Mes petits poulets,
Je lis bon nombre de raisonnements captieux qui me font parfois
désespérer. Ne vous méprenez pas, je suis à peu près d’accord avec l’article.
La dette a été gonflée par une modification sans précédent historique.
J’insiste, historiquement les états créaient leur argent et le distribuaient
sur la grande table de casino qu’est un pays. Les sujets se précipitaient sur
cette manne, se l’arrachaient, et elle finissait toujours fatalement, après
quelques échanges, dans les mains des plus forts !
J’entends »non, c’est pas vrai" ah="ah" ce="ce" pas="pas" que="que" les="les" plus="plus" influents="influents" mais="mais" comme="comme" les="les" forts="forts" loupent="loupent" en="en" ils="ils" ne="ne" bossent="bossent" et="et" font="font" faire="faire" leur="leur" du="du" peuvent="peuvent" se="se" des="des" petites="petites">
Qu’à cela ne tienne, l’argent atterrissait toujours dans les mêmes
poches, mais l’état fabriquait plus d’argent, et on repartait pour un tour. Ce
n’était pas le meilleur des mondes, mais ça marchait. Non sans quelques
dérapages ici ou là. La création de monnaie a comme conséquence de la dévaluer,
il faut donc naviguer entre deux excès : pas de monnaie appauvrit le pays, trop
de monnaie génère inflation et dévalorisation.
Seul grand perdant : le riche. Songez. Vous possédez une certaine
grosse somme dans une certaine masse de monnaie. Cette dernière masse augmente
! En proportion, vous êtes moins riches. Vous passez votre vie à accumuler, et
un jour grande inflation, grande création de monnaie : vous fondez ! Là
dessus, vous tentez de passer à l’étranger mais zut, la monnaie a fondue
aussi... Pauvre riche. Et là vous sortez dans la rue, et vous ne voyez pas de
pauvres dans des cartons, mourant de faim, sales, en haillons comme il serait
juste en pareille crise. Mais au contraire vous voyez des gens qui touchent les
allocations, aides, indemnités, tous fainéants payés avec vos impôts... Là
dessus, vos actions baissent suite à des grèves ! Rage indicible ! … Vous ne
pouvez pas comprendre, vous n’avez jamais été riche, vous n’avez jamais eu de
gens de maison. Bande d’incapables ! ! ! A votre place, je déprimerais. Je
déprime d’ailleurs.
Cette haine de l’état était, dans ma jeunesse, l’apanage de
patrons, de nantis aigris. Elle semblait inaudible et faisait pester les vieux
cocos devant leur première chaîne unique. J’ai connu ce temps, je vous jure que
je pense à quelqu’un... avec une certaine sympathie.
Mais dans les années 1970, c’est la révolution libérale qui
commence. Avec ruse mais détermination, les riches reprennent la main. La
réflexion libérale a commencé dans les années 1920, avec le gentil pépé
Friedrich Hayek, et s’est développée dans les salons privés des nantis,
accueillants politiciens et syndicalistes corrompus, utilisant toute la science
sociale, la psychologie, la connaissance moderne des limites du cerveau humain,
pour aboutir à un plan génial : enfin les riches vont reprendre le pouvoir
politique !
Car enfin, nous avons vécu depuis 1789 environ une anomalie de
l’histoire. Une parenthèse s’est (entre)ouverte. De tout temps, grâce à des
artifices expliqués par La Boétie ou Machiavel, les puissants se confondaient
avec la richesse, la monnaie, la loi, la justice, la police, et même la loi
divine. Mais les progrès techniques, une élévation hasardeuse de l’instruction
populaire par la lecture, grâce à des hommes instruits mais éclairés par des
Lumières obliques, tout cela a conduit à séparer (jamais tout à fait) le
pouvoir de la richesse (le capital, le patrimoine). Le peuple élit ses dignes
représentants qui légifèrent, policent et font justice. Les riches se
débrouillent, s’ils n’ont pas perdu la tête !
Mais voila, tout a une fin, aujourd’hui le capital a mis au point
une grande stratégie, à la hauteur de l’élévation populaire qui s’est produite.
Et il n’a jamais été aussi riche, avec les fantastiques gains de productivité et
les petites mains asiatiques : il peut tout corrompre et il reprend ses
droits. Voila ce qu’est pour moi la mondialisation, avec le libéralisme
en bandoulière (comme les apparatchiks et dictateurs rouges se drapaient
de communisme/fraternité/humanité).
