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A Monnaie Unique, Pensée Unique

Hier encore, il n’en était pas question. Vous pensez ! Si la Grèce sortait de l’euro, mais c’est toute l’Europe qu’en pâtirait. Pis : on en crèverait. Tous ! Comme dans un film de Steven Soderbergh, nous assisterions, impuissants, à la « contagion ». L’effet domino. Après la Grèce, ce serait l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et rien, ni personne, alors, ne pourrait l’endiguer. Jusqu’à ce que…

Jusqu’à ce que cet homme, Papandréou [1] sans, dit-on, en avertir ses partenaires européens, émit une idée : consulter son peuple, les Grecs... A propos de quoi ? Personne ne le savait, mais d’emblée ce fut une levée de boucliers. D'irresponsable, de traître même, on le rebaptisa. Et, ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il le fût et par les politiques, et par les médias-laquais !

Non mais rendez-vous compte ! A son pays souffreteux, étranglé, à la dérive, « on » (Europe, FMI et tutti) venait au secours, en échange, faut-il le préciser, de réformes et autres mesures que même un Reagan, une Thatcher, jadis, n’auraient jamais osé mettre en place, tant ils se seraient attirés noises, courroux (une révolution sans doute, du genre grand format), et ce Grec, fade, si ce n’est insignifiant, nous chiait dans les bottes en voulant s’enquérir du fait si, par hasard, son peuple, aurait un avis sur la question ! Mais quel ingrat ! Mais quel salaud !

Alors, d’un coup, net, les discours changèrent.

La Grèce ? Mais on peut s’en passer ! Et je vous dirais même mieux : si elle sortait de la zone euro, ce serait pas plus mal. Tellement c’est un boulet
Non mais, vous savez combien ça pèse, la Grèce, Madame ? 2% du PIB de la zone euro !
Ah, ce 2% du PIB, il fit le tour des plateaux de TV, de radio, « ils » s’étaient refilé le mot. Politiques, économistes, éditorialistes, s’en donnaient à cœur joie. Cette Grèce qui, hier encore, était essentielle, cruciale, devint en une journée, un misérable petit pays de merde, un pays de tricheurs, de fraudeurs, de truqueurs, de fainéants même.

Les Grecs veulent la jouer solo, quitter la zone euro, revenir à leur monnaie ridicule ? Eh bien, soit ! Qu’ils crèvent, entendait-on ! D’autant que nos peuples n’y seraient pas opposés. Vous les avez entendus, n’est-ce pas, les Français, les Allemands, rouspéter, c’est chose connue, ils le disent, et tous les jours : « Pourquoi devrions-nous payer pour sauver la Grèce ? ». Et comme ce sont, les Grecs – je vous l’ai dit, à desseins – des tricheurs, des truqueurs, des fainéants, pensez ! Là, pas besoin d’avoir recours à quelconque référendum, la cause est entendue.

Ah, les malfrats ! Les gros dégueulasses. Certes, on les sentait un tantinet gênés aux entournures. C’est que, voyez, consulter le peuple, ça à voir avec ce qu’on nomme : démocratie. C’est embêtant, tout de même... Cette outrée levée de boucliers pourrait faire passer l’idée que cette entité, l’Europe, serait comme qui dirait l’ennemie des peuples, soit : antidémocratique. Confère ce qu’il advint du 29 mai 2005. Comme on te l’a gravement niqué le peuple français.
Comment faire pour contrecarrer cette idée, la noyer ? Faire vite, très vite oublier, que consulter le peuple, « c’est irrationnel et dangereux » !

Facile ! On va te refourguer la même rhétorique que l’on déverse en temps de grèves syndicales. Même que c’est de la rhétorique qui fonctionne très bien auprès de la masse. Y’a qu’à voir chez Pernaut (en fait, chez tout le monde)
Or donc :
« 11 millions de Grecs qui prennent en otage 320 millions d’européens, vous trouvez ça démocratique ? » [2].
Et les journalistes, ces valets, d’acquiescer, bien sûr. En boucle, qu’il est passé cet argument. Une merveille ! Du bel ouvrage, vraiment. Bravo messieurs !

Oh bien sûr, un homme sensé, sage, posé, bref celui qu’on n’invite surtout pas dans les médias (dont le métier est de dramatiser un fait jusqu’à l’excès, non de faire preuve de pédagogie) aurait eu vite fait d’expliquer que de référendum Grec, il n’y aurait pas. Jamais. Qu’il s’agissait, là, de politique intérieure grecque. Mais qui se soucie de ce qui se passe, réellement, en Grèce ?
Personne !
Ces journaux français qui se croient malin, ils titrent « le chaos », mais le chaos, en Grèce, bande de rigolos, ça fait belle lurette qu’il existe pour de vrai. C’est un bordel sans nom, la Grèce. Et nous n’y sommes pas pour rien. Ah ça non !

Nous subirions le même traitement, nous, les Français, salaires abaissés, retraites divisées, tout bradé, sacrifices toujours, mais je donnerais cher pour voir, alors, dans quel état, il serait notre pays. Et dans les rues, et à l’Assemblée ! Si nous ne crierions pas à l’injustice !
Et si, par-dessus le marché, on nous traitait de tricheurs, de fraudeurs, de fainéants, ah oui, je voudrais bien voir, tiens, si nous laisserions dire et faire. Peut-être que oui, finalement, tellement nous ne sommes plus rien. Que des loquedus. Des sans-couilles. Avec, nonobstant, 8 millions de pauvres, dont, pour bonne partie, des travailleurs. Mais là itou (comme quoi, y’a pas de hasard) tout le monde s’en fout. Chacun pour sa gueule. Y’a pas que les Grecs qui peuvent crever, nos pauvres aussi. C’est pareil. Ça participe du même esprit. Lamentable. C’est pas nous, c’est les autres. Toujours les autres.

Mais quelle mascarade, quand on y pense ! Un jour la Grèce, essentielle à la zone euro, le lendemain, une chiure. Du balai ! On peut s’en passer. Alors que, ce sont les mêmes, exactement les mêmes qui nous assuraient que, mon Dieu, si la Grèce tombait, alors ce serait horrible, grosse catastrophe, car ensuite, oyez, oyez, patatras l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et donc, un jour, inévitablement, argh ! La France. Comme pour le H1N1, nous allions tous mourir.

D’un sens, on comprend mieux. Ce qui nous permet de survivre par temps de crise mondiale « sans précédent », de nous en tirer (pour l’instant), ce sont ces petits pays, n’est-ce pas, sur lesquels on se fait la cerise, via prêts assortis de taux d’intérêts aux pourcentages cetelemisés. On les revolvent à crédit. Ils font rempart en quelque sorte, bouclier, contribuent à nous épargner. Or donc, ils doivent, c’est un ordre, une injonction, se sacrifier, pour nous. Coûte que coûte. Pour pas qu’on vive, un jour, ce qu’ils subissent.
C’est ça, mon pote, la solidarité européenne.

C’est comme une guerre, en fait. Les pauvres, au front. Les riches, non.
Organise-t-on un référendum pour demander aux pauvres s’ils veulent y rester, au front ?
Non, bien sûr que non !...
Eh bien voilà, t’as compris pourquoi, ça leur faisait si peur, cette histoire de référendum. A « eux », et (paraît-il)… aux Marchés. Qu’il ne faudrait surtout pas oublier. Mais comment le pourrait-on, puisqu’on nous le dit, répète : « Désormais l’Italie est dans le collimateur des spéculateurs » ?
Les spéculateurs, ceux qu'ont contribué, très activement, à couler la Grèce. Certes, elle était bien endettée, et donc vulnérable, cette Grèce. Mais quel pays (de la zone euro, en l’occurrence) ne l’est pas ?

Reste à savoir quel est l’intérêt – c’est le cas de le dire – de s’attaquer ainsi, et violemment (c’est une guerre, je le redis) aux pays endettés. Quel est le but recherché ? Et pourquoi il ne faut surtout pas que les peuples s’en mêlassent… Hormis pour payer la facture, il va sans dire.
Le peuple, ce coupable idéal, cette mauvaise graisse, qu'il convient de tondre, et plus encore, au mépris de tout, y compris de la démocratie.
Or donc, aujourd'hui les Grecs, et demain, bientôt, tous les européens. Tous !


[1] Doit-on rappeler que, comme Zapatero, Papandréou est ... socialiste. Et que, comme TOUS les socialistes européens, il aura, sans moufter, mis en place des réformes d'une dureté rarement égalée, et dictées, avant tout, par les Marchés et pour la gloire des Marchés.
Nous assistons donc, aussi, à une déroute (et une trahison, surtout) totale des différents partis socialistes européens (le PS français, y compris) qui courbent l'échine, comme des lâches, devant le diktat néolibéral.

