Voici la vérité :
- Sur l’imagerie médicale.
Si le fMRI donne une
représentation plus précise de l’activité cérébrale que le PET, la précision
n’est pas encore au top. D’autre part, ces images sont soumises à une
interprétation du chercheur. Vu la complexité du cerveau, les erreurs
d’interprétation sont fréquentes. D’autre part, la carte n’est pas le
territoire.
- Sur les expérimentations
Quand on cherche, on peut trouver
ce qu’on cherche. Tout dépend en fait du protocole employé. Malheureusement,
devant les enjeux financiers conséquents, point d’études randomisées, point
d’études longitudinales…
Voici ce qui se pratique :
j’étudie un objet d’études (le tai-chi, la lutte gréco-romaine, la consommation
de canard laqué…). Je veux trouver un bienfait (ça développe l’attention, ça
diminue le stress, ça augmente le raisonnement…). Je choisis un groupe de
contrôle et je choisis un groupe test (exit les critères socio-économiques, le
degré de culture…). Je fais passer mes tests et mes exercices. Je trouve une
différence entre le groupe de contrôle et le groupe test sélectionnés par mes
soins (avec mes critères), et je conclus que ça fonctionne. Je crée une
entreprise, je vends mon programme.
Enfin, les études sont publiées
trop tôt, trop vite, et connaissent de nombreux biais. Une des raisons :
les chercheurs sont payés à la publication. Fini le travail bien fait.
3. Sur la psychométrie
La psychométrie est la mesure de la
performance de l’esprit, et non la mesure de l’esprit. Ils sont faits pour
trouver des différences individuelles, et vont donc en trouver. Les tests
d’intelligence sont des tests psychométriques. Malheureusement, ils n’ont rien
de scientifique ne serait-ce que parce qu’ils ne remettent pas en cause le
postulat que ce sont leurs tests qui mesurent l’intelligence. D’autre part, notre
manière de raisonner et le processus de raisonnement dépend de l’objet sur
lequel nous raisonnons. Les tests ne mesurent pas cela, c’est trop compliqué.
Les tests lavent plus blanc que blanc comme la lessive Omo : on en est à
Wechsler IV, signe que les trois précédents qui pourtant disaient si vous étiez
intelligents ou complètement cons se sont trompés. D’autre part le QI n’est
plus un quotient, mais un rang. Parlons aussi de l’effet Flynn. Par rapport à
nos ancêtres qui vivaient au début du XXe siècle, nous serions quasiment deux
fois plus intelligents si nous passions leurs tests. Vraiment ? Encore une
chose, mais il y aurait tant à dire sur les tests bidons et pourtant très
populaires, la moitié des MENSA, c’est-à-dire des types qui ont un volume de
cerveau de 3000 cm³ au moins, croient en l’astrologie.
Faire une étude peut-être bidon,
et dire que cela augmente l’intelligence sur la base de tests très imparfaits,
c’est un peu fort de café.
4. Activité physique et
augmentation de la cognition
Toute activité physique soutenue stimule
la neurogénèse (l’hippocampe produit des neurones), y compris le tai-chi, mais
pas plus qu’autre chose. Vous pouvez danser avec la kinect, vous aurez un
résultat similaire. Et on connaît de mieux en mieux le rôle du cervelet dans
les fonctions supérieures.
5. Activité intellectuelle et
augmentation de la cognition
Toute activité intellectuelle, jeux
d’esprit comme échecs et dames, jeux vidéos « intelligents »,
apprendre des langues, de l’histoire, etc., faire des dissertations ou résoudre
des équations et faire du calcul mental, ou n’importe quoi d’autre est bien
entendu bonne. Même regarder des feuilletons ou films aux nombreux personnages
et intrigues complexes est bon.
En fait, à chaque fois que vous
êtes confrontés à la nouveauté, à chaque fois que vous devez résoudre un
problème. Donc, si vous allez visiter un pays étranger ou une nouvelle ville,
un nouveau quartier près de chez vous, un nouveau musée, ce sera bon.
