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sasapame sasapame 25 septembre 2016 13:03
@ l’auteur,

il m’a semblé que cette citation pourrait s’avérer éclairante dans le contexte (s’agissant d’angoisse face à la Modernité) :

« L’élite ne considérait pas que la destruction de la civilisation fut un prix trop élevé pour le plaisir de voir y accéder par la force ceux qui en avaient été injustement exclus dans le

passé. Elle ne s’indignait pas particulièrement des monstrueux trucages historiographiques dont tous les régimes totalitaires se rendent coupables, et que leur type de propagande proclame avec suffisamment de clarté. Elle s’était convaincue que l’historiographie traditionnelle était un trucage de toutes manières, puisque elle avait exclu les déshérités et les opprimés de la mémoire de l’humanité. [...] cette injustice doublée d’une insulte troublait toutes les consciences sensibles depuis qu’avait disparu la foi en un au-delà où les derniers seraient les premiers. […] »

« […] dans une atmosphère où se sont évaporées toutes les valeurs et les propositions traditionnelles […] il était en un sens plus facile d’accepter, plutôt que de vieilles vérités devenues de pieuses banalités, des propositions manifestement absurdes, précisément parce que nul n’était censé prendre ces absurdités au sérieux. La vulgarité et son refus cynique des critères reçus et des théories admises s’accompagnaient d’une tranquille acceptation du pire et d’un mépris de tous les faux-semblants qu’il était facile de prendre pour un style de vie courageux et neuf. Comme prévalaient de plus en plus les attitudes et les convictions de la populace – qui n’étaient autres que les attitudes et les convictions de la bourgeoisie, lavées de leur hypocrisie – ceux qui traditionnellement haïssaient la bourgeoisie et qui avaient volontairement quitté la société respectable ne virent que l’absence d’hypocrisie et de respectabilité, non le contenu lui-même. […] »

[…] l’élite intellectuelle des années 20 était persuadée qu’on pouvait jouer à la perfection le jeu ancien qui consiste à épater le bourgeois si l’on commençait à choquer la société avec une caricature ironique de son propre comportement. […] l’avant-garde ignorait qu’elle enfonçait non des murs mais des portes ouvertes, et qu’un succès unanime démentirait sa prétention à être une minorité révolutionnaire, en prouvant au contraire qu’elle était sur le point d’exprimer un nouvel état d’esprit de masse, l’état d’esprit de l’époque. […] La moralité double, telle que la pratiquait la bourgeoisie, devint le signe essentiel de l’esprit de sérieux, toujours pompeux, jamais sincère. »

Hannah Arendt, Le système totalitaire (in Les origines du totalitarisme), édition du Seuil (nouvelle édition Gallimard, 2002), p 79-85.

Il me semble toutefois (et sans trop préjuger de ce qui peut arriver, peut-être rapidement, par exemple à coup d’exploitation du terrorisme), qu’il faille tenir compte, pour le présent et pour les sociétés « occidentales », du fond idéologique « bisounours » et du fait que la population y est devenue sacrément allergique à la souffrance. Je ne peux m’empêcher de penser que, loin de témoigner d’un éloignement du fascisme, il s’agirait de son retour sous une forme inversée mais peut-être plus terrible encore.

A ce fond délirant qui invite à la « révolution festive » quand ce n’est pas seulement à la branlette festive, s’ajoute notamment l’idée ô-combien absurde de « sauver la planète ». Je pense en particulier à l’idéologie « le changement climatique » (un oxymore et un pléonasme en trois mots) - derrière laquelle, accessoirement, on peut retrouver Rockefeller à tous les étages.

« La propagande totalitaire a élevé la scientificité idéologique et sa technique prédictive à un degré inconnu d’efficacité dans la méthode et d’absurdité dans le contenu. […]
En effet, d’un point de vue démagogique,il n’est pas de meilleur moyen d’éviter la discussion que de déconnecter un argument du contrôle du présent et de dire que seul l’avenir peut en révéler les mérites. »

Hannah Arendt, Le système totalitaire (in Les origines du totalitarisme), édition du Seuil (nouvelle édition Gallimard, 2002), p 99.

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