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Affaire Seznec : l’amer Denis veut-il laver plus blanc ?

J’aurais pu titrer "J’accuse !", mais faisons simple, "ça c’est vrai ça !", lançait la mère Denis dans un célèbre spot publicitaire pour une marque de machines à laver ; "ça c’est vrai ça !" avec une telle force et sincérité que cela ne pouvait qu’être vrai ; "ça c’est vrai ça !", dit aujourd’hui la Cour de cassation pour la culpabilité "évidente" de Guillaume Seznec. Ce ton humoristique un peu noir ne sera pas blanchi par l’auteur de cet article tant que la vérité sera confondue avec l’évidence proclamée et tant que la France sera le pays où aucun condamné n’a jamais été blanchi après son décès. Toujours dans le même ton, je dirai donc que Denis Seznec sort lessivé de cette vie consacrée depuis l’enfance à la réhabilitation de son grand-père. Et même si des vedettes roulent pour l’amer Denis, ce dernier n’amasse pas mousse. Oui, la marque de machines à laver en question est nommée ici subliminalement mais ici, cessons de rire charmante Elvire...

Je dis que les évidences ont besoin d’être démontrées et j’accuse -oui, j’accuse- ceux qui se contentent de telles apparences au nom d’une certaine tranquillité de la justice et pour, paraît-il, prévenir la valeur d’exemple d’un cas de réhabilitation. Je dis : "Foutaises !" On se moque du peuple, alors que la justice, dit la Constitution, est rendue "au nom du peuple" ! Et que dit-il, le peuple ? L’entendez-vous, Mesdames et Messieurs les juges de la Cour de cassation, sous les lambris de vos palais ?

Le peuple dit : "C’est assez de souffrance !"

"Vingt-trois disparus, suicidés et assassinés" dans une famille meurtrie par l’injustice. Quatre-vingts annnées de lutte en réhabilitation de la famille, des proches, des défenseurs, d’une large partie de l’opinion publique. Un petit-fils, Denis Seznec, qui apprendra la mort de son grand-père avec cinq années de retard. Denis Seznec avait douze ans et demi, et se sentit alors investi d’une mission pour la réhabilitation de son grand-père. Il faut dire qu’on lui avait caché la mort de son grand-père. Rappelons aussi que Denis n’a quasiment pas connu son père qui a été tué en octobre 1948 par son épouse. (Elle sera acquittée à l’unanimité car le mari était très violent).

Le peuple dit : "Il faut appliquer la loi votée par ses représentants ! "

Le Code de procédure pénale a été légalement modifié par la loi du 23 juin 1989, laquelle a prévu que la révision d’une décision pénale peut désormais être demandée lorsque... " après une condamnation vient à se produire ou à se révéler un fait nouveau ou un élément inconnu de la juridiction au jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné" (article 622.4°).

Le peuple exige qu’on respecte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen !

Son préambule est, Mesdames et Messieurs les juges de la Cour de cassation : " Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme (...)" Ce qui signifie, Mesdames et Messieurs les juges de la Cour de cassation, que la présomption d’innocence prévaut. Voltaire le disait. Le peuple le redit ! Etes-vous donc insensibles, Mesdames et Messieurs les magistrats, à cette coïncidence de dates ? (Déclaration des droits de l’homme le 26 août 1789, loi autorisant la révision des décisions pénales injustes du 23 juin 1989 : deux siècles presque exactement séparent ces deux évènements !) J’en doute car les principes s’égarent dans les couloirs judiciaires autant que dans les arcanes de la politique... Il faut être bien méprisant et bien éloigné du peuple au nom duquel vous rendez la justice, pour flétrir les témoignages apportés à l’affaire de l’igonominieuse étiquette de caducité, de subjectivité et d’autres subtilités judiciaires. Et pour négliger que, dans cette affaire, l’objet du crime (le corps) n’a jamais été retrouvé, que le mobile a été créé de toute pièce, que de nombreux faits nouveaux sont apparus depuis 1924 mais pas assez nouveaux, selon votre jugement. Alors qu’il fallait apprécier le caractère nouveau des faits au regard de cette date.

Bonny ment !

