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Rétention de sûreté : une réflexion citoyenne

Par Jean Lasson (---.---.---.95) 29 février 2008 03:02

Franchement, cet article m’étonne et me donne la nausée.

Moi qui ai voté Bayrou l’année dernière (certainement pas par conviction centriste, mais parce que l’homme me semblait être le seul des candidats éligibles à incarner un certain humanisme), je suis effrayé de voir un militant du Modem défendre une position jusqu’à maintenant occupée par l’extrème-droite la plus radicale et cruelle. Comme l’écrit Forest Ent plus haut, la logique de la loi Dati - et celle de l’auteur donc - devrait conduire au rétablissement de la peine de mort. En fait, la solution trouvée - la perpétuité - me semble à la fois plus hypocrite et plus cruelle que la peine de mort.

Je considère aussi que cette loi nous fait tout simplement sortir de l’état de droit. Qui va décider du maintien en détention - pardon, en "rétention" ? Pas un tribunal avec jury populaire, mais une commission dont les membres auront intérêt, même financier, à choisir la sécurité. Voici donc une lourde peine qui échappe à la justice.

De plus, cette loi, qui devait au départ se limiter aux criminels sexuels, a étendu son champ d’action à toutes les peines d’au moins 15 ans. Ce qui inclut beaucoup d’autres crimes, comme un hold-up qui a mal tourné. Tous les articles du code pénal prévoyant des peines allant au delà de 15 ans peuvent être réécrits ainsi : "est puni de ... 20 ans, ou perpétuité selon le bon vouloir des présidents de la République." Et qui nous dit que le seuil de 15 ans ne sera pas, plus tard, abaissé ?

Pour moi, il s’agit du rétablissement des lettres de cachet de l’ancien régime.

Et qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas d’autres solutions ! On pourrait commencer tout simplement par soigner en prison les criminels dont cette loi prétend s’occuper. On pourrait aussi ne pas faire bénéficier d’une libération anticipée certains d’entre eux. Si on n’a pas trouvé le temps de les soigner durant 15 ans de détention, pourquoi en irait-il différemment ensuite ?

Je devine de sombres desseins liberticides derrière l’intrumentalisation des pulsions sécuritaires. Et je repense à l’Arrache-coeur de Boris Vian...

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