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Par lloyd henreid (---.---.---.240) 18 février 2012 16:49
lloyd henreid

Bonjour et merci pour le lien que vous soumettez. Retranscription exacte des propos de JLM :

« Je n’aime pas ces théocrates [...] Je suis un homme d’opposition, tout le monde le sait, mais je ne supporte pas qu’on parle comme ça à la première dame. Oui, c’est vrai. Ces types sont des barbares parce qu’ils ne savent pas voir la grâce et l’intelligence là où elles se trouvent ; et puis en plus, ce sont des obsédés sexuels parce qu’ils passent leur temps, dès qu’il s’agit de femmes, soit à les voiler, soit à les injurier avec des mots aussi vulgaires [que »prostituée« ]. Je pense qu’on voit à quel point la religion en politique projette dans l’arène publique les névroses qui sont le propre de l’obsession religieuse. »

Notez au passage que l’extrait est diffusé par le parti de gauche lui-même : si coquille il y a, ils n’ont pas cherché à la masquer. Notez également que le terme « barbare » est utilisé dans la description de la vidéo pour qualifier non pas, cette fois, les « théocrates » iraniens ; mais au contraire la politique d’expulsions de « notre » gouvernement. Tous les « barbares » sont donc logés à la même enseigne, et le seul parti que prend M. Mélenchon est celui de la défense de leurs « victimes », comprenez : ceux qui pâtissent de leur extrémisme et de leur velléité d’imposer leurs vues, si méprisantes soient-elles vis-à-vis de l’humain. C’est dégueulasse de foutre les gens à la porte (surtout quand on ne favorise pas leur intégration). C’est dégueulasse aussi d’imposer aux femmes de porter le voile, par exemple (on pourrait aussi parler des lapidations).

Je trouve intéressante votre idée selon laquelle « la laïcité a elle-même été pensée comme une religion ». Je pense souvent à cette phrase de Voltaire disant que « si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer » : il y a quelque chose de terrifiant (à mes yeux) dans le fait que l’État tue Dieu et se propose finalement de remplacer Sa loi (faite de valeurs morales avant tout, avec des ratés) par celle de la République (càd actuellement, celle de l’oligarchie financière en place). L’effondrement des valeurs morales et le culte de l’Argent sont (à mon avis) les enfants légitimes de ce concept, exploité de la même manière que jadis les religions par une élite malveillante au service de ses propres intérêts (comme jadis l’Église qui dictait d’une certaine manière Sa loi à l’État — qui était alors une monarchie —, avec plein de réjouissances type « croisades », etc.).

La laïcité repose toutefois sur des valeurs beaucoup plus louables et universelles : celles, au fond, des droits de l’homme. "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.« — c’est à cette phrase que se résume mon idéal politique, citoyen et social affranchi de toutes les contraintes religieuses et celles relatives aux intérêts privés de l’oligarchie en place, qui le piétinent. Le cœur du principe de laïcité est juste là, dans la reconnaissance universelle de l’humain sans distinction de race, de culture, de religion. C’est ce qui (à mes yeux) le rend supérieur à toute idéologie propre à créer de l’antagonisme, ne serait-ce que parce qu’il porte en lui l’espoir d’une paix universelle stable basée sur le respect de l’autre — ce que ne permettent ni le mauvais usage que nous faisons de la laïcité, ni (et encore moins) les régimes théocratiques.

Il y a une différence (un gouffre, même) entre »respecter la religion pour ce qu’elle est« , càd un rapport individuel à l’existence, et »l’imposer« comme tentent de le faire les théocrates. Je dis bien qu’ils »tentent« de le faire, mais il n’y arrivent pas : Dieu est un concept trop personnel pour être imposé. La religion d’État est une insulte à la liberté de conscience et, oserai-je dire, une négation de l’humain dans ce qu’il a de plus précieux : l’auto-détermination, le libre-arbitre, ou encore sa nature positivement créatrice. Voilà pourquoi, comme JLM, je respecte les croyances intimes des musulmans, juifs, chrétiens, ou encore bouddhistes — mais je dénonce et m’insurge contre les »barbares« qui les en privent, soit en les stigmatisant de manière inégale, soit en les interdisant (voire en les persécutant).

