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Années/lumière pour les étoiles, années/smic pour les stars

Des unités inventées par les astrophysiciens pour mesurer un espace intersidéral aux dimensions défiant toute imagination à échelle terrestre, l’unité d’année/lumière est la plus vulgarisée : elle correspond à la distance parcourue par la lumière en une année de 365 jours, à raison d’une vitesse voisine de 300.000 kms à la seconde. Déjà, l’esprit perd pied quand il s’agit de se représenter une seule année/lumière. Quand on sait que la galaxie, la Voie Lactée, à laquelle appartient la planète terre, a un diamètre de 100.000 années/lumière, l’imagination fait défaut. Or cette mesure n’est rien au regard des distances entre galaxies elles-mêmes qui se mesurent en millions d’années/lumière.

 
Des revenus astronomiques

Pourquoi cette référence à l’univers intersidéral, va-t-on demander, pour parler des revenus de l’industrie du spectacle ? Pour au moins deux raisons.

La première est que dans ce domaine aussi on évolue dans un espace proprement astronomique comparé à l’échelle du salaire moyen des catégories socio-professionnelles les plus nombreuses qu’il faut se doter d’une unité de mesure qui puisse servir d’étalon accessible à l’imagination. Cette unité de mesure simple qui fait penser à l’année/lumière est « l’année/smic ». Une année/smic est le gain d’une année au montant légal d’un salaire payé au smic, soit environ 1.000 € net par mois (1 037,53 € au 1er juillet 2008) et donc 12.000 € par an.
En 2006, le magazine Capital (1) mesuraient ainsi au smic de l’époque les revenus annuels des sportifs et des acteurs. Parmi les premiers, Thierry Henry, footballeur totalisait dans l’année 14 millions €, soit 1 183 années/smic, Tony Parker, basketteur, 11 millions, soit 930 années/smic, Patrick Viera, footballeur, 7 millions, soit 592 années/smic. Les autres footballeurs, Gallas, Makelele, Thuram, Trézéguet, Anelka, Cissé et Saha avaient des revenus annuels compris respectivement entre 6,4 et 3,8 millions d’euros, soit entre 541 et 321 années/smic. Curieusement Zidane ne figurait pas dans la liste.
Parmi les acteurs, Gérard Depardieu avait gagné dans l’année 4,3 millions € ou 363 années/smic, Thierry Lhermitte et Jean Reno, 3 millions, ou 254 années/smic. Les acteurs Dujardin, Blanc, Clavier, Auteuil, Lemercier, Dubosc, et Seigner recevaient par an respectivement entre 2,7 millions d’euros et 700.000 euros, soit entre 228 et 59 années/smic.
 
Dire que le footballeur Thierry Henry perçoit par an 14 millions d’euros soit 91 millions de francs (soit 9 milliards d’anciens francs) dépasse l’entendement. Comparés à l’étalon de mesure à la portée du plus grand nombre puisque tout salaire s’y réfère, ces 14 millions représente 1.183 années/smic. Henry est donc plus que millénaire quand ses collègues footballeurs sont entre trois fois et près de six fois centenaires ! Le monde cinématographique français est moins gourmand puisqu’il évolue entre trois fois centenaire et sexagénaire.

Un éloignement sidéral de ces stars

La seconde raison de cet utile étalonnage par année/smic est, comme avec l’année/lumière qui mesure les distances entre les galaxies, d’évaluer l’éloignement des stars qui évolue à des distances vertigineuses de leurs fans. Le mot « star » reçoit une justification sémantique nouvelle : les étoiles par nature sont bien loin de ceux qui les considèrent et en restent sidérés avec pour tout gratification l’amère frustration du désir. Tous ces termes « considérer », « sidérés », « intersidéral », et même « désir » ont, d’ailleurs, pour origine commune le mot latin « sidus/sideris », qui signifie « l’étoile ». Ils appartiennent à la langue de l’astrologie qui cherchait dans les étoiles la réponse aux questions bien terrestres : « désir » qui vient de « désiderium », ou le manque que fait ressentir une absence, est justement la frustration de l’astrologue devant une étoile qui n’est pas au rendez-vous attendu et n’augure rien de bon.
 
Se représente-t-on, en tout cas ce que peuvent signifier 1.000 années/smic gagnées en un an par un individu quel qu’il soit ? Des centenaires et a fortiori des millénaires vivent sur des planètes étrangères au système solaire où réside la majorité des êtres humains : les lois de la gravitation ne peuvent forcément que s’y exercer différemment ; pareille fortune inouïe leur permettent de vivre en état d’apesanteur.

