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Approche critique de l’engagement contemporain (IV : suite et fin) : Considérations d’avenir

D’aucuns pourront trouver déplacé ou ridicule ce genre de considérations, mais je prends le risque d’évoquer une question qui parfois me taraude : de manière générale, j’ai le sentiment qu’hommes et femmes ne sont pas égaux en perception face au monde, et que les premiers peuvent apparaître plus sensibles aux dangers qui menacent nos sociétés, en étant alors plus sujets à éprouver des sentiments d’angoisse, plus ou moins diffuse, et plus ou moins néfaste. Cela n’équivaut nullement à dire que les hommes seraient plus intelligents que les femmes, non, mais j’ose le formuler ainsi : les femmes ne sont-elles pas plus à l’aise que leurs homologues masculins dans la société de consommation que nous connaissons aujourd’hui ? Ce n’est qu’une hypothèse, et peut-être le sujet n’en est-il pas un et qu’y réfléchir ne conduirait à rien. Ce site est un site d’échange d’idées et, si le débat mérite d’être ouvert, qu’il le soit alors.

Quoiqu’il en soit, au-delà de la différence de perception existant, peut-être, suivant les genres, le discours ambiant n’est pas fait pour nous rassurer, qui qu’on soit, même lorsqu’il est incomplet voire fallacieux (voir mes quelques considérations sur les médias dans l’article précédent : « Ecueils environnementaux à l’engagement personnel »). Aujourd’hui, les moralistes s’appellent Nicolas Hulot ou Yann Arthurs-Bertrand. Ils ont sans doute moins de talent que La Rochefoucauld, certains diront qu’ils sont moralisateurs, et c’est peut-être vrai. Je retiens néanmoins une phrase du premier cité, le moustachu… : «  Il est trop tard pour être pessimiste ». Certainement. L’optimisme, de toute façon, n’est pas le contraire du pessimisme, mais son refus moral, ou plutôt, le refus de tirer de la posture critique pessimiste, de mauvaises conclusions. Remontons en 1957, lorsque Camus, que je tiens pour un de mes maîtres à penser, s’exprime à Stockholm lors de sa remise du Prix Nobel de Littérature : « je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire. » Depuis, à la menace nucléaire et au risque de conflit mondial qui n’ont toujours pas disparu, se sont rajoutées d’autres menaces, une financière et économique, l’autre écologique. Les temps de catastrophes se sont donc encore gâtés, mais, philosophiquement parlant, cela ne change sans doute pas grand-chose. Humains, tâchons de rester dignes au maximum de notre condition, avant, peut-être, de disparaître.

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Ma réflexion sur ce qu’est ou pourrait être l’engagement contemporain touche ici à sa fin. On le sait désormais, qui qu’on soit, où que nous habitions, le XXIe siècle s’annonce très difficile à vivre, tend les menaces qui pèsent sur les hommes semblent nombreuses : risque d’effondrement du système financier mondial, croissances des pays développés bloquées, réchauffement climatique, guerres locales voire risque de troisième conflit généralisé. Comme l’avait écrit si justement Giono dans Le Hussard sur le toit, « […] Il peut mourir, il ne désespérera pas. Encore moins, il ne désespérera pas à l’avance. Et, somme toute, c’est se conduire en homme de qualité. Tout bien connaître ou ne rien savoir revient au même. » « Il », c’est un simple paysan, innocent, inculte, et qui, par sa simplicité même, n’a aucune raison de désespérer des risques d’effondrement d’un monde futur dont il ignore tout. On conclura que les gens dits cultivés ont alors au moins une responsabilité : celle de ne pas désespérer « à l’avance ». La tâche, reconnaissons-le, n’est pas aisée. Mais c’est cela, le courage.

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5 réactions à cet article    


  • Extra Omnes Extra Omnes 22 mars 2013 15:03

    Il y a une dichotomie entre le premier paragraphe et le reste de l’article.
    C’est un peu confus pour ma compréhension.


    • pyjahman pyjahman 22 mars 2013 18:33

      Très bonne séries de publications si ce n’est, comme le précise Extra Omnes, l’égarement du premier paragraphe de cet article qui voudrait qu’un préjugé fasse office d’argument d’ouverture d’un débat. Non les femmes se sentent aussi (peu malheureusement) concernées que les hommes.
      Je constate tout de même qu’à partir du moment où l’on s’attaque à réfléchir sur la question philosophique de notre monde et existence (chose totalement méprisée par les politiques) il n’y a plus personne pour discuter (je parle de l’absence de commentaires sur les articles). Voilà un vrai débat : Ne sommes nous pas limités dans notre réflexion par les soi disant intellectuels du moment (les politiques et économistes) qui sont élogiés ou diffamés par les média ? Où sont passés les philosophes du 21 ème siècle ? Où sont les penseurs scientifiques ?

