N’en déplaise à ceux qui idéalisent jusqu’au lyrisme le plus mièvre le « bon peuple », si l’on demandait au « bon peuple » de voter pour élire le président de la BCE, il voterait pour celui pour qui les médias lui suggèreraient plus ou moins subliminalement de voter, tout comme le « bon peuple » vote régulièrement pour ceux que les médias offrent à son désir électoral. Asselineau est trop cultivé pour ignorer la phrase d’un des derniers grands hommes d’Etat : « agitez le peuple avant de s’en servir ». D’ailleurs, en quoi un quidam est-il qualifié pour élire le président de la BCE ? D’une manière générale, en quoi un quidam est-il qualifié pour élire un fonctionnaire ? Asselineau - en tant que fonctionnaire - accepterait-il de remettre son destin professionnel entre les mains du servum pecus ? Poussée jusqu’à ses conséquences extrêmes, la vue selon laquelle les membres d’une institution devrait être élus au suffrage universel apparaît dans tout son absurdité. Pire - d’un point de vue républicain, s’entend - élire les hauts fonctionnaires, c’est saper le prétendu ordre républicain, qui, comme chacun sait, est fondé sur une sacro-sainte feuille de papier qui s’appelle le diplôme. Si les hauts fonctionnaires devaient être élus, à quoi serviraient les diplômes qui leur permettent d’accéder aux postes plus ou moins fictifs qu’ils occupent - à quoi serviraient leurs études ? Fictifs, parce que les fermiers généraux, tout non diplômés qu’ils fussent, ne se débrouillaient finalement pas trop mal. Il est vrai qu’ils ne disposaient pas des connaissances qui permettent aux diplômés des grandes écoles d’administration et de gestion de trafiquer les comptes de manière de plus en plus sophistiquée, sans qu’il n’y paraisse, depuis que, au « Moyen-âge », les marchands vénitiens ont imposé les chiffres arabes à la place des chiffres romains et, ainsi, donné un bel avenir au zéro, aux zéros.
Tout haut fonctionnaire, c’est l’évidence, doit être nommé. Toute la question est de savoir par qui. Par la haute finance, comme c’est le cas dans des conditions démocratiques, ils remplissent naturellement leur fonction d’agent de la haute finance. Au contraire,nommés par un chef politique digne de ce nom, ils servent l’Etat.
Les institutions qu’Asselineau qualifie de « dictatoriales » ne le sont aucunement. Elles sont bien plutôt tyranniques. Asselineau est trop cultivé pour qu’on perde son temps à lui rappeler la différence de nature entre la dictature et la tyrannie et les pages de Platon dans lesquelles l’homme politique-philosophe grec, pourtant plus indulgent qu’Aristote à l’égard de la démocratie, indique que la démocratie ne peut pas ne pas aboutir à la tyrannie, de la même façon qu’un excès de désordre ne peut pas ne pas entraîner un excès d’ordre. Plus exactement, on peut sortir de la démocratie par le haut ou par le bas - pour ainsi dire royalement, impérialement ou en vertu d’une « mathématique du chaos ». Tout montre que c’est par le bas que nous sommes en train d’en sortir, par une voie qui mène justement à la tyrannie. Huxley la décrit plus ou moins bien dans un de ses best-sellers ; H.G. Wells aussi : pas étonnant : en tant que membres d’un des principaux foyers de subversion de l’Europe des premières décennies du vingtième siècle, la Fabian Society, ils étaient aux premières loges pour voir ce qui allait se passer à plus ou moins longue échéance.
Certes, les politicards sont par définition des « larbins et des fusibles, que le Système change l’un après l’autre quand ils ont fait leur temps ». Mais alors pourquoi s’appesantir sur les figurants, qui, après tout, sont une cible facile ? Pourquoi ne pas au contraire porter son attention vers les acteurs principaux et les mettre sous les feux de la rampe ? Il y aurait peut-être des choses très intéressantes à divulguer sur Draghi et les autres (jésuites). Les autres, eux aussi, ont un nom. Il est trop facile de parler de « Système ». Les autres, eux aussi, ont bien un nom. Or, quand on compare leur patronyme, on s’aperçoit assez vite qu’un certain nombre d’entre eux, du moins une proportion énorme d’entre eux, ont les mêmes origines, comment dire... ethniques. N’en déplaise au membre du parti d’Asselineau qui se fait mousser un peu plus haut en déclarant : « Figurez-vous que des sympathisants du FN, de DLR, du feu RPF, du feu MPF, du MRC, du NPA, du MPEP, etc., viennent régulièrement démarcher le flot grossissant d’adhérents de l’UPR pour nous dire tous la même chose : CHUUUUUT ! On pense tout à fait comme vous mais venez donc avec nous, il est beaucoup plus habile d’avancer masqués... », un certain nombre de loi républicaines d’inspiration stalinienne font qu’il vaut effectivement avancer « masqués », s’agissant de cette communauté, comment dire... ethnique. Si cet intervenant s’imagine qu’il est au coeur du problème, lorsqu’on lui désigne comme responsable de la situation actuelle l’« oligarchie euro-atlantiste » et le « lobby militaro-financiéro-industriel états-unien », soit il est naif, soit il adore les oeillères. De Gaulle, lui aussi, avait pris goût à ces expressions génériques. Pendant ce temps, il ne voyait pas ou il faisait semblant de ne pas voir que, comme l’a bien montré un certain livre très documenté, l’Etat était infiltré par les membres de cette communauté.
Or, dans la France actuelle, dans ce qu’il en reste, il n’est que dans un seul et unique parti que l’ennemi véritable a été identifié - pas forcément par ses cadres. Ce parti n’est pas l’UPR. En revanche, l’UPR devrait pouvoir détourner quelques électeurs du seul et unique vote français en 2012.