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Libye - « Aube de l’Odyssée » ou l’impérialisme

Par easy (---.---.42.174) 21 mars 2011 13:55
easy

Quelles que soient les véritables raisons (autant mettre ça au pluriel) personnelles de Sarko de s’être lancé dans cette guerre contre Kadhafi (en étant parfaitement conscient d’être en partie manipulé par les EU) son argumentation publique sera celle qu’il faudrait, tout aussi publiquement, démonter.

Si l’on ne fait qu’attribuer des motivations secrètes à notre Chef, on s’épuisera en vain.

Il expose des arguments publiables, énonçables, ce sont ces arguments qu’il faut démonter.

Cet argument de fond que Sarkozy et l’ONU exposent c’est donc la protection des Libyens.
(l’argument du nécessaire départ de Kadhafi étant moins fondable, il est zappé en cet épisode martial)

Et s’il y a eu tant de monde d’accord autour de l’argument de la protection des Libyens c’est qu’il y a un fonds culturel issu de la Méditrerrannée qui a fait florès et ce fonds c’est le fonds chevaleresque qui consiste à faire fi de sa propre personne pour aller sauver quelque veuve et orphelins inconnus au très lointain.

Tant que ce concept ne sera pas démonté et mis en examen, il sera toujours possible de l’invoquer pour larguer des bombes quelque part, y compris en interne (Un gouvernement peut faire valoir ce concept de protection de chais pas qui pour tuer des manifestants).
 
Or ce concept n’est pas du tout universel. Ici, on a l’impression qu’il ne peut pas en être autrement que d’aller pourfendre au loin quelque dragon terré en grotte supposé terroriser une population mais beaucoup de peuples ignoraient cette drôle d’idée.

Voyons que des histoires dans lesquelles un méchant minotaure terrorise une population qui appelle alors à l’aide quelque chevalier en train de se la couler douce, il y en a des tonnes, dans nos contes et légendes. Mais dans la réalité de l’Histoire, ça ne s’est réellement produit que très rarement.
Il y a eu le cas Erzebeth Bathory, le cas Gilles de Rais, la bête du Gévaudan, au total une poignée ou deux de cas où la population a réellement appelé au secours quelque chevalier courageux à sa délivrance.


Mais en Méditerranée, depuis les Ulysse et autres Thésée, on a fait tout un plat de la disposition à combattre un dragon qui ne nous a personnellement fait aucun mal. Les joutes du Moyen-äge, réservées aux nobles et se produisant sous les yeux des belles, traduisaient au quotidien cette fantasmagorie.


En réalité, bien plus courants étaient les cas de peuples dirigés par un dictateur et qui n’avaient pas idée d’appeler qui que ce soit à la délivrance. C’est qu’au fond, même quand on en bave de vivre sous le joug d’un dur, on y trouve aussi des avantages. On a à passer sous les fourches caudines de son maître mais au moins sera-t-on sûr qu’on n’aura pas à mourir sous l’épée d’un envahisseur. On peut se dire que notre maître a surtout besoin de nos bras et de nos talents alors qu’un envahisseur nous préfèrerait tous morts.

C’est la quasi totalité des peuples qui ont, pendant des millénaires, préféré fonctionner sous la férule d’un maître absolu et qui, en cas d’attaque extérieure, se sont battus assez volontiers pour le statu quo. 

Les Libyens pro Kadhafi, peut-être la moitié ou le quart des Libyens, sont des gens qui savent toutes les formes de gouvernance mais c’est comme ça, ils aiment assez l’idée de mourir pour le Chef (ils aiment en tous cas le chanter). Ca nous semble ringard mais il y a un siècle nous en étions encore là et depuis, c’est pour une figure plus abstraite que nous sommes prêts à mourir (à le chanter en tous cas) . 

Mourir pour quelque chose qui n’est pas soi, pour quelque chose qui nous dépasse, pour une transcendance, qu’elle soit incarnée sous forme d’un Roi ou qu’elle soit plus virtuelle ou symbolique sous la forme d’un concept social ou d’un drapeau, c’est très équivalent. Faire rempart de son corps pour protéger un roi, une croix, un drapeau, ou une langue, c’est très équivalent et Dieu seul saurait dire quelle abnégation est la plus folle.


Là, Sarkozy et l’ONU disent qu’ils jouent la chevalerie. Mais c’est parce qu’il leur semble que les insurgés réclament la démocratie. Le jour où il y aura des insurgés encerclés eux aussi par leur tyran mais qui réclameront une théocratie, le même Sarko, la même ONU oublieront de dégainer cette même blanche épée. Et ce jour-là, ce sera le tour des théocraties en place d’invoquer la défense de la veuve et de l’orphelin pour balancer des bombes.

Il faut donc mettre en examen le romanesque, l’épique, et l’Allemagne vient de montrer qu’elle est à la pointe de cette démarche. Mettre en examen ça ne veut pas dire occire, ça veut dire examiner.

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