J’ajoute que votre prose, dont pourtant j’aime le style, se fait piètre et basse quand vous prêtez à M. Mélenchon des intentions qui ne sont manifestement pas les siennes. En choisissant seulement l’extrait que vous retranscrivez, et en faisant mine d’expliciter l’implicite (sur le fond comme sur la forme ironiquement »subtile« et »pondérée« ), vous détournez de façon malhonnête le message qu’il délivre. Ce message, je vais donc le décrypter pour vous :

1) Qu’on soit ou non de mèche avec Sarkozy, insulter sa dame n’est pas correct. (J’ajoute que ce n’est pas non plus constructif ni à l’honneur de ceux qui tiennent des propos si dégradants, tant pour la femme que pour le débat démocratique.)

2) Ces gens-là sont des »barbares« dans la mesure où ils ne respectent pas la beauté, celle de la femme, ni son intelligence dans la mesure où ils lui imposent a) de cacher cette beauté et b) de ne pas exprimer cette intelligence (parlant toujours de la pratique dite »extrémiste« de l’Islam et non du culte »modéré« , càd conforme au principe de laïcité, auquel aspirent de très nombreux musulmans »libres« , attachés tant à leurs valeurs qu’à la liberté de »croire« comme bon leur semble).

3) Les islamistes radicaux sont effectivement obsédés par la femme et le pouvoir que lui confèrent tant sa beauté que son intelligence. Cela semble évident, sinon pourquoi murer ce pouvoir dans le silence ou le cacher derrière un voile ? L’obsession sexuelle ou »obsession des genres« n’est pas un procès d’intention contre l’Islam : c’est un fait et une constante religieuse. On peut rapprocher cette assertion de la Bible qui, dès les tout premiers chapitres de la Genèse, présente la femme (Ève) comme responsable de la »Chute« , comprenez : celle de l’humanité tout entière dans le vice, le péché, le blasphème, l’injure faite à Dieu. En résulte donc Sa colère et ce qu’on en connaît : le pain gagné à la sueur du front d’Adam, et pour Ève une procréation »dans la douleur« bien méritée. La femme au second rang. La femme coupable du péché originel, celui d’une tentation à laquelle sa beauté renvoie toujours ceux qui ne lui pardonnent pas. Ce n’est pas une attaque contre l’Islam uniquement (elle vise d’ailleurs les intégristes et non l’Islam à proprement parler), mais contre tous les »barbares« qui ne respectent ni la femme ni (d’ailleurs) l’être humain en général. C’est le point du 4) que vous omettez bizarrement de citer, alors qu’il exprime et conclut tout ce à quoi le reste de la tirade nous amène :

4) »Je pense qu’on voit à quel point la religion en politique projette dans l’arène publique les névroses qui sont le propre de l’obsession religieuse.« Tout est dit : »la religion« , càd »toutes les religions« , »la religion dans son ensemble« , est par essence partiale et nuisible à l’idéal de liberté laïque que j’évoquais plus haut. Cette façon qu’ont les religions (l’Islam autant que le Christianisme, par exemple) d’en appeler à la méfiance de l’homme vis-à-vis d’une femme »coupable« et »dangereuse« qu’il faut dominer, cadrer, bâillonner, etc. — est symptomatique de leur propension à vouloir restreindre les libertés de conscience, de croyance, et d’expression. Elle piétine l’idéal d’égalité de tous »en dignité et en droits" que proclame la DUDH, et que le principe de laïcité vise à défendre. Alors oui, je vous le concède : c’est un choix politique. Je fais celui de la laïcité et du respect des droits de l’homme quels que soient sa culture, sa religion, son origine — et je rejoins M. Mélenchon tant sur la condamnation des propos que sur leur analyse.

Navré qu’il n’en soit pas de même pour vous.

Cordialement.



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