On se demande, toutefois, ce qui peut en être fait vu les limites inextensibles de la condition humaine. On peut bien avoir dix résidences princières sur tous les continents, une telle fortune ne confère pas l’ubiquité à son propriétaire. On peut avoir aussi avion, hélicoptère et les plus riches voitures à sa disposition, on ne peut user que d’un moyen de locomotion à la fois. Pour ce qui a trait à la nourriture, même les vins ou mets de grands prix ne peuvent être consommés que dans les limites de la satiété, voire des règles de la diététique. Quant aux mannequins que ces fortunes paraissent attirer plus particulièrement comme la lampe-tempête, les insectes, le footballeur peut difficilement se multiplier pour être à toutes et à chacune à la fois : la forme physique a elle aussi ses limites. Même l’assouvissement de besoins extravagants ne nécessite donc pas pareils revenus.

Le prix du divertissement du smicard

Est-ce alors le service signalé que ces gens rendent à leur pays, voire à l’humanité ? Leur activité sportive ou cinématographique serait-elle supérieure à celle des équipes de recherche qui tentent de trouver remèdes aux fléaux viraux ou infectieux qui ravagent l’humanité ? Le chirurgien, l’enseignant, le boulanger, le pêcheur ou l’agriculteur seraient-ils moins utiles à la vie ou à la survie de leurs contemporains ? Poser la question est y répondre.

Alors pourquoi les revenus de sportifs et d’acteurs ne paraissent-ils pas connaître de limites ? Poser cette question oblige cette fois à observer le rôle qu’ils jouent dans la société libéraliste. Sportifs et acteurs sont les histrions chargés de divertir par instants la masse de gens payés aux alentours du smic afin de les détourner momentanément de leur désespérance. Leur fonction de sédatif n’a donc pas de prix. Qu’importe que les matchs soient truqués et les films ou les émissions télévisées, imbéciles ! La cote de l’histrion se mesure à l’audience que lui procure le réflexe d’identification de ses fans à sa personne. Sa fortune vient, en effet, soit d’une quote-part versée par le smicard à l’entrée des stades ou des salles de cinéma, soit de l’exposition de placards publicitaires dont le coût de la minute télévisée croît en fonction du nombre de smicards agglutinés devant les écrans de télévision. L’histrion le plus regardé est donc acheté selon la loi du marché par le plus offrant. Les années/smic qui le rétribuent renvoient donc aux smicards qui contribuent à sa fortune. Il ne peut exister à ce compte de limite à cette extravagance. Aux Etats-Unis, modèle de la société libéraliste aux exploits financiers qui vient d’entraîner la faillite que l’on sait, les millénaires peuvent osciller entre 2.000 et 15.000 années/smic.

La seule limite serait que le smicard se détournât de cette industrie du spectacle médiocre qui ne vit que par lui. Mais il ne semble pas que le niveau culturel moyen atteint en France permette encore d’acquérir assez de discernement pour se rendre compte des méthodes qui aujourd’hui rendent tout match de football suspect et donc sans intérêt, ni du crétinisme dominant de la production cinématographique et télévisuelle. Comme chaque année, la chaîne TF1 ne manquera pas, en janvier, de publier les 100 meilleures audiences réalisées dans l’année écoulée pour se glorifier d’en avoir remporter 80 ou 90 sur ses rivales. Plus que les statistiques de réussite aux examens de l’Éducation nationale, elles signeront comme chaque année un déplorable niveau moyen culturel qui met en péril la démocratie. Paul Villach 



Source : « L’observatoire des inégalités », citant le magazine Capital, n°181, octobre 2006. Données 2006-2007.
Et encore, les chiffres obtenus ne totalisent que les gains officiels, comme les salaires et les primes pour les sportifs et les cachets et participation aux recettes pour les acteurs !
http://www.inegalites.fr/spip.php?a...

par Paul Villach lundi 29 décembre 2008 - 62 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.78) 29 décembre 2008 10:56
    Fergus

    L’abyssal creusement des différences de revenus entre les classes populaires laborieuses et les stars du show-biz et plus encore du sport professionnel est l’une des conséquences les plus choquantes de la dérive d’un système ultralibéral où les valeurs humaines ne pèsent plus que d’un poids dérisoire en regard des valeurs marketing. A gerber !

