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Annihiler la politique

Il est indigné le président du fait que ses opposants politiques semblent se réjouir de la perte du triple A. Il l’était moins quand il réformait l’âge de la retraite, celle qui n’était pas dans ses priorités ni son programme, en introduisant à l’occasion le « concept AAA » chez les communs des mortels et en le faisant son cheval de bataille pour terrasser ses opposants. Nous sommes dans un monde bizarre : est Superman celui qui s’incline face aux dictats de la finance et couilles molles en sus irresponsables ceux qui considèrent comme une abdication du politique le fait de se servir des agences de notation pour mettre au pas les citoyens. Le premier ministre (et cela n’a pas été commenté comme une aberration) est même allé jusqu’à suggérer au candidat du Parti Socialiste de « soumettre son programme » à la Standard and Poors. Comme quoi, in fine, c’est à ces agences de dire le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vrai et le faux. Nous revenons à toute allure à l’ère des Pythies (déjà à l’époque manipulées et soudoyées), la finance se transforme en croyance, les irresponsables, les cyniques, les manipulateurs et autres spéculateurs « disent la loi ». Le fait que ces derniers n’ont jamais déclaré œuvrer pour le bien de l’humanité et qu’au contraire, ils ont toujours affirmé sans vergogne que l’essentiel était leurs profits (peu importe la manière), il semblerait que les Etats, les citoyens, les institutions doivent payer tribu à leurs caprices. Pour rester dans le registre religieux, nous sommes en présence d’un scandale. D’une attraction diabolique irrésistible …

Le ministre de l’intérieur, lui, scotché sur le péril jaune, utilise à la carte des statistiques qui, de son propre aveu, sont obsolètes. Il en fait une lecture à la carte et accouche d’une contre-vérité qui fait le bonheur du Front National : là ou la criminalité persiste et augmente c’est la faute des étrangers. Il devrait jeter un œil au rapport de l’Observatoire national de la délinquance, institution mise en place par son président et dirigée par un de ses proches : on y observe que sous ce quinquennat les atteintes à l’intégrité physique et surtout les escroqueries et autres délits économiques et financières n’ont fait qu’augmenter. On y lit aussi que concernant ces dernières, qu’il y a une décrue importante de la détention préventive, à ce point importante qu’elle influe sur leur total global. Il remarquerait (s’il n’est pas au courant) que la quasi totalité des infractions relevées par ses propres services concernent la législation des stupéfiants et la police des étrangers. Comme quoi, hors de ces deux sujets, point de salut pour un policier. Et pourtant, malgré cette obsession monomaniaque on constate une décrue, signalée dans le rapport, des « infractions à la police des étrangers ». Entre temps, et concernant l’atteinte aux biens, le préfet de Marseille, fraîchement installé, déclare qu’on y trouve « plus de kalachnikov qu’à Kaboul ». Et le pôle des juges anti-mafia italien, certes de manière diplomatique, accuse la France (et l’Allemagne) de fermer les yeux aux activités du crime organisé italien, surtout lorsqu’il passe son temps à blanchir et à intégrer l’argent sale dans des affaires prospères qui font le bonheur des Niçois et autres Parisiens ou Cannois. Comme quoi, il y existe un appel d’air pour le crime organisé et les délits financiers qui ne semblent pas perturber le sommeil du ministre de l’intérieur.

En fait, la seule chose qui motive ce gouvernement c’est comment persister. Comment durer, comment être réélu. Il peut dire et faire tout et son contraire, tricoter et détricoter ses propres réformes, promettre des centaines de millions tout en accusant ses opposants de laxisme, lancer des projets de longue durée à trois mois des élections, abuser des adjectifs qualificatifs du genre « mauvais capitaine », « irresponsable », « irrésolu », « peureux », « indécis » en guise d’arguments. Il vacille entre l’opéra comique et les films catastrophe, pour occulter que la seule vraie catastrophe c’est lui et son bilan. Car pour tout citoyen qui a préservé un minimum sa mémoire des assauts de l’information éphémère, il n’existe pas un sujet, santé, environnement, travail (ou plutôt chômage), agriculture, services, éducation, diplomatie, justice, habitat, etc., qui ne soit chancelant et secoué par les incohérences d’une action désordonnée et fantasque. 

A vouloir, coûte que coûte, occulter son bilan, ce pouvoir annihile la politique et sa raison d’être. 

par Michel Koutouzis (son site) vendredi 20 janvier 2012 - 2 réactions
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