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2012 : une élection à candidat unique ?

Un sondage de l’institut Harris Interactive, paru le 6 mars 2011 dans Aujourd’hui en France  a mis la classe politique en émoi : la présidente du Front National arriverait aujourd’hui en tête des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2012 avec 23% des voix, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry, crédités tous deux de 21%. La vérification effectuée par un nouveau sondage 48 heures après confirme les scores. D’autres candidats socialistes testés ne modifient pas la donne : la candidate Front national « arriverait également en tête (24%) face à Nicolas Sarkozy (21%) et François Hollande (20%) », et elle obtiendrait encore « 24% des votes face à Dominique Strauss-Kahn (23%) et Nicolas Sarkozy (21%)  ». Depuis, un sondage CSA paru dans La Dépêche du Midi, le 12 mars 2011, modifie seulement l’ordre de préférence en plaçant en tête D. Strauss-Kahn avec 30 % des voix, devant M. Le Pen avec 21 % et N. Sarkozy avec 19 %, sans changer les termes du problème.

La stratégie de la peur dans la forteresse assiégée ?
 
Or quelle a été la réaction à Droite comme à Gauche ? C’est à croire que ces sondages ont été sciemment diffusés pour stimuler le réflexe de patriotisme de parti dans sa version de la forteresse assiégée où la peur qui la galvanise, fait taire les querelles internes face à l’ennemi extérieur. N’est-il pas évident que la multiplicité des candidatures entraîne l’élimination du représentant de la Droite ou de la Gauche selon le cas de figure, puisque seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour de la présidentielle peuvent concourir au second et que le Front national est assuré d’en être. Un nouveau 21 avril 2002 se profile donc avec certitude. Quels sont donc les deux candidats les mieux placés dans l’un et l’autre camp : M. Sarkozy et M. Strauss-Kahn ! Qui l’aurait cru ?
 
Les autres possibles candidats de Gauche, Écologiste, Front de Gauche ou NPA, du Centre comme MM. Bayrou, Morin ou Borloo, et de Droite comme M. de Villepin sont donc mis devant leurs responsabilités : sont-ils prêts à faire perdre leur camp pour défendre leurs propres idées ?
 
Les modalités de l’élection présidentielle française se révèlent donc un piège minant la démocratie, du moins dans l’état d’extrême division du corps électoral français.
 
Un corps électoral extrêmement divisé
 
Cet éclatement des familles politiques françaises est à la fois le legs de l’Histoire et la conséquence de la crise économique et morale que traverse le pays.
 
1- Le legs de l’Histoire
 
- Le rapport de forces parmi les grandes familles politiques de la Gauche française, issu du 20ème siècle, a d’abord été modifié. Si le Parti Socialiste est devenu le parti dominant, le courant écologiste a supplanté en puissance au niveau national le Parti Communiste en voie de lente extinction, tandis que subsiste une Extrême-gauche vivace.
 
- De leur côté, les partis de Droite, libéraux, gaullistes et centristes – issus des trois droites historiques distinguées par René Rémond, la légitimiste, la bonapartiste et l’orléaniste - se sont certes fondus dans un même mouvement, l'UMP, mais les sensibilités du Centre ont résisté et refont surface, tolérant mal la prétention à l’hégémonie d’une droite libéraliste gagnée par le néo-conservatisme américain.
 
- Quant au Centre démocrate chrétien représenté par M. Bayrou, il réussit à survivre entre les deux blocs, malgré les défections de carriéristes inhérentes à l’insuccès.
 
2- La conséquence de la crise économique et morale du pays
 
À cette division s’ajoute le discrédit des partis de gouvernement de Droite comme de Gauche qui se sont succédés au pouvoir depuis 30 ans.
 
- D’abord leur soumission commune aux contraintes de la mondialisation libéraliste les a conduits à se moquer de l’opinion des citoyens en adoptant en 2007/2008 par voie parlementaire la constitution européenne rejetée par référendum en mai 2005. Tel est le crime de lèse-démocratie qu’ils n’ont pas fini de se voir reprocher.
 
- Les uns et les autres sont les défenseurs d’une immigration dont on voit qu’elle est l’autre face d’une politique de mondialisation avec les délocalisations d’entreprises : celles-ci s’en vont hors des frontières faire des profits dans les pays de main d’œuvre bon marché, tandis que l’immigration à l’intérieur des frontières vise à faire pression pour empêcher l’augmentation des salaires et l'amélioration des conditions travail et à permettre aux patrons du CAC 40 comme aux actionnaires et aux banques de s’enrichir de façon éhontée.
 
