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À vous de jauger

Invitée principale de l’émission politique phare de la télévision publique, Martine Aubry a encore du travail à fournir avant de montrer que le parti qu’elle dirige est prêt à diriger sérieusement le pays.

Dans l’émission "À vous de juger" du 29 janvier 2009 (sur France 2) animée par Arlette Chabot, trois curiosités pour le prix d’une.

La première curiosité, anecdotique, a permis de montrer un Alain Duhamel en colère, ce qui est assez rare (en public en tout cas) : fâché tant par Arnaud Montebourg qui le traitait de représentant de l’UMP (alors qu’il a dû quitter le plateau de France 2 pendant la campagne de l’élection présidentielle pour avoir dit à ses élèves qu’il voterait François Bayrou), que par Laurent Joffrin, qui n’en revenait toujours pas d’avoir osé défier Nicolas Sarkozy aux vœux de 2008 sur la « dérive monarchique ».

Alain Duhamel, qui promouvait également son dernier livre "La Marche consulaire", essayait de faire une comparaison entre Nicolas Sarkozy et Napoléon Ier, comparaison dont il conclut à la non-pertinence même si quelques aspects sont analogues, comme ce savoir-faire en communication politique dans lequel les deux personnages excellent. D’autres penseraient plutôt à Napoléon III.

La deuxième curiosité, classique et sans surprise dans le jeu de rôles, montrait en seconde partie d’émission les aboiements de l’opposant Arnaud Montebourg dont les vociférations excessives détruisent au fil des jours un potentiel pourtant fort élevé et une Nadine Morano, représentante zélée du gouvernement, dont la fidélité et la loyauté à Nicolas Sarkozy étaient du ressort de l’enthousiasme.

La troisième curiosité, plus politique, c’était de voir s’affronter Martine Aubry et Xavier Bertrand. Certes, Xavier Bertrand était en duplex à Bruxelles, mais le débat était étrangement parallèle : voici face-à-face les chefs des deux grands partis de gouvernement, l’un de la majorité et l’autre de l’opposition, qui ont pour points communs une forte ambition personnelle (mais qui n’en a pas à ce niveau-là ?) et une expérience remarquable de Ministre du Travail. Peut-être même (pourquoi pas ?) deux futurs candidats à l’élection présidentielle ?

Xavier Bertrand, qu’il aurait été intéressant de comparer à Robert Boulin avec une trentaine d’années d’écart si ce dernier n’avait pas connu le destin tragique que l’on connaît (similaire à celui de Pierre Bérégovoy). Robert Boulin, secrétaire général du RPR naissant, lui aussi Ministre du Travail apprécié des syndicats, avait tout pour devenir un futur Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing, celui qui aurait dû succéder à Raymond Barre pour faire barrage aux prétentions de Jacques Chirac.

Martine Aubry, la femme des 35 heures, a eu le triomphe modeste à Reims (et pour cause !) et s’était entourée de ses (nouveaux) amis, notamment Benoît Hamon. Elle aura sans doute du mal à prendre le pas sur la frétillante Ségolène Royal qui, malgré son échec rémois, poursuit sa route vers une seconde candidature.

En tant que chef de l’opposition, elle avait le beau rôle au soir des manifestations de cette journée du 29 janvier 2009, dont l’évaluation de la participation (entre 1 et 2,5 millions de personnes, sans doute plus proche du dernier nombre) donnait une idée de l’approximation du nombre de présents (dont Ségolène Royal) à l’investiture de Barack Obama (entre 2 et 4 millions, plus proche du premier nombre).


Du bon et… du moins bon

Parmi les propositions qu’elle présentait à propos du plan de relance, il y avait deux mesures assez contrastées en pertinence.

La première proposition consiste à ce que le gouvernement n’aide pas les entreprises qui donnent des dividendes à leurs actionnaires.

Cela me paraît une mesure de bon sens : en cas de bénéfices, après environ un tiers d’impôts sur les sociétés, le reste est soit distribué aux actionnaires (dividendes), soit mis en réserve notamment pour des investissements ou (le cas échéant) en prévision d’un déficit l’année suivante. Les actionnaires (les propriétaires) de l’entreprises sont (il faut le rappeler) ceux qui prennent le plus de risque (en principe), ce qui, d’ailleurs, explique pourquoi ils souhaitent une rentabilité élevée.

Mais une entreprise qui distribue des dividendes, c’est donc une entreprise qui est en excellente santé financière et qui ne craint tellement pas l’avenir qu’elle ne "maximise" pas ses réserves pour les années qui suivent.

Par conséquent, si l’État "donnait" (d’une manière ou d’une autre) à une telle entreprise de l’argent des contribuables, ce ne serait pas pour sauver des emplois ou des activités de l’entreprise, mais ce serait comme si les impôts servaient à payer les dividendes, en quelques sortes, une nationalisation des dividendes, ce qui serait, d’un point de vue moral et économique, complètement aberrant.

Malheureusement, Martine Aubry (ou son staff) a aussi des idées farfelues.

La seconde proposition, effectivement, fait le constat qu’il ne faut pas que l’argent prêté par l’État aux entreprises soit dépensé n’importe comment (ce qui, sur l’intention, est louable) et par conséquent, pour avoir son mot à dire, Martine Aubry réclame que l’État soit présent au conseil d’administration des entreprises soutenues par l’État.

Et là, quand on entend cela, on s’interroge sur les compétences économiques de la première secrétaire du PS. Car enfin, dans cette proposition, il y a plusieurs éléments incongrus :

1. Ce n’est pas au conseil d’administration que sont prises les mesures de gestion courante des entreprises même s’il est impliqué de près par les mandataires sociaux.

