Légalisation de la prostitution :
Statut de l’intermittence du sexe, grand service public laïque de la prestation sexuelle dans le respect de l’exception culturelle française, renard libre dans le poulailler sexuel libre ou supermarché du sexe libéral ?, réflexion sur l’article de Sylvain Reboul
Monsieur, je vous remercie pour votre article http://www.agoravox.fr/article.php3... pose bien à mon avis les termes du débat sur la légalisation de la prostitution
Le débat sur la légalisation de la prostitution est de l’ordre de la croyance au sens d’Ellul. Il est donc philosophico religieux et politique.
Je partage votre analyse, le seul critère qui permette au fond un distinguo entre vendre son corps et vendre son travail est de l’ordre du religieux au sens le plus large donc de l’irrationnel, de la croyance plutôt au sens d’Ellul.
Je pense en revanche que contrairement à ce que vous dites, le débat n’est pas uniquement technique juridique et économique. Derrière les différentes positions en la matière il y des questions philosophiques et politiques qui méritent d’être débattue.
Entre le chimpanzé et l’homme, il y a parait il 99,9% de gènes communs ou quelque chose comme cela. Croire qu’il y a la une différence significative est bien de l’ordre de l’acte de foi. Mathématiquement, la différence n’est pas justifiée et pourtant, pour moi, elle existe.
« Quelque part », je ne pourrai pas considérer de la même manière des expérimentations médicales sur le singe et sur l’homme.
De la même façon, je serai prêt a vous concéder qu’a 99% se servir de sa main ou de son sexe, vendre sa force de travail ou son corps c’est abstraitement la même chose.
Pourtant, je pense que votre interlocuteur Henry Moreign pose une bonne question en la rapportant au « croyances » individuelles. Pour avoir posé la question a nombre de partisans de la légalisation, je n’en ais pour le moment pas rencontré un qui préférerai que sa fille soit prostitué plutôt que coiffeuse alors même que le premier métier peut être plus lucratif. Vous me direz que la plus part des gens préfèrent également voir leurs enfants journalistes pigistes a un gros SMIC dans un media prestigieux, que riche plombier boucher ou vendeur de merguez sans que cela qualifie moralement ces professions.
Pourtant je ne parviens pas à « croire » à cette équivalence.
« Croire » en une inaliénable dignité de la personne humaine est certainement un acte de foi aussi peu raisonnable que de croire en l’existence de Dieu pour un matérialiste pur.
A mon sens, croire l’inverse est en réalité une croyance toute aussi irrationnelle. Penser que le corps, la personne, la sexualité, ne sont que des choses matérielles sans conséquences pour la personne constitue aussi un acte de foi. En d’autre terme, affirmer l’inexistence de Dieu est aussi irrationnel que d’affirmer son existence. Dans les deux cas, cela est indémontrable.
La question que vous posez est éminemment philosophique. Je dirai que vous avez une approche de la personne néo platonicienne. Il y a un corps, un esprit, une raison dissociables en quelque sorte. Elle s’oppose à la conception chrétienne d’unité de la personne illustrée dans le credo par l’idée de résurrection de la chaire et qui en réalité nie même qu’il existe une dissociation entre une âme et un corps pour ce que j’en comprends.
Pour employer de termes non religieux, on peut considérer que le corps, l’esprit, « l’âme », les sentiments sont dissociables. Que la sexualité n’a pas de liens claire avec la personnalité, que le rapport amoureux ou commercial sont deux choses parfaitement isolables et qu’une raison raisonnante raisonnable permet aisément de passer de la vente de son corps a un rapport amoureux. Que l’on peut alternativement se donner puis se vendre sans que cela complique les rapports humains, notamment dans leurs exigences d’exclusivité au moins temporaire.
On peut croire au contraire à une unité de la personne et penser que tous ces actes ne sont pas neutres et peuvent être dommageables pour la dite personne.
Il s’agit bien dans les deux cas de croyances car en pratique, il est vraisemblable que l’on trouve des illustrations concrètes susceptibles de confirmer l’une et l’autre de ces positions. Des personnes qui se prostituent et en sont satisfaites a tous égard et vivent par ailleurs des relations humaines non commerciales et satisfaisantes pour elle et leur conjoint sur le plan humain. D’autres durablement perturbée par ce métier qu’elles l’ai choisie ou non du reste.
D’une manière générale, croire que les décisions importantes de notre vie en matière de sentiment, de sexualité, de rapports humain sont principalement déterminé par la raison, la technique le droit ou l’économie me parait a moi plus déraisonnable que de croire en dieu car a cette croyance, chacune de nos existence apporte des démentis expérimentalement démontrables........
