Le métier d'apiculteur n'a guère plus de trente ans et il n'aura fallu pas plus de temps pour quasi détruire l'abeille !
L'homme qui, par son exploitation de l'environnement, de ce qui n'est plus nature mais campagne, des animaux, du sol, de l'eau, veut s'octroyer un salaire correct du point de vue des normes modernes, détruit inexorablement la source de son profit.
En effet, à peu près dans les mêmes temps, l'agriculture industrielle, l 'élevage, la pêche ont détruit les écosystèmes.
Cela ressemble à un travail de parasites !
Naguère, les paysans, polyvalents, sans 4X4 ni écran plat ni frigo américain, faisaient "vivre » les espèces ; ils les protégeaient, dessinaient le paysage dont ils étaient garants.
Ils soignaient leurs haies, ils connaissaient leurs sols et jour après jour, ils entretenaient ce qu'on appelle aujourd'hui, biodiversité.
Aujourd'hui, non seulement pour ces gadgets mais encore pour la survie dans un monde urbain de modèle, pour la simple appartenance à un mode d'organisation, ils les tuent.
Mais ne croyez pas qu'ils vivent mieux ni, bien sûr en meilleure santé.
Je connais des parents, secs comme des sarments, qui ont enterré leurs enfants cancéreux et dont les petits-enfants sont gras, bouffis de malbouf.
L'apiculture, après tout le monde, s'est donc mise au pas.
Pour être apiculteur de nos jours, il faut au minimum quatre cents ruches. C'est ce qu'on appelle la S M I, avec toute la poésie dont on est capable.
Pour vivre agréablement, il faut transhumer.
Une ruche sédentaire fait avec ce qu'elle a : dans des régions trop chaudes, ou trop sèches, ou trop froides ou trop humides, elle réussit cahin-caha à survivre.
Mais , pour que l'homme en vivre bien, sinon pour s'enrichir, il faut qu'elle donne plus, et, si possible, chaque année, indépendamment de la météo.
Nous voici donc rendus, après plusieurs évolutions, à un système très pratique : sur une palette, on dispose quatre ruches avec chacune leur entrée aux quatre points cardinaux. ( tant pis pour celle qui est au nord !)
Personne n'a jamais vu des essaims sauvages s'installer quelque part en HLM ! Il doit bien y avoir une raison !
Les ruchers modernes, comme tout ce qui est moderne, n'est pas fait pour l'abeille mais pour faciliter le travail de l'apiculteur : donc, plateforme, plus ou moins naturelle, plus ou moins artificielle, et des ruchers de plus de cent ruches ! Ainsi, battus aux quatre vents, s'ils reçoivent le moindre traitement d'un voisin indifférent, s'ils subissent la moindre épidémie, ce n'est plus une, ce ne sont plus vingt mais cent ruches ou plus qui sont affectées.
L'hiver, on les transporte sur un camion, on les dépose avec un trans palettes dans un pays chaud ( le sud ou un endroit abrité), puisque, en hiver, les abeilles hivernent et, plus il fait chaud dehors, moins elles consomment de miel.
Au printemps, on les transporte sur le colza précoce ( agriculture industrielle), de manière à ce qu'elles butinent pollen et nectar ( quand il y en a !), ce qui « forcera » ( au sens de forçage pour faire profiter !), la reine et intensifiera la ponte. À cette occasion, on divise les ruches pour multiplier les colonies.
Au passage, les abeilles amasseront des kilos et des kilos d'un miel sans goût qui a, en plus, la particularité d'être riche en saccharose donc de cristalliser tout de suite !
Au début de l'été, ou à la fin du printemps, on les transportera pour qu'elles butinent, l'acacia puis le châtaignier.
En été , après avoir fait ces deux premières récoltes, on les transportera sur le sapin ( miellat) ou sur la bruyère callune.
Avec toutes les variantes selon les régions : ailleurs, à la place du châtaignier, on aura la lavande ou le tournesol.
La plupart des miels de qualité et de goût ne se font pas sur les cultures industrielles : le colza ni le tournesol ni le trèfle ni la luzerne ne donne de bons miels ; mais par l'intensité des fleurs sur un petite surface, elles sont éminemment attractives aux dépens de quoique ce soit d'autre alentour pour nos abeilles et plus productives pour notre apiculteur.
A la fin de l'automne, on les ramènera au sud où elles pourront passer l'hiver sans trop de réserves.
Vous avez bien compté : on peut leur faire faire jusqu'à quatre récoltes par an !
Je prends là l'exemple le plus abouti ; certes tous les apiculteurs ne peuvent ou ne veulent pas travailler de la sorte !
Ainsi, voilà nos abeilles, cet insecte merveilleux, symbole d'éloquence, de poésie, d'intelligence, de sagesse, d'immortalité :
« Elle brûle par son dard, elle purifie par le feu et elle nourrit par le miel »,
rendue au statut de vache à miel, ce qu'elle ne peut, n'en doutez pas, supporter.
L'abeille est trop précieuse pour être exploitée selon les normes capitalistes ; asservie, abâtardie, elle meurt.
Dans tout ce que je ne vous rappellerai pas, parce que vous l'avez lu partout ailleurs, on ne remet en cause les apiculteurs.
On exploite les mammifères, on les marie pour les « améliorer », on exploite les hommes mais on ne marie pas impunément une caucasienne avec une petite noire du sud de la France, une italienne et une yougoslave : on ne joue pas avec la quintessence de la nature : car l'abeille EST, et seule l'avidité de l'homme semble pouvoir en venir à bout. Et si vite !
Ne croyez pas que je ne dénonce pas, moi aussi, tous les insecticides, les traitements intempestifs, tous les produits dangereux !
Mais, dans les zones non agricoles, la mortalité des colonies aussi est importante.
Il y a eu l'importation de quelques reines des Philippines, par un inconnu probablement passionné, qui , avec elles, apporta le fameux varroa, ce petit pou dont le rythme et les conditions de reproduction sont parfaitement synchrones à celles de la ruche, qui détruit le couvain et qui,en tant qu'acarien, se fiche sur le dos de l'abeille et finit par la parasiter jusqu'à la mort.
L'image donnée, pour se faire une idée de la proportion, est un rat qui se calerait sur votre dos et sucerait sa nourriture de votre moelle !
Le varroa est arrivé en Europe dans le courant des années quatre vingt et s'est propagé rapidement parce qu'il a pris de court des apiculteurs récemment professionnalisés et tous les petits propriétaires de ruches. S'est mis en place assez vite quand même, un mode de traitement : d'abord un acaricide, ( utilisé jusque là dans l'arboriculture), efficace mais qui a été vite retiré de la vente pour de sombres histoires de concurrence entre les fabricants !
Puis un insecticide devant être donné à très faibles doses ( on s'en doute ! Les abeilles étant des insectes !).
Comme les professionnels n'étaient pas organisés en syndicats ou en corporation, chacun faisait ce qu'il voulait : aucun traitement pour les ignorants qui faisait de l'apiculture un loisir, ou cinq traitements par an, chez certains professionnels « consciencieux » ! Bref ! :
Le varroa a tué des millions de colonies car nos pauvres bêtes n'étaient pas adaptées à ce parasite inconnu.
Le varroa a éradiqué les abeilles d'Allemagne, et partout à l'est de l'Europe ( aux conditions climatiques difficiles) il les a décimées.

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