L’inspecteur Pierre Bonny, inspecteur stagiaire, âgé de vingt-huit ans, qui a mené l’enquête, a été révoqué de la police en juin 1935 puis condamné à mort et fusillé à la Libération en raison de son rôle au sein d’une organisation supplétive de la Gestapo. Que faites-vous des aveux de cet ignoble personnage qui s’est accusé -avant d’être exécuté en 1944- d’avoir fait mettre à mort, en 1934, le conseiller Prince, selon la volonté du pouvoir en place, et d’avoir fait désigner de faux coupables ? "Brouiller les pistes, c’est facile... Maquiller les preuves, c’est enfantin", expliqua-t-il à son fils. Il dira à son fils que Seznec était innocent et que celui-ci était au bagne depuis plus de vingt ans "par ma faute". Entre cet homme infâme et Guillaume Seznec condamné sur de simples présomptions, quel choix faites-vous donc ? Vous vous trompez d’ennemi ! Le peuple ainsi que la patrie réclament la réhabilitation de l’innocent, dont la famille a été salie à perpétuité, et l’accusation du traître qui a maquillé les faits.

Dans le journal Le Monde du 16 décembre, les avocats Yves Baudelot et Jean-Denis Bredin écrivent (et vous disent) : "Avocats, nous n’avons jamais publiquement critiqué une décision de justice qui nous avait donné tort. Mais aujourd’hui, avocats de Denis Seznec, nous estimons devoir dire publiquement notre déception et même notre stupéfaction, prenant connaissance du sinistre arrêt qu’a rendu la Cour de révision." Ils terminent leur papier par cette phrase : "Triste justice, incapable de reconnaître ses erreurs et de se remettre en cause, alors même que le droit lui en ouvre la voie !" Ces mots sont annonciateurs d’une guerre qui n’est pas près de s’arrêter. D’ailleurs, Denis Seznec, en bon Breton tenace qu’il est, sûr de son droit de citoyen, et au nom du droit supérieur de l’humain, a annoncé qu’il allait saisir la Cour européenne.

Affaire à suivre.

par Voris : compte fermé mardi 19 décembre 2006 - 94 réactions
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  • Par Eolas (xxx.xxx.xxx.204) 19 décembre 2006 15:46

    Vous tombez avec un peu trop de volupté dans la posture de Zola défendant Dreyfus ou Voltaire défendant Calas. Las, en laissant de côté votre goût pour les calembours douteux, qui nuit à votre propos, les diatribes de ces illustres auteurs s’appuyaient sur une enquête minutieuse et un décorticage des vices du dossier. Vous avez, par facilité, sauté directement à la case diatribe.

    La lecture de l’arrêt du 14 décembre, dont je crains que vous vous soyez dispensé, vous aurait pourtant fourni de la matière. Il est redoutablement bien rédigé et de nature à secourer les convictions même les plus ancrées. Et surtout, il répond à toutes vos objections.

    Ainsi, laissons le peuple tranquille, même si nous en faison partie, ni vous ni moi n’avons qualité pour parler en son nom. Bas les masques, et parlons en nos noms propres.

    Vous dites : assez de souffrances. Du calme. Cette condamnation remonte à plus de 80 ans, les protagonistes sont tous morts depuis longtemps. Les souffrances qui demeurent sont celles auto-infligées par ceux qui n’ont pas vécu cette affaire mais l’ont reprise, bon gré, mal gré, à leur compte.

    Vous dites : le peuple veut que la loi soit appliquée. Et elle l’a été. La loi n’ayant pas dit "Seznec était innocent" mais, comme vous le rappelez, que vienne à se produire ou à se révéler un fait nouveau ou un élément inconnu de la juridiction au jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné. Quand on sait que cette loi date de 1989 et a été baptisée loi Seznec, vous voyez que le législateur a tout fait pour faciliter la besogne des héritiers de Seznec. Mais la cour de cassation a pris la peine, en 42 pages, soit un peu plus de mots que les vôtres, de démontrer qu’aucun fait nouveau de nature à faire naître des doutes sur la culpabilité de Seznec n’était apporté.

    Vous invoquez même la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Je vous rends cet hommage, vous n’avez peur de rien. Les conseillers à la cour de cassation la connaissent sans nul doute mieux que vous. Mais la présomption d’innocence de Seznec a pris fin le 4 novembre 1924 quand la cour d’assises du Finistère a déclaré Seznec coupable, après huit jours de procès et entendu 124 témoins. Combien de temps avez vous consacré à votre enquête ? Le temps de rédiger cet article ? Comme le dit le texte de loi que vous citez sans manifestement bien le comprendre, il faut apporter la preuve de faits faisant naître un doute sur la culpabilité.