La prostitution a toujours existé. Stigmatiser les personnes qui la pratique, que ce soit d’ailleurs les clients ou les « fournisseurs de service », dans un cadre juridique qui leur pourri la vie n’est certainement pas une bonne solution, d‘autant que la dite vie n’est en général déjà pas si facile.
Admettre par une législation qu’il est strictement équivalent de couper les cheveux et de vendre son corps c’est d’une certaine façon, a mon avis personnel, afficher socialement qu’il n’y a pas de différence entre un chimpanzé et un homme.
C’est transformer en norme sociale une « croyance ». Pour remplacer une autre norme sociale qui est je vous l’accorde a nouveau également, strictement une « croyance » : coiffer et se vendre ne sont pas deux choses équivalentes.
La première « croyance » est parfaitement défendable, même si je la trouve personnellement un peu inquiétante.
Elle est cependant, soit dit en passant souvent empreinte de certaines contradictions car les tenants de cette thèse insistent beaucoup sur la notion d’adultes consentants. Apres tous on peut à travers l’apprentissage être mineur et coiffeur et si les services sont équivalents, pourquoi interdire cette profession aux mineurs et ne pas l’ouvrir dés la maturité sexuelle ? Ou alors au contraire interdire la sexualité aux mineurs si on considère qu’il faut d’abord être adulte et consentant ?
C’est donc un débat éminemment politique
En regardant les sites Internet qui parlent de cette question, j’ais l’impression qu’il y la une vrai question politique. On nous dit qu’il n’y a plus de différence droite gauche, et pourtant, autour de cette question, on voit apparaître des clivages assez clairs même si ils sont parfois surprenants.
A droite, on a le sentiment que les gens ne sont pas très enthousiasmés par l’idée tout en considérant que la prostitution est inévitable et qu’il y aura toujours une demande et une offre et qu’il faut trouver une cote male taillée sans reconnaissance sociale de la normalité de la chose.
A gauche il y a une sorte de déchirement entre ceux qui dénoncent un rapport de domination social, « appropriation de la plus value du travail sexuel par des patrons » et qui veulent une légalisation, pour que les travailleurs du sexe, indépendant puisse jouir de leurs revenus sans proxénètes ou entreprises exploiteuses (téléphone rose) et ceux qui dénoncent une domination sexiste parce qu’il y a plus de prostituée femme qu’homme et le débat a l’air d’être vif. (voir les sites de l’université de Toulouse ou les sites féministes québécois par exemple). Certains, non content de ne pas voir la distinction entre coiffure et prostitution, affirment également ne pas la voir entre prostitution, mariage, viol, droite extrême droite et mafia
En revanche, a mon grand étonnement, je n’ais pas ou peu trouvé de sites s’indignant de la « marchandisation ultra libérale du corps » que fonderait une légalisation.
J’ais eu l’impression que ce sont les mêmes qui considèrent qu’il est très différent de confier ses enfants a une école privée ou publique mais très semblable de coiffer ou de vendre son corps.
Je pense donc que votre propos et non seulement philosophique mais aussi politique. Qu’il tourne autour d’une conception de la personne et qu’il oppose des « croyances » également légitimes. Il est donc légitime qu’il soit tranché par des voix démocratiques.
Quand une majorité de personnes sera convainque que les perspectives de carrières pour leurs enfants sont plus prometteuses dans le commerce de soi que dans la coiffure, je ne doute pas qu’on ne légifère pour sanctionner cette evolution des valeurs sociales. On pourra revenir à des débats moins fondamentaux mais aussi moins intéressants comme celui évoqué par l’un de vos lecteurs, pour « les forces libres du marché », ou pour un « service public monopoliste des prestations sexuelles ». La prostitution « artisanat de quartier créateur de liens social dans le respect de l’exception culturelle française », ou le supermarché du sexe ultralibéral mondialisateur aux prestations uniformisées, le statut d’intermittent pour les travailleurs du sexe affectés par la précarité et la saisonnalité de leur profession....
Mais le « débat de société », c’est-à-dire la lutte idéologique entre deux « croyances religieuses » ne dois pas se faire sur le dos des intéressés.
Ma position personnelle serait proche de celle du nid, ni prohibition, ni légalisation pour les raisons indiquées ci-dessus.
Mais c’est le reflet de « mes croyances ». En pratique, je suis d’accord avec l’idée de certains commentateurs, il faut d’abord écouter les intéressés et prendre en compte leur parole en priorité avant de mettre en avant ses propres convictions. Si une majorité, en fin de carrière, sortie des contraintes sur la parole inhérentes au milieu nous disent c’était le bon temps et si c’était a refaire si j’avais le choix, je le referai, n’était les difficultés légales alors il faut sans doute légaliser.