- Toute critique de l’immigration est, d'autre part, malhonnêtement combattue comme « raciste » et la Laïcité est attaquée au profit d’une défense du multiculturalisme et du communautarisme : on se moque pas mal des conflits culturels provoqués comme si des mentalités ancestrales pouvaient changer d’un claquement de doigts. Il a fallu au moins quatre siècles ravagés parfois de guerres civiles, chaudes et froides, pour que le Christianisme catholique se résigne aux règles de la Laïcité. Combien en faudra-t-il à l’Islam qui n’a jamais eu à composer avec elles ? 
 
- Les partis de Gouvernement de Droite comme de Gauche, enfin, ont ruiné méthodiquement les deux institutions qui sont les creusets de la cohésion sociale fondée sur le respect du contrat démocratique. L’institution judiciaire est devenue un instrument au service du pouvoir et de ses détenteurs assiégés avec raison de procédures. Et l’institution scolaire n’est plus le lieu de l’émancipation par le savoir et l’éducation. 
 
Le débat démocratique rendu impossible par les modalités de l’élection présidentielle
 
Dans une telle situation, le grand débat politique qui, en France, engage le pays pour une période de cinq ans est l’élection présidentielle. Le pouvoir excessif du président de la République est, en effet, sans équivalent dans les autres démocraties d’Europe. Or, les modalités électorales associées à la crise économique et morale vécue rendent ce débat impossible puisque les courants de pensée non conformes aux deux grandes familles dominantes, PS et UMP, sont sommés de se rallier sous peine de faire perdre leur camp.
Mieux encore, tout le monde sait que, si la candidate du Front National peut atteindre un score élevé de 25 % au premier tour de l’élection, elle n’a, Dieu merci pour l’instant, aucune chance de l’emporter au second. En 2002, un front républicain a conduit la Gauche en général a appeler à voter pour le candidat de Droite, Jacques Chirac. Le débat démocratique a donc été étouffé.
 
La conjonction conjoncturelle de la forte représentation de l’Extrême droite et des modalités de cette élection présidentielle limitant à deux candidats la compétition du second tour, aboutit donc à un résultat désastreux. En 2012, on peut connaître une réédition de cet étouffement du débat démocratique, que ce soit le candidat de Gauche qui soit éliminé à nouveau au premier tour ou que ce soit le candidat de Droite.
 
Arnaud Montebourg plaide depuis longtemps pour une VIème République. N’est-il pas grand temps de prendre au sérieux ce projet ? L’élection présidentielle au suffrage universel à deux tours à les apparences de la démocratie. Dans la France d’aujourd’hui, elle n’en est que la caricature, puisque la présence parasitaire du Front National au second tour fait de ce scrutin une élection à candidat unique qui interdit le débat. Paul Villach 



par Paul Villach mardi 15 mars 2011 - 35 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (---.---.---.169) 15 mars 2011 13:31
    non666

    Depuis 40 ans , les elections sont faites d’abord et surtout par ceux qui controlent l’information.

    Le point culminant a été l’election de 2007 ou ils ont pu imposer LEUR candidat préféré (Sarkozy) , choisir la sparring partner aupres duquel il brillerait (Royal) et diaboliser tout autre choix (Lepen, bayrou)

    Cette prise de controle avait été dictée par « la grande peur de 2002 » ou Lepen, s’etait imposé CONTRE le systeme occulte , suivi par la replique de 2005 ou le peuple n’a pas ecouté les faiseurs d’opinion lors du referendum du TCE.
    la ILS ont eu TRES peur.
    Il leur a fallu ensuite nettoyer le merdier en occultant les reformes constitutionnelles suivantes et en dissimulant leur sens profond aux opinions publiques et en leur imposant les candidats de 2007.

    C’etait le coup de trop, en accomplisant ce dernier acte, ils se sont coupés de l’opinion publique et aujourd’hui, la racaille qui controle les medias courrent pour recuperer sa credibilité.
    Tout ce qui arrive s’explique aisement ainsi.
    S’ils ont font trop, ils perdent leurb auditoire.
    S’ils n’en font pas assez , ils n’imposeront pas leur souhait aux prochaines elections.
    Ajoutez y l’ego de Sarkozy, DSK, Royal et Aubry et les souhaits personnels des faiseurs d’opinions et vous avez la cacophonie actuelle.