[2] Pitoyable diatribe entendue lors d'une édition de C Dans L'Air, et tenue par un dénommé Christian Saint-Étienne. Cet ennemi du peuple, et grand adorateur d'un néolibéralisme plus qu'effréné, est professeur titulaire de la Chaire d'Economie industrielle au Conservatoire National des Arts & Métiers.

par Philippe Sage (son site) mardi 8 novembre 2011 - 30 réactions
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  • Par Aldous (xxx.xxx.xxx.209) 8 novembre 2011 16:14
    Aldous

    Excellent article.

    Un jour on pourra dire :

    Quand ils ont dépouillé les Grecs, je n’ai pas réagi : je n’étais pas Grec.
    Quand ils ont dépouillé les Italiens, je n’ai pas réagi : je n’étais pas Italien.
    Quand ils ont dépouillé les Irlandais, je n’ai pas réagi : je n’étais pas Irlandais.

    Vous connaissiez la suite...

  • Par Philippe Sage (xxx.xxx.xxx.186) 8 novembre 2011 18:36
    Philippe Sage

    @alchimie : Mais oui, bien sûr, c’est connu, la fraude, c’est un sport national QUE grec. Les autres pays, mais pas du tout ! Non mais vous pensez ! C’est exclu !

    Les autres pays, c’est que des vertueux. 50 milliards de fraudes et autres évasions fiscales rien que pour la France, c’est quoi ? Peanuts, n’est-ce pas !
    Allons, on va pas faire chier pour 50 milliards, non plus ! Et puis, oh, on est la 5ème présumée puissance mondiale à l’économique. C’est pas noté pareil. Nous, on a un Triple A. On peut frauder, peinard. Mais les grecs, c’est qui ces métèques ? Pour qui ils se prennent, à frauder comme les riches ? Ah non, alors !

    Vous voyez Alchimie, c’est formidable. Le mépris, l’arrogance de la France, de l’Allemagne (250 milliards, eux, de fraudes et autres évasions fiscales - elle est pas belle, la vie ?), de tous ces affameurs, ces sanguinaires, ces vampires.
    Et le racisme, bien sûr. Mais le vrai. Pas celui qu’on nous serine. Le vôtre quoi... Là, on a du racisme grand format. Du pur. Du vrai.

    Je ne vous recommande pas Matin Brun, cité plus haut, excellent texte au demeurant, ça me semble une perte de temps, vous concernant.
    Et puis l’ignorance, la bêtise, il est primordial qu’elles puissent s’exprimer. Vous êtes donc le bienvenu. Internet, c’est fait pour ça. Profitez-en bien... Le chaos, le vrai, n’étant plus très loin, vous avez tout a fait raison de participer au déversoir. Avant que ça ferme. Et tant mieux, serais-je tenté d’ajouter. Hein, Alchimie, les conneries, ça va deux minutes, mais là, va falloir songer à vaquer, Monsieur...

  • Par JL1 (xxx.xxx.xxx.183) 8 novembre 2011 15:05
    JL1

    Excellent, Sage, comme d’hab.

    - "Or donc, aujourd’hui les Grecs, et demain, bientôt, tous les européens. Tous !"

    C’est le moment de relire Matin Brun !

    - "C’est comme une guerre, en fait. Les pauvres, au front. Les riches, non. Organise-t-on un référendum pour demander aux pauvres s’ils veulent y rester, au front ? Non, bien sûr que non !"

    Ceux qui ne veulent pas, on les passe par le peloton d’exécution si on ne leur a pas tiré dans le dos !

  • Par fhefhe (xxx.xxx.xxx.65) 8 novembre 2011 18:26
    fhefhe

    Nous sommes en guerre economique depuis 30 ans minimum . ( Delocalisation , Desindustrialisation , etc....)

    L’Europe malgré l’Allemagne a une croissance de maxi 2 % en moyenne depuis plus de 10 ans .

    Le CAC 40 a chuté de 50% en 10 ans !!!

    Le Taux de chomage atteint 21 % en espagne ... !!!

    Etc....

    Nous n’avons pas fini avec les plans de rigueur qui vont saigner de plus en plus le peuple Européen .

    Qui sera le vainqueur de cette guerre en Europe ?

    Le peuple ou les "marchés" ?

     

     

     

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