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Après Darwin : une théorie nouvelle émergera-t-elle ?

C’est certain, une théorie nouvelle émergera en ce siècle, une théorie approchant de plus près l’essence et le ressort de la Vie, de l’Evolution. En attendant je vous propose cet extrait d’un livre qui verra ou non le jour ; tout dépend de l’issue finale de la rédaction et surtout du courage des éditeurs*, chose bien délicate en ces temps de défense des acquis et du repli sur ses intérêts assuré par des valeurs sûres mais sûrement pas des valeurs. 

La science de l’évolution est inachevée. La vie est-elle hasard ou bien dirigée vers une direction et un progrès ?

Si la vie apparaît comme une technique, et donc comme moyen, elle recèle en sa substance quelques fins. Ainsi le suppose une certaine sagesse philosophique depuis Aristote. Cette question, que je développerais dans un chapitre de ce livre, est posée sous une forme différente par Simon Conway, professeur de paléontologie à Cambridge et surtout, auteur d’un livre décalé où il expose des réflexions alternatives à la doctrine contemporaine néo-darwinienne. Dans un entretien donné à la revue Books (avril 2009) il affirme que la science de l’évolution reste inachevée. Son propos se veut radical car par inachèvement, il n’évoque pas quelques détails supplémentaires venant s’ajouter au corpus évolutionniste contemporain. Il s’agit au contraire de revoir les ressorts fondamentaux de l’évolution.

Conway ne remet pas en cause la sélection naturelle mais le fait qu’elle constitue la seule explication de l’évolution. Selon ses termes, la théorie actuelle, basée sur les mutations de l’ADN (et les recombinaisons) combinées à la sélection naturelle conduisent obligatoirement vers des transformation complètement aléatoires et imprévisibles. Alors que l’observation et le bon sens vont à l’encontre de cette explication sélectionniste qui pour les néodarwiniens, est suffisante. La science de l’évolution est incomplète affirme Conway, insatisfait de cette théorie qui rend impossible de prévoir les produits qu’elles pourrait donner. Alors que l’évolution semble obéir à un sens, ne serait-ce que la tendance à la complexité croissante. Et donc, il faut trouver des principes d’ordre supérieur capable d’expliquer cette logique biologique. Conway affirme en effet que l’évolution est prévisible, bien plus que ne le pensent la plupart de ses confrères. Et pour asseoir son hypothèse, il évoque la genèse de structures très complexes inventées plusieurs fois, à plusieurs époque, dans des espèces éloignées dans l’ordre des ramifications phylogéniques.

Ce fait est dénommé convergence évolutive. Cette notion n’étant qu’un cas particulier, appliqué à l’évolution des espèces, de la notion plus générale de téléologie. En deux mots, les chemins de l’évolution sont nombreux mais ils mènent à un nombre assez limité de destination. L’œil camérulaire chez les pieuvres et les vertébrés, les oiseaux qui apparaissent à quatre reprises… Ce constat oppose les partisans de la téléologie, peu nombreux, parmi lesquels Conway mais aussi Teilhard de Chardin naguère ou Anne d’Ambricourt plus récemment, aux promoteurs d’un darwinisme strict, les plus connus étant Stephen J. Gould ou Richard Dawkins. L’alternative est simple à exposer. La convergence évolutive dit qu’un entonnoir canalise les transformations des espèces et l’apparition des morphologies. Deux possibilités. (i) C’est la pression naturelle qui par le jeu de la sélection, pousse les espèces vers les formes adaptées à la survie. Et c’est l’instinct de vie qui pousse les espèces nouvelles issues des mutations aléatoires dans l’entonnoir. (ii) Une instance téléologique crée une aspiration, une sorte de « moule morphique » qui canalise la transformation du vivant. Il se peut bien que les deux options se complètent pour fournir l’explication la plus plausible.

