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Adieu Bretton Woods, bonjour l’enfer

 Le monde inique issu des accords de Bretton Woods est en train de mourir. Cependant tous ceux qui ont considéré ces accords comme la semence du diable qui accoucha les préceptes du néolibéralisme, la suprématie des déficits et la marchandisation de la dette, ne doivent pas se tromper : l’héritier de cette mort est encore plus cynique, plus inhumain. Le modèle désiré consiste à un prix le plus bas possible des salaires, l’augmentation de la durée de travail, l’inexistence d’un syndicalisme politique offensif, la disparition du concept de « coût politique » par « l’harmonisation » des partis politiques à ce modèle ou, mieux, le parti unique. Pour les dirigeants des grandes entreprises, le paradis entrepreneurial a un nom : la Chine.

L’empire du soleil levant qui a été depuis l’après guerre jusqu’à (presque) nos jours le modèle à imiter se retrouve avec une dette de 250% de son PIB. Le Financial Times n’hésite pas à « penser » que la prochaine Grèce se situe « à l’empire couchant ». Tandis que le Wall Street Journal titre le premier mars : « les marchés se comporteront au Japon comme en Grèce ? » Et pour cause : s’adressant à l’épargne essentiellement domestique, le Japon a échappé aux Funds mais le prix à payer est faramineux. Le marché interne - empruntant pour prêter à l’Etat à des taux intéressants (obligations) -, a collectivement (Etat - Privé) augmenté la dette de ce pays à des niveaux désormais ingérables. En conséquence, la paix sociale basée sur le consensus est en train d’éclater en morceaux nul ne doute que le système japonais a trouvé ses limites et que l’austérité programmée exigera la fin de ce consensus. D’après Kenneth Rogoff « la logique qui voudrait que les Etats rembourseront au fur et à mesure qu’ils se développent appartient désormais au passé ». Plus rien, « aucune activité, industrielle ou financière ne peut combler de tels déficits ». Dans son livre « This Time is different : Eight centuries of Financial folly », le professeur de Harvard ne parle pas « que » du Japon. Pour lui, à plus de 60% d’une dette combinée publique - privée, la croissance chute de 2%, tandis que les crises financières augmentent la dette publique - en quelques mois - de 75% en moyenne. En d’autres termes, pour être simple, l’ensemble des « pays industrialisés » fleurèteront constamment avec une croissance négative au mieux, ou sombreront, au pire, dans la récession. Steny Hamilton Hohier de la chambre des représentants et proche d’Obama n’a pas hésité de faire le parallèle des deux tours jumelles qui s’effondrent celle de la dette (plus de 12 trillions) et celle du déficit US (plus d’un trillion et demi). Elle propose une « union sacrée du monde politique et la fin des querelles politiques » sous peine d’effondrement total. « Ce qui arrive à la Grèce peut, va arriver chez nous », dit-elle. Nous y sommes : l’urgence exige la fin du politique et des débats contradictoires. Mais pour faire quoi ? Changer l’économie ou changer la politique ? Pour la première fois, l’année dernière, les entrées fiscales ont été moins importantes que les obligations et autres emprunts qui désormais se multiplient pour combler les trous noirs et préserver la paix sociale en Grande Bretagne, en France, en Espagne, au Portugal, ou, cas extrême, en Irlande (1200 % du PIB !). Pourquoi laissons nous les banques revenir (à des niveaux de plus en plus élevés) à des politiques financières de plus en plus « risquées » ? Pourquoi le minimum de fonds propres exigé lors du dernier G8 ne peut pas se mettre en place ? Pourquoi les succursales des paradis fiscaux sont toujours là et les bonus des traders ne font qu’augmenter ? Pourquoi les banques ne jouent pas le jeu d’un crédit raisonnablement bon marché ? Par ce que, tout simplement, les Etats qui leur ont prêté des trillions, qui ont donné à leurs industries phares des milliards (automobile par exemple), sont à bout de souffle. Et ne peuvent plus rien exiger, dépendants qu’ils sont du crédit. Crédit possible par ce que les banques continuent à spéculer et à prendre des risques de plus en plus grands. De leur côté, et pour cause de manque de crédit (mais pas seulement comme indiqué ci dessus) les rythmes de croissance stagnent tout comme les entrées fiscales. Enfin, l’artifice des privatisations comme moyen de renflouement a porté un coup supplémentaire aux capacités des Etats de jouer un rôle productif et industriel dominant même dans les secteurs stratégiques et infrastructurels qui sont pourtant essentiels concernant l’appel des capitaux. Ainsi, les Etats, après avoir organisé leur propre effacement au profit du marché doivent accepter les propositions de la finance qui s’exprime très clairement : The Economist sermonne de nouveau ; Il propose l’augmentation de l’âge de la retraite jusqu’à 70 ans, la limitation des dépenses sociales, la plus grande flexibilité possible, encore moins d’Etat. Toutes ces mesures (aux quels nous sommes habitués depuis vingt ans et auxquelles on croyait il y a un an que la défaillance financière allait mettre un frein) ne sont pas présentées comme des médicaments miracles pour des lendemains qui chantent. En effet The Economist prévient : ces mesures de rigueur amèneront de l’instabilité sociale, la cohésion sociale sera sérieusement perturbée, la carrière des hommes politiques dépendra du sort des obligations (sic). Seuls les « régimes forts » sortiront leur épingle du jeu. La Chine par exemple ?