      Claus D, quelques conseils de lecture de ta part s’il te plait ?


      • Claus D. 22 mars 2013 19:00

        Bonjour Pyjahman, Merci pour votre post

        Désolé pour mon égarement donc, disons que la consommation a tout-de-même un lien historique avec la condition des femmes (premiers grands magasins parisiens, électroménager pour la « ménagère de moins de 50 ans », etc.) mais que ceci est probablement un autre sujet.

        Merci d’avoir lu ma série de 4 articles. Vous êtes certainement, pour l’instant du moins, le seul à l’avoir fait. Mais je tiens à rester modeste, et surtout lucide : je ne suis pas le seul sur ce site à proposer des reflexions existentielles !

        Vous me demandez quelques conseils de lecture. Soit, avec plaisir, c’est même mon métier. Bien sûr, je vous conseille les deux livres auxquels j’ai fait référence dans cette série de quatre articles et/ou dans les commentaires : « Le mythe de Sisyhphe » de Camus (pas très facile à lire mais pas très long et, à mon sens, magistral en terme de rigueur de raisonnement) et « Le Hussard sur le toit » de Giono, oeuvre sublime décrivant la réaction des êtres humains, et des animaux, en cas de cataclysme (en l’occurence, une épidémie de choléra). Enfin, ce que je lis en ce moment : « Dictionnaire politique à l’usage des gouvernés », sous la direction de Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, éditions Bayard, 2012. C’est de la philosophie rigoureuse mais néanmoins accessible, destinée à illustrer et expliciter ce que pourrait-être un véritable « contre-discours » à notre époque : instructif.

        Bonne suite à vous


      • Helle 22 mars 2013 19:38

        Pour répondre brièvement à la différence éventuelle de perception des hommes et des femmes, je dirai...oui...

        Cela est vrai pour des tas de raisons, qui vont de la génétique à l’éducation en passant par le taux hormonal...
        Aller jusqu’à dire que nous sommes plus à l’aise dans la société de consommation.....est plus risqué...
        Disons que la femme pour des raisons de survie, est depuis toujours, plus adaptable, plus souple. Pouvons nous raisonnablement penser que nous sommes plus consommatrices que pensantes, moins sensibles aux dangers qui menacent l’humanité que nous mettons au monde ?
        Honnêtement je ne pense pas.
        Nous pourrions dire que les philosophes femmes sont plus rares, peut être, mais nous avons tant de siècles d’oppression à rattraper, pendant lesquels les femmes n’avaient aucun droit à la pensée et encore moins à l’expression ...
        Nous arrivons, doucement, mais avec notre vision du monde et de ses problèmes, une vision moins angoissée vous avez parfaitement raison, peut être parce que moins territoriale.
        Je crois que la consommation est un faux problème d’aujourd’hui..
        L’écueil majeur que rencontre l’humanité du XXI eme siècle est toujours le même, un problème de fond...
        Suis je ou ne suis je pas dans la compassion et le partage pour mes frères humains ?...
        La réponse à ce jour est toujours non....
        Et notre grand courage, vous l’avez souligné, sera de ne pas désespérer....




        • Claus D. 23 mars 2013 20:14

          Bonjour Helle, Merci pour votre post

          Je découvre avec une certaine satisfaction qu’une femme a réagi à mon constat sans se sentir agressée, et en ces temps de féminsime radicalisé, cela fait du bien...

          Je réagirai moi-même assez rapidement, car il est vrai que le sujet supposerait certainement un article à part entière, et que je me suis un peu éloigné de mon sujet en évoquant mon ressenti. Cependant, il me semble aussi important qu’hommes et femmes s’entendent si l’on veut tenter intelligemment de faire face aux grands défis du siècle à venir.

          Votre remarque sur l’adaptabilité des femmes doit sans doute permettre d’expliquer certains comportements contemporains, même si je trouve parfois vexant de recourir systématiquement à des arguments évolutionnistes pour cela (à la fois pour les femmes, qui n’ont peut-être pas toujours été « oppressées », et les hommes, pas forcément unanimement obsédés par les questions de « territoire »).

          Je ne partage pas votre point de vue sur la consommation en général : ce pillier de l’économie moderne soulève pour moi de graves problèmes politico-socio-économiques (liés aux modaliés de fabrication des biens de consommation massive, à la spéculation financière, etc.), éthiques (entre autres, avec le problème du « divertir pour gouverner ») et bien sûr écologiques (pollution et production de déchets exponentielles). Par ailleurs, je ne comprends pas bien la fin de votre commentaire : de quel problème « de fond » parlez-vous ? De quels « frères humains » parlez-vous ? (les hommes au sens du genre, toute l’humanité ?). Etes-vous désabusée par votre incapacité à éprouver de la compassion ?

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