En conclusion de son livre "Après la démocratie", Emmanuel Todd écrit :
"La démocratie planétaire est une utopie. La réalité c’est, à l’opposé, la menace d’une généralisation des dictatures. Si le libre-échange engendre un espace économique planétaire, la seule forme politique concevable à l’échelle mondiale est la "gouvernance", désignation pudique du système autoritaire en gestation."
Il est vrai que la démocratie occidentale s’essouffle par ce qui fut son poumon : l’économie. Il y eut un modèle d’expansion des richesses qui s’accommodait d’un progrès humain - le fordisme par exemple - à un moment de l’histoire où le profit se développait sur un modèle de consommation généralisée qui générait l’individu comme richesse et comme finalité.
Nous en sommes loin.
Même si de ceci subsiste ce fantôme qui s’acharne à vouloir gouverner le monde dans son mode souriant : « Les droits de l’Homme. »
Même si la critique de ce modèle reste à faire pour les désastres écologiques qu’elle a produits, les frustrations d’un déséquilibre Nord/Sud dont l’effet ne cesse de se faire sentir et que le néo-libéralisme hérité de Reagan et de Thatcher n’a fait qu’accentuer.
Mais ce modèle fut, dans l’intérêt de ceux qui le promurent , à un moment historique précis et dans un cadre géographique limité, une phase de progrès pour le monde occidental .
Le monde est désormais sans projet et ne se donne pour avenir qu’un présent perpétuel dont Sarkozy, en France, est l’image. Mais peu importe celle-ci : notre univers gravite désormais autour d’idoles médiatiques qui occupent le devant de la scène avec la dépouille de Mickael Jackson ou toutes ces singularités que sont les pipoles . Artistes ou politiques, l’illusion est complète.
Et l’on se laisse bercer dans cette hallucination collective d’un monde warholien qui se rêve un début, une extension sans limite à laquelle nous faisons corps car il nous promet ce présent éternel de la célébrité …quand il n’est qu’une fin !
Que se passe-t-il après la célébrité, une fois que les feux de la rampe s’éteignent et que le spectacle s’achève ? Le rêve ou l’hallucination collective laisse place à la réalité.
Certes, celle-ci se dérobe à toute conscience, à toute visibilité : on se veut riche quand on est pauvre comme on se pense libre dans son aliénation. On accepte d’être aveugles - puisque c’est là une religion - Et on s’accommode fort bien d’un reflet, d’une conception somme toute très platonicienne du monde tandis que d’autres cultures, asiatiques ou africaines, plus collectives, plus soudées dans des rituels plus anciens, renvoient désormais notre occident dans les limites d’un modèle périmé.
Non pas dans celui d’un progrès matériel qui reste d’actualité dans un monde encore dominé par la misère mais dans celui d’une hypostase de l’humain comme sujet : cet univers warholien à sa fin se lit désormais dans sa répétition incessante, dans l’acmé d’un sujet décérébré et artiste à la fois, lieu d’extinction de « l’intellectuel ».
Et on a beau, à Shanghai, s’encanailler dans les queues de comète de « l’art contemporain » occidentalisé jusqu’à la caricature, on sait bien que cet « homme occidental est désormais en voie de dépassement économique et culturel.
Il nous faudra donc, au-delà des figures de l’intellectuel, de l’artiste et du sujet dominant dans une société jusqu’ici dominatrice, anticiper ce nouveau sujet occidental post démocratique, constructeur d’un savoir partagé.
Rien n’est moins sûr que l’homme occidental soit prêt à cet abandon de pouvoir.
Au contraire, il est à craindre que les dernières cartouches de l’homme occidental soient à l’origine d’un carnage qu’il aura lui-même déclenché pour avoir eu peu de l’avenir.
C’est maintenant qu’il faut lire notre Histoire pour l’écrire avec « l’Autre ». Selon d’autres partages, d’autres religions, d’autres économies, d’autres politiques. Sans repentance ni revanche. Selon une autre lecture, un autre regard.
De tout ceci nous en sommes si loin ,qu’hélas, notre échec semble déjà programmé. Tant que nous n’aimerons le lointain que dans un désir d’exotisme qui n’est que l’idéalisation de cet Autre qu’en réalité nous refusons, nous nous interdirons de comprendre ce monde qui s’achève.
Car le spectacle prend fin : il va falloir ouvrir les yeux !