Ne voulant pas sacrifier les banques et un modèle financier à la dérive, c’est donc la démocratie que l’on vise ? Ou plutôt ce qu’il en reste. Pour la doxa d’un marché qui a largement fait ses preuves d’incompétence et de gloutonnerie.
 
par Michel Koutouzis (son site) lundi 15 mars 2010 - 13 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Cassino (xxx.xxx.xxx.194) 15 mars 2010 11:08
    Cassino

    Bon article mais il faut mettre un tempo à tous ces articles sur l’énormité de la dette. Quand on emprunte, il y a forcément quelqu’un qui prête. La création de richesse ne se fait pas toute seule, mais dans le même temps, la finance croit bp plus vite que la richesse. Le profits boursiers reposent donc sur du vent, une perturbation et il ne reste plus rien.
    Tout cela est conditionné par le fait que, quoi qu’on fasse les marges de manœuvres sont étroites. Le Capitalisme impose sa loi et on ne peut agir que sur 5 % des dépenses publiques. Or depuis 1929, les temps ont changé, les infrastructures sont beaucoup plus importantes, et la richesse produite bp plus grande. Les gens qui détiennent le Pouvoir économique sont de moins en moins nombreux en raison de la concentration industrielle, ils sont plus forts économiquement mais plus faibles en terme de rapport physique. L’action violente contre ces pouvoirs, si elle arrive à rassembler des masses de gens, sera obligatoirement couronné de succès.

  • Par Antoine Diederick (xxx.xxx.xxx.233) 15 mars 2010 13:55

    ohhh non, Alchimie, c’est le plus grand hold up de l’histoire de la finance ....

  • Par pieroufff (xxx.xxx.xxx.245) 15 mars 2010 11:41
    pieroufff

    Ouaip tout a fait d’accord

    Abrogation de l’article 128 du traité de Lisbonne, il faut rendre la création monétaire à la société civile, instaurer le "crédit social" ou "dividende universel"

    Sinon plus concrètement et proche de nous

    achetez de l’or tant qu’il est encore a des prix accessibles,

    prévoyer un minimum de potager, moyen de subsistance en bon entente avec les producteurs locaux (pour les urbains vous etes foutu depuis le début, désolé)

    acheter des nouvelles chaussures de rando pour manifester car on va se faire raser de près par les impôts, des baisses de salaires, augmentation des produits et le racket des banques et assurances

    enfin c’est mon avis

    un truc bien c’est que les USA sont en avance sur nous d’une bonne année donc il suffit de regarder ce qui se passe la-bas pour anticiper (ils n’arrivent plus a payer les profs et les policiers, disparition de services sociaux, etc...)

    hyper-inflation ou dictature... humm ... super content d’être né en cette fin de siècle bien pourrie par nos parents qui se sont bien gavé eux...

    www.eyeswideopen.over-blog.com

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