Rien ne dit que la téléologie puisse faire l’objet d’une investigation scientifique mais du point de vue de la conception philosophique de la nature, cela a un sens. Nombre de biologistes pensent que la vie est le fait d’un hasard et du bricolage sélectionné par la nature. Si tel est le cas, il n’y a pas de progrès dans l’évolution. C’est cette thèse extrême que défendait Gould, encore plus radical qu’un Darwin auquel il reprochait de ne pas avoir eu l’audace de nier le progrès bien qu’il ait eu entre les mains quelques éléments pour aller vers cette idée. Selon Gould, Darwin baignait dans une atmosphère idéologique où l’idée de progrès était presque sacrée et incontestable. Et lorsqu’on lit attentivement l’opus de Gould intitulé L’éventail du vivant et sous titré le mythe du progrès, on comprend parfaitement comment ce scientifique se plaît à « flinguer » le progrès, accomplissant une quatrième blessure pour l’homme, après celles infligées par Copernic, Darwin et Freud. On comprend comment Gould aime détruire les idéaux de l’homme et les croyances. On ne comprend pas pourquoi ce dessein de Gould si funeste car la science quitte alors ses prérogatives pour servir on ne sait quel sombre ressentiment. La science qui devient une profanation du réel. Livrée à l’idéal des déconstructeurs devenus destructeurs, aux Néron de la pensée. On sait en vérité pourquoi l’homme, où qu’il soit, peut devenir un tyran avide de destruction. Et l’on comprend que les spéculations sur le ressort de l’évolution n’ont pas forcément des intentions scientifiques ni philosophiques. Loin d’être le lieu du « sacre du vivant », la science s’est constituée sous l’égide du « massacre du vivant ».

Cette idée de convergence évolutive ou de téléologie morphique a toute sa place dans une philosophie du vivant. Et si elle ne peut être expérimentée, rien n’empêche qu’on puisse réfléchir à ce qui la rend possible. Nous sommes au centre de l’incomplétude de la théorie de l’évolution et par la force des choses, de la théorie du vivant. Les pistes évoquées par Conway ne sont guère originales, essayer de créer une forme de vie par synthèse, étudier la vie sur les autres planètes, observer une colonie de bactéries pour voir si une espèce apparaît. Comme je m’en suis expliqué, la compréhension de la Vie risque d’échapper à l’expérience mais relève de spéculations philosophiques. Et pour commencer, nous disposons de la mécanique quantique qui offre un regard sur l’essence de la matière, ainsi que cette idée de physique non calculable. Quant à la direction de l’évolution, elle apparaîtra dès lors qu’on tente de faire un récit des transformations successives. Et l’on retiendra que c’est vraiment le point le plus crucial car si quelque part, on est persuadé qu’il y a un sens, cela offre matière à réfléchir à ce qui pourrait compléter utilement la théorie de l’évolution afin de la faire « évoluer » dans un sens moins darwinien, avec une sélection naturelle moins hégémonique et quelques principes fondamentaux. C’est ce que je propose au cours de cet ouvrage qui nous amènera vers quelques pistes originales, à la recherche de la « matière substance technique et cognitive » et de ses intentions.

Le lecteur pourra ainsi juger si un changement de paradigme est proposé au cours de ce cheminement intellectuel qui tentera autant que faire se peut de se perdre dans les détails, tout en s’efforçant d’aller à l’essentiel, à coup de concepts, notions, idées et principes.

* Editeurs, n’hésitez pas à me contacter !

par Bernard Dugué (son site) jeudi 14 mai 2009 - 86 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.193) 14 mai 2009 12:31
    ZEN

    "C’est certain, une théorie nouvelle émergera en ce siècle, une théorie approchant de plus près l’essence et le ressort de la Vie, de l’Evolution"

    Nous voilà en pleine voyance...
    Comme si l’on pouvait à l’avance pronostiquer en science l’émergence d’une nouvelle théorie
    Autrement, c’est du Herder revisité
    Nihil novi

  • Par stephanemot (xxx.xxx.xxx.4) 14 mai 2009 13:43
    stephanemot

    Hello ZEN

    Cette facon d’annoncer le resultat avant les travaux "scientifiques" me fait penser a une celebre imposture... mais oui, c’est bien sur, l’Intelligent Design pour lequel notre ami Bernard persiste a faire de la pub a intervales reguliers sur AgoraVox !

    Le Dugue evolue, remarque. En phase avec ce mouvement neocreationiste, qui se cherche un troisieme souffle.

    BD cite a nouveau la sulfureuse Anne d’Ambricourt, une revisionniste soutenue par les partisans de l’ID et qui avait connu son heure de gloire dans un reportage honteux diffuse (encore plus honteusement) sur Arte, mais il passe a Simon Conway Morris, qui symbolise a mes yeux parfaitement le 3e etage de la fusee creationiste : apres les theses "bibliques" du XIXe siecle (enterrees par les progres scientifiques), apres l’imposture de l’ID (revelee au grand public avec la complicite involontaire de ses promoteurs), voici donc le dernier avatar... Et comme l’ID pretendait se demarquer du creationnisme, cette 3e voie pretend se demarquer de l’ID.

    Sur le fond, il n’y a aucune disruption dans son discours par rapport aux versions precedentes. Suivant le meme principe, un saut toujours plus discret est realise pour changer du registre physique au registre metaphysique. Maintenant on parle d’un ’artiste’ plus que d’un ’designer’... tu parles d’une evolution.

    Simon Conway Morris a le soutien des bras armes habituels des fondamentalistes auquel on doit l’ID : la John Templeton Foundation via le Faraday Institute.

  • Par Tyner (xxx.xxx.xxx.76) 14 mai 2009 14:34

    Bernard Dugué a écrit : "(...) Alors que l’évolution semble obéir à un sens, ne serait-ce que la tendance à la complexité croissante".

    Il y a de nombreux contre-exemples, tels que certaines formes parasitiques (que personne ne peut qualifier "d’inadaptées".)


    Bernard Dugué a écrit : "(...) En deux mots, les chemins de l’évolution sont nombreux mais ils mènent à un nombre assez limité de destination. L’œil camérulaire chez les pieuvres et les vertébrés, (...)". "Deux possibilités. (i) C’est la pression naturelle qui par le jeu de la sélection, pousse les espèces vers les formes adaptées à la survie. Et c’est l’instinct de vie qui pousse les espèces nouvelles issues des mutations aléatoires dans l’entonnoir. (ii) Une instance téléologique crée une aspiration, une sorte de « moule morphique » qui canalise la transformation du vivant. Il se peut bien que les deux options se complètent pour fournir l’explication la plus plausible. "

    Vous ratez la troisième : (III) Ce "moule morphique" n’est pas "aspirant" ; il est fondé (de manière hasardeuse pour le matérialiste) parfois très très tôt dans l’histoire de la vie. Dans votre exemple comme dans de très nombreux cas, les gènes qui commandent la formation des yeux sont remarquablement conservés et communs à de nombreux embranchements. Voilà une sacré contrainte morphique : l’évolution par sélection naturelle jouant ensuite avec, finalement, peu de pièces conservées, il n’est guère surprenant de voir apparaître des convergences morphofonctionnelles.
    Notez au passage que cette contrainte de "départ" permet de belles variations. Vous savez sans doute que nous possédons, nous vertébrés, une tache aveugle dans l’oeil. C’est dû au passage du nerf optique à travers la rétine ; en effet, les axones se déploient en avant de la rétine : notre surface photoréceptrice est montée à l’envers !! L’oeil de la pieuvre, monté à l’endroit lui, est objectivement bien plus réussi... Ce fait est un bel indice que les convergences évolutives dites "complexes" sont bien des adaptations sélectionnées indépendamment puisqu’on y décèle la trace de voies morphogénétiques distinctes très anciennes (sélectionnées alors pour de toute autre raison que "faire plus tard un oeil parfait").


    [Noter, en corollaire, que si vous levez toute pression de sélection sur la vision, le merveilleux outil s’effondre à une vitesse grand V : tel est le cas chez certains poissons cavernicoles sans yeux. Cette disparition des yeux dans les cavernes s’avère, en outre, soumis à sélection (la seule dérive génétique ne suffit pas à l’expliquer) : soit parce que le "coût" d’un oeil fonctionnel inutile est élevé, soit parce que des mutations avantageuses (des mâchoires, par exemple) impactent l’embryogenèse oculaire. Ceci aussi est observé dans de nombreux embranchements. La puissance morphogénétique et développementale de la sélection naturelle est souvent sous-estimée...] 


     

  • Par San Kukai (xxx.xxx.xxx.126) 14 mai 2009 21:38
    San Kukai

    Il est incroyable de voir à quel point ces théories pseudo-scientifiques ont le vent en poupe. Serait-ce dû à un régression de l’intelligence collective au profit d’un nouvel obscurantisme ?


    Heureusement, Bobby Henderson (que son nom soit béni pour les sept mille générations qui viennent) nous a montré la Voie, lui qui nous a révélé la seule et unique Vérité sur notre existence et celle de l’univers, je veux bien entendu parler, et toutes les âmes sensées l’auront compris, du Monstre en Spaghetti Volant (que Son nouilleux appendice puisse vous effleurer).

    Devant l’évidence, la science (ce repère de chauves bedonnants aux discours amphigouriques) et les religions moins crédibles (pas mieux) n’ont qu’une alternative : s’incliner et célébrer la Vérité en revêtant un costume de pirate, en trinquant à la santé du MSV et en prônant les vertus de notre religion par l’adoption d’une moralité des plus légères.

    Que Sa Nouilleuse Entité vous pastafiole.
    RAmen

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