    Ainsi, le fait que le corps n’a jamais été retrouvé. Quel insulte vous faites à la mémoire du grand Vincent de Moro Giafferi, défenseur de Seznec, d’insinuer qu’il aurait oublié de mentionner ce détail aux jurés de Brest en 1924 ! Figurez vous que cet argument a été central dans la défense de Seznec, qui suggérait qu’il avait fui aux Amériques, liquidant ses biens, comme ce manoir de Plourivo cédé à vil prix (35000 francs qui correspondent peu ou prou à 35000 euros pour un manoir et un terrin immense) qui fournissait à l’accusation le mobile. Alors quoi ? Pas de corps, pas de crime ? Mais alors, révisons les condamnatiosn de Landru et Petiot ! Et s’il n’est pas mort,qu’est-il devenu, Quémeneur, qui n’a jamais donné signe de vie dans les 82 ans qui ont suivi, y compris à la nouvelle que son cher ami Seznec était jugé pour son meurtre ?

    Vous dites que le mobile a été créé de toutes pièces. C’est une pure affirmation de votre part, contredite par les faits. Le mobile retenu, les promesses de vente falsifiées, ont été tapées sur la même machine, retrouvée chez Seznec. Machination policière, disent les héritiers ? Mais alors, pourquoi Seznec a-t-il spontanément sorti de sa poche le deuxième exemplaire qu’il avait sur lui lorsqu’il était interrogé par la gendarmerie ? Il n’a jamais prétendu que cette promesse avait été fabriquée par la police. Connaîtriez vous mieux la vérité que Seznec lui même ?

    Quant à Bonny, il a été fusillé pour collaboration en 1944, à 48 ans. Cela jette-t-il la suspicion sur la procédure à laquelle il n’a participé que comme stagiaire vingt ans plus tôt, où il n’a rédigé que cinq procès verbaux sur plusieurs centaines, et encore sous la direction des titulaires ? je sais que le mal n’attend pas le nombre des années, mais commencer le travail de la Gestapo à l’heure où Mein Kampf n’était même pas encore écrit, c’est plus que du vice, c’est de la thaumaturgie.

    Ces aveux de Bonny, d’ailleurs, qui vous paraissent tout à fait digne de foi quand bien même vous qualifiez leur auteur "d’homme infâme", savez vous quand ils ont été passés ? La veille de son exécution. Ne croyez vous pas qu’un être si immoral n’aurait pas hésité à mentir pour tenter de sauver sa peau, son témoignage nécessaire pour la réhabilitation de Seznec faisant obstacle à son éxécution ? Ou alors votre menteur de 28 ans devient-il à 48 ans un parangon de vertu, touché par la grâce de la vérité, après quatre ans de collaboration ? Dans ce cas, cette année a été propice aux rédemption, puisque François le Her, un autre collaborateur, persuadé qu’il sera fusillé, s’accusera du meurtre de Quémeneur dans les mêmes conditions. Que lui arrivera-t-il ? Il ne sera pas fusillé, mais épousera... Jeanne Seznec, fille de Guillaume, qui espère ainsi obtenir des preuves de l’innocence de Guillaume, quitte à en faire le gendre de celui qu’il aurait fait accuser à tort. Il s’agit du père de Denis Seznec, celui là même qui sera tué par son épouse en 1948. Vous voyez que l’histoire n’est pas toute blanche.

    Je vous invite donc à abandonner votre pose de sycophante et à lire l’arrêt rendu par la cour de cassation statuant en cour de révision. Lisez le avec un oeil critique, c’est entendu, mais voyez si la cour a effectivement statué absurdement sans répliquer aux arguments. http://www.courdecassation.fr/juris...

    Peu de gens sortent de cette passionnante lecture avec la même conviction en l’innocence de Seznec. Ce que c’est que la force de l’argumentation ,par rapport à celle de l’accusation vertueuse...

  • Par meridien (xxx.xxx.xxx.235) 19 décembre 2006 14:39

    article dont le titre est de très mauvais gôut

  • Par Jo74 (xxx.xxx.xxx.2) 19 décembre 2006 16:58

    Cette affaire est au contraire intéressante parce-qu’elle date des années 20 : si la justice n’est pas capable d’être "juste" dans une affaire où elle a peu à perdre, comment pourrait elle l’être aujourd’hui.

    En somme réclamer son bon fonctionnement dans l’affaire Seznec c’est réclamer son bon fonctionnement tout court.. et en particulier pour ceux d’aujourd’hui.

  • Par toto (xxx.xxx.xxx.97) 19 décembre 2006 14:47

    La justice ne devait pas refaire le procès, mais dire si les nouveaux éléments étaient de nature à rouvrir le dossier.

    Eolas le dit mieux que moi http://maitre.eolas.free.fr/journal...

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