2. L’État membre de conseils d’administrations d’entreprises dont il est actionnaire, ce n’est pas nouveau et sa présence n’est pas un gage que l’entreprise serait bien inspirée (faut-il rappeler le scandale du Crédit Lyonnais par exemple ?).

3. On a l’impression que si la proposition était mise en œuvre, il y aurait en quelques sortes une étatisation étendue de toute l’économie nationale dans un contexte au contraire de libre échangisme.

4. Idée farfelue, car selon ce principe, chaque banque débitrice devrait être également présente au conseil d’administration de l’entreprise à laquelle elle prête.


Cure d’opposition à prescrire encore

Heureusement, Martine Aubry a encore trois ans au moins pour rendre cohérente l’opposition.

Après ses fameuses 35 heures qui ont été un dopant de plomb dans la croissance de la fin des années 1990 (pour laquelle le gouvernement Jospin n’était pour rien), Martin Aubry semble reprendre des idées poussiéreuses de ses prédécesseurs à la tête de l’Internationale Ouvrière…

Nicolas Sarkozy jouit incontestablement de la médiocrité de la classe politique en général, et de celle du parti socialiste en particulier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 février 2009)


Pour aller plus loin :

"À vous de juger" sur France 2 le 29 janvier 2009.




Documents joints à cet article

À vous de jauger
par Sylvain Rakotoarison (son site) mercredi 4 février 2009 - 16 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 4 février 2009 11:43
    LE CHAT

    Une institutrice présente à sa classe de CM2 un nouvel élève arrivant du Japon, nommé Sakiro Suzuki. > > > > > Le cours commence. > > > - L’institutrice : Bon, voyons qui maîtrise l’histoire de la culture > > > franco-américaine. > > > Qui a dit : " Donnez-moi la liberté ou la mort " ? > > > > > > Pas un murmure dans la salle. > > > ° Suzuki lève la main > > > Patrick Henry, en 1775 à Philadelphie > > > - Très bien Suzuki ! Et qui a dit : " L’état est le peuple, le peuple ne > > > peut pas sombrer " ? > > > ° Suzuki lève la main : > > > Abraham Lincoln, en 1863 à Washington. > > > > > > - Excellent, Suzuki ! Maintenant, qui a dit : " Je vous ai compris " ? > > > ° Suzuki lève la main et dit : > > > Charles DE GAULLE ! > > > > > > L’institutrice regarde les élèves et dit : > > > - Honte à vous ! Suzuki est japonais et il connaît l’histoire française > > > et américaine mieux que vous ! > > > > > > On entend alors une petite voix au fond de la classe : > > > - Allez tous vous faire f..., connards de Japonais ! > > > > > > - Qui a dit ça ? s’insurge l’institutrice. > > > ° Suzuki lève la main et, sans attendre, dit : > > > Général Mc Arthur, 1942, au Canal de Panama et Lee lacocca, 1982,lors de > > > l’assemblée générale de > General Motors. > > > > > > Dans la classe plongée dans le silence, on entend un discret : > > > Y’m’fait vomir.... > > > > > > L’institutrice hurle : > > > - Qui a dit ça ? > > > > > > Et Suzuki répond : > > > ° George Bush Senior au premier Ministre Tanaka pendant un dîner > > > officiel à Tokyo en 1991. > > > > > > Un des élèves se lève alors et crie : > > > Pomp’moi l’gland !!! > > > > > > Et Suzuki, sans sourciller : > > > ° Bill Clinton à Monica Lewinsky, 1997 dans la salle ovale de la Maison Blanche , à Washington. > > > > > > Un autre élève lui hurle alors : > > > Suzuki, espèce de merde ! > > > > > > Et Suzuki, impassible : > > > Valentino Rossi, lors du Grand Prix de Moto en Afrique du Sud en 2002... > > > > > > La salle tombe littéralement dans l’hystérie, l’institutrice perd > > > connaissance, la porte s’ouvre et le > directeur de l’école apparaît : > > > > > > MERDE, je n’ai encore jamais vu un bordel pareil !! > > > > > > Et Suzuki : > > > ° Martine Aubry en arrivant à la tête du Parti Socialiste !!! smiley

  • Par La Taverne des Poètes (xxx.xxx.xxx.178) 4 février 2009 16:25

    Il paraît que le PS met Ségolène au pain sec et Martine au Brie ?

  • Par Proto (xxx.xxx.xxx.191) 4 février 2009 20:08
    Proto


    En général j’apprécie vos articles.
    Ce qui me saoule dans tous ces articles qui concernent le PS, c’est que les auteurs fournissent des analyses certes de bonne facture mais jamais, O grand jamais, je n’ai lu ici une bonne synthèse de la doctrine politique « socialisme ».

    Personnellement, je prédis au socialisme (disons européen) le même avenir que le communisme : une disparition annoncée, une mort à petit feu.

    Je crois que nous sommes à un tournant de la modernité dans le sens où toutes les idéologies politiques sont absorbées par le « nouvel ordre mondial » et ont aussi tendances à toutes se ressembler de près ou de loin, une « mise en conformité » du système mondialisé.
     
    Je regarde la France, et je ne vois aucun penseur/philosophe/politicien, mais alors aucun (ni ailleurs d’ailleurs), qui soit capable de mettre sur pied une idéologie politique saine et avenante dans le contexte moderne, une idéologie qui a digéré les millions de morts et de désoeuvrés que le conflit entre communisme et capitalisme durant le siècle dernier.

    Dès lors il n’y a pas lieu de croire que l’humanité à un quelconque avenir sinon celui de disparaître à très court terme, tant la somme des catastrophes potentielles est inéluctable.

    Tel est mon sentiment.
    Bonsoir,

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