Le rideau peut tomber pour toujours.
Il y a des coups du brigadier
Mardi, il en sera définitivement terminé de la présidence de cet homme qui a conçu sa fonction comme un spectacle permanent, une pièce dont il a tenu tous les rôles. Le rideau va définitivement se baisser, les spectateurs ingrats lui ont refusé le rappel qu'il appelait de tous ses vœux. Il a terminé sa représentation dans un délire textuel incroyable, un dérapage surprenant qui me laisse encore pantois.
Oh, l'auteur est libre de son texte, ce n'est pas moi qui lui dirai le contraire. Même si dans ce cas précis, celui qui fit vraiment tout lors de sa présidence, oublia juste d'en écrire les tirades qui feront de lui une référence en la matière. Avant que de les ranger pour toujours dans les annales de la république, on serait tenté de ne ne mettre qu'un « N » à ce mot à double sens !
Le plus surprenant au terme de cet étrange spectacle c'est la passivité de la critique et de la troupe qui joua des seconds rôles, des valets de pied, des soubrettes écervelées, des faire-valoir et des potiches. Chacun, dans son registre resta étrangement muet face à ce déluge de phrases assassines, d'aphorismes effrayant sur les étrangers, la Gauche ou la France.
Qu'un acteur en bout de course, en fin de carrière, en mal d'inspiration cherche à tirer toutes les ficelles qui furent, en leur temps agitées par d'autres marionnettes maléfiques, passe encore. Ce ne sont que les soubresauts de celui qui ne peut renoncer à ce frisson sublime qui le maintenait jusqu'alors en haut de la rampe.
Mais que dire des observateurs éclairés, des critiques de l'art politique, des experts de la chose publique, qui ne s'indignèrent pas devant ces torrents d'injures, cette boue remuée devant des foules subjuguées par la violence verbale du petit homme agité. Combien de voix se sont dressées devant cette mascarade honteuse qui laissera durablement des traces dans notre société ? Bien trop peu à mon goût devant la gravité de ce qui fut dit à Toulon comme aux Sables d'Olonne.
Il n'y aurait plus dû avoir d'esprit partisan mais simplement un jugement raisonnable, un regard distancié qui aurait stigmatisé ce franchissement de la ligne jaune, ce débordement inexcusable. La haine, le mensonge, la délation, le dénigrement, l'insulte n'ont rien à voir dans le registre d'un chef d'état. C'eût été une obligation morale de le rappeler à ce moment précis où notre pays basculait dans la barbarie vocale.
D'autres auraient pu encore s'accorder le devoir de crier au fou ! Les amis du petit homme, ceux qui partagent ses conceptions économiques mais auraient du s'indigner devant de tels appels à la division, de telles paroles qui blessent et qui veulent tuer et qui en tout cas sèment un venin redoutable dans le corps social. Que faisaient-ils ceux qui se prétendent de l'héritage du Grand Charles, ceux qui s'affichent de la droite humaniste, ceux qui se revendiquent sans cesse des valeurs de notre république indivisible ? Ils se taisaient, ils s'effaçaient devant les bataillons d'enragés enthousiastes, suivant l'apprenti sorcier.
Ils peuvent prétendre maintenant qu'ils étaient choqués, qu'ils n'était pas possible de se désolidariser du chef. Leur silence a valu consentement, il a favorisé la propagation insidieuse du mal sournois de la xénophobie. Ils sont complices par lâcheté et bien peu firent comme ce candidat qui avala ses convictions économiques pour mettre la morale au premier rang, le seul qui convienne à cette exigence incontournable.
Le rideau tombe, les rumeurs ne sont pas prêtes de s'estomper. L'artiste quitte la scène, ses discours vont tourner en boucle dans les têtes fragiles qui ont cru à ces mots violents, qui ont accrédité ces idées abjectes mises en avant par simple et pathétique calcul stratégique. C'est monstrueux, parfaitement criminel et j'accuse tous ceux qui ne se sont pas dressés quand il le fallait. Longtemps encore, nous leur demanderons compte devant cette ignoble forfaiture.
Théâtralement vôtre.

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