    Ils paniquent et depuis la crise finaciere ils sont tous engagé dans un autre combat contre la debacle finaciere qui guette, les crises internationale incontrolées et en plus, les catastrophes naturelles (celles qu’ils n’ont pas eux meme declanchées, je veux dire)

    Tout montre la perte de controle et la panique des « elites auto-proclamées »

    Pendant ce temps la , le peuple ecoueré hesite entre l’abstentionnisme et la revolution.
    D’autres, plus cyniques, ont préparé les listes de coupables qu’il faudra lire à la foule en colere quand elle se cherchera des victimes expiatoires.
    Ses sacrifices seront d’autand mieux acceptés qu’on saura plaider leur culpabilité et qu’elle apparaitra evidente aux egorgeurs potentiels.

    On trouvera sans peine dans la liste des affaires recentes et anciennes des noms faciles a invoquer...

  • Par Voltaire (---.---.---.14) 15 mars 2011 13:33
    Voltaire

    Il est efefctivement essentiel que dans une élection majeure comme la présidentielle, l’ensemble des courants de pensée politique soit représenté afin de permettre aux électeurs de se prononcer : la vision de société proposée par Sarkozy n’est pas celle des centristes, celle du PS n’est pas celle des écologistes ou du Front de gauche. Agiter l’épouvantail extrêmiste pour inciter des candidats à se retirer est anti-démocratique : on se retrouve avec des élus par défaut, sans réelle légitimité, et on a vu la catastrophe qu’a été le second mandat de Chirac.
    De la même façon, il est assez inique qu’un mouvement politique comme le FN qui atteint régulièrement plus de 10% des suffrages ne soit pas représenté à l’assemblée nationale, ou que les écologistes ou le MoDem ne disposent que de quelques députés. Tout cela n’est pas sain.

    Et je partage assez largement (pour une fois) votre analyse sur les échec politiques majeurs qui ont jalonés l’action des grands partis actuels.

    Certes, il serait assez ridicule d’avoir dans cette élection 3 ou 4 candidats centristes, 2 ou 3 nationalistes, 2 ou 3 extrême gauche. Les ego et un système de subvention aux partis politiques biaisé jouent hélas en faveur de la confusion, ce qui n’aide pas au civisme.
    Malheureusement, ceux qui ont le pouvoir ou anticipent l’avoir rapidement (UMP et PS) souhaitent boen sûr favoriser un status quo constitutionnel qui les arrange. Ceux qui ont appelé à une réforme du système afin de redonner un certain tonus à notre démocratie (Bayrou, Montebourg...) risquent donc de devoir attendre longtemps... La non-élection de Bayrou en 2007 a été une chance manquée à ce titre (j’ai toujours pensé qu’il ne pourrai faire qu’un mandat mais que les réformes qu’il pourrait mettre en oeuvre seraient ensuite difficile à modifier). En 2012, je vois mal les favoris socialistes (DSK, Aubry et Hollande) revenir sur le système actuel, sauf à la marge. L’élection de M Le Pen aurait des conséquences sociales et économiques si désastreuses que ses éventuelles velleités de modification dasn le bon sens de la constitution n’en vallent pas la chandelle. Les écolos vont avoir le vent en poupe quelque temps après les évènements actuels, mais aucune chance de l’emporter. Quant à Bayrou, tout dépendra de la présence ou non d’autres candidats modérés en compétition avec lui et de la nature du candidat PS, mais ses chances sont quand même minces. Bref, il va falloir se faire une raison, le changement vers un système plus démocratique et civique, ce n’est pas pour demain. A court termes, la priorité est quand même la situation socio-économique, mais à moyen termes, il faudra bien traiter ce sujet si on ne veut pas tomber dans une situation à l’américaine avec 30% de votants et une démocratie faussée.

  • Par anomail (---.---.---.46) 15 mars 2011 12:42

    Si la petite Marine se retrouve au second tour en 2012, cela signifiera pour moi qu’aucune leçon n’a été tirée d’avril 2002 (mais ça étonnerait qui, finalement).

    Les pro-FN préfèreront avec raisons l’original à la copie.

    Quand à moi, on m’a déjà obligé une fois à voter du bout des doigts avec une pince à linge sur le nez pour un type que j’étais loin de détester autant que Sarkozy.

    Cette fois-ci je ne marche plus. Si le cas redouté se présente je ne voterai pas au second tour, ni à aucun autre tour d’ailleurs, et je pense que je ne serai pas le seul.

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