemple : les concepts
de démocratie, laïcité, ainsi que les questions économiques). Mais loin d’être
une stratégie élaborée ou de relever d’une sorte de « pragmatisme », on
a là une évolution historique cohérente avec l’évolution globale de nos
sociétés « démocraties libérales » et les conséquences de la
globalisation, de la « virtualisation » du champ économique et de la
réduction du Politique à une fonction de supplétif de l’Economique. En cela, le
FN est avant tout la manifestation historique d’une réalité que nombreux
refusent d’appréhender ou pensent pouvoir l’ignorer : pour faire simple, on
pourrait dire que l’évolution prise par le FN est quasi indépendante de sa
volonté propre : il s’agit plus d’une forme d’adaptation opportuniste que d’une
évolution pensée ou élaborée donc « pragmatique ».
Une des raisons majeures étant la neutralisation progressive ou avérée du
Politique et la stérilisation de la pensée politique qui nous a conduit à la
situation actuelle où seules deux forces « politiques » semblent
opérantes : le Conservatisme représenté par les partis à "potentiel
gouvernemental" (ex : PS et UMP) dont la principale préoccupation est la
survie du « système », et d’un autre côté la Réaction représentée par
la néo-x-droite et la x-gauche : la première ayant l’ « avantage » de
bénéficier de la phase de syncrétisation en cours (qui même si elle n’est pas
formulée ou conçue ainsi par le FN ou l’UMP et quelques éléments de la Gauche (notamment
sur les questions : immigration, islam, laïcité..) est perçue
« intuitivement » : d’ailleurs la stratégie du FN visant à faire éclater
l’UMP et construire une forme de « nouvelle droite » en récupérant des
éléments de l’UMP (et autres) et constituer « enfin » un parti à
potentiel gouvernemental est une autre manifestation de ce processus de
syncrétisation en cours (d’ailleurs nombre de cadres de l’UMP le saisissent
aussi). Côté x-gauche, l’obstination à ne pas entamer le passage au post-gauchisme
et à élaborer une nouvelle pensée de gauche réellement progressiste, et donc
faisant sortir la Gauche du camp « conservateur » entame sérieusement
sa capacité à s’opposer à la montée de cette néo-x-droite syncrétique.
Vous évoquez une inspiration scandinave : possible mais il faut rappeler
deux éléments : d’un que l’espace scandinave soit une source d’inspiration
s’explique en partie par le fait que cet espace ne fut pas dénazifié après la
GM2 et que donc la pensée politique d’x-droite avait une plus grande plasticité
(le nazisme étant par nature syncrétique et capable de manipuler des référents
avec large audience), de deux l’essentiel de la pensée néo-x-droite si elle vous
semble débarquer de Scandinavie trouve ses racines aux USA (une simple analyse
du contenu sémantique des x variantes par laquelle cette pensée néo-x-droite se
décline nous conduit inéluctablement aux USA : avec d’un côté la mouvance
néo-con et de l’autre les courants x-droite ou droite dure yankee), enfin trois
il y a aussi ici un constat à faire : à savoir que après la GM2 on avait considéré
que des populations (européennes) qui avaient « facilement » cédés aux
sirènes fascistes, nazies, coco-totalitaires, etc.. juste quelques années auparavant
étaient devenues subito pronto ET démocrates ET libérales ET tolérantes : l’illusion
a tenu durant la période d’abondance dite des « Trente Glorieuses »
mais à peine ces trente glorieuses passées, le retour au Réel a été amorcé…et
progressivement la critique (puis haine) de la Démocratie (libérale), du
« multiculturalisme » (ici définition minimale puisque ce concept a x
définitions, variables selon les pays et cultures), etc… se sont
progressivement développés jusqu’à devenir des éléments essentiels du dit
« débat politique » en Europe : avec ce phénomène étrange, à savoir l’usage
du concept « démocratie » par ceux-là même qui la vomissent le plus à
la base.
Rapide conclusion : si la désolation idéologique dans le champ politique
persiste, et qu’aucune pensée politique ayant pris acte des changements
fondamentaux ayant bouleversé nos sociétés globalisées, autant que l’Economie
mais aussi et surtout la Culture ( à savoir cette méta-structure fournissant
des méta-liens sociaux/sociétaux aux membres de tel groupe humain, et
permettant l’émergence/préservation de sa singularité culturelle) : nous
pouvons résolument considéré que nous sommes en phase proto-fasciste et que
rien ne saura stopper et le processus de syncrétisation « politique »
en cours et la possible émergence d’une nouvelle forme de totalitarisme (né
soit du pôle conservateur, soit du pôle syncrétique/réactionnaire) et/ou une confrontation
violente entre les tenants du Conservatisme et ceux de la Réaction : le Progrés-isme
comme force politique semblant avoir disparu.