Oui, mais la démocratie ? A quoi rime-t-elle encore ! Si un homme
monte, s’il est suivi, écouté, élu, et qu’il représente un mouvement dangereux,
il suffit de l’acheter ! Il viendra manger dans la main des puissants, d’abord
il sera intrigué, il voudra comprendre et entrera dans les cercles privés comme
opposant redoutable. Puis il sera gagné par la douce chaleur de la corruption. Il
changera d’emploi, aura de la promotion, de jolies vacances… Je soupçonne même
les possédants d’utiliser la menace, le licenciement, les poursuites en justice
(fondées ou non qu’importe), voire pire.
Ainsi, vous avez le choix désormais entre
des polichinelles déjà à genoux devant le « système », comme
dirait Marine (joli nom, joli blonde, joli dénonciation mais attention !
Fascisme garanti). Si d’aventure un extrémiste pouvait attirer les suffrages,
il serait par avance corrompu.
Corrompu à quoi bon ? Oui, défendre les nantis. Mais comment ? Que
doivent-ils faire ? Pour l’heure, cette année, ils doivent faire de la
rigueur budgétaire. Il faut en finir avec l’état ! Le réduire à son expression
minimale. Non, on ne va pas faire sauter la démocratie ! C’est bien trop
pratique. Les gens peuvent se fâcher sur un polichinelle pour se tourner vers
un autre et s’imaginer que tout va changer. Cinq ans après, ils seront déçus et
auront oublié, et ils se fâcheront contre celui en qui ils avaient placé tous
leurs espoirs ! Ad vitam aeternam…
Notons que l’étape précédente consistait à brader joyeusement tous
les biens de l’état, à privatiser à tour de bras depuis les cabinets
ministériels pour ensuite quitter l’état et toucher sa récompense dans la
nouvelle entreprise privée que l’on avait créée... Bon, on a parfois pris soin
de brouiller un peu les pistes, l’un touche la récompense de l’autre et l’autre
celle de l’un (en encore, pas toujours).
Dans le plan libéral, il y avait aussi la main mise sur l’information.
Maintenant les journalistes qui veulent le rester doivent manger à tous
les râteliers privés ou publiques, et pour cela doivent faire
quelques concessions et ne pas mordre la main qui les nourrit. Voir le
documentaire hilarant « les nouveaux chiens de garde ».
Voila le cadre dans lequel la dette doit être interprétée. Ce
n’est pas un hasard, une dérive, une crise, c’est juste une arme dans un
arsenal, comme les privations, les délocalisations, l’euro fort (pratique pour
délocaliser), le chômage, le contrôle de l’information, la disqualification des discours alternatifs, la peur, le divertissement (l’assotissement aurait dit La Boétie). J’ai cité l’essentiel
je crois.
Je suis désolé de ne pouvoir être optimiste. Je pense que la
parenthèse de l’histoire se referme. Le peuple mange le grain empoisonné qu’on
lui sert partout gratuitement et ne peut pas comprendre. Un type comme moi,
c’est un fou qui crie à la théorie du complot, discrédité avant d’avoir ouvert
la bouche ! Alors ne me croyez pas. Regardez, renseignez-vous, cherchez les
faits, et réfléchissez. Mais l’information est fortement polluée, les
vérités ne sont visibles que chez les extrémistes qui s’en servent avec
démagogie et les mélanges avec des mensonges…
J’ai l’impression d’être un poulet dans un élevage industriel
(fermé et éclairé au néon) qui parle à ses congénères du soleil, des ruisseaux,
de la forêt d’autrefois et aussi de l’abattoir, des hormones, des
épidémies dans les élevages et du génocide de peuples entiers... Où va-t-il
chercher tout ça, le poulet ! Ça n’existe pas ! Disent-ils. Les
humains, là, sont nos amis ! Ils nous nourrissent, nous vaccinent, nous
aiment... gratuitement !
Les patrons, là, sont nos amis... Ils vous tendent leurs journaux gratuits, vous vendent d’excellent médicaments, de la saine nourriture, de l’eau garantie, des services désintéressés.
Au secours, OB_Ouonne qu’hait nos vies, vous êtes mon seul espoir…
mal placé.