Y ayant passé du temps, je copie/colle ce que je viens de rédiger sur un autre article à propos de la récente rencontre Kissinger - Poutine et du nucléaire :
Et bien j’en pense avant tout que j’aurais adoré y assister ! C’est
vraiment un univers qu’il me plairait de découvrir, car les pauvres
citoyens que nous sommes en sont réduits à la spéculation. Sur le plan
dialectique, de la stratégie et des véritables relations entre deux
hommes de cette stature, cela doit être mythique. Car je considère que
Poutine est plus maître en sa maison que ne l’est Obama, et que la
rencontre Poutine - Kissinger est cent fois plus importante que la
rencontre Poutine - Obama.
En ce qui concerne sa signification, je pense que les Etats-Unis
paniquent. Je veux dire, la relève de la vieille école. Il y a de
nombreuses voix discordantes parmi les vieux loups de mer tels que
Kissinger ou Brzezinski. A mon sens, l’administration actuelle est très
hésitante, et je pense que Kissinger, qui se consacre maintenant au
secteur privé avec Kissinger Associates, vient en renfort pour le
gouvernement. C’est l’homme de la guerre froide du côté des Etats-Unis
et il a eu à faire face à la menace nucléaire.
C’est d’ailleurs lui qui a écrit Nuclear weapons and foreign policy
en 1957 (autant dire qu’il a l’expérience de la question). C’est aussi
lui qui était l’un des plus grands partisans et défenseurs de la guerre
limitée (limited war), et notamment du point de vue nucléaire, mais d’un
point de vue rassurant ! En effet, cette entrevue de Kissinger explique
sa vision des choses :
http://www.infowars.com/henry-kissi...
Son principe de base, c’est qu’une guerre totale ne profite à
personne. De là il en a déduit le concept de guerre nucléaire limitée,
rationnelle, au cours de laquelle il y aurait des accords avec l’ennemi
pour ne pas sombrer dans l’Apocalypse. Ce qui est inquiétant c’est que
les Etats-Unis auraient envisagé une telle frappe régionale sur l’Egypte
au moment de l’épisode de l’USS Liberty (en complot avec Israël). Mais
sa doctrine découle de son axiome de base : une guerre totale serait terrible pour tout le monde.
Je pense que cette hypothèse est toujours à la base de sa réflexion, et
que c’est possiblement à ce propos qu’il essaie de sonder Poutine, qui
partage la même vision. La question est donc la suivante : si
l’administration actuelle des Etats-Unis ou Israël était assez folle
pour employer l’arme nucléaire dans un conflit régional, quelle serait
la réponse des Russes ?
Et là le danger est dans l’interprétation
des positions du camp ennemi. Je m’explique : Poutine et la Russie de
façon générale, sont extrêmement respectueux du droit international,
essaient toujours de calmer les tensions au lieu de participer à une
escalade des tensions et ne jurent que par l’ONU qui est selon eux
l’unique plate-forme de dialogue. Bien que les Etats-Unis s’en passent
allègrement. Mais il y a un sujet sur lequel les Russes n’ont pas
transigé, c’est le bouclier anti-missile. Ils ont effectivement
envisagé des frappes sur les sites du bouclier en Europe. Ce qui
correspond non seulement à une escalade des tensions diplomatiques mais
aussi à un acte de guerre ouverte, alors qu’ils ne jurent que par le
droit international.
Et on voit bien que sur les autres sujets (Syrie, Iran, etc.), ils ne
font rien d’imprudent (pas de livraison d’armes, pas d’accroissement de
la présence militaire, pas de dérapages diplomatiques).
A mon sens, le nucléaire est une ligne rouge que Poutine ne laissera
pas franchir, même pour un conflit régional. Et c’est dans cette optique
qu’il faut interpréter le tir du Topol-M sur une distance de 2000 km
d’il y a un mois depuis Astrakhan sur le Kazakhstan. C’est incroyable,
personne n’en parle mais c’est bien plus important que l’éventuel tir de
Boulava en Méditerranée. Pourquoi Diable la Russie aurait besoin
d’utiliser un Topol-M sur 2000 km ?! M’est avis que Poutine a fourni une
réponse à Kissinger.
Dans ces conditions, je suis plutôt content de voir Kissinger revenir
dans le jeu des relations diplomatiques, parce qu’il est rationnel. La
nouvelle génération Clinton est complètement dégénérée, et si elle
pouvait perdre de l’influence au profit des vieux loups de mer
pragmatiques, le monde ne s’en porterait que mieux.
Voilà mon avis sur la question du nucléaire.