6. Activité physique, activité
intellectuelle et habituation
Quand des neurones doivent
traiter un problème nouveau, ils émettent des signaux de plus en plus forts, et
créent un réseau pour résoudre le problème. L’information circule de plus en
plus rapidement par l’influx nerveux au sein de certains neurones qui se
myélinisent. On parle de conduction saltatoire, parce que l’influx nerveux
saute d’un noeud de Ranvier à l’autre et n’a plus besoin de parcourir tout
l’axone. C’est alors qu’on devient expert.
Et justement, le problème est là.
Lorsque vous êtes experts en quelque chose, faites-vous un effort pour résoudre
un problème qui a besoin de votre expertise ? La réponse est non. Point
d’efforts, point de nouveauté, point de gain en capacité.
De même, vous ne faites plus
attention à l’ancien magnifique canapé que vous venez d’acheter il y a 10 ans
et sur lequel vous étiez promis que vos enfants ne sauteraient jamais. Votre
mari ou votre femme qui étaient parés des plus belles vertus il y a quelques
années, paraissent bien fades aujourd’hui. Le bruit continu qui vous empêchait
de dormir lorsque vous êtes installé dans votre nouvelle demeure, et qui
mobilisait toute votre attention, ne vous dérange plus.
Par conséquent, pour tenter (je
précise bien que ce n’est pas automatique) d’augmenter ses capacités
cognitives, il faut être novice, donc changer d’activité.
7. L’augmentation de la taille
de la boîte n’augmente pas le contenu
Ce que l’auteur de cet article
croit et veut faire croire, c’est qu’en faisant tous ces exercices de
stimulation, on devient un homme augmenté. C’est très tendance.
Malheureusement, ça ne marche pas comme ça, et j’en ai déjà livré quelques clés
plus haut.
En fait, mieux vaut résoudre des équations
mathématiques, faire de la grammaire dans sa langue maternelle ou dans les
langues étrangères, faire des dissertations de culture générale ou apprendre la
philosophie et en discourir, ou tout autre activité de ce type. Naturellement,
on fera peu d’études pour prouver que résoudre des équations mathématiques
maintient ou augmente nos facultés cognitives. On trouve en effet de nombreuses
équations gratuitement. Aucun intérêt donc.
Alain Lieury a prouvé que
l’augmentation de la taille de la boîte n’augmentait pas le contenu. En effet,
le groupe de contrôle qui ne pratiquait pas des activités de stimulation du
cerveau proposés par Nintendo avait de meilleurs résultats aux examens que le
groupe test qui les pratiquait. C’est bien d’avoir une boîte, encore faut-il la
remplir, et il y a une journée par jour pour tout le monde : il faut donc
choisir ses activités.
8. L’effet Assimil
Vous connaissez l’effet
Assimil ? C’est le fait d’acheter une méthode de langue pour apprendre par
exemple l’anglais en 30 jours, faire 10 leçons, pas toujours dans le bon ordre
ni au bon moment, et remiser le livre au placard.
Le docteur Kawashima, qui prêta
son nom au logiciel de stimulation cognitive de la Nintendo a pourtant
obtenu de bons résultats avec ses patients octogénaires. Mais voilà, les
patients étaient suivis par toute une équipe médicale selon un protocole
précis, ne faisaient pas les mêmes exercices que ceux proposés par la DS, ni dans les mêmes
conditions. D’autres paramètres intervenaient : exercices physiques, soins
médicaux, alimentation… En labo, on isole les phénomènes pour les étudier
séparément. Or, dans la vie, tout est lié.
Dans toute activité, il y a une
grande différence entre la pratiquer seul ou être encadré.
9. A l’auteur
Arrêtez de croire en l’homme
augmenté, c’est un mythe, comme le fait de dire : « on n’utilise que
10% de son cerveau ». Hihi, combien d’oxygène il faudrait alors si on
l’utilisait à 100 % ! A moins que ce ne soit qu’un filon que vous exploitez.
D’ailleurs, êtes-vous plus intelligent maintenant qu’avant ? Puisque je
suppose que vous pratiquez tous ces conseils, bien entendu.