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.217) 29 décembre 2008 11:33
    Alpo47

    Indécent est le qualificatif que je trouve le plus approprié pour qualifier cette disproportion.
    Sachant qu’une grande partie des ces sportifs sont quasi "ignares", et que la seule chose qu’ils savent faire est de jongler avec un ballon, cela montre effectivement la perte de valeurs de notre société. Je devrais dire plutôt dire, l’effort que font nos "dirigeants" pour donner ces valeurs à la population la moins avertie.
    L’auteur l’a bien relevé, tout cela sert un système qui doit maintenir dans l’ignorance la plus grande partie de sa population, toujours pour le plus grand confort de ses "élites".
    Jusqu’à quand ?

  • Par Indépendance des Chercheurs (xxx.xxx.xxx.135) 29 décembre 2008 14:02
    Indépendance des Chercheurs

    La séparation croissante entre les riches et les "proches des riches" d’une part, et le reste de la société, "classes moyennes" comprises, s’accompagne d’une vaste autojustification du système. En réalité, l’apparence d’impartialité et d’indépendance de l’ensemble des instances publiques tend à disparaître.

    Tous les secteurs de l’activité économique et sociale sont touchés, y compris l’éducation, la recherche ... Il y a un mois, nous écrivions dans notre blog "La Science au XXI Siècle" ( http://science21.blogs.courrierinte... ) :

    CNRS, occupation de l’ANR, reaganisation et politique de Valérie Pécresse

    "D’après Wikipédia, Valérie Pécresse est fille du président de Bolloré Télécom et mariée au directeur général délégue d’Imerys. Il s’agit de deux multinationales avec des intérêts directs dans la recherche et la technologie de pointe.

    Valérie Pécresse a été nommée à un ministère stratégique le 18 mai 2007. Dans les jours précédents, le voyage à Malte de Nicolas Sarkozy, aux frais de Vicent Bolloré avec notamment un jet de son groupe, avait déclenché une sérieuse polémique. Quelques mois plus tard, la même polémique rebondissait avec le voyage de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en Egypte."

    (fin de citation)

    La politique de Valérie Pécresse est une poltique de casse et de privatisation des établissements de la recherche publique et de l’enseignement supérieur au nom d’une prétendue "excellence", de précarisation de ceux qui ne figurent pas dans les "petits papiers" et de soutien à la délocalisation de la recherche.

    Mais au même moment, un allié de Nicolas Sarkozy et de Valérie Pécresse, l’ancien ministre Claude Allègre, ainsi que plusieurs membres de l’Institut de Physique du Globe de Paris (qu’il a dirigé pendant dix ans et qui a été déclaré "Grand établissement" par Lionel Jospin alors qu’Allègre était sont plus proche conseiller) doivent faire face à une affaire de défaut présumé d’apparence d’impartialité dans la politique éditoriale d’une importante revue internationale de leur discipline. Où est la prétendue "excellence" ?

    Voir notre article de samedi dernier :

    Crise de l’évaluation, CNRS et « réforme de la recherche »

    Le collectif Indépendance des Chercheurs

  • Par viking (xxx.xxx.xxx.154) 29 décembre 2008 14:30

    .
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    .
    Vous avez raison Monsieur Villach.
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    Normalement, ces salaires devraient être régulés par l’impôt mais ce n’est plus le cas puisque Sarkozy durant sa compagne électorale avait promis une baisse de l’impôt et comme il y a eu suffisamment de cons pour approuver ce programme politique, les riches seront encore plus riches en payant moins.

    Les impôts baisseront pour les ultra riches et les taxes indirectes augmenteront pour les smicards. C’est bien fait pour eux et tant mieux pour les autres. Les français n’avaient qu’à être moins bête durant leurs votes.

    Prochainement bien que je n’aie pas de télévision, je devrais payer une taxe sur ma connexion Internet pour compenser le manque à gagner des chaînes publiques qui ne seront plus fiancées par la publicité. Merci Sarkozy.

    Avec Sarkozy les riches s’enrichiront encore en payant moins et les pauvres s’appauvriront en payant plus. Que la vie est belle, les pauvres c’est fait pour être pauvre et les riches pour être riche.

    Il y a quelque chose qui me choque sur la photo de l’équipe de France. C’est la main posée sur le cœur. En plus de gagner des millions, ils adoptent un comportement de singe ou de subalterne en mimant une attitude américaine lors des cérémonies. La main sur le cœur ce n’est pas vraiment compatible avec la Marseillaise qui est un chant révolutionnaire. Le geste adéquat est celui du poing fermé montrant sa colère contre ceux qui conspirent contre la république.

    Tous des cons, je te le dis. smiley

     

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