• dimanche 26 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > A20 : la mort d’un prématuré devient une affaire d’Etat
65%
D'accord avec l'article ?
 
35%
(39 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

A20 : la mort d’un prématuré devient une affaire d’Etat

Bientôt on fera une loi pour interdire de mourir. Est-ce vraiment la peine de surgir au bout de milliards d’années d’évolution, d’être conscients et fiers de l’être, pour voir nos corps s’en aller comme des feuilles d’automne dans les ruisseaux du monde fini ?

A20,figeac,brive,autoroute,prématuré,bébé,maternité,hollande,sage-femme,urgence,hôpital,providence,Certains disent que cela continue après et que la mort n’est pas la mort. Peut-être. Personne n’a confirmé à ce jour. Comme on croit de moins en moins au paradis et à une survie aussi hypothétique qu’inutile, on a de moins en moins le droit de mourir. Dans le temps on mourait, jeune ou vieux, parce que c’était l’ordre naturel. La maladie, la guerre, l’âge, la fatigue de vivre justifiaient notre acceptation de la mort. Aujourd’hui on force le destin au point où nous devenons intolérants à l’idée même de disparaître. La mort ne serait d’ailleurs plus naturelle : elle serait conséquence du manque de moyen de survie des humains.

Ainsi il y a trois jours une femme enceinte a accouché sur l’autoroute A20 dans le sud-ouest de la France. Le bébé, un prématuré de sept mois, n’a pas survécu. C’est forcément douloureux pour des parents. Perdre un nouveau-né c’est le deuil d’une attente, d’une préparation, d’un amour déjà installé dans le coeur. Mais c’est aussi une réalité. La médecine moderne a permis de faite chuter les cas de décès de nouveaux-nés, grâce à des soins adéquats et à la proximité des établissement hospitaliers. Ici la parturiente n’avait pas de maternité très proche, du moins une maternité préparée aux naissances à risque.

Alors la mort de ce prématuré offusque le pays, au point où le président Hollande lui-même demande une enquête. Il promet même de prendre des mesures.

« Le drame (...) nous appelle une nouvelle fois, encore, à ne rien accepter en matière de désert médical, a déclaré le chef de l'Etat à Nice. Et en même temps je prends l'engagement, celui que j'avais déjà énoncé avant l'élection présidentielle, et que je rappelle ici comme chef de l'Etat : aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d'urgence. »

Cela devient une cause nationale. On se dirait sous Sarkozy où chaque fait divers devenait un enjeu politique.


Revenons à ce décès. La mère avait une santé fragile et avait dû rester alitée pendant un A20,figeac,brive,autoroute,prématuré,bébé,maternité,hollande,sage-femme,urgence,hôpital,providence,temps. Elle avait déjà fait plusieurs fausses couches auparavant. Le matin du drame, alors que l’on pense l’accouchement imminent, son gynécologue lui conseille d’aller à la maternité. Conduite par son compagnon dans leur véhicule privé. Etait-ce une bonne décision ? La situation de santé de cette parturiente a-t-elle été justement évaluée ? Un voyage inconfortable en véhicule privé était-il souhaitable ?

Dans l’urgence il est difficile de le savoir. Dans cette région très peu peuplée les maternités sont dispersées. L’ancienne et la plus proche, celle de Figeac, a fermé en 2009. Le coût d’entretien était trop élevé pour le peu d’accouchements. Les plus proches sont entre 50 et 80 kilomètres. Toutefois il reste à Figeac un service hospitalier avec un centre périnatal, et un service d’urgence avec des médecins urgentistes capables de répondre aux situations exceptionnelles.

Le problème est-il vraiment le manque de moyens locaux ? N’est-il pas une sous-évaluation de l’état de santé de cette femme enceinte, connue pour ses problèmes obstétriques antérieurs ? Faut-il garder un établissement hospitalier pour le faible nombre de personnes à risques ? N’y a-t-il plus de sage-femmes pour assurer les accouchements ? Ne fallait-il pas organiser un transport adéquat, voire hospitaliser cette personne pour les derniers mois de grossesse ? Avec tous les éléments connus pourquoi n'a-t-on pas anticipé ? C’est toujours si simple de poser les questions après-coup.

Mais ne faut-il pas aussi accepter la mort ? Celle-ci est sans doute plus logique et acceptable lorsqu’il s’agit d’une personne âgée et que les soins n’ont pas fait défaut. Elle est plus douloureuse quand il s’agit d’un enfant, même nouveau-né. Mais quelle que soit notre organisation de santé et notre exigence de vie dans une société développée, on n’éradique pas la mort ni le risque quel qu’il soit. Même pas dans un pays attaché à un Etat-Providence qui doit être partout et répondre à tous les besoins, qui devrait anticiper toutes les situations délicates. Un Etat où l’exigence de sécurité s’échange contre une incapacité grandissante à s’adapter, à évaluer et accepter le risque.

On ne peut tout prévoir. On ne peut tout contrôler. Mais on ne peut prendre tout un pays à témoin pour chaque indignation ou réaction émotionnelle par une sorte d'automatisme collectif. On ne peut chercher à tout prix un coupable pour avoir un peu moins le sentiment d’impuissance dans des situations qui nous dépassent ou pour instrumentaliser politiquement un drame.


Images : 1 Figeac. 2 Autoroute A20




par hommelibre (son site) mardi 23 octobre 2012 - 89 réactions
65%
D'accord avec l'article ?
 
35%
(39 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.190) 23 octobre 2012 10:31

    Les maternités, les centres IVG ferment, et la privatisation de l’hôpital public est en marche. La loi Bachelot, appliquée par Marisol Touraine, a aboli la distinction entre hôpitaux publics et privés. L’exigence de productivité et de rentabilité  favorise le transfert de missions du public vers les cliniques commerciales, ou vers nulle part ...

    voir :
    http://2ccr.unblog.fr/2012/10/09/pas-touche-a-ma-sante/

  • Par ZenZoe (---.---.---.167) 23 octobre 2012 11:29
    ZenZoe

    D’accord avec l’auteur sur le fond. On a un problème avec la mort.
    Dans ce cas pour autant, on dirait bien que ce n’est pas seulement la faute à pas de chance. Le gynéco a du souci à se faire tant il semble avoir cafouillé.

    Mais dans les media on s’en fout du gynéco incompétent. L’occasion est trop belle pour dénoncer l’incurie du gouvernement, présent ou passé peu importe. Le petit bébé est mort, autant récupérer cette pauvre histoire pour faire du buzz pas vrai ? Immédiatement, sans même chercher à comprendre de quoi il retourne, on monte en épingle, on dénonce, on interpelle, on lance une enquête, le président s’en mêle (il a rien de plus présidentiel à a faire celui-là ?) C’est lamentable. Et puis les détails arrivent, et on s’aperçoit que ce n’est pas du tout ce qu’on avait pensé. Que les responsabilités sont plus précises. Que les parents ne vivaient pas dans un désert médical complet. Et on s’informe plus avant. On découvre que les faits sont têtus : si le nombre de maternités a été quasiment divisé par 2 depuis une dizaine d’années, on constate cependant que la mortalité infantile est restée tout à fait stable dans un premier temps, et que si elle remonte légèrement depuis 2005, c’est dans les villes. Alors ?

  • Par aliceines (---.---.---.204) 23 octobre 2012 14:01

    ici, chez moi dans le département de la Creuse, les femmes qui vivent sur le plateau de Millevaches doivent se rendre à Gueret (1h20 de route), où à Montluçon, dans l’Allier (plus d’1h30) pour accoucher...la maternité d’Aubusson à fermé ses portes il y a deja longtemps.....Autour de moi, j’ai plusieurs exemples d’amies qui ont accouché dans leur voiture, aidé de leur conjoint....Biensur après tout le monde rigole, trop drôle, en effet....Je ne vous parle, ni de la panique, encore moins de la souffrance morale, de la douleur physique, des risques de séquelles (un bébé ne respire pas forcément tout seul...)mais de nos jours, ça fait parti du risque de vivre et de continuer de vivre dans des zones rurales...j’écoutais le célèbre mandarin NIzan à la radio, : on ne peut pas mettre des boulangeries partout encore moins des maternités... en gros démerdez- vous..... ;je suis très triste pour cette maman, et je sais que souvent on frôle le drame, et vu comment les services de santé se cassent la figure,je prédis d’autres drames à venir................. 

  • Par aliceines (---.---.---.204) 23 octobre 2012 14:25

    et comment faisaient les femmes avant l’invention de la machine à laver ? et oui mon brave monsieur c’était le bon temps,...........comment vous faites vous pour écrire de tels poncifs ? c’est naturels, où il vous faut du temps ? 

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération