A travers le conflit du CPE et précédemment celui sur la constitution européenne, une partie des citoyens français semblent demander une alternative à la libéralisation des marchés. Les Français leaders dans l’alter-mondialisme ?
- Le
CPE, ça va permettre au jeune de rentrer sur le marché du travail et le
chômage va baisser. Essayons et vérifions le résultat dans 6 mois.
Alors là, je dis oui, le chômage va certainement baisser !
Par contre, que ce soit le CPE qui en soit la cause, j’ai un gros doute.
Non seulement il existe déjà des solutions flexibles que les jeunes
acceptent, bien malgré eux, mais de plus le CPE n’apporte rien à une
grande
entreprise. Pour ce qui est des emplois peu qualifiés, l’entreprise
utilise soit le CDD pour tester l’employé, soit la sous-traitance pour
plus de flexibilité. Pour les cadres, la période d’essais est de 3 à 6
mois, ce qui suffit amplement pour juger de la
qualité d’un individu ou non. A quoi peut donc servir le CPE ? Sans
doute à remplacer avantageusement les CDI afin de mettre la pression
pendant
2 ans sur les nouveaux embauchés : Plus le droit de donner son avis, plus le
droit de grève, obligation d’accepter les heures supplémentaires sans
broncher, interdiction de tomber enceintes pour mesdames... Je veux
préciser
que sur la question de la flexibilité, il y a une réflexion à avoir pour les PME,
un dialogue doit s’ouvrir à ce sujet, tout comme sur la façon de mieux
orienter la jeunesse lors de son éducation, de proposer plus
d’apprentissage, de redonner de la valeur (pécuniaire) aux filières moins
qualifiées...
Vous vous demandez alors pourquoi la théorie de Villepin
(baisse du chômage) va se vérifier dans 6 mois : le papy-boum est là
pour aider nos chers politiques. Toutes les entreprises doivent
renouveler une partie de leurs effectifs, alors oui, le chômage va
certainement baisser pendant les prochaines années, mais ne profitons
pas de cette aubaine pour baisser nos droits.
- Le CPE, c’est toujours
mieux qu’un CDD, l’interim ou un stage.
Beaucoup
de personnes soutenant le CPE arguent qu’ils ont galéré pendant leur
jeunesse en enchaînant les stages et autres CDD, qu’ils s’en sont sortis
à force de travail et de courage, que le CPE offre plus de sécurité.
J’appellerai cela la théorie du "c’est mieux que rien", et les
manifestants de répondre : "C’est pire que tout". Je voudrais rappeler aux
"c’est mieux que rien-istes" que le CPE ne va pas supprimer stages, CDD
et autres interim ! Il va se substituer vraisemblablement au CDI, car
c’est un contrat de longue durée ! Alors oui, il faut le répéter ; le
CPE, c’est pire que le CDI. Si le gouvernement veut régler le
problème de la jeunesse, qu’il rende les stages rémunérés et les CDD
réellement non renouvelables !
Pour ce qui est de la perte de la valeur au travail, elle
est simplement due au fait que les milieux défavorisés se rendent
compte qu’il faut être né avec des
parents riches et un niveau social élevé pour s’en sortir facilement.
Alors pourquoi se bouger en travaillant comme des fous, si c’est pour
toucher le SMIC toute sa
vie ! Si le niveau de vie des gens n’était pas entièrement dépendant de
leur capital de naissance ou de la chance, si la notion de biens et
services produits était réellement reconnue, les gens seraient
certainement plus aptes à tortiller leur postérieur.
- La loi française est trop stricte.
En
effet la loi française est plus stricte que dans les pays socio-libéraux. Les protections et les droits du citoyen dans les
domaines du social, de la santé et de l’éducation ont
toujours été élevés en France. Cette particularité était une fierté de
notre système,
enviée par un grand nombre d’étrangers, mais depuis la tendance à la
flexibilité et à la concurrence, il est de rigueur d’abolir
ces privilèges féodaux. Doit-on, sous prétexte de la concurrence de nos
voisins, aboutir à une
régression sociale ? Toutes ces luttes d’un autre âge doivent-elles
être abandonnées ? Il y a ceux qui pensent que c’est la seule façon de
relancer notre économie, et puis il y a ceux qui croient que le progrès a
toujours fait partie de l’histoire, que grâce à nos recherches,
à nos connaissances, à l’automatisation, il est encore possible de
tirer l’humain vers le haut.
Posez-vous une question simple : si malgré tous ces progrès, nous
devions accepter un niveau de vie et une protection
plus bas, à qui profiterait cette productivité accrue ?
- Le problème : les Français sont
des fainéants, influencés par les super-fainéants fonctionnaires. Les
jeunes sont entraînés par les extrémistes de gauche, mais ne comprennent
rien au problème. La jeunesse des cités s’en fout, de la grogne.
Et si nous inversions le discours, et si le problème du
chômage et du niveau de vie des gens venait des entreprises et de
leur fonctionnement ? Pourquoi accusons-nous si rarement le besoin
d’une minorité de décideurs et autres profiteurs cherchant à augmenter
le profit de leur société plutôt qu’à résoudre les problèmes de la
société ? Je ne veux pas faire la propagande contre le patron
tyrannique et sans valeur. Je cherche juste à exposer un fait très bien
décrit par un journaliste du
Monde : "
Et si c’était l’entreprise qui était au service de la société et non l’inverse..." Peut-être avancerions-nous dans la bonne direction.
Je
ne nie pas les problèmes d’inefficacité de nos administrations, mais je
crois que le problème a déjà été pris en main par le non-renouvellement
des postes de fonctionnaires et l’informatisation de notre système
public.
De plus, n’a-t-on pas démontré à plusieurs reprises l’efficacité de
notre entreprise publique productrice d’électricité, de notre réseau
publique ferroviaire, de la fiabilité de nos lignes téléphoniques... ?
Est-ce que nos fonctionnaires sont et étaient si fainéants que ça ?
Pourquoi les Anglais et Américains vont-ils se faire soigner en Inde
pour quelques roupies ? Ah oui, j’oubliais, la globalisation...
De plus, ce genre de mobilisation politise la jeunesse.
Alors oui, une majorité des jeunes se fait entraîner par les plus
extrémistes, une autre n’en a rien à faire mais au moins, des discussions
éclatent, les jeunes se posent des questions, apprennent la politique.
Et tout ça ne peut être que bénéfique.
- Les blocages sont
anti-démocratiques, laissons la liberté aux gens de travailler, ce n’est
pas la rue qui gouverne, les manifestants sont minoritaires dans ce
pays, etc.
2/3 des Français soutiennent le mouvement anti-CPE, nous pourrions arrêter le débat mais...
Je crois qu’avec l’élection de M. Chirac, le vote contre la
constitution européenne et les élections régionales, nous avons une vraie
preuve d’illégitimité de la majorité actuelle, et plus particulièrement
de notre président. Il faudrait revenir sur les vices de nos
institutions, mais ce n’est pas le sujet du débat. Tout ça pour dire que
les citoyens n’ont trouvé d’autre moyen pour se faire entendre que la
rue, droit démocratique de revendication, faut-il le répéter. Cette
forme de citoyenneté, particulièrement chère à notre pays, a toujours
été écoutée par nos politiques. Pourquoi un tel autisme actuellement ?
Encore une façon de dire : "Finie, l’exception française", rentrons dans
le droit chemin...
Concernant les blocages et les actions musclées, il est facile
de remarquer que ce sont les seules actions efficaces pour se faire
entendre. Qui se désintéresse d’un million de personne se promenant dans Paris
un beau dimanche après-midi ? Le blocage des infrastructures de communications,
d’approvisionnements, des édifices publics... sont de très bons moyens de
se faire entendre, et sont seulement possibles lorsque la population
dans sa majorité soutient le mouvement.
- Les syndicats n’ont qu’à répondre à la main tendue de Villepin. Il faut respecter les choix démocratiques du Parlement.
Promesse du candidat Chirac pour les présidentielles :
"...Je consulterai les Français par référendum pour tous les grands problèmes de société..." Je vous l’accorde, ce n’est qu’une promesse orale... Alors que penser de
la loi Fillon du 4 mai 2004 qui prévoit de consulter les partenaires
sociaux avant de légiférer dans le domaine social ! Comment oser parler
de respecter la démocratie, quand les responsables de notre exécutif
sont incapables de respecter leur propre loi.
- C’est une honte pour la France vis-à-vis du reste du monde
C’est
le dernier argument à la mode, la France serait haïe par le reste du monde. La
jeunesse française serait fainéante... Alors, premièrement, en matière de
politique internationale, je voudrais signaler qu’une grosse puissance
actuelle devrait éviter de donner des leçons de relations
internationales. D’autre part, la France n’est pas un pays de
fainéants, j’en veux pour preuve son deuxième taux de productivité horaire au monde.
Ensuite, en consultant d’autres sources que les médias de masses étrangers, on peut lire des commentaires élogieux sur cette jeunesse "battante",
n’abdiquant pas devant les choix de ses dirigeants. Ma pensée est bien
relayée par ce blogueur :
"Faut-il avoir honte des railleries de nos voisins anglo-saxons et américains ?
J
e
crois au réalisme, je crois qu’il faudra pour nous étudiants, futurs
actifs, actifs faire des concessions pour que la France relance la
machine et permette à une grande majorité de vivre décemment.
Je crois surtout que je n’ai pas à abdiquer devant cette réalité et ce futur en plastique que l’on me propose.
Je
n’ai pas honte de vouloir une alternative différente au libéralisme
sauvage que l’on veut appliquer à toute ma vie, je n’ai pas honte de
vouloir que la France rejette ce modèle déshumanisant et cherche une
autre voie.
Je finirai peut-être citoyen d’un pays
du tiers monde, mais j’ai surtout l’espoir que la France, qui piétine
depuis 30 ans, soit digne de mes idées et de mes volontés, et surtout
que je sois digne d’en être un citoyen actif, travailleur, et un
citoyen HEUREUX." (Ponk)
Depuis
le débat sur la constitution européenne, certaines voix, qu’elles soient
de droite ou de gauche, nous rabâchent qu’on ne peut pas réformer en
France, qu’en prenant autant de retard sur le reste du monde (on nous
cite les exemples américain, anglais, indien...) la France perd la
bataille, ou plus explicitement la
compétition. Cette idée croissante
d’une fatalité à suivre un modèle (capitalisme/libéralisme) fait son
chemin, même chez les socialistes. Alors, pourquoi lutter contre cette
vision unique ?
Tout d’abord, l’économie française n’est pas aussi mauvaise qu’on
souhaite le faire croire. Les entreprises du CAC40 font des bénéfices
records, les investisseurs étrangers sont toujours là : en 2003, la
France se situait au 4e rang mondial des investissements étrangers grâce à la qualité de sa main-d’oeuvre, au haut niveau de sa recherche et à sa
maîtrise des technologies avancées ; le nombre de créations d’entreprises
ne cesse de croître d’année en année (INSEE). Il y a en contrepartie
une baisse des exportations, un taux de chômage élevé et un moral plus
bas que la moyenne, mais les deux derniers maux ne sont-ils pas dans l’intérêt des entreprises ?
De plus, la vie n’est pas une compétition, le bonheur ne se juge pas au
taux de croissance et d’équipement des ménages. Les avancées dans
l’organisation de la société et dans les technologies sont suffisantes
pour permettre à un plus grand nombre de vivre décemment. Certains nous
demandent le droit à travailler plus, qu’ils réfléchissent à ceux qui
veulent travailler moins !
Essayons de faire comprendre au plus grand nombre qu’on en a vraiment assez de la croissance, du profit et du CAC 40.
Le gouvernement essaie de nous faire croire que si la masse n’accepte
pas ses réformes, c’est qu’on les lui a mal expliquées, qu’elle ne comprend
pas les enjeux. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles ! Dès
qu’un avis divergent secoue la population, c’est qu’on l’a mal
informée. Stop, c’est tout simplement parce que nous ne sommes pas
d’accord ! Il ne faut pas aller chercher plus loin.
Je terminerai par une citation de l’OCDE :
"
En résumé, les mesures de la croissance économique restent cruciales
pour toute évaluation du bien-être, mais il faut les compléter par des
mesures des autres dimensions du bien-être. Il reste à savoir comment
intégrer de façon optimale ces différentes mesures. Une solution
consiste à prendre comme point de départ les mesures des ressources
économiques, puis à introduire une série de correctifs pour tenir
compte d’autres aspects, mais on ne dispose pas encore de normes
internationales pour évaluer ces divers facteurs non marchands. Une
autre solution est d’utiliser différents indicateurs non monétaires en
complément des mesures des ressources économiques. Même si un cadre
conceptuel et statistique cohérent leur fait encore défaut, ces
indicateurs fournissent des informations pertinentes pour l